|
1.
La problématique de la double nationalité.
La
réponse de M Tshisekedi, candidat à la présidence de la République,
lors de sa conférence-débat tenue à Toronto va de nouveau nous
servir d’introduction.
Question
à M Tshisekedi :
« Que pensez-vous de la
double nationalité ? »
Réponse
de M Tshisekedi :
« Le problème de la
double nationalité concerne un parlement qui représente le peuple
souverain. Cette notion est très fluctuante. Je reconnais que les
nations jeunes sont très jalouses de leur nationalité. C’est comme
chez nous ; on n’y accepte pas la double nationalité ; on
y accepte la nationalité exclusive. Mais le temps laisse place à la
flexibilité ».
Est-il
nécessaire de rappeler à M Tshisekedi qu’un parlement démocratique
est constitué par des membres de différents partis politiques.
Lorsque la question de la double nationalité sera posée, les députés
de l’UDPS devront défendre la position de leur parti sur cette
question. La réponse de M Tshisekedi dénote tout simplement une
absence de politique de son parti sur la question. Il en est de même
de tous les autres partis politiques.
La
question qui s’impose est la suivante : la question de la
double nationalité, due au caractère exclusif de notre nationalité,
est-elle si importante et si urgente pour mériter un débat dans le
cadre du dialogue intercongolais ? J’y répondrai par
l’affirmative pour les raisons suivantes.
-
Il existe actuellement un vide juridique sur cette question dans le
code de nationalité comme nous le verrons.
-
La naturalisation des rwandophones et d’autres étrangers se heurte
au problème de la double nationalité.
-
De nombreux congolais de la diaspora ont été forcés par les
circonstances d’adopter une seconde nationalité tout en restant
fermement attaché à leur nationalité congolaise d’origine. Au
pays, ils accepteront très difficilement d’être traités comme des
étrangers.
-
En cas de la démocratisation du pays, les congolais à double
nationalité peuvent nourrir des ambitions politiques. Ils
n’accepteront pas d’être éliminés de la compétition en raison
de leur seconde nationalité. La preuve est que la plupart continuent
à militer dans des partis et organisations politiques congolais malgré
l’adoption d’une seconde nationalité.
-
Mzee Kabila, le président actuel, ainsi que certains de ses ministres
sont soupçonnés de détenir une seconde nationalité. Si ces allégations
sont prouvées, ils seront obligés de démissionner sur-le-champ. Ce
qui n’est pas évident.
-
Le cas de la Cote d’Ivoire où la question de la double nationalité
a été à l’origine de graves troubles politiques devrait
interpeller la classe politique congolaise avant la démocratisation
et l’organisation des élections qui s’ensuivront. La loi électorale
doit être claire et acceptée par tous.
Bref,
en cas de la démocratisation du pays qui déclenchera inévitablement
un retour massif des congolais de la diaspora, le problème de la
double nationalité sera posé dans tous les domaines. Il convient dès
lors de trouver des solutions appropriées au lieu d’adopter une
politique d’attentisme comme le préconise M Tshisekedi.
II.
Les trois cas possibles de la double nationalité au Congo.
1.
La double nationalité acquise à la naissance.
Il
existe deux circonstances qui confèrent une double nationalité aux
enfants congolais : le lieu de la naissance de l’enfant et le
mariage mixte.
-
Le lieu de la naissance de l’enfant.
C’est le cas d’un enfant né d’un couple congolais installé
dans un pays où la nationalité s’acquiert par le droit du sol.
Exemple :
Un enfant d’un couple congolais né aux Etats-Unis acquiert à la
fois la nationalité américaine par le fait qu’il est né sur le
sol américain (droit du sol) et
la nationalité congolaise par héritage (droit du sang).
-
Le mariage mixte.
C’est le cas d’un
enfant né d’un couple dont le parent non congolais transmet sa
nationalité à sa descendance par le droit du sang
Exemple :
Un enfant né d’un père rwandais et d’une mère congolaise
acquiert à la fois la nationalité rwandaise par son père (droit du
sang) et la nationalité congolaise par sa mère (droit du sang).
2.
La double nationalité par adoption volontaire.
C’est
lorsqu’un congolais adulte adopte volontairement une seconde
nationalité.
Exemple :
un congolais qui devient belge ou français.
3.
La double nationalité par naturalisation.
C’est
lorsqu’un étranger adopte la nationalité congolaise.
Exemple :
un belge qui devient congolais.
III.
Le statut légal de trois cas de la double nationalité.
-
La double nationalité acquise à la naissance n’est pas prévue par
nos lois. L’enfant est considéré comme un congolais. Mais il
s’agit tout simplement d’une erreur. En fait, la loi doit légiférer
sur ce cas de la double nationalité à la naissance.
-
La double nationalité par acquisition est interdite par la loi
congolaise. Lorsqu’on adopte une nouvelle nationalité, on perd
automatiquement la nationalité congolaise.
-
La double nationalité par naturalisation est aussi interdite par la
loi congolaise. Un étranger qui veut devenir congolais doit
obligatoirement renoncer à sa nationalité.
IV.
Les solutions pour résoudre le problème de double nationalité.
La
demande de reconnaissance de la double nationalité émane des
congolais de la diaspora. Peut-on y trouver une solution sans entraîner
un changement profond de la législation actuelle en matière de la
nationalité ? Il faut être conscient que si une telle demande
exige un amendement profond des lois, il est quasiment impossible que
la classe politique congolaise y répond favorablement.
A
mon avis, il est possible d’y répondre sans nécessiter un grand
chambardement des lois actuelles. Cependant, la politique de la double
nationalité doit arriver à concilier les deux objectifs
contradictoires suivants :
1.
Permettre aux congolais de souche qui ont adopté une seconde
nationalité de servir leur pays d’origine (le Congo) en tant que
citoyens congolais.
2.
Eviter que les étrangers
ne puissent profiter de la double nationalité pour dépouiller le
Congo au profit de leurs pays d’origine. Actuellement on accuse, à
tort ou à raison, les Banyamulenge de défendre les intérêts du
Rwanda au détriment de ceux du Congo.
La
seule façon d’atteindre les deux objectifs est d’autoriser la
double nationalité par adoption. Seuls, les congolais de souche
auront le droit d’acquérir la seconde nationalité. Cette solution
permettra de résoudre en même temps le cas de la double nationalité
acquise à la naissance. Pour les étrangers qui veulent devenir
congolais, ils doivent obligatoirement renoncer à leur nationalité
d’origine. Ils n’ont pas droit à ce privilège.
V.
Les restrictions à imposer.
Cette
reconnaissance de la double nationalité par adoption doit être
assortie d’un certain nombre de restrictions. La double nationalité
ne doit pas donner droit à la magistrature suprême, ni à
l’exercice des fonctions ministérielles ou dans les services de sécurité
de l’Etat, etc.
Pour
atteindre ces objectifs tout en se conformant au code de la nationalité
congolaise actuel, les candidats à la double nationalité doivent
obligatoirement introduire une demande de nationalité auprès de l’Etat
congolais. En introduisant cette demande, ils vont perdre leur statut
de congolais de souche qui leur conféraient tous les droits. Ils
obtiendront la nationalité congolaise pour la seconde fois par la
procédure d’acquisition. En bref, tout congolais de souche qui
adopte une seconde nationalité perd automatiquement son statut de
congolais de souche et tous les droits y afférents. Ainsi, un
congolais à double nationalité ne peut jamais devenir président de
la République.
Mes
salutations patriotiques.
Assani
|