| L'ancien
président du Botswana, Monsieur Ketumire Masire va accomplir cette
semaine la tâche à laquelle il est attelé depuis trois ans : à
savoir la publication du rapport de l'enquête de l'OUA sur le
Génocide rwandais de 1994.
L'ONU a
réalisé son enquête, la France et la Belgique aussi. Tous ont
reconnu des culpabilités pour non assistance à populations tutsies
en danger.
C'est dans
ces circonstances , que l'ambassadeur américain à l'ONU, Mr
Holbrooke a fait désigner, avec l'accord de toutes les parties, Mr
Ketumire Masire comme facilitateur du dialogue intercongolais dans le
cadre de l'accord de paix de Lusaka.
Les
observateurs avaient immédiatement relevé le mélange des genres :
Kigali justifiait sa guerre au Congo pour prévenir un nouveau
génocide et les accords de Lusaka n'ordonnaient le retrait des
troupes rwandaises qu'après l'élimination des milices hutues.
Autrement dit, le sort du Congo était hypothéqué par un génocide
auquel les congolais n'ont jamais pris part. Et Mr Masire se voyait
chargé de deux dossiers solidement jumellés par le Rwanda et la
communauté internationale, culpabilisée. La paix au Congo ? Oui,
mais à la condition de la survie des Tutsis...
Le rapport de
l'OUA sur le génocide rwandais en dira long sur les chances du
médiateur intercongolais, car nous n'avons aucune culpabilité à
réparer , mais nos propres vies à sauver, notre pays à reconstituer
et à reconstruire.
Ce dossier du
génocide rwandais a, ces derniers mois, repris de l'intérêt parce
que , dans l'entretemps , le voile a été levé sur la participation
active de Kagame, qui aurait commandité la mort de Habyarimana en
toute conscience de ce qu'il allumait la mèche de la poudrière
génocidaire. Par la suite, les hommes de Kagame se sont opposés aux
interventions étrangères et ont même commis massacres et crimes
contre l'humanité en 1994. Les mêmes crimes ont été répétés à
la faveur de la guerre de conquête de Kabila dans les profondeurs des
forêts congolaises où des centaines de milliers de Hutu ont été
massacrés. Maintenant Kagame est devenu Chef de l'Etat, brisant
ouvertement le mythe de la réconciliation au Rwanda.
Car tout cela
est excessivement falsifié:les Tutsis ne représentent que 15% de la
population et aucun système ne peut aboutir à la domination de la
majorité par la minorité. Dans quel monde vivons-nous? Ne voit-on
pas qu'on crée de toutes pièces une nouvelle "apartheid"
en Afrique?
Même le
besoin de sécurité aux frontières a été battu en brèche par les
affrontements de Kisangani entre troupes rwandaises et ougandaises.
Tout le monde convient que ces armées sont là pour piller nos
richesses naturelles.
Une dépêche
de l'Associated Press annonce que la guerre interethnique que l'on
croyait oubliée vient de se manifester avec des attaques hutues au
nord-ouest du Rwanda. Preuve s'il en fallait encore , que Kigali a ses
propres démons à guérir sans devoir passer sur les corps et sur le
territoire de notre Congo.
Est-ce que Mr
Masire, président de la commission d'enquête de l'OUA saura
"modérer" tous ces récents évènements et sortir un vrai
rapport sur le génocide rwandais, un document africain qui serait
fait , non pas de lamentations et de culpabilisations, mais de
vérité et de courage ?
L'OUA
suivra-t-elle Mandela lorsqu'il déclarait aux Tutsis Burundais qu'il
n' y aurait pas de paix sans démocratie et sans le respect de la
règle de "un homme une voix"?
Est-ce que le
rapporteur Masire pourra , enfin ,nous convaincre qu'il est notre
"médiateur" et pas un pion manipulé par Washignton pour
veiller , par congolais interposés , aux intérêts des Tutsis?
Victor
Ngoy |