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Le
Ministre Louis Michel a déclaré, ce 10 juillet à la Commission des
Affaires Etrangères de la Chambre, assumer sa visite à Kinshasa le
30 juin 2000 à l'occasion du 40ème anniversaire de l'Indépendance
du Congo. J'étais au Congo au même moment et entends féliciter le
Ministre pour la démarche qu'il a effectuée. Monsieur Michel, à
peine arrivé à Kinshasa, s'est envolé à bord
d'un C130 des forces armées belges, arrivé la veille chargé
de l'aide que le Gouvernement a confié aux ONG, en vue de secourir,
à Kisangani, les victimes de l'horrible guerre rwando-ougandaise, qui
se déroule dans l'Est du Congo depuis près de deux ans.
Le
Ministre, les journalistes présents l'ont constaté, est allé à la
rencontre des victimes. Il a effectué une visite de terrain qui a épuisé
toute sa suite.
Le
soir même du 30 juin, après une ultime rencontre avec le Président
L.D. Kabila, sans attendre la fin des festivités, il quittait
Kinshasa pour se rendre au Burundi pou célébrer l'anniversaire de
l'indépendance de cet autre pays sous tutelle de la Belgiquie. Là,
il serrait la main du Président, non élu et contesté, le Général
Buyoya mais aussi celle de Nelson Mandela, négociateur désigné pour
rétablir la paix dans ce pays en guerre civile et contre le Congo.
L'extrême
droite flamande et le CVP en se saisissant des poursuites engagées en
Belgique contre le Ministre des Affaires Etrangères congolais,
Monsieur Yeroudia, comme arguments pour accuser le Ministre Michel
posent ils un acte civique ou bien manipulent ils l'actualité pour
tenter, une fois encore, de régler leurs comptes avec l'actuelle
majorité dans un climat pré-électoral ?
Car,
quelques soient les faits reprochés par la juge Vander Mersch au
Ministre Yeroudia, nous vivons dans un Etat de Droit et rappelons que
tout accusé a droit à une défense.
Le
CNCD, que je préside, a publié dès
août 1998, un communiqué dénonçant les propos tenus à
Kinshasa par tous ceux qui confondent droit à la légitime défense
et incitation à la haine ethnique.
En
juillet 1999, Monsieur Yéroudia nous a témoigné, lors d'une visite
que j'effectuais au Congo avec un ancien Ministre CVP, ses regrets
pour les phrases prononcées si elles avaient pu être interprétées
comme un acte raciste il était en pleurs face à de tels propos.
Ceux
qui accusent, aujourd'hui, le Ministre belge des relations extérieures,
le CVP en particulier, n'ont pas encore fait le deuil de leur échec
en Afrique Centrale durant la dernière décennie. Ils semblent
oublier un peu vite l'écrasante responsabilité des gouvernements
belges antérieurs dans le drame génocidaire qui s'est déroulé au
Rwanda en 1994. Il a fallu que Monsieur Verhofstadt et Michel aillent
s'excuser au nom de l'Etat belge, le 7 avril dernier, pour réparer un
tant soit peu les graves fautes de non-assistance à personnes en
danger de génocide commis au Rwanda entre 1990 et juillet 1994.1
Si
la coopération au développement est rendue aussi difficile dans
cette région en pleine guerre, aujourd'hui, c'est certes pour partie
de la responsabilité des manquements des autorités locales mais
aussi et surtout parce que l'Europe n'en finit pas de régler ses
comptes avec l'Afrique Centrale.
Il
est temps, il est urgent, c'est un devoir supérieur à tout autre que
de se pencher sur le sort des populations de ces régions :
populations génocidées en attente de réparation, populations
victimes de guerres, d'agressions d'une sauvagerie extrême et non
assistée.
La
fin du régime criminel mobutiste et ses conséquences, le génocide
au Rwanda, la guerre civile au Burundi ont des conséquences
incalculables pour ces populations martyres et obligent la Belgique et
l'Europe à réagir.
En
se rendant dans la région et donc aussi au Congo avec le double
objectif : coopérer pour la paix et coopérer pour le développement,
le Ministre Michel prend des risques certes mais il pose les actes
indispensables requis de l'homme d'Etat en charge des relations extérieures
de la Belgique avec une région et des peuples en droit d'assistance.
Bruxelles,
le 11 juillet 2000.
Pierre
Galand
Président
du CNCD.
1
Le CNCD avait publié avec la FIDH et d'autres associations des droits
de l'homme un rapport alarmant sur les risques encourus par les
populations Tustsi du Rwanda en 1993 |