L'Ouganda encouragé à piller le Congo |
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K. Dibelayi |
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LA BANQUE MONDIALE RÉCOMPENSE LE FINANCEMENT ILLÉGAL DE
L'ARMÉE
RÉSUMÉ : L'ouganda a recours au financement extra-budgétaire de son armée
par l'entremise du pillage des ressources aurifères et diamantaires du Congo
voisin.
La Banque Mondiale allègue que l'Ouganda se conforme aux conditions fixées
par les donateurs qui exigent qu'un pays bénéficiaire ne consacre pas plus
de 2 pour cent de son PIB à la défense (pour être éligible au programme de
soulagement de la dette des pays les plus pauvres). Ainsi, l'Ouganda devient
le premier pays candidat pouvant bénéficier d'un soulagement de 2 milliards
de sa dette extérieure.
Par Gunnar Willum et Bjørn Willum
La Banque Monsiale et les donateurs occidentaux veulent tellement que leur
nouveau programme de soulagement de la dette des pays les plus endettés
fonctionne (le programme HIPC), qu'ils préfèrent fermer les yeux sur le
financement occulte de l'armée ougandaise par l'entremise du pillage du
Congo, plutôt que de présenter les vrais données.
Et les données officielles de la Banque Mondiale sont en effet très positifs. Un taux de croissance élevé de l'économie, des exportations en
augmentations et presque pas de dépenses militaires, en dépit du fait que le
gouvernement ougandais occupe une bonne partie du territoire congolais et
soit engagé dans une autre guerre dans la partie nord de l'Ouganda contre
des groupes rebelles.
Le mois dernier ce pays d'Afrique de l'est s'est en effet vu récompensé par
la Banque Mondiale et le FMI qui lui ont promis d'effacer près de 2 milliards de dollars de sa dette par l'entremise de l'Initiative en faveur
des pays pauvres les plus endettés (HIPC). Cette initiative a été applaudie
par des ONG et des universitaires du monde entier.
Mais les chiffres sont trompeurs. Le budget militaire de l'Ouganda est bien
plus élevé que ne laisse entendre les chiffres du budget officiel.
Selon une source de la publication danoise Aktuelt au sein de la Banque
Mondiale, qui a demandé à ne pas être identifiée, «le pillage de l'or et des
diamants du Congo rapporte un million de dollars par jour à l'Ouganda.»
Les revenues associés au pillage des ressources de minerais précieux au
Congo bénéficie directement aux militaires et une partie est empochée par
des officiers supérieurs. Selon William Reno, de l'Université Northwestern
de Chicago, ces revenues ne sont pas comptabilisés dans le budget de l'État.
L'Ouganda contourne ainsi l'exigence des donateurs qui spécifie que pour
être éligible au soulagement de la dette, le pays ne doit pas consacrer plus
de 2 pour cent de son PIB à la défense.
Exportation d'or
Cependant, le pillage du Congo ne profite pas exclusiment aux militaires et
aux officiers qui tirent profit de la contrebande.
L'or, les diamants et d'autres minéraux précieux sont expédiés en Ouganda
depuis les mines de l'est du Congo sous le contrôlle de l'armée ougandaise.
Cet or est ensuite acheté par des entreprises privées et à nouveau exporté,
de l'Ouganda cette fois, ce qui contribue à améliorer la balance des
paiements.
L'Or est maintenant le deuxième plus important poste de revenu d'exportation
après le café, rapportant près de 100 millions de dollars annuellement selon
les statistiques du gouvernement ougandais, ce qui ajoute, aux yeux des
donateurs, un autre bon point à la performance économique du pays.
Selon William Reno il est impossible que la Banque Mondiale ignore la provenance de cet or et l'utilisation qui est faite de l'argent de ce
commerce illégal. «Ce sont des imbéciles s'ils affirment ne pas savoir ce
qui se passe. Ils s'en foutent en fait. N'importe quel géologue sait qu'il
ne peut y avoir autant d'or en Ouganda»
Cette contrebande n'est un secret pour personne: certainement pas pour le
gouvernement , ni pour les donateurs ou les institutions monétaire internationales. En octobre dernier (par exemple le FMI concluait dans un
rapport que «de l'or est introduit en contrebande en Ouganda» et ajoutait du
même souffle que «l'Ouganda ne produit pas d'or.»
Mais la Banque Mondiale ferme obstinément les yeux sur cette «appropriation
extra-budgétaire» destinée aux militaires afin de permettre un budget
conforme aux normes de son programme de soulagement de la dette.
Anthony Gaeta, un responsable de l'initiative du soulagement de la dette
HIPC de la BM a affirmé à Aktuelt : « En tant que fonctionnaire de la Banque
je ne peux pas faire de commentaires.»
Les critiques affirment que la Banque Mondiale est davantage intéressée à
voir des chiffres qui sont conformes parce que les donateurs ont investie
des milliards dans le pays. Les vraies dépenses militaires sont donc gommées
du portrait.
William reno affirme «on veut absolument réaliser un équilibre de la balance
des paiements»
La récompense
En d'autres mots l'Ouganda est récompensé pour sa guerre au Congo, et ce en
dépit de la rhétorique officielle de la Banque Mondiale et de l'Union
Européenne qui ont demandé à de nombreuses reprises à l'Ouganda de se
retirer de la RDC pour se conformer à l'entente de cessez-le-feu conclue
l'an dernier entre les parties au conflit.
«On peut donc en conclure, affirme Reno, que la Banque Mondiale appuie
l'Ouganda dans sa guerre au Congo»
Le prix de cette guerre est payé par les civils congolais. Non seulement les
ressources de leur pays sont-elles pillées, mais en plus les souffrances qui
leurs sont infligées sont énormes. selon Amnisty International, les forces
d'occupation ougandaises ont participé à des massacres et à des viols contre
la population.
Selon un autre rapport récent d'une ONG américaine cette guerre serait
responsable de 1,7 millions de morts au sein de la population congolaise.
Mais selon une source gouvernementale occidentale, la Banque Mondiale a
désespérément besoin de l'Ouganda comme pays modèle et refuse, pour cette
raison de faire face à la réalité, parce qu'elle veut que son initiative de
soulagement de la dette des pays pauvres les plus endettés réussisse à tout
prix.
«La Banque Mondiale veut que l'Ouganda devienne son success story africain»
affirme ce fonctionnaire occidental.
K. Dibelayi
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