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M.
Etienne Tshisekedi, Président National de l'UDPS, a animé une conférence
débat le dimanche 28/05/2000 a Toronto au Canada. Cette conférence
faisait suite à une
autre tenue la veille à Montreal.
Le
présent document est transcription verbatim de ladite conférence débat.
Nous avons essayé d'être le plus fidèle que possible à
l'enregistrement audio des questions posées et des propos tenus par
M. Etienne Tshisekedi en guise de réponse.
Placés
en perspective par rapport à la situation actuelle au Congo et par
rapport aux perspectives d'avenir à moyen terme pour notre pays, les
réponses de M. Tshisekedi sont un discours politique d'une
remarquable consistance et clarté. M. Tshisekedi aborde la plupart
des grandes questions que les congolais se posent depuis trois ans: La
faiblesse de l'Etat congolais; l'agression du Rwanda, de l'Ouganda et
du Burundi; la dictature de Kabila; le rôle des congolais dans les
malheurs qui leur surviennent; la place de l'UDPS
dans
les événements actuels; etc.
Les
propos rapportés ci-dessous reflètent
le discours que M. Tshisekedi n'a cessé de tenir tout au long du périple
qu'il entreprend depuis décembre 1999 en vue d'expliquer et de
promouvoir une solution négociée de la crise congolaise actuelle
dans le cadre des Accords de Lusaka et du Dialogue Inter Congolais.
M.
Tshisekedi était accompagné pour la circonstance par MM. Kadari
Mwene-Kabyana, Sylvain Kalala et Norbert Luyeye, respectivement, représentant
de l'UDPS au Canada, président fédéral de l'UDPS Canada et secrétaire
particulier et conseiller de
M. Tshisekedi.
Après
les présentations
d'usage faites par M. Paul Belebele, Président Sectionaire de l'UDPS-Ontario,
M. E. Tshisekedi a pris la parole pour introduire la séance de
questions - réponses qui constituait la partie principale de l'événement
du jour.
Toronto,
23 Juin 2000
Iluju
Kiringa
[Applaudissements
nourris suivant l'apparition de M. Tshisekedi]
Introduction
de M. E. Tshisekedi
Merci
beaucoup.
Merci
d'être ici assez nombreux pour montrer ainsi l'intérêt que vous
portez a votre peuple en difficulté. Mais avant toute chose, je vous
prie de vous lever pour garder une minute de silence en mémoire de
tous les nôtres tombés sous les balles de cette guerre sordide.
Comme
vous le savez, j'ai entrepris une tournée a travers l'Europe (l'Union
Européenne) et aujourd'hui je suis ici au Canada; et dans deux jours
je vais terminer ma tournée aux Etats Unis d'Amérique pour
sensibiliser les différents décideurs politiques internationaux sur
ce que nous avons appelé les Accords de Lusaka, accords dont nous ne
pouvions pas imaginer qu'il pouvait y avoir mieux.
Grâce
aux pressions de ces décideurs, les Accords de Lusaka ont eu lieu et
ont pu résister; mais c'est depuis presque un an qu'ils ont été
signés et il y a un risque d'oublie du dossier congolais par la
communauté internationale. Voila pourquoi je fais cette tournée pour
rappeler aux uns et aux autres qu'au moment ou l'on parle de
mondialisation, surtout en matière économique, je vais leur parler
de mondialisation au plan humanitaire et faire appel a leur solidarité
pour qu'ils continuent les pressions sur les belligérants afin que la
crise congolaise prenne fin; afin que soit mis sur pied un état de
droit démocratique au cœur de l'Afrique.
Je
dois dire que la réaction de mes interlocuteurs a été sympathique
et favorable; et je les ai trouves tous décidés -- au moins ils me
l'ont dit -- a soutenir les Accords de Lusaka et a faire ce qu'ils
peuvent pour que ces accords deviennent réalité.
M'adressant
a vous qui vous trouvez ici au Canada, j'espère que, quelque soit la
situation de chacun et chacune de vous, vous ne cesserez de faire ce
qui est en votre pouvoir pour apporter une contribution ne fut ce que
minime au soulagement de la misère de notre peuple, notamment par
votre détermination ici a l'extérieur a vous organiser, a être crédible
et sympathique auprès des canadiens, afin que le message sur le Congo
que vous parviendrez a leur communiquer puisse arriver facilement au
plus haut niveau de leur société et ainsi emmener celle-ci a faire
des pressions dont je viens de vous parler. Et particulièrement, je
m'adresse aux combattants de l'UDPS de s'engager davantage dans
l'organisation du parti pour qu'ils puissent être plus crédible
encore et véhiculer le message de détresse du peuple congolais.
Je
crois que, comme il a été dit, le temps nous imparti n'étant pas très
long, je tenais a introduire cet entretien par ce message que j'espère
vous voir transmettre a beaucoup d'autres qui sont absents d'ici ou
qui n'ont pas pu nous rejoindre.
C'est
dans l'espoir, voire la certitude, dans la foi que nous avons mené
cette contre la dictature
de Mobutu, tout simplement par notre détermination et qui a porte ces
fruits parce que cette lutte a emmené un Mobutu qui disait que de son
vivant il n'y aurait jamais deux partis au Congo, non seulement a libéraliser
son régime, c'est a dire a rendre public le multipartisme et a mettre
fin au parti-état en le dissolvant, mais même a fuir la capitale
congolaise pour aller se réfugier dans son village natal.
C'est
pour dire que -- et je
l'ai toujours dit -- un peuple engagé
est plus fort qu'une bombe atomique.
M.
Kabila n'est rien par rapport a cette puissance que représentait
Mobutu; militairement, économiquement, financièrement, politiquement
et diplomatiquement, Mobutu était très fort. [Applaudissement frénétiques
...] Et je suis certains que quand nous aurons démontré le même
engagement contre la dictature de Kabila, nous aurons certainement des
résultats dix fois meilleurs.
Et
c'est dans cet espoir que je reste disponibles pour les questions que
vous allez me poser.
Débat
Question
1 Merci de m'avoir
accorde la parole. Je tiens a remercier le Président National d'être
venu dans notre juridiction. M. le Président, nous avons suivi les médias
sur tout ce qui se passe au pays et sur ce que l'UDPS projète pour
surseoir a cette crise que le Congo connaît. Mais comment parler deux
langages sala fois? Il est difficile a quelqu'un qui a des armes de
parler a quelqu'un d'autres qui n'en a pas. Ceci est l'aspect premier
de ma question. Ce que j'aimerais aussi dire, c'est que l'UDPS milite en tant que parti d'opposition,
mais l'UDPS est en train de faire une médiation et de bons offices.
Quand est-ce que l'UDPS prendra le pouvoir pour faire l'unité
nationale et résoudre la crise en mettant le pays sur les rails?
Réponse
Il faut savoir que quand on mène une lutte de libération
comme l'UDPS l'a commencée, cette lutte comprend nécessairement deux
étapes. La première étape consiste a libérer le peuple, a rendre ce peuple souverain, a lui remettre le
pouvoir en tant que détenteur de ce pouvoir, un pouvoir détenu par
le dictateur usurpateur. Et c'est quand ce pouvoir sera entre les
mains du peuple que l'UDPS commencera véritablement l'étape
politique, c'est a dire que tous ceux qui veulent faire de la
politique active pourront alors s'adresser au peuple souverain
pour solliciter son suffrage.
La
première étape, c'est celle qui nous concerne pour le moment. S'il y
en a qui rêvent de ce que pendant cette première étape, l'UDPS
porte les armes, je crois que Kabila avec son AFDL vient de nous
montrer le meilleur exemple que
quand on change un régime par la force, on ne le remplace pas par la
démocratie; on le remplace nécessairement par un régime violent et
répressif, par la dictature. Or, si l'UDPS a décide de mener une
lutte de libération, c'est
parce qu'elle etait convaincu -- ce n'etait peut-être pas évident
au début, mais ce l'et devenu par la suite -- qu'il n'y a pas de développement
sans démocratie. Le seul régime qui permet a un peuple de se développer
et de s'épanouir, c'est le régime démocratique. Et la lutte avec
toutes ses conséquences, c'est a dire les sacrifices et les
souffrances qu'elle entraîne, permet justement a un peuple de mûrir,
parce que on est pas souverain sans responsabilité. C'est quand on
est mur et qu'on a atteint un certain degré de maturité qu'on
devient responsable; car le régime démocratique suppose que c'est le
peuple qui élit les dirigeants, que c'est le peuple qui contrôle les
dirigeants, que c'est le peuple qui sanctionne les dirigeants. On ne
le fait pas quand on a pas un minimum de culture politique; et cette
culture politique s'acquiert nécessairement par la souffrance. Voila
pourquoi il n' y a pas deux voies pour instaurer un régime démocratique.
Il faut nécessairement accepter ce que nous avons fait, et c'est grâce
a cela que la Conférence Nationale Souveraine a pu se tenir et démontrer
la capacité du peuple congolais a gérer une démocratie. S'il n'y
avait pas eu de sabotage de la part d'un Mobutu mourant, a l'heure
actuelle, nous aurions sérieusement démarrer notre développement,
Mais j'aimerais dire a ceux qui rêvent de prendre les armes
ceci: au moment ou nous parlons, au lieu de me poser des
questions dans cette salle, vous auriez du être au Congo quelque part
entrain de vous battre. [Rires aux éclats de la foule ...]
Question
2 Ma question a
deux volets: national et international. Nous savons comment M. Kabila
a pris le pouvoir au Congo. Il a eu un prétexte: Chasser les Hutu
hors des frontières congolaises. C'etait le discours qui a été développé
dans les chancelleries de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi.
Ce prétexte a été réalisé; les Hutu ont été chasses hors
des frontières congolaises. Mais la réalité etait ailleurs: le
peuple appelé Banyamulenge se reconnaît par une double identité:
congolaise et rwandaise. Une question
demeure et demeurera toujours parce que les Banyamulenge vivent
avec nous: Le Rwanda est un petit pays mais qui a une forte densité.
Ce qu'ils appèlent chez eux "conquête d'espace vital" les
habitera toujours. Dans les chancelleries occidentales, on nous parle
du Congo comme d'un pays ingouvernable, comme d'un sous-continent.
Futur Président de la République du Congo demain -- c'est presque un
acquis --, comment comptez vous résoudre le problème de frontière
entre le Congo, le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi? Ils ont déjà goûté
au gâteau! Les terres sont très fertiles: Ils ne vont pas les
abandonner! Comment allez vous vous y prendre comme Président de la
RDC? Voila ma question.
Réponse
Vous avez dit que les voisins ont goûté au gâteau. Mais
justement, ce qui leur a permis de goûter au gâteau, c'est cette
absence d'état! Mobutu
nous a illusionné que nous étions dans un état. Il y avait pourtant
une absence cruelle d'état. Le pays etait une foire, dans la quelle
n'importe qui pouvait entrer et d'ou il pouvait sortir. Voila pourquoi
si l'on avait suivi le chemin tracé par la CNS, il existerait un état
au Congo. Le Congo serait ainsi un état. Et je suis sur que ceux qui
ont goûté au gâteau n'allaient pas le faire. Voila pourquoi nous
croyons aux Accords de Lusaka, parce que au Dialogue Inter Congolais,
ils nous permettront --
et il n' y a pas d'autre choix --
de revenir au schéma de la CNS et d'instaurer un état de
droit au cœur de l'Afrique, un état avec TOUS ses attributs y
compris une armée nationale parce qu'on en a jamais eu, et une vraie
armée républicaine, parce qu'on en a jamais eu. Et j'aimerais que
ces conditions soient remplies pour voir qui oserait encore venir se
moquer du Congo. [Applaudissements
longs et nourris de la
foule ...]
Nous
sommes justement entrain de donner trop d'importance a de petits états
parce que justement nous avons été affaibli par cet absence
d'état. Mais malgré ce que vous avez dit tout a l'heure
-- les prétentions des autres sur nos terrains --, sans pour
autant que l'état tel que nous allons le créer existe déjà, il n'y
a pas eu de discussions pour le principe de l'intégrité du Congo et
l'intangibilité de ses frontières et ceux que vous dites réclamer
nos terres n'y ont pas oppose de refus ni des arguments sérieux et
valables. C'est pour vous
dire que nous n'avons pas a nous inquiéter; a trop parler des petits
états voisins, nous risquons de nous affaiblir. Pendant que nous
considérons qu'ils sont des crapauds et nous des éléphants, la manière
dont vous etes entrain d'envisager le problème est tel que nous
risquons d'inverser les rapports de sorte que les gens peuvent penser
que ces voisins peuvent -- quand ils le veulent -- venir arracher
notre territoire, ce qui n'est pas possible. J'en profite d'ailleurs
pour vous inviter a plus de détermination pour cela, et non pas a des
déclarations. Un homme qui fait trop de déclarations ressemble a un
chien qui aboie; il aboie justement pour cacher sa peur. Le Congo,
devenu un état, est assez puissant pour être craint des autres et
pour se défendre valablement. Il ne faut pas que nous donnions
l'impression par nos déclarations que c'est le contraire qui peut se
faire.
Quant
au Banyamulenge, ils sont signataires des accords de Lusaka comme
congolais. Sont congolais. Sont congolais du moins ceux qui vivaient
sur le sol congolais a la date du 30 juin 1960. Il ne faut plus poser
ce problème: C'est le prix que nous avons payé pour
avoir la paix. Parce que derrière cette guerre, l'élément
Banyamulenge fut déterminant. Mais pour avoir la paix -- ce que tout
notre peuple veut -- on a du prendre cette décision. Et, au moment ou
nous parlons, c'est devenu une réalité. Bien sur, et vous le savez,
ce problème se posera toujours. Quand il se posera, ce sera comme
lorsque les problèmes de division ethnique se pose dans tout pays; et
comme tel, nous allons le résoudre. C'est pour cela que les hommes
politiques existent. Peut-Être que vous le savez aussi: Il y a des
affrontements meurtriers entre les Lendu et les Hemas dans l'Ituri.
Mais encore une fois, les hommes politiques sont la pour résoudre ce
genre de problème. Cependant, pour le moment, considérons que, au
nom de la paix, ce problème des Banyamulenge n'existe pas.
Question
3 J'ai pu
constater en la personne du président la logique d'entêtement contre
la dictature de Mobutu et celle de Kabila. Cette logique d'entêtement
risque d'être une longue marche vers la démocratie et la promotion
des idées que vous soutenez au risque de votre vie. Il serait peut être
temps de changer ou de préparer un successeur. Certes, dans la Bible
il est écrit que les disciples ne dépassent pas leur maitre, ici
nous parlons de l'évolution du monde. Pour qu'il y ait progrès, il
faudrait que les disciples dépassent leur maître.
Je reviendrai sur mes questions. J'ai suivi avec intérêt
votre interview sur RDI(. Vous affirmez que la guerre actuelle est due
au fait que le pouvoir actuel n'a pas voulu instaurer la démocratie.
C'est une cause noble, mais qui ne justifie pas une intervention armée.
Ma question est la suivante: Pensez vous vraiment du fonds de votre
personne que les ougandais et les rwandais sont mieux placées pour
nous donner des leçons de démocratie? Et sur quelle base vont-ils
s'appuyer? Museveni etait au pouvoir depuis plus de dix ans sans
jamais faire ne fut-ce qu'un recensement en vue d'organiser des élections;
et les rwandais ne
pensent même pas à cela, les tenants du régime étant arithmétiquement
minoritaires -- je parle ici de la tribu Tutsi. Pour ce qui est des
mobutistes qui sont allés vers la rébellion, je n'ai pas voulu que
vous soyez leur défenseur en disant qu'ils luttent pour la démocratie.
Ces mobutistes vous ont combattu et vous combattront toujours. Les
mobutistes se sont battu pour accomplir la parole prophétique qui prévoyait
que les congolais s'entre-mangent -- "Bokoliana"
disaient-ils à l'époque. Aujourd'hui, les faits démontrent la
souffrance du peuple congolais. Ma question est alors la suivante:
pour participer au Débat Inter Congolais, suffit-il à quelqu'un
d'avoir une armée avec soi et prendre son village en otage pour qu'il
soit appelé à la table des négociations? Pensez vous que ces gens là
défendent l'idée de démocratie, alors qu'hier, quand ils avaient le
pouvoir, ils ne l'ont pas fait? Nous avons vu d'autres se dissocier
d'eux parce qu'ils ne l'ont pas fait. Kabila a été pris en otage; il
est passé par les rwandais et il n'a pas réussi à introduire la démocratie.
Pensez vous que ceux qui
sont restés avec eux réussiront à introduire la démocratie?
Réponse
La question de la succession ne se pose pas dans le cadre d'une lutte
qui a comme fin l'établissement de la démocratie. Dans la mesure ou
-- et je l'espère; j'en ai le droit -- je mesure le niveau de culture
politique de mon parti au Canada dix ans après que j'y sois passé,
je considère que ce niveau est de culture politique est
très avancé. Dans la mesure ou l'on se préoccupe de cela,
alors je suis content. C'est pourquoi je parle d'un peuple qui doit
avoir de la culture politique avant de se considérer souverain. Dans
la mesure ou cette formation continue, le successeur, c'est la démocratie;
parce que j'aurai laissé mon parti apte politiquement à gérer une démocratie,
j'aurai réglé ma succession; parce que après moi, ce parti sait
quel procédure il doit suivre pour élire un successeur
[Applaudissements nourris]. Il ne faut pas me prendre pour un Mobutu
[Rires de la foule], qui doit préparer son fils pour le remplacer. La
raison pour laquelle les états démocratiques sont stables est que le
peuple souverain sait, le moment venu, élire des successeurs.
Quand
au problème de la cause de la guerre, je confirme que c'est l'absence
de démocratie. Et ceux qui etaient directement concernés par cette
absence de démocratie, ce n'etaient pas les rwandais et les
ougandais, mais les propres membres de l'AFDL que Kabila a emmenés au
pouvoir avec lui. Ce sont eux qui espéraient une démocratie. Si vous
aviez suivi les médias, notamment CNN, vous aurez remarqué comment
Kabila a promis d'instaurer la démocratie.
Ce sont ses collaborateurs qui ont attendu en vain la venue de
la démocratie de la part de Kabila qui, au contraire, a radicalisé
sa dictature et son pouvoir personnel; il les marginalisait et eux ne
voyaient plus leur rôle. C'est eux qui ont soulevé le problème de démocratie.
Vous
avez peut être raison de dire que ces collaborateurs ne sont pas démocrates,
parce qu'ils ont eu le temps de nous démontrer quand ils etaient avec
Kabila qu'ils n'ont aucune culture démocratique.
Mais peu importe, le prétexte etait suffisant pour eux à
faire appel
à
ceux la même qui avaient
mis Kabila là ou il etait, parce que eux, tout comme Kabila, ont
considéré que la légitimité du pouvoir au Congo venaient des
ougandais et des rwandais. Voilà pourquoi ils ont fait appel aux même
rwandais et ougandais pour faire la guerre. Je ne prétends pas du
tout que ces gens qui sont venus ainsi etaient démocrates; mais on
leur avait donné le prétexte.
On
a posé la question de savoir pourquoi avoir porté les armes pour se
présenter à la table des négociations. Cela ne concerne pas les
rebelles, mais Kabila aussi; parce que politiquement Kabila n'est rien
du tout; c'est un chef de guerre. Si nous pensons qu'il est
incontournable, c'est justement parce qu'il porte des armes. Cela
confirme ce que j'ai toujours dit, à savoir que au Congo il s'agit
plus de tenir une CNS bis, car celle-ci a déjà eu lieu et le peuple
reste fidèle aux décisions de cette conférence. Cette fameuse
guerre n'intéressent que les belligérants. C'est eux seuls qui
portent les armes qui doivent y mettre fin et s'impliquer dans le
processus de démocratisation que le peuple congolais avait déjà
initié. Voici pourquoi au Dialogue Inter Congolais, il n'y aura plus
qu'à revenir sur ce que le peuple avait déjà décidé en conférence
nationale. On ne les y appèle pas pour y créer quoi que ce soit. Ils
d'ailleurs les uns et les autres démontré leur incapacité à avoir
un projet de société . Ainsi donc, obligatoirement, ils ne peuvent
-- s'ils veulent que les conclusions du Dialogue Inter Congolais aient
l'adhésion de l'ensemble du peuple congolais -- que revenir aux décisions
de la CNS.
Question
4 Ma question concerne la
nationalité des Banyamulenge. M. Tshisekedi a déjà essayé d'y répondre.
Moi, je vais demander quelques éclaircissements là dessus. Quand on
considère les causes de la guerre actuelle au Congo et la question de
la nationalité, M. Tshisekedi a dit tout à l'heure que la nationalité
des Banyamulenge a été reconnue aux accords de Lusaka. Je voudrais
savoir à quelle place l'UDPS place la nationalité des Banyamulenge.
Reconnaissez vous la nationalité des Banyamulenge en tant que chef de
file de l'UDPS.
Réponse
Tshisekedi, vous le savez, reste fidèle aux décisions de la
CNS. A la CNS, ce problème de la nationalité etait renvoyé à la législation.
Mais il y a eu Lusaka, ou tout le monde, je dis bien tout le monde, y
compris Kabila, a reconnu que les Banyamulenge qui vivaient au Congo
avant le 30 juin 1960 sont congolais. Vous demandez à l'UDPS [qui n'a
pas signe les Accords de Lusaka] de faire quoi?
L'UDPS prend acte sans doute comme vous qu'il y a un accord. Et
c'est peut être pourquoi il y a, au moment ou nous parlons, un
cessez-le-feu. Il y aura la paix quand les troupes étrangères vont
nous quitter, mais il y a un début, une condition pour cela. C'est
une pré-paix, et je crois que tout le monde s'en réjouit.
Question
5 Quels sont les points
que vous souhaiteriez faire entrer à l'ordre du jour du Débat Inter
Congolais? L'UDPS, pour faire entendre sa voix, compte-t-elle former
une plate forme avec les autres partis tels que le PDSC et le PALU?
Réponse
Ce que j'ai fait et qui n'est conteste par personne, c'est de
constater qu'il n'y a que quatre partis politiques. On a pas tenu
compte de ce qu'on a appelé à un moment le multimobutisme, c'est à
dire la multitude des partis familiaux ou alimentaires qui s'appellent
"parts politiques". Il y a, comme vous devez le savoir, l'UDPS,
suivi du PALU, du PDSC, malgré plusieurs ailes dont nous avons retenu
le PDSC-Boboliko, et le FONUS; c'est tout. Un parti politique doit
avoir une certaine représentativité populaire. Ce sont ces partis déjà
auxquelles s'ajoutent des éléments de la société civile qui vont
représenter les forces démocratiques au Dialogue Inter Congolais.
Nous n'allons pas au Dialogue Inter Congolais en nous demandant quelle
position tel ou tel autre va prendre, car il est clair que la position
des forces démocratiques internes, ce sont les décisions de la CNS.
De même, vous n'avez pas besoin de savoir quels points seront les à
l'ordre du jour. Comme je le disais tout à l'heure, tant Kabila que
les rebelles sont venus perturber un ordre du jour, un processus qui
etait déjà en cours. Et au Dialogue Inter Congolais, il leur sera
demandé simplement de revenir à la raison.
Question
6 Dans toutes
vos déclarations, vous ne cessez de mentionner la CNS. Beaucoup de
compatriotes ici présents n'y ont jamais assisté et ne savent pas
quels sont les acquis de la CNS; mais vous les soutenez. Les soutenez
vous parce que vous y avez été élu Premier Ministre et y voyez une
voie d'avoir le pouvoir?
Réponse
C'est l'inculture politique qui fait dire que l'on ne peut
lutter dans ce pays, dans ce monde que parce que l'on a un poste en
vue, parce que l'on a de l'argent en vue. C'est justement cette
conception qui caractérisait le mobutisme et tous ceux qui etaient
dans l'UDPS et nous ont quitté parce que ils avaient la même culture
politique que vous: On ne peut lutter que pour devenir tel ou tel.
Mais je crois vous l'avoir déjà dit: L'UDPS lutte d'abord et avant
tout pour libérer le peuple congolais. C'est dans une deuxième étape
que l'UDPS parlera de poste parce qu'il faut bien que le pays soit
gouverné. La vraie culture politique consiste justement à savoir
faire des sacrifices sans nécessairement un profit personnel. Et si
vous ne le saviez pas, sachez le à partir d'aujourd'hui.
[Applaudissements très nourris de la foule] L'UDPS est dans sa vingtième
année de lutte pour cela. Je le répète: Parce qu'elle est
convaincue jusqu'à preuve du contraire que c'est dans un régime démocratique
que le peuple peut le mieux se développer, voilà pourquoi elle a
lutté. Ces considérations de basse classe ne sont pas dans son idéal.
La CNS a jeté les jalons d'un véritable état de droit démocratique
et personne jusqu'à maintenant n'a présenté un projet meilleur.
C'est pour cela qu'il a l'adhésion de l'ensemble de notre peuple. Et
nous le suivrons parce que nous voulons le bonheur de ce peuple.
[Applaudissements]
Question
7 Etant donné
la situation de guerre dans notre pays dont la population zaïroise
est victime [Rire dans l'assistance ...]. Excusez moi, il s'agit plutôt
de la population congolaise; j'etais habituée au mot "zaïrois".
Vous en tant que leader sur le terrain, quelle est votre attitude face
à cette guerre?
Réponse
La deuxième guerre a débuté
le 2 août 1998. Mon attitude, je l'ai exprimée, car quelque
soit la dictature je parle; je suis un homme libre et m'exprime
librement. [Applaudissements ...] Le 5 août 1998 j'ai tenu une conférence
de presse pour condamner la guerre, pour offrir mes services de médiateur,
d'aller voir M. Kabila et ensuite d'aller voir les rebelles pour
arriver à nous entendre, pour ne pas verser le sang du peuple
congolais à cause des problèmes politiques que nous devrions résoudre
à la table de négociations. Je n'ai pas été écouté. Mais,
malheureusement, après la guerre il faut bien qu'il y ait une paix;
avec les efforts de la communauté internationale, il y a ces Accords
de Lusaka qui prévoient --
justement encore une fois que le problème est congolais -- le
Dialogue Inter Congolais. Ainsi donc, ces mêmes congolais qui etaient
là au début de la guerre et qui auraient pu nous éviter des
milliers de morts et n'ont pas voulu m'écouter, les voilà
-- toujours les mêmes -- obligés de se retrouver à table
pour la paix. Nous le regrettons, mais nous devons le constater.
Question
8 Vous ayant
suivi sur les antennes de RDI, j'ai cru comprendre que ce sont les
anciens amis de Kabila qui lui font la guerre. Mais dès que la guerre
a commencé, Kabila a parlé de l'invasion du Congo par le Rwanda, le
Burundi et l'Ouganda. Ma question a deux volets:
1.
Croyez vous, vous qui avez été le premier à dénoncer la présence
des rwandais, que si M. Kabila ne les avaient pas chassé, cette
guerre aurait eu lieu?
2.
Vous avez dit dans votre mots d'introduction que Kabila n'etait pas
fort politiquement, économiquement et financièrement comme l'etait
Mobutu. Ma question est la suivante: Comment expliquez vous la résistance
du peuple kinois aux rebelles à Kinshasa? Quelles sont vos efforts
internes pour avoir un front commun contre la dictature de Kabila, un
front du genre Union Sacrée dont les résultats ont été palpables?
Réponse
Quelqu'un a dit tout à l'heure que les rwandais ont goûté au
gâteau congolais. Qui leur a permis d'avoir ce goût? Et j'aurais
bien voulu que ce soit à ces rwandais -- si l'on peut les considérer
techniquement supérieurs aux congolais -- que l'on donne des
fonctions subalternes de nature technique. Mais, Kabila avait permis
aux rwandais de nous diriger! Je ne sais pas si vous viviez en ce
moment là à Kinshasa: Les plus hautes fonctions de l'état etaient
confiées aux rwandais!! Que ce soit dans l'armée que dans la
fonction publique, y compris dans sa propre protection! Et cela
pendant tout un an. Et vous dites que c'est parce qu'il les a chassés
qu'ils ont prit goût au Congo!
J'espère
que vous savez que dès le 23 août 1997, j'ai tenu une conférence de
presse en homme libre pour lui demander de remercier tous ces gens
afin qu'ils rentrent chez eux. S'il l'avait fait en ce moment là, il
n'y aurait absolument rien eu! [Rires de la foule...] Il ne fallait
pas laisser tout un an à ces gens goûter à tout; et ensuite, en
quelques heures, les expédier chez eux -- ceci indépendamment de
l'appel dont j'ai parlé
tout à l'heure. Ces gens etaient ses collaborateurs et il fallait
voir les conditions dans lesquelles il les chassés! Voilà pourquoi,
malgré ses appels à la communauté internationale pour condamner les
agresseurs, personne ne prend Kabila au sérieux! Non seulement lui
aussi est entrée au Congo par une agression; mais, à l'époque,
quand je lui disais qu'il etait entouré d'étrangers, il répondait
qu'il n'y en avait pas; il leur avait donc donné la nationalité
congolaise! Il nous disait qu'il n'y avait pas d'étrangers dans l'armée
en ce moment là. Voilà pourquoi il n'est pas crédible! Voilà
pourquoi il ne doit pas nous rabattre les oreilles avec l'agression et
les étrangers envahisseurs. Les actes qu'il a posés au point de départ
entraînent les conséquences qui suivent maintenant. Il lui faut
seulement avoir le courage d'assumer ces conséquences ! [Rires et
applaudissements nourris ...].
Quand
à ce nationalisme et à cet éveil dont a fait preuve notre peuple
pour réagir à l'avancée des rebelles sur Kinshasa, c'est une très
bonne chose! Cela n'a rien à avoir avec Kabila qui, d'ailleurs, a
trouvé en cela une bouée de sauvetage ...
[Rires de la foule...] pour exploiter à outrance ce sentiment;
un sentiment dont nous sommes fiers, très fiers. Mais au niveau de la
réaction du peuple, dès que Kabila a montré ses penchants
dictatoriaux, il y a eu trois semaines pendant lesquelles les jeunes
et étudiants ont pris sans cesse d'assaut les rues de Kinshasa. Mais
la répression qui a suivi a fait beaucoup de morts et c'est vrai
qu'il fut un temps ou il etait difficile à l'UDPS de mettre le peuple
dans la rue. Ce n'est qu'une question de temps; en ce moment, la
situation n'est plus celle-là.
Question
9 Quelle modèle
politique allez vous appliquer au peuple zaïrois [Rires ...] ...
Pardon ! congolais? Cela fait vingt ans que j'ai quittée ce pays,
mais je connais le modèle québécois qui par le Bloc Québécois
essaie de faire pression sur le gouvernement canadien. Comment allez
vous pouvoir faire pression sur un système qui vous tient à l'écart
depuis vingt ans, alors que êtes hors du gouvernement? Avez vous
souligné dans vos propos le rôle que joue la femme congolaise? Je
vous vois là assis, tous des hommes, aucune femme!
Réponse
Le système que nous avons combattu est le système dictatorial.
Mobutu, je vous le disais tout à l'heure, jurait que lui vivant il
n'y aurait point d'autre parti au Congo. Je pense que nous avons
remporté une première victoire le 24 avril 1990 quand Mobutu a du
verser des larmes pour reconnaître le multipartisme. Mais si on avait
une classe politique mure, en ce moment là le régime allait changer.
Car, selon la constitution de l'époque, en démissionnant comme président
du MPR, il n'etait plus président de la république. Mais
malheureusement, on avait une classe politique acquis à sa cause; ce
qui lui a permis de la manipuler pendant encore sic ans.
Quand
vous faites allusion à l'inclusion et l'exclusion, nous autres
luttons pour libérer l'espace politique congolais. Quand nous
l'aurons libéré, vous pourrez faire ce que vous vous voulez. Vous
pourrez créer votre parti. Il n'a aura pas d'exclusion. La démocratie,
c'est pour tous; c'est une valeur internationale. Je ne vois pas très
bien ou est votre problème Madame, sinon que de nous rejoindre dans
la lutte pour la démocratie. Nous allons permettre à tous d'être
acteurs. Quand vous parlez des québécois qui sont indépendantistes,
c'est dans le cadre d'un pays démocratiques qu'ils utilisent les
moyens légaux existants pour exiger plus de fédéralisme. Nous
luttons donc pour un régime ou il n'y aura pas d'exclusion et ou
l'espace politique est libre pour tout le monde.
Le
place de la femme? Mais, je suis fondateur de l'UPDS et vous me
recevez comme tel! [Rires de la foule ...] Je vous invite à lire les
statuts de l'UDPS pour y voir la place de femme. Mon épouse ci-présent
est fondatrice de l'UDPS. Et je vous informe que quand un fondateur
meurt, il est remplacée au Collège de Fondateurs par son épouse.
Lorsque le regretté Makanda est mort, c'est son épouse qui l'a
remplacé au Collège de Fondateurs; malheureusement elle est morte
entre-temps. Elle aussi. Nous savons qu'à l'heure actuelle Madame
Kanana siège au Collège des Fondateurs au nom de son mari. Nous
avons donc honoré la femme. Si vous regardez dans nos statuts, il
faut entendre par combattant à la fois les jeunes, les femmes et le
hommes. Nous ne faisons pas de discrimination d'ordre sexuelle. En
attenant, il est demandé à la femme congolaise de mériter ce
qu'elle fait, comme cela est demandé à tout le monde. Nous n'allons
pas, vous l'imaginez bien, mettre en place n'importe quelle femme
simplement parce qu'elle c'est une femme. Sinon nous allons faire du
favoritisme à rebours.
Nous
encourageons la femme d'être l'égale réelle de l'homme. La mentalité
d'aujourd'hui, du moins au niveau scolaire, est différent d'hier: Il
n'y a plus de discrimination entre filles et garçons. Tout est à
l'honneur de la femme congolaise. Et je vous dis que lors des
prochaines élections démocratiques, l'on comptera énormément de
femmes sur les listes de l'UDPS.
Question
10 Que pensez vous
de la double nationalité?
Réponse
Le problème de la double nationalité concerne un parlement qui représente
le peuple souverain. Cette notion est très fluctuante. Je reconnais
que les nations jeunes sont très jalouses de leur nationalité. C'est
comme chez nous; on n'y accepte pas la double nationalité; on y
accepte la nationalité
exclusive. Mais le temps laisse place à la flexibilité.
Question
11 La paix au Congo fait
place à un obstacle, à savoir la complicité internationale. Que
pensez vous de cette complicité internationale? Car beaucoup
d'enfants congolais meurent à cause de cette complicité qui n'est
pas dénoncée en ce qui concerne l'Ouganda et le Rwanda.
Réponse
Parce que vous parlez de complicité internationale, vous savez
très bien que la communauté internationale est gérée par des intérêts,
essentiellement financiers. Je voudrais aussi souligner la
responsabilité des nôtres. Nous qui avions combattu la dictature de
Mobutu disions que les américains appuient les régimes qu'ils
appellent stables, c'est-à-dire les régimes qui ont un appui
populaire. Et c'est nous, le peuple congolais qui assurions cet appui
populaire à Mobutu. J'ai donné l'exemple des déplacements de Mobutu
dans les provinces; les aérogares ou il descendaient etaient pleines
de monde bien avant qu'il n'arrive; des gens dansaient et chantaient.
Mobutu avait toujours un cameraman avec lui pour filmer tout ce qui se
passait. Il envoyait ces films à toutes ses ambassades, entre autre
à Washington. Mettez vous à la place des américains ! Vous dites
qu'ils appuient une dictature; eux par contre voient des aéroports
envahis de monde chantant et dansant. Que vont-ils dire? Que Mobutu
est impopulaire? Des deux, les américains et vous, qui appuie Mobutu?
C'est bien de voir des boucs émissaires très loin de chez nous, mais
c'est aussi important de voir notre propre responsabilité dans les
bonheurs et malheurs qui nous arrivent. En ce moment là nous verrons
clair! C'est bien bon de voir la responsabilité de la communauté
internationale; et les alliés de Kabila, ainsi que ceux des rebelles
qui pillent le pays et massacrent notre population, qui les ont emmenés
au Congo? Les américains? Qui a fait appel à ces gens là? Ce sont
les rebelles congolais qui ont fait appel aux ougandais et rwandais;
c'est Kabila qui a fait appel aux zimbabwéens et autres. Ce ne sont
pas les américains! Il faudrait que nous puissions faire la part des
choses. Ce qui est causé par les méfaits de la communauté
internationale, nous pouvons y remédier en étant adultes et capable
de dire "non" à telle ou telle autre pression. Dans un régime
dans lequel la légitimité du pouvoir vient de l'extérieur, comment
voulez vous éviter ce que vous appelez la communauté internationale?
Question
12 Qu'est ce qui
explique le présence des ougandais et rwandais pour dominer le
territoire congolais?
Réponse
Votre pays est une porcherie dans laquelle tout le monde peut entrer
et sortir comme il le veut. Il n'y a qu'un seul moyen pour remédier
à cela, c'est d'exister comme état et un état fort ! A ce moment là -- et je vous l'assure --
tous ces gens qui se moquent de nous vont non seulement nous
craindre, mais aussi nous respecter ! [Applaudissements nourris ...]
Question
13 Je tiens d'abord
à dire que je suis de ceux qui croient que M. Tshisekedi est vraiment
crédible depuis trente ans, mais que le pays a perdu beaucoup de sa
crédibilité. Cela veut dire que l'on a des hommes crédibles dans le
pays, mais dont le pays n'a pas bénéficié de la crédibilité,
parce qu'il y a eu la dictature de Mobutu et celle de Kabila.
Cependant je ne voudrais pas parler du passé. Comment le pays
pourrait-il bénéficier de votre tournée si la dictature vous résiste
à votre retour au pays?
Réponse
Ce n'est pas un combat de rue. C'est une lutte d'idées. On ne
tue jamais les idées. [Applaudissements ...] Je ne sais pas combien
vous êtes dans cette salle; mais je crois que beaucoup retiendront
peut-être les idées que j'avance maintenant. Ceux qui retiennent ces
idées vont les relayer. Soyez surs que les idées de la vérité
finissent toujours par l'emporter sur les idées du mensonge.
[Applaudissements] Et la personne de Tshisekedi n'y est pour rien;
elle peut mourir ou arrêter de lutter, mais soyez surs que ses idées
finiront par triompher. Ayons la foi dans ce que nous faisons, car
nous ne sommes jamais maître de nos vies. Ayant la foi dans ce que
nous faisons, nous sommes surs de léguer à la postérité quelque
chose qui ne périt jamais. [Applaudissements]
Question
14 Le Zaïre
(sic) de demain, c'est la jeunesse d'aujourd'hui que je suis. Vous même
M. Tshisekedi avez l'habitude de dire que l'ennemi du progrès c'est
la peur. Apres près de vingt ans d'opposition, vous avez souligné un
point important dans l'organisation du parti et la culture politique.
Dans l'UDPS, il n'y a pas de démocratie. Je m'explique: il y a eu un
changement de nom, de drapeau, d'hymne national, sans consulter le
peuple. Personnellement, j'etais membre de l'UDPS au niveau de
Kisangani. L'UDPS a fait la contre-dénonciation. Je voudrais, M. le
président, si vous le permettez, que vous me définissiez ce que vous
entendez par démocratie. [Tumulte dans l'assistance à cause du
manque de logique dans la question]
Reponse
Quel drapeau ?
Question
14 (Suite) Avant 1992, j'etais
membre à Kisangani ou nous chantions le Debout Congolais alors que
l'hymne national etait la Zaïroise. [Rires amusés de la foule ...]
Réponse
[Amusé ...] Il a
donc retiré sa question! [Rires dans la salle]
Question
15 Je suis de ceux
qui aiment leur pays. Je pars d'un constat: En 1997, alors que Mobutu
disait que le pays etait agressé, l'Opposition, dont l'UDPS, est restée
neutre. La maison a brûlé parce que l'Opposition n'a pas choisi son
camp. En 1998, Kabila a
appelé au secours en disant que le pays etait agressé, et
l'Opposition n'a pas choisi son camp. Ainsi la maison a brûlé encore
pour une seconde fois. Aujourd'hui nous avons les Accords de Lusaka,
mais ces accords sont fragiles. Ne faudrait-il pas que la démocratie
choisissent aujourd'hui son camp?
Réponse
L'Opposition interne a justement montré la permanence de sa logique.
Quand la première agression a eu lieu, M. Kabila a dit qu'il venait
s'intégrer dans le processus de démocratisation en cours. Voilà
pourquoi nous disions qu'il vienne; qu'il vienne ajouter ses pressions
à celles déjà en cours, parce qu'en ce moment là, il s'agissait
d'amener Mobutu, le seul rebelle face aux décisions de la CNS, à
s'impliquer dans le schéma de la CNS. Voilà pourquoi on attendait M.
Kabila afin qu'il s'implique dans le processus national en cours. Il
ne l'a pas fait. C'est dommage! Quant à la deuxième guerre, j'avais
fait dès le début fait connaître la position de l'Opposition
interne, c'est-à-dire la médiation entre les belligérants en vue de
rapprocher les deux parties dans la logique de la non-violence, pour
qu'ils viennent à la table des négociations. Lusaka va dans le même
sens que notre vision qui est constante depuis le début de la crise
actuelle. Je ne peux donc pas comprendre qu'on puisse venir me
demander de prendre parti. Quel parti prendre? Celui de Kabila, qui
depuis qu'il est là en est à une quatrième constituante? Kabila qui
navigue à vue et ne sait donc même pas ou il va? Et ne me parlez pas
de la rébellion qui est en déliquescence ! Et de quel coté va-t-on
parler? Vous verrez que l'un et l'autre vont se diluer et ne laisser
en place finalement que la vraie Opposition interne. Ce n'est pas
possible de suivre une logique telle que vous venez de l'exposer.
Question
16 Quelle sera
l'approche de l'UDPS si les Accords de Lusaka ne sont pas respectés?
Nous comptons sur le concours de la communauté internationale. Il y a
cependant une réalité à ce sujet: La communauté internationale
n'appuie que ceux qui sont au pouvoir; elle n'appuie pas des
nationalistes et patriotes. On a tué Lumumba à cause de cela. Il me
semble que le seul moyen de chasser la dictature, c'est de prendre les
armes; ne pensez vous pas que l'UDPS devrait prendre les armes pour
installer un état de droit? [Protestations de la foule pour raison de
répétition]
Réponse
Je suis content parce que nous avons aussi permis à notre ami, qui
voulait aussi faire entendre sa voix aujourd'hui, de parler [Rires de la salle ...] Je pense qu'il est satisfait.
Cependant toutes les questions qu'il a posées ont déjà trouvé une
réponse et je crois qu'il est inutile d'y revenir.
(
Réseau De l'Information, Chaîne française d'information en continue
de la télévision publique canadienne.
Transmis par Iluju Kiringa
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