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Communiqué du RCD

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Prof. Kin-kiey Mulumba

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L'Armée du principal mouvement insurrectionnel congolais anti-Kabila dénonce les préparatifs d’une attaque imminente de la ville de Kisangani par l'armée du président Kabila et ses alliés

L'ANC, l'Armée Nationale Congolaise, bras armé du principal mouvement insurrectionnel congolais anti-Kabila, annonce les préparatifs d'une attaque “imminente” de la ville de Kisangani par les FAC, Forces Armées Congolaises, du président Laurent-Désiré Kabila. 
Lors d'une conférence de presse tenue vendredi 18 août à Bruxelles, dans le salon d’un hôtel à proximité du siège de la Commission Européenne, M. Kin-kiey Mulumba, Chef du Département de la Communication et de la Culture du Rassemblement Congolais pour la
Démocratie et porte-parole du RCD, a déclaré que “Kabila va attaquer dans les tout prochains jours la ville de Kisangani, capitale de la province Orientale. Il va le faire depuis l'aéroport d'Ikela, province de l’Équateur.” M. Kin-kiey a expliqué que M. Kabila a établi "un pont aérien depuis plusieurs jours avec Ikela où deux rotations journalières sont assurées, amenant du renfort en hommes et en matériel de guerre.” 

Il a cité un avion de transport de troupes immatriculé 9QCPW de couleur rouge-blanc et un autre IL76-UR-UCE qui vient directement de l’Ukraine et est piloté par un certain Kushnir. Le 12 août, a dit M. Kin-kiey, cet avion a transporté depuis l’Ukraine 4 chars de combat et “beaucoup d'armes” déposés à Ikela. 

Depuis qu’il charge l'aéroport d'Ikela, "M. Kabila s'est lancé dans des attaques verbales contre le RCD qu’il accuse de violations du cessez-le-feu. Nos troupes auraient tendu une embuscade à ses hommes sur la rivière Sankuru. Et pour bien faire, il y a vu la présence dans nos rangs d'un bataillon de l'Unita de Jonas Savimbi. Il veut entraîner ses alliés angolais dans cette escalade. En réalité, il cherche le prétexte pour ouvrir le feu. Il nous a donné un ultimatum de trois semaines pour évacuer des positions que nous avons conquises avant l’accord de paix de Lusaka et qui ont été déclarées à la JMC. Cela fait une semaine que l'ultimatum court. Kabila procède toujours de la sorte, notamment à l’Équateur lors des combats de Bokungu et actuellement face aux hommes de Jean-Pierre Bemba.” 

"Le RCD lance une mise en garde sévère contre ce régime qui joue avec la vie de ses concitoyens et prend à témoin la Communauté internationale", a déclaré M. Kin-kiey Mulumba qui a présenté le "dispositif de guerre" de M. Kabila une dizaine d'avions de guerre dont deux Ilouchine, quatre Antonov 32, deux Sukkoy 21, deux hélicoptères, des Mig”, alors que le Zimbabwe "livre toutes les munitions et est payée par des concessions minières. Désormais, on ne se contente plus de chercher du diamant sur place, on emporte au Zimbabwe des quantités de terre extraites au Kasaï, embarquées sur des avions depuis
Mbuji-Mayi”, a déclaré Kin-kiey.

Ci-après le texte de sa conférence. 

CONFERENCE DE PRESSE DU PROF. KIN-KIEY MULUMBA, CHEF DU DEPARTEMENT DE LA COMMUNICATION ET DE LA CULTURE, PORTE-PAROLE.

Messieurs, Mesdames,
Je vous remercie infiniment d’être venus à cette rencontre, cela montre tout l’intérêt que vous portez à la situation qui prévaut dans notre pays.

La chute du régime Mobutu a pris tout le monde de court.
Quand l’Afdl et M. Kabila ont surgi en septembre 1996, l’ex-Zaïre était déjà engagé dans un processus de démocratisation qui avançait, bien que difficilement.

Après de longues palabres, les esprits avaient mûri pour affronter les échéances politiques majeures qui s’annonçaient. 

Une Commission Nationale Indépendante des Elections avait été mise en place. Les hommes politiques s’apprêtaient à aller aux Elections, moment privilégié pour la démocratie de s’exprimer. 

Si personne ne pouvait s’imaginer que les premières élections ouvertes d’après-indépendance seraient un succès d’organisation, des Activistes électoraux,
nationaux et internationaux, avaient été mis en route pour réduire les transgressions inévitables. 

Kabila ne pouvait si mal surgir. 

Face à l’incurie du régime, le pays a laissé venir Kabila.

Celui qui arrivait ne pouvait être pire que celui qui partait, avons-nous tous cru. Pour plusieurs raisons, au nombre desquelles les changements intervenus au niveau des mentalités, des relations internationales, l’apparition des nouveaux concepts, tel le droit d’ingérence, l’évolution des esprits des Congolais eux-mêmes, leur niveau d’ouverture intellectuelle désormais très avancée, etc. 

Kabila et l’Afdl étaient soutenus principalement par le Rwanda et l’Ouganda. Pour obtenir l’appui de ces deux pays, Kabila avait promis de nouer des relations étroites avec ces deux pays frères et voisins, ce qui passait forcément par la sécurisation des frontières.

Des relations de paix entre ces trois pays sont un gage pour la paix et la stabilité dans une sous-région explosive.

Or, dès son installation au pouvoir, Kabila a fait exactement le contraire. Il s’est mis à entraîner et à armer des forces qui avaient fui leur pays en 1994 après avoir tué et qui avaient juré d’y revenir par les armes et, en ce qui concerne particulièrement le Rwanda, de reprendre le génocide.

A l’intérieur du pays, Kabila a instauré un régime de terreur avec des exécutions sommaires, des tribunaux militaires, des arrestations arbitraires, des expropriations en série, l’institutionnalisation d’un régime de rançon.

Les droits et les libertés pour lesquels le pays avait tant souffert étaient bafoués.

Au plan économique, une ambition forte était affichée dès le départ. 
A l’arrivée, pourtant, le pays n’a rien vu venir. Tout le monde se rappelle le fiasco de la Conférence des Amis du Congo, à Bruxelles, en décembre 1997. Entre-temps, on avait annoncé la construction de 7000 km de routes bitumées.

Kabila pourtant ne pouvait échouer. Il lui suffisait pour cela de la modestie, un minimum d’esprit d’ouverture et de séduction. 

Le pays tout entier était derrière cet homme et n’exprimait qu’un vœu : retravailler. La communauté internationale offrait l’aide financière - certes modeste - mais ce pays a ses atouts. Les fonds gelés sous Mobutu comme sanction infligée contre les entraves dressées sur le processus de démocratisation, ne demandaient qu’à être mouvementés. A condition de monter des dossiers que Kabila ne savait faire. En réalité, personne ne lui demandait tant : le pays dispose d’une technicité qui a fait ses preuves au sein d’organismes internationaux ; Kabila pouvait aussi compter sur l’assistance technique étrangère de retour avec la reprise de la Coopération. 

Trop apprenti ou trop orgueilleux, il a voulu faire tout, tout seul, refusant obstinément ceux qui venaient et voulaient l’aider ; en s’entourant de ceux que les Kinois appellent «les stagiaires.»

Tout cela a amené des patriotes à entrer dans l’opposition active, après que toutes les voies de sortie eurent été tentées, sans succès.

Nous voulions le changement de régime, par tous les moyens. 

Le 2 août, le premier coup de feu a été tiré à Goma ; le lendemain à Bukavu ; deux semaines plus tard à Kisangani ; puis à Kindu. 

Aujourd’hui, nous sommes au Katanga, au-delà de Moba ; à l’Equateur, nous sommes à Ikela ; au Kasaï, nous bivouaquons aux portes de Kabinda, Mbuji-Mayi, Kananga ; nous sommes à Dekese, face à la province du Bandundu. Nous contrôlons entièrement ou partiellement sept provinces sur les neuf que compte le pays si vous écartez la Capitale Kinshasa.

N’eût été l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka, nous serions aujourd’hui très loin.

Mais cet Accord, nous l’avons signé, après l’avoir négocié de manière très sérieuse. Cet Accord nous satisfait totalement. Il nous permet de réaliser les objectifs de la lutte, c’est-à-dire instaurer la paix des cœurs et des esprits dans l’ex-Zaïre en faisant
l’économie des moyens et du temps, conduire notre pays vers l’Etat de droit démocratique, la bonne Gouvernance, la Modernité, avec tous, toutes les filles et tous les fils du Congo-Zaïre.

Contrairement à M. Kabila qui n’y a pas cru – dès le départ – et qui, en le signant, n’a cherché qu’à gagner du temps afin de faire venir les mercenaires coréens et de recevoir ses livraisons d’armes et d’armement lourd qui n’avaient pas été effectuées à temps, nous avons, avec nos Alliés, été sérieux dès le départ.

Nous avons vérifié chaque mot, chaque phrase avant d’apposer notre signature ; nous avons mis au point les principes de gouvernement, de gestion du nouvel Etat, et les avons fait accepter par les autres parties.

Nous sommes un Mouvement de Gouvernement. Dès que nous donnons notre signature, nous la respectons intégralement.

Nous ne disons pas une chose pour faire une autre.
Nous savons ce que nous voulons. 

Voilà pourquoi l’Accord de paix de Lusaka, dans ses différentes articulations – la JMC, la MONUC, le Dialogue politique inter-congolais - ne peut être renégocié, en tout cas, jamais à la demande de l’une des parties.

Messieurs et Mesdames, 
Le 8 avril, après des mois d’atermoiements, d’attentisme, une réunion a permis à Kampala la mise au point d’un Plan de désengagement.

Toutes les armées engagées dans le conflit y étaient représentées par un Chef d’Etat-Major Général de l’Armée. Le nôtre, le Commandant Ilondo Efondo Hugo Ibos, était là. L’APR était là avec le général de brigade Kayumba Nyamwasa ; l’UPDF était là avec le chef d’Etat major général, le général-major Jeje Odongo.

Kabila et les FAC n’y ont envoyé personne, à part un fonctionnaire de troisième rang.

Or c’est à Kampala, le 8 avril, que pour la toute première fois, une bonne nouvelle a été donnée au monde que les choses allaient dans le bon sens : celui de l’application de l’Accord de paix.

Le 2 août dernier, le conflit en Rd-C est entré dans sa troisième année.

Je voudrais dire que nous regrettons sincèrement la poursuite de la guerre alors qu’un Accord de paix existe que tous les belligérants ont signé, librement.

Le régime de Kinshasa accuse régulièrement nos forces d’avoir violé le cessez-le-feu. C’est le même stratagème : il a besoin de ce prétexte pour attaquer.

Tout le monde sait qu’il s’est fait livrer beaucoup d’armes ces dernières semaines. Il dispose d’une réelle armada : une dizaine d’avions de guerre dont deux Ilouchine, quatre Antonov 32, deux Sukkoy de fabrication italienne, deux hélicoptères, un DC-8. La
fabrique d’armes du Zimbabwe livre toutes les munitions et est payée de la manière que tout le monde sait : par des concessions minières ; désormais, on ne se contente plus de chercher du diamant sur place, on emporte au Zimbabwe des quantités de terre extraites
au Kasaï, embarquées sur des avions.

Lors des explosions de l’aéroport de Nd’jili, une dizaine de chars ont été déployés en moins d’une heure entre le rond-point de la Socimat, à la Gombe et le Palais de Marbre sur les hauteurs de la ville où réside Kabila, prêts à livrer bataille.

Kabila a réquisitionné sept barges de l’ONATRA sur lesquelles il a monté des BM (Missiles balistiques) et toutes les armes de destruction massive, qui appareillent sur les rivières du centre au Kasaï et du Nord à l’Equateur où elles distribue aveuglément la mort aux innocents congolais.

Il a dissout la GSSP et la 50ème brigade. 

A la place, il a monté la FIC, Force d’Intervention de la Capitale, qui est son dispositif de combat et au sein de laquelle on ne trouve que des soldats de chez lui désormais éparpillés dans des villas privées à la cité à travers la ville avec pour mot d’ordre : tout tuer, tout détruire, le moment venu.

Les soldats qui viennent d’autres provinces, principalement les ex-FAZ, ont été envoyés au front, à l’Equateur, dans le Kivu, au Kasaï, au Shaba-Katanga avec pour mot d’ordre : tuer s’ils ne veulent pas être tués, par leurs surveillants.

Quant à son artillerie lourde, elle est désormais tenue par les mercenaires coréens.

Voilà le Système Kabila.

Quand il déclarait, il y a deux ans, en août 1998 qu’il va livrer une guerre longue, il y croyait. Il s’y est préparé depuis. 

Il a vécu trente ans dans le maquis de Fizi-Baraka. Il veut transformer un sous-Continent en vaste maquis. Parce que sa position naturelle, c’est le maquis.

D’ailleurs, je vous donne les dernières nouvelles du front : elles sont mauvaises pour la paix.

Kabila va dans les tout prochains jours attaquer la ville de Kisangani, capitale de la province Orientale. Il va le faire depuis l’aéroport d’Ikela, à l’Equateur.

Depuis plusieurs jours déjà, Kabila a établi un pont aérien avec Ikela, avec deux rotations journalières qui amènent du renfort en hommes et en matériel. 

Il y a un avion de transport de troupes 9QCPW de couleur rouge-blanc et un autre IL76 – UR-UCE. Celui-ci vient directement de l’Ukraine. 

Je peux également vous donner le nom du pilote russe-ukrainien : un certain Kushnir.

Tout récemment, le 12 août, cet avion a transporté depuis l’Ukraine 4 chars de combat et beaucoup d’armes déposés à Ikela. 

Alors que débutaient ces mouvements sur l’aéroport de Ikela, nous nous attendions à des accusations. Ce qui est arrivé. Kabila nous accuse d’avoir tendu une embuscade à ses troupes sur la rivière Tshuapa, au niveau de la localité de Yoko. Pour entraîner ses
alliés angolais dans les combats, rien de mieux que de voir à Ikela la présence d’un bataillon de l’Unita. Ce qu’il a déclaré. 

A la suite de quoi, il nous a donné un ultimatum de trois semaines – une semaine est déjà passée. Il nous intime l’ordre d’évacuer des positions conquises par le RCD avant Lusaka, déclarées à la JMC.

Dans le passé, on se souvient que nous avions été contraints, sur cet axe, de perdre Bokungu, notre position avancée sur cet axe. Kabila pressé par Mugabe, voulait desserrer l’étau d’Ikela où 2000 soldats zimbabwéens étaient assiégés par nos hommes depuis de longs mois.

Le RCD lance une mise en garde contre ce régime qui joue avec la vie de ses concitoyens. 

Nous voudrions prendre la Communauté internationale à témoin. 

Elle doit refréner les élans belliqueux de ce Président. Car notre Mouvement, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, s’est inscrit dans une autre logique : s’il a pris les armes, c’est pour obtenir le Changement. Ce Changement, le RCD peut et veut l’obtenir par l’Accord de paix de Lusaka qu’il a négocié et auquel il croit.

Nous voulons l’application, pleine et entière, de cet Accord, tout l’Accord, rien que cet Accord.

Nous réaffirmons notre foi en la Communauté internationale, à la SADEC, à l’OUA, aux
Nations-Unies, au Conseil de Sécurité.

Jamais cet Accord de paix ne peut être bloqué : Kabila ne détient pas un droit de veto quelconque.

Le régime de Kinshasa est aujourd’hui désaffecté, encerclé et en voie d’isolement. Il a pris l’option de se durcir. Il croit à tort qu’il doit organiser sa défense collective.

Depuis que l’un de ses barons est recherché par la justice belge, et que l’ordre de son arrestation est donné, le régime pense qu’il doit trouvera son salut dans une victoire militaire, parce que d’autres – Kabila en tête – sont sur la liste.

Ils savent que notre Mouvement a annoncé dès septembre 1998 dans un rapport remis aux Nations Unies qu’il procéderait à leur arrestation et les remettrait à un juge pour actes de génocide et d’incitation à la haine ethnique.

C’est peut-être aussi pour que les choses soient plus claires que le RCD a décidé, en accord avec son allié, de se replier à 200 km de la ligne de front, voire plus. Mais contrairement à ce qui avait été parfois reporté, nous ne demandons rien à Kabila. Notre
décision est unilatérale.

Nous voulons donner toute sa chance à la paix. Nous n’avons plus rien à donner désormais.

Nous savons qu’aussitôt que nous serons partis, Kabila s’empressera de reprendre des villes et d’annoncer des victoires.

Messieurs et Mesdames,

Pour tout vous dire, c’est peut-être aussi ce que nous voulons : que Kabila nous attaque et que cela se sache.

Enfin, nous savons que nous sommes sur la bonne voie : à Lusaka, le 14 août où Kabila avait été convoqué en vue de comparaître devant ses pairs de la SADEC après son refus de se rendre à Windhoek, en Namibie, prétextant un agenda chargé, notre Mouvement a
amélioré sa position diplomatique : Kabila a été très clairement désigné comme l’obstacle majeur à la paix dans notre pays et dans la sous-région, donc le danger suprême pour les peuples de la sous-région. Sa guerre à l’Equateur risque d’entraîner la République du Congo-Brazzaville et la République Centrafricaine voisines déjà très durement touchées par l’exode des réfugiés. 

Si Kabila a tout rejeté en bloc – le facilitateur, cet ancien et très respecté président botswanais Ket Masire qui a quitté son fauteuil dans l’honneur et la dignité, le plan de déploiement des Casques bleus, le Dialogue politique intercongolais que tous les
Congolais attendent fiévreusement – en revanche, tous les pays signataires, le Zimbabwe aussi avec le Président Mugabe qui a tancé Kabila, toutes les organisations internationales, les grandes puissances ont, avec nous, renouvelé leur engagement à l’Accord, à Masire, aux Casques Bleus. 

Kabila est en train de se mettre tout seul, et à peu de frais en ce qui nous concerne,
au ban de la Communauté internationale. 

Bxls, 18 août 2000.


Prof. Kin-kiey Mulumba,
Chef du Département de la Communication et de la Culture,
Porte-parole du Rassemblement Congolais pour la Démocratie.
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