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Cher compatriote !
Merci de la diligence de vos réponses.
A dire vrai, la flambée d’agitation
dont vous avez fait montre dans votre « réponse à M. Iseewanga »
(pour votre information, mon nom est Indongo-Imbanda) - je pense ici,
avant toutes choses, à vos jugements a priori sur ma personne (« manque
d’informations »... et j’en passe...) -, m’a étonné à
plus d’un titre. D’autant que mon intention, en ouvrant le
dialogue sous forme de lettre-réponse à votre papier sur la « double
nationalité », était de souligner ce qui - sur ce sujet, à
vrai dire, sans limites -, nous sépare. Ce, en essayant d’éviter
tout risque de bavardage pseudo-encyclopédique comme aussi celui
d’exclusives mutuelles pouvant conduire à la rupture.
Je reste, tout de même, convaincu que
nos « formations » respectives rendent plus aisé de nous
comprendre et naturel d’opposer, pardon, d’échanger des idées
sans renoncer à la fraternité des Hommes. L’exigence fondamentale,
dans cet ordre des choses, est d’avoir en partage certaines valeurs
de civilisation, c’est-à-dire les mêmes références et de
partager la même démarche. Ce qui signifie : porter les
discussions sur des questions d’échelle.
Le code congolais de nationalité est,
comme vous le dites avec raison d’ailleurs, exclusif, c’est-à-dire
selon cette loi (art. 1 du décret-loi constitutionnel nº 197),
personne ne peut détenir la nationalité congolaise concurremment
avec une autre. Il en est de même de l’étranger qui acquiert la
nationalité congolaise. Lequel doit, en conséquence, renoncer à sa
nationalité d’origine (art. 11, chap. II du même décret-loi
constitutionnel). En termes clairs, le Congolais qui a choisi
volontairement (au risque de vous agacer !) une nationalité étrangère
perd, de ce fait, la nationalité congolaise (art. 27, section 1,
chap. IV) qui, encore une fois, est « une et exclusive ».
Pour comprendre cet état des choses, la qualité de grand clerc ès
choses juridiques n’est pas de rigueur.
Pour mémoire, le cas des Congolais
devenus belges, français, canadiens, américains, etc. dont la présence
à la consultation nationale (Cn) avait défrayé la chronique de
Kinshasa bourdonne encore à mes oreilles... La non-acceptation de la
« double nationalité » n’est pas une spécificité
exclusivement congolaise. La République Fédérale d’Allemagne,
pour ne citer que ce cas parmi beaucoup d’autres, pratique en matière
de la naturalisation la même politique.
Il semble que vous éprouvez d’énormes
difficultés de différenciation entre « congolais de la
diaspora » et « belges, français, canadiens, américains
ou que sais-je encore d’origine congolaise ». En vérité, les
deux expressions, loin d’être synonymes, sont antonymes ou
antinomiques. N’est-il pas dans l’ordre des choses, au regard de
cette considération, que la loi congolaise en matière des « droits
des citoyens » traite les sus-cités différemment ?
Qu’entendez-vous par « forcer » ?
De mémoire d’homme, sauf l’Union soviétique après la grande Révolution
d’Octobre, je ne connais aucun Etat au monde, qui a obligé ou qui
oblige les étrangers vivant sur son territoire à se naturaliser... Même
l’Allemagne nazie ne l’avait pas fait à l’endroit des citoyens
des pays qu’elle avait occupés pendant la deuxième guerre
mondiale.
Encore une fois, prendre une
nationalité étrangère est toujours un acte libre, individuel et
volontaire...
Pourquoi vous obstinez-vous à me
faire dire ce que je n’ai pas dit ? Serait-ce pour les besoins
des BI fictifs que vous comptez confectionner à mon encontre ou
serait-ce un procès d’intention? L’adjectif « partisan »,
utilisé dans mon texte précédent, a trait à votre argumentaire
dont le but visé, comme il en ressort d’une lecture dégagée de
gangue passionnelle de vos deux papiers, est d’assouvir les intérêts
d’ordre individuel. Nulle part, dans ma lettre-réponse, il n’est
question de « la disposition constitutionnelle » qui
exclut « les Congolais dont l’un des parents est non-congolais »
à postuler la présidence de la République. C’est le cas de le
dire. Au cas où j’aurais des critiques à formuler en rapport avec
la situation dans notre pays, je le ferai en m’adressant directement
à qui de droit.
Tant d’acharnement obsessionnel,
Monsieur Assani, d é c o n c e r t e...
Monsieur Henry Kissinger aurait, sans
doute, été un bon Président des Etats-Unis d’Amérique. Il en
serait de même de Mme M. Albright. Mais hélas ! la constitution
américaine est on ne peut plus claire pour ce qui a trait à
l’accession au poste de Président de la République...
Je suis parfaitement d’accord avec
vous lorsque vous soulignez « la contribution significative »
de la « diaspora congolaise » (terme que vous utilisez à
tort et à travers dans vos deux papiers) à l’économie de notre
pays, contribution qui a, jusqu’ici, réussi à alléger les
contraintes matérielles et autres auxquelles les « parents »
restés sur place continuent à être assujettis. Croyez-vous sincèrement
que cette noble action dont les premiers bénéficiaires sont ces
derniers appelle, en retour, l’amendement du code de la nationalité
dans le sens d’accorder « la double nationalité » aux
seuls Congolais de souche qui ont, pour une raison ou une autre, pris
une nationalité étrangère? Poussant votre logique jusqu’au
bout, je suis, tout en étant contre « la double nationalité »,
d’avis que les étrangers naturalisés peuvent aussi, à travers
leur savoir-faire (know-how) ou au travers des investissements,
contribuer au développement de leur pays d’adoption, dans le cas de
figure, du Congo.
Je ne cesse de me demander qu’une
personne « informée et faisant usage de la " rigueur "
dans son argumentation » (le contraire de ce que je suis, selon
vous) - ce sont vos propres formules -, puisse tout mêler et ne pas
distinguer l’essentiel de l’accessoire ... L’amalgame ne manque
pas, ici, d’hardiesse. Etes-vous vraiment d’avis que le phénomène
appelé le « diasa-diasa » a pour origine « la
double nationalité » ? A mon avis, il serait plutôt le résultat
de la prestation piètre et contre-productive de certains membres de
la diaspora par rapport à l’espoir qui était placé en eux à leur
retour au pays...
Les bourses du gouvernement congolais
(zaïrois de l’époque) - aux étrangers, et en particulier aux
rwandophones comme vous le dites -, étaient accordées dans le cadre
de la solidarité africaine ou des accords bilatéraux... Pourquoi ne
parlez-vous pas des Angolais à qui nous n’avions pas accordé
seulement des bourses d’études, mais aussi l’hospitalité des années
durant ? Les gouvernements européens, américains et autres
doivent-ils se plaindre du fait que de nombreux Congolais auxquels ils
avaient possibilisé la formation universitaire ou professionnelle
soient rentrés au Congo ? Plus largement, c’est la question du séjour
prolongé des Congolais de souche, bénéficiaires des bourses du
gouvernement congolais ou des bourses étrangères destinées aux
Congolais, qui ont pris une nationalité étrangère que vous éludez.
Faut-il vous le rappeler que le Congo, au travers de ce séjour
prolongé, est privé de leur intelligence et, par ricochet, des
facteurs de développement ?
« Ignorant » que je suis,
c’est vous qui le dites, je ne vois pas la relation causale entre
« les bourses attribuées aux étrangers » et ce que vous
appelez « le problème de la double nationalité » ?
Il faut éviter ce genre de prestidigitation ou de saute-mouton qui
consiste à s’octroyer le monopole de la vérité, du nationalisme
et du patriotisme...
Vous dites que je ne propose rien...
N’est-ce pas étonnant ? Le titre de mon premier papier
« des deux choses l’une... » est, à mon avis, un élément
(peut-être radical pour vous) de solution au faux « problème
de la double nationalité » qui ne se pose pas en RDC. La
nationalité congolaise est, au risque de me répéter, « une et
exclusive ». Une façon galante de vous demander de recouvrer
volontairement la nationalité congolaise (art. 33, section 3, chap.
IV ; art. 36, section 1, chap. V du décret-loi nº 197) au cas où
vous envisageriez de prendre la noble décision d’aller servir, sur
place, notre pays qui se meurt lentement, mais sûrement...
Le rôle du dialogue intercongolais
dont les délégués n’ont pas été désignés démocratiquement
par le peuple congolais doit se limiter à la recherche des voies et
moyens qui donneraient réalité aux éléments de solution urgente à
un ensemble des défis majeurs auxquels nous avons à faire face en
cette période d’humiliation, du partage de fait de notre pays et de
sa violation permanente de la part des troupes d’agression du
Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi et à l’institution d’un
nouvel ordre politique construit sur les valeurs et les normes de la démocratie
élective comme facteur essentiel du développement. Le « problème
de la nationalité », du fait qu’il relève de la souveraineté
nationale, doit être débattu, au cas où la nécessité s’impose,
par le parlement national qui sortira des élections libres,
plurielles et transparentes à la fin de la période de transition.
Enfin, pour sortir définitivement de
cette « querelle » on ne peut plus absurde à laquelle
j’ai été, malgré moi, contraint, permettez-moi ces quelques mots
à titre de conclusion. Vos deux papiers sont complètement hors de la
cohérence - s’il y fut jamais. Ils oscillent d’un côté à
l’autre et véhiculent des trivialités que c’est à faire pitié.
Il y manque un système de référence qui, dans le cadre de la problématique
qui nous préoccupe, aurait eu une valeur d’abstraction et au sein
duquel ce que vous appelez, pour les besoins de votre cause, « le
problème de la double nationalité », considéré dans sa
pluridimensionalité et sous ses multiples rapports, rentrerait dans
un cycle dialectique d’objectivation vers une délimitation précise
et spécifique de chaque élément.
Il est excellent que vous vous soyez révélé,
à travers ce feuilleton médiatique dont vous êtes la vedette, tel
que vous êtes... Le style, n’est-ce pas l’Homme !
Compatriotiquement
Iseewanga Indongo-Imbanda
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