Quand les Congolais s'éveilleront,
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A. Neko |
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Forces du Renouveau pour la République (F. R. R.
(Plate-forme pour le rassemblement et la reconstruction) Ex-Zaire :
Quand les Congolais s'éveilleront, mais...
Gare aux departs manqués ! <<Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage disait Boileau. Et voici<< Arguments 3>>. Dans les deux premiers numéros, dans notre souci d'expliciter les raisons des blocages actuels et les dynamiques socio-politiques qui les
sous-tendent, nous nous sommes suffisamment appesantis sur le pole d'en-haut,en l'occurrence, sur les faits posés par les dirigeants, acteurs politiques.Nous avons à cet égard indiqué nos propositions en vue d'une solution durable.
Pour rappel, il s'agit de trois idées-forces sur la justice et la vérité, la prééminence des institutions sur les individus et le fédéralisme d'une part:
l'option enfaveur du renouveau républicain incarné par les forces politiques démocratiques, d'autre part. Cette fois-ci, notre propos vise le pole d'en-bas,
A savoir, les populations. Car, dit-on, les peuples ont les gouvernants qu'ils méritent.
De manière générale,on considére que ce sont quelques grands hommes qui font l'histoire en créant
des événements et en suscitant des changements marquants. A l'opposé, un autre courant historique soutient que ce sont des événements et des circonstances particulières qui favorisent 1'émergence de grands visionnaires, des personnages hors du commun. En réalité, ces deux processus se sont produits
dans l'histoire des peuples et des nations. Pour le cas du Congo-Zaire, un certain nombre de figures historiques se révélérent à l'occasion de
l'avénement du Congo A l'indépendance, en 1960. D'un autre coté, on peut observer que Mobutu hier, et Kabila aujourd'hui, ont raté l'occasion d'entrer dans le
panthéon de l'Histoire à la faveur de grandes réalisations qu'ils auraient pu 1éguer à la postérité. De toute facon, là n'est pas notre propos. Nous
voudrions analyser les rapports entre les responsables politiques et les populations sous un autre angle.
Nous pensons que les expériences, actuelle de Kabila et celle passée de Mobutu, révèlent la société.
Congolaise face à elle-même. Sans conteste, il est tout à fait légitime de blâmer ces deux despotes
Pour leurs forfaits et de fustiger leurs dérives totalitaires. Mais ces dictatures n'auraient pas autant prospérer au fil du temps, sans l'acclamation, l'approbation, la cooperation et la resignation des
Zairo - Congolais. Il est vrai, le cas du Congo-Zaire est particuliérement emblématique. Car, comment comprendre que, lassés de 32 ans de régne du
mobutisme, il se trouve encore des Congolais (et ils sont 1égion) qui s'accommodent des pratiques dictatoriales de Kabila, lui trouvant toutes sortes
d'excuses ? De surcroit, comment expliquer qu'il plaise à Kabila lui-même de rechercher et de réussir un clonage parfait, par un mimétisme troublant de
Mobutu, A travers des pratiques répréhensibles telles que la personnalisation du pouvoir, le culte de la personnalité, le clanisme et le népotisme, la
corruption, les ponctions financiéres et les détoumements des deniers publics, le gaspillage et le courage, les atteintes et les violations flagrantes et
systématiques des libertés individuelles, les mensonges d'Etat, la dépravation des moeurs, le débauchage politique et, the last but not the least, l'entêtement à mener une longue guerre et à refuser des négociations directes avec les acteurs politiques congolais.
Comment Kabila ne peut-il pas s'installer dans sa folie, si dans l'euphorie populaire, des millions des gens, y compris même ceux dits intellectuels, sont d'accord avec lui?Avons-nous effectivement tiré la lecon des expériences passées et présentes, à savoir que notre pays est tel qu'il est, en partie, à cause de nos moments d'euphorie et d'aveuglement cautionnant,
de par ce fait, la folie de nos dirigeants ?
Car, en vérité, des despotes éclairés prospérent sur des terrains préparés à leur essor. Leur génie réside simplement dans leur capacité à utiliser habilement ces dispositions des publics euphoriques et aveuglés. Ces prédispositions se retrouvent dans plusieurs cas de figure
dont nous vous proposons quelques illustrations. En effet, de nombreuses occasions, pour bien partir pourrait-on dire, se sont déjA présentées par le
passé. Mais A cause de notre euphorie et de notre aveuglément aboutissant à des mauvais comportements politiques, toutes ces occasions ont été manquées.
Premier départ: indépendence du 30 juin 1960.
En 1960, après les privations imposées par la colonisation,l'euphorie de la jouissance des libertés a conduit à la folie du désordre et du chaos baptisés à 1'époque de <<Congolisation>>. A cause essentiellement de l'impréparation et du déficit des compétences nationales, le soleil qui promettait de se lever sur le Congo a vite sombré
dans les ténébres et divers conflits intemes sous forme de sécessions et de rébellions.
Deuxième départ: coup d’état de Mobutu du 24 novembre 1965
En dépit de l'accalmie à laquelle étaient péniblement parvenus les politiciens de cette Première République bananiére au cours de l'année 1965, Mobutu entre
malicieusement en scène avec un slogan fort, aux pas de la Révolution Comparaison. Avec le Nouveau Régime, toute la Nation succomba à l'euphorie de
la Révolution Zairoise Authentique et des foules dansèrent au rythme de l'animation populaire. Heureux le peuple qui danse et qui chante, disait-on. Seulement,voila :
la cigale ayant chanté tout l’été,comme dirait la fable, le navire de la Deuxième République sombra avec corps et biens et fut livré aux vols, détournements et aux pillages, aboutissant à la destruction complète des structures et infrastructures de base du pays.
Troisième départ : processus de démocratisation du 24 avril 1990
En 1990, Mobutu,cédant devant l'ouragan de l'histoire, décréta le multipartisme. Ici encore,l'euphorie de la démocratisation s'empara de la population. Devant les
perspectives de la libéralisation et de la fin du Parti - Etat et face au vent de la réforme suscitée par la perestroika qui soufflait sur les pays de l'Europe de l'Est, les populations succombèrent à l'euphorie. Ainsi par exemple, plutot que de viser la paix sociale et la réconciliation nationale, la Conférence Nationale Souveraine zairoise fut calquée sur le modéle du Congo - Brazzaville : une Conférence Nationale jalonnée d'incidents et faite de réglements de comptes. Et pourtant, nous avions l'altemative entre le modéle de la Conférence Nationale inspirée du Bénin, fondée sur la recherche de la vérité et du
compromise et celui du Congo-Brazzaville. Le modéle congolais du déballage,
irresponsable, sélectif et partisan (mettant en avant l'humiliation collective,
l'injure facile, le désir de vengeance et l'exclusion), amena dans notre pays la folie des acteurs politiques jusqu'au dédoublement des institutions, à la recherche des intérêts personnels ainsi qu'à la lutte du pouvoir pour le pouvoir.
Quatrième départ: avènement de l'AFDL le 17 mai 1997
Face à l'enlisement des sept années de transition mobutiste,les Congolais furent habités par la seule idée, fort comprehensible du reste,de se défaire du responsable de leur Mal, ici personnifié par Mobutu. Mais cette noble idée se transforma aussitot en une euphorie : pour chasser Mobutu, la Nation entiére était prête à accepter même un chien. Le reste, on verra après,clamait-on. C'est dans ces conditions qu'arriva Kabila, dans les bagages des Ougandais et des Rwandais avec une nouvelle folie, mettant le pays sous la coupe des voisins ougandais et rwandais. La folie de Kabila s'est poursuivie par la domination du pays par ces voisins qui se sont livrés aux pillages et à la prédation des ressources nationales jusqu'à provoquer une deuxième guerre d'occupation aux allures continentales, imposant une partition de fait du pays
en deux parties Est et Ouest.
Ainsi, nous pouvons constater aisément que, hier, à la suite notamment de notre euphorie et à cause de notre aveuglement, nous avons subi la tyrannie de Mobutu. Autant aujourd'hui, nous vivons et décrions l'autocratie de Kabila. C'est ce constat auquel est parvenu, du reste, le bon sens populaire kinois par 1'expression de cette métaphore attribuée à Mungul Diaka, ancien Gouverneur de la Ville de Kinshasa, établissant un parallélisme entre Mobutu et
Kabila en ces termes : On a change de chauffeur, mais on garde le même minibus, engage dans la même direction. Tout le monde aura compris qu'il s'agit de la mauvaise direction. Demain, nous pourrions revivre la même situation avec un autre dictateur, si nous n'y prenions garde. D'autant que, à 'observation, nous
constatons que le prototype de Mobutu a tenement séduit bien des politicians congolais que plusieurs d'entre eux combattaient plus Mobutu que le mobutisme,
juste pour remplacer l'individu et jouir des mêmes avantages que lui, en profitant du même système placé, cette fois, sous leur controle exclusif et mis à leur profit. A chacun... son tour.
Il n’y a aucune honte et aucune horreur à appeler un chat un chat. La honte pour tous les Congolais, effectivement, c’est que des millions des gens soient extrêmement pauvres dans un pays réputé Scandale géologique, avec des potentialités immenses dont regorgent son sol et son sous-sol.
L’horreur, c’est que les Congolais semblent s’accommoder de la privation des libertés, de la personnalisation du pouvoir, du culte de la
personnalité, du clanisme et du népotisme, de la corruption, des ponctions financiéres et des détoumements des deniers publics, des mensonges d'Etat, de la dépravation des moeurs et plus grave encore, de la domination, non seulement
des grandes puissances traditionnelles, mais aussi des minuscules petits pays voisins (c'est ce que nous reprochons certains leaders congolais de la
rébellion à l'Est). Malgré tout et quoi qu'on dise, les Congolais aspirent à une vie normale et à la construction de leur pays. Par ailleurs, quoi qu'en pensent certains, le Congo - Zaire est parfaitement gouvernable, dans ses limites territoriales. Le tout, c'est de nous mobiliser pour nous sortir de l'impasse
actuelle créée par Kabila. Mais, encore une fois et pour une bonne fois, faisons attention à une autre euphorie qui se dessine, de savoir l'organisation
des élections considérées comme solution aux problèmes de l'heure.
Levons d'emblée toute ambiguité. Aux F.R.R., nous prénons les élections comme mode de désignation des responsables et de légitimation du pouvoir dans une démocratie. Nous tirons cependant la sonnette d'alarme pour éviter de reproduire le cycle infemal de 1'euphorie habituelle qui nous a caractétisé
et sur son corollaire, A savoir la folie des dirigeants et le fiasco. A cet effet, les futures élections ne sauraient faire 1'économie de la culture du débat (orients vers la recherche de la vérité, de la transparence, du consensus motivé et du compromis sans compromissions), qui doit accompagner les futurs
choix A opérer dans notre société. Dans le cas d'espéce, peut-on raisonnablement, en dépit de la guerre en cours, compter sur des élections
sérieuses et crédibles pour le mois d'avril 1999 ? Ou devra-ton se résoudre à cette énième euphorie (des élections) qui risque de
déboucher sur une nouvelle folie et un fiasco général assuré ? Nous y reviendrons dans un prochain numéro arGUMENTS qui sera consacré exclusivement à la problématique de l'organisation des
élections au Congo-Zaire.
Fait A Bruxelles, le 15 février 1999.
Pour les F.R.R.
Le Secrétaire Général
A.Y.M. Neko
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