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Sous
la pression de la communauté internationale et de ses alliés, Mzee
Kabila s'est finalement résigné à s'impliquer dans les accords de
Lusaka mais en proposant son amendement. Celui-ci consistera à séparer
le problème de l'agression de celui d'agression. Concrètement, il
propose d'organiser un sommet des chefs d'état des pays de Grands
Lacs impliqués dans le conflit congolais d'une part, et un dialogue
direct avec les oppositions armées et non armées d'autre part. Ce
schéma ressemble fort au plan de paix que j'avais déjà publié sur
Congo2000 au mois de mars 1999, c'est-à-dire 5 mois avant la
signature des accords de Lusaka. Il devient plus que jamais d'actualité.
J'ai donc jugé bon de le publier de nouveau. Le transcris in extenso.
A.
COMMENT METTRE FIN A LA GUERRE EN RDC. III NEGOCIATIONS ENTRE LES
CONGOLAIS ET CONCLUSIONS GENERALES.[texte publie le 22 mars 1999 sur
Congo2000].
Nous
sommes enfin arrivés au terme de notre analyse sur les solutions préconisées
pour mettre fin à la rébellion armée et démocratiser le pays. Ceux
qui se sont impatientés pour lire les propositions de notre parti
pour résoudre cette crise politique, ils le trouveront dans ce texte
en guise de conclusion générale.
Dans
le présent article, nous allons analyser les chances de succès des négociations
entre les quatre principaux acteurs politiques congolais : le pouvoir
en place, les rebelles, l'oppositions non armée et la société
civile. Avant de poursuivre, nous allons définir quelques concepts clés
qui seront utilisés dans ce texte.
-
Nous entendons par conférence ou une table ronde pour la paix, un
forum consacré exclusivement au problème de la rébellion.
-
Une conférence ou une table ronde politique est un forum consacré
exclusivement au problème de la démocratie.[Dans les accords de
Lusaka, on parlera de dialogue intercongolais].
-
Une conférence ou une table ronde politique pour la paix est un forum
consacré aux problèmes de la démocratie et de la rébellion.
II.
THESES DE DIFFERENTS PROTAGONISTES SUR LA CRISE POLITIQUE EN RDC.
Rappelons
que notre pays est confronté actuellement à deux problèmes majeurs
sur le plan politique : le manque de démocratie et la rébellion armée.
Ce sont ces deux thèmes qui constitueront sans nul doute l'objet des
négociations entre les acteurs politiques congolais. Cependant, leurs
opinions divergent profondément sur les deux thèmes.
1.
Sur l'existence d'un lien possible entre la rébellion et la démocratie.
En
ce qui concerne le lien entre la démocratie et la rébellion, trois
tendances se dessinent dans le paysage politique congolais :
-
Ceux qui soutiennent qu'en cas des négociations entre les congolais,
celles-ci doivent être consacrées exclusivement au problème de la rébellion.
Ils seraient donc favorables à une table ronde pour la paix mais
s'opposent catégoriquement à toute table ronde politique (dialogue
intercongolais). Cette thèse est défendue par Mzee Kabila et son
parti, l'AFDL. D'après eux, il n'existe aucun lien entre la rébellion
et l'absence de démocratie au Congo. Ils considèrent la rébellion
comme une agression du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda.
-
Ceux qui réclament l'organisation d'une table ronde politique pour la
paix où les deux problèmes [rébellion et démocratie] doivent être
débattus pour trouver une solution globale à la crise politique
actuelle. Les tenants de cette thèse soutiennent que la rébellion ,
considérée par certains comme une guerre civile et non une agression
- et l'absence de la démocratie sont indissociables. Selon eux, la
fin de la rébellion passe donc par la démocratisation du pays. Cette
thèse est défendue par les rebelles congolais, un bon nombre des
partis politiques de l'opposition non armée et certains membres de la
société civile. [C'est cette thèse qui a été reprise par les
accords de Lusaka].
-
Ceux qui réclament de tenir séparément une table ronde pour la paix
et une table ronde politique. Pour les partisans de cette thèse, même
si les deux problèmes [rébellion et démocratie] ne sont pas liés,
il faut impérativement les débattre. C'est la thèse défendue par
notre parti. [ C'est sur cette thèse que se fonde l'amendement des
accords de Lusaka proposé par Mzee Kabila].
Le
premier point de divergence entre les protagonistes sera donc l'objet
même d'une table ronde. Doit-on organiser une table ronde politique
pour la paix ou organiser séparément une table ronde politique et
une table ronde pour la paix ? Ou encore organiser uniquement une
table ronde pour la paix ?
2.
La gestion de la transition
-
Presque tous les partis de l'opposition non armée et la société
civile réclament une gestion pluraliste de la transition conformément
au schéma de la CNS (conférence nationale souveraine).
-
En revanche, Mzee Kabila tient absolument à diriger seul la
transition jusqu'aux élections libres. Lire notre article : Pour le
président Kabila, il y a de bons et de mauvais mobutistes.
-
Quant aux rebelles, en demandant de négocier uniquement avec Mzee
Kabila, ils veulent donc exclure l'opposition non armée et la société
civile du pouvoir en période de transition.
Le
deuxième point de divergence sera donc le nombre des participants
pour gérer la transition. Faudra-t-il la participation de tous les
acteurs politiques ? Ou doit-on laisser la transition à Mzee Kabila
seul ou encore a celui-ci et aux rebelles ?
3.
La constitution de la transition et de l'après transition.
-
L'opposition non armée et la société civile reclament l'application
intégrale des textes de la CNS en période de transition et de l'après
transition. Rappelons que ce texte constitutionnel prévoit un régime
parlementaire pur et dur.
-
Le président Kabila, qui a été exclu de la CNS, refuse tout texte législatif
durant la transition. Après cette transition, il entend imposer une
constitution qui consacre un régime présidentiel pur et dur.
-
Les rebelles ne partagent pas le schéma de la CNS ni celui du Mzee
Kabila. Ils proposeront donc le leur.
Le
troisième point de divergence sera donc les institutions et le type
de constitution en période de transition et de l'après transition.
En période de transition, faudra-t-il mettre en place les
institutions classiques (présidence, gouvernement d'union nationale
et parlement) ou laisser la situation actuelle ? Après la transition,
faudra-t-il un régime parlementaire ou un régime présidentiel ?
Voici
le trois principaux points qui risquent de bloquer toute négociation
entre les acteurs politiques congolais. A notre avis, on peut
surmonter plus ou moins facilement cette divergence d'opinions sur ces
trois sujets afin de trouver un compromis. En revanche,
l'intransigeance du Mzee kabila à toute discussion sur la démocratisation
du pays constitue, à nos yeux, l'obstacle majeur. Comment peut-on
alors le conviancre pour ouvrir les négociations
sur la démocratie au Congo ? Nous voyons deux circonstances
qui peuvent le pousser à participer ou à organiser une table ronde
politique.
a.
En cas d'enlisement de la guerre, la pression de ses alliés et le mécontentement
populaire l'inciteront à négocier. Mais cette thèse nous paraît très
aléatoire. Elle ne peut pas donc servir à élaborer des solutions à
la crise politique.
b.
En cas de négociations, la garantie que Mzee kabila doit obtenir auprès
des autres protagonistes sur le respect de ses exigences politiques en
période de transition.
Quelles
sont ces exigences politiques ? Après l'analyse de ses discours et de
ses interviews, nous en avons épinglé quatre dont certaines sont déjà
exposées. Les voici.
1.
Refus de partager le pouvoir en période de transition.
2.
Refus de voir le retour au pouvoir de la vieille classe politique
avant les élections.
3.
Refus d'associer l'agression (rébellion) au problème de la démocratisation.
4.
Refus d'ingérence des étrangers dans les affaires internes du Congo.
Le nationalisme oblige !
C'est
en tenant compte de ces quatre exigences politiques que Mzee Kabila
peut accepter de négocier avec les autres. C'est l'hypothèse que
nous retenons pour proposer notre solution afin de mettre fin à la rébellion
et démocratiser rapidement le pays.
B.
PLAN DE PAIX DU PDECO ET DEMOCRATISATION DU PAYS.
Comme
nous l'avons déjà souligné, notre parti propose donc d'organiser séparément
une table ronde pour la paix [l'équivalent du sommet des chefs d'état
dans le plan du Mzee Kabila] et une table ronde politique [l'équivalent
du dialogue intercongolais].
I.
TABLE RONDE POUR LA PAIX.
1.
Les organisateurs.
-
L'ONU et/ou l'OUA car le problème concerne plusieurs états impliqués
dans le conflit congolais.
2.
Les participants.
Nous
suggérons : a) Mzee Kabila et ses alliés, b) les rebelles et leurs
alliés.
L'opposition
non armée et la société civile peuvent participer mais à titre
d'observateurs.
3.
Les principales exigences des belligérants.
a)
Mzee Kabila et ses alliés.
-
La rébellion soit reconnue comme une agression du Rwanda, Ouganda et
Burundi.
-
Retrait sans condition des agresseurs
-
Réparation des dégâts causés par la guerre.
b)
Les rebelles et leurs alliés
-
Sécurité le long des frontières communes
-
Reconnaissance du mouvement rebelle
4.
Les points à négocier.
Comme
il n'y a aucun point de convergence entre les belligérants, le
blocage est inéluctable. [C'est ce qui bloque d'ailleurs
l'application des accords de Lusaka]. Notre parti demande donc à Mzee
Kabila d'abandonner ses revendications et d'accepter de négocier sur
les points suivants :
-
Un cessez-le-feu immédiat et sans conditions.
-
Retrait sans conditions de toutes les armées étrangères suivant un
échéancier accepté par tous.
-
Signature d'un pacte de non agression entre le Congo et les trois pays
agresseurs.
-
Mesures à prendre pour sécuriser les frontières communes. Nous
proposons que cette frontière soit placée sous la surveillance de
l'ONU et de l'OUA pendant une période déterminée.
-
Mise en place d'une commission internationale pour vérifier
l'application des résolutions de la table ronde.
-
Promesse solennelle du Mzee Kabila pour assurer la sécurité des
rebelles au Congo après le retrait de leurs alliés.
C.
TABLE RONDE POLITIQUE.
Cette
table ronde doit se tenir après le retrait total de toutes les armées
étrangères.
1.
Organisateur.
Mzee
Kabila.
2.
Les participants.
-
Le pouvoir en place
-
L'opposition armée
-
L'opposition non armée
-
La société civile.
3.
Les principales revendications des participants.
a)
Le pouvoir en place (Mzee Kabila).
-
Pas de gouvernement d'union nationale car il permettra de partager le
pouvoir et le retour au pouvoir de la vieille classe politique
(exigences no 1 et 2).
-
En outre, par le jeu d'alliance et d'amitié avec les partis
politiques et certaines personnalités du gouvernement et/ou du
parlement de transition, on ne peut éviter l'ingérence des pays étrangers
dans les affaires internes du pays (exigence no 4).
-
Pas de parlement de transition car partage et contrôle du pouvoir.
b)
L'opposition armée.
-
Partage du pouvoir avec Mzee kabila
-
Intégration de l'armée rebelle dans l'armée nationale.
-
Restitution des biens des mobutistes confisqués par l'AFDL
-
Question de la nationalité des Banyamulenge.
c)
L'opposition non armée et société civile.
-
Application du schéma de la CNS ou mise en place de nouvelles
institutions démocratiques en période de transition.
-
Gouvernement d'union nationale et création d'un parlement de
transition pluraliste.
4.
Les points à négocier.
a)Aucun
point de convergence. Donc, l'échec de la négociation est inéluctable.
Comment éviter cet échec ? Comme l'opposition armée et non armée
ainsi que la société civile prétendent se battre pour la démocratie,
notre parti leur suggère donc de négocier exclusivement sur le
calendrier et la transparence des élections. La négociation doit
portera sur la loi électorale et la mise en place d'une commission
nationale qui doit être chargée de l'organisation transparente des
élections. Le peuple congolais est fatigué de cette transition qui
ne finit pas. On laissera donc Mzee kabila diriger seul le pays
jusqu'aux élections. Il n'y aura donc pas la formation d'un
gouvernement d'union nationale ni un parlement de transition.
b)
En ce qui concerne la constitution de l'après transition, nous suggérons
que cette questionne soit débattue par cette table ronde politique
car celle-ci risque de s'enliser dans le débat sur le choix entre une
constitution du type parlementaire proposée par la CNS et celle du
type présidentiel proposée par Mzee Kabila.
Pour
éviter tout blocage sur cette question épineuse, nous formulons les
propositions suivantes :
-
Après les élections générales, une commission parlementaire et
d'experts sera constituée pour étudier toutes les constitutions qui
seront proposées au parlement (un appel sera lancé au public pour
proposer des constitutions).
-
Cette commission proposera à l'assemblée parlementaire élue de
choisir l'une de deux meilleures constitutions qui seront retenues. La
constitution qui sera choisie par l'assemblée sera soumise au référendum
populaire.
-
Après ce référendum constitutionnel, le nouveau président élu ou
le chef de gouvernement entrera en fonction et formera son
gouvernement.
-
Un mois avant les élections, si le président Kabila est candidat aux
élections présidentielles, il doit démissionner avec son
gouvernement pour laisser la place à un gouvernement neutre composé
exclusivement des technocrates (2 par provinces) et dirigé par une
personnalité neutre, intègre, compétent et crédible. Celle-ci sera
élue par la table ronde politique avec au moins 70 % de suffrages
exprimés. Les
technocrates seront désignés par le président intérimaire élu. Ce
gouvernement neutre se chargera d'expédier les affaires courantes
jusqu'à l'investiture du nouveau président (chef de gouvernement) et
son gouvernement. Il ne doit pas engager le pays à l'extérieur et ne
sera autorisé de quitter le pays sous aucun prétexte durant toute la
durée de son mandat.
Voilà
un plan alternatif aux accords de Lusaka.
Assani
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