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Le
remaniement du gouvernement annoncé tambour battant, depuis le mois
de juillet 2000, s’est révélé, in fine, comme une chimère médiatique.
La publication de la liste de l’équipe ministérielle a déçu, à
ne point douter, la population congolaise qui, face à la détérioration
progressive de ses conditions de vie, attendait un gouvernement
inclusif, « costaud » et, surtout, capable d’apporter
des solutions appropriées à de cruciaux problèmes liés à son vécu
quotidien de plus en plus précaire.
Il
en est de même de la création - demeurée, malheureusement, un vœu
pieux - du poste de Premier ministre dont le titulaire, situé
politiquement en dehors de la mouvance présidentielle, aurait été
chargé de superviser l’articulation de l’action gouvernementale,
déchargeant ainsi le Chef de l’Etat de la lourde tâche de la
gestion quotidienne des affaires de l’Etat (exécutif) au profit de
ses fonctions constitutionnelles.. Parmi les « primaturables »,
non-CPP, dont les noms avaient fait, sans discontinuer, la « Une »
des journaux ces derniers trois mois, seul le dernier Premier ministre
du Maréchal Mobutu, M. Likulia Bolongo, a été repêché comme chef
du département de Portefeuille, Département moins important
politiquement par rapport à la carrure que d’aucuns n’hésitent
pas à lui attribuer.
L’annonce
de la suppression de la fonction de Ministre d’Etat dont la presse
avait aussi fait l’écho, ces derniers jours, était, comme vient de
le montrer la reconduction de MM. G. Kakudji, Abdoulaye Yerodia
Ndombasi et V. Mpoyo dans leurs fonctions, un canard, une fausse
nouvelle destinée à amuser la galerie. Le maintien des suscités à
leurs postes a tout de même eu lieu bien que leur prestation, dans le
passé, n’eut pas été fameuse. En témoignent les faits suivants.
Le rôle joué par le Ministre d’Etat, en charge des Affaires étrangères
et de la coopération internationale, dans les négociations qui
avaient débouché sur l’Accord de Lusaka de juillet 1999 se passe
de commentaires. Accord que M. Abdoulaye Yerodia Ndombasi avait paraphé
au nom du gouvernement congolais et dont il n’a de cesse, un an après,
de réclamer sur tous les toits la révision au motif qu’il serait
favorable à l’opposition armée et à ses parrains, c’est-à-dire
au détriment du régime de Kinshasa. Sous d’autres cieux, négocier
et parapher, en période de guerre, un accord qui, par la suite, se révèle
défavorable au pays dont on a assuré la représentation aux négociations
constitue un acte de haute trahison passible de peine capitale ou de
la prison à vie... La parole est à la Cour d’Ordre Militaire
(COM). Il en est de même de son collègue en charge du pétrole, M.
le Ministre d’Etat Victor Mpoyo, dont le nom a été, dans un passé
encore récent, associé à des affaires crapuleuses et scabreuses de
trafic, à savoir la pénurie créée artificiellement d’essence et
dont les conséquences ont été les files d’attente devant les
stations-services et la contrainte à la marche à pied à laquelle
les Kinoises et les Kinois étaient assujettis. A cela s’ajoute
l’affaire de la cargaison du pétrole à destination de la République
centrafricaine, cargaison en transit en RDC et volatilisée entre
Matadi et le territoire centrafricain... Les collaborateurs directs du
Monsieur le Ministre d’Etat en charge du pétrole, entre autres son
Directeur de cabinet, seraient encore en détention. Sa liberté et sa
survie politique, après avoir été interpellé et interrogé sur
cette affaire à deux reprises par le Comité de la Sécurité d’Etat
(CSE), n’ont pour explication, selon la presse de Kinshasa, que ses
liens politiques datant de longtemps avec le Président de la République.
La présence constante du Ministre d’Etat, en charge de l’Intérieur,
Monsieur G. Kakudji, en dépit du bilan quasi nul de son action, au
sein de différents gouvernements précédents et sa reconduction dans
l’actuel, est l’expression manifeste de la mise en pratique du népotisme
- érigé en système de sélection et de recrutement des candidats
aux postes de responsabilités. Il est, entend-on souvent, le cousin
du Chef de l’Etat.
Le
déficit ci-haut, pur constat, qui caractérise et illustre, en
partie, le rendement des Ministres d’Etat, vaut aussi, à quelques
exceptions près (c’est le cas de le dire à propos du Ministres des
droits humains), pour les autres membres du gouvernement maintenus
dans leurs fonctions ou affectés à d’autres départements à la
suite du remaniement dont il est question dans ce papier.
Le
comble de l’ironie dans cette tragi-comédie où le burlesque se
confond au grotesque pour, à la suite, éclater dans un syncrétisme
confus, est, à plus d’un titre, la nomination de M. Sakombi Inongo
au Ministère de la Communication. Chantre éhonté et vendeur, en son
temps, des « illusions mobutiennes », sans grande
efficacité apparemment - ne se fait-il pas sans cesse gloire
d’avoir inventé le concept « mobutisme » ! -,
point n’est besoin d’ajouter qu’il va nous rabattre, à
l’image de « ses cartes blanches » de mauvais aloi et de
triste mémoire, avec l’aide de ses tralala démagogiques rédigés,
comme à l’accoutumée, dans un style qui consacre l’irruption de
la technique publicitaire dans la démarche de l’analyse et de la présentation
des faits politiques. Le style, c’est l’Homme ! Ceci étant
dit, qu’on n’y cherche ni histoire ni historien. On va au plus
pressé, quand ce n’est pas au plus simple.
Il
est vrai que le gouvernement actuel du fait de son modelé
morphologique n’est pas différent du précédent. C’est dire
qu’il ne faut pas attendre de la nouvelle équipe gouvernementale
des miracles en rapport avec l’amélioration de la situation socio-économique
de la population congolaise. La caisse de l’Etat demeure vide au
motif que l’économie de la guerre et la guerre d’usure nous imposée
vont continuer à absorber les recettes de plus en plus maigres
provenant de l’exportation de ce qui nous reste encore comme matières
premières..
Qui
plus est. Le récent remaniement du gouvernement opéré par le Président
Kabila s’inscrit en faux contre l’Accord de Lusaka et constitue,
par ricochet, un blocage manifeste quant à sa mise en exécution.
Accord dont les dispositions, nous faut-il le rappeler, prévoient le
dialogue intercongolais. Dialogue à l’issue duquel sera institué
un nouvel ordre politique en RDC qui, à son tour, donnera naissance
à un gouvernement de large union nationale, c’est-à-dire composé
des membres de la « mouvance présidentielle », de
l’opposition armée et non-armée et des représentants de la société
civile, gouvernement ayant en charge l’organisation des élections
libres, transparentes et démocratiques.
Ce
que souhaite présentement le peuple congolais est la fin de la guerre
injuste lui imposée en vue d’entamer la reconstruction nationale.
Notre pays se meurt lentement, mais sûrement. Il se pose, cependant,
la pressante question de savoir si ces « princes qui nous
gouvernent », sans notre mandat, sont capables de prendre en
compte, dans leurs projets et démarches, nos intérêts majeurs et
nos aspirations profondes. De tout temps, même dans nos sociétés
d’hier, la qualité d’un Chef se manifeste à travers la recherche
permanente du bien-être de ceux dont les destinées sont entre ses
mains...
On
ne le dira jamais assez : « la seule constance de
l’histoire est le changement, et les événements dans leur
turbulence comportent des scènes toujours en mouvement. Nier cette vérité
d’évidence, c’est naviguer, dans un monde décidément en
mouvement, à contre-courant de la formidable poussée populaire en
faveur des Droits de l’Homme et de la démocratie (...) ».
Cet enseignement, contenu dans l’un de nos papiers publiés,
jusqu’il y a peu, dans cette rubrique, se veut, aujourd’hui, plus
pressant et plus actuel que jamais.
Iseewanga
Indongo-Imbanda
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