| Résumé:
On avait imputé --- et avec raison --- à Mobutu et à Kengo l'agonie
de la Gecamines. Dix ans après, la "fille ainée" de
l'industrie congolaise ressemble à un baobab apparemment debout et
majestueux , mais profondément rongé de l'intérieur par des
termites et au prix d'endettements fictifs et de coûts prohibitifs
des fournitures et des services . Ce mastodonte a été relevé par le
cric d'un "camionneur" zimbabwéen, mais il s'est affaissé
au septième mois de 1999 à la suite d'un détournement aussi
important que secret des revenus du cobalt. Le négociant du métal
précieux n'était autre que le Equator-banquier et gouverneur de
province, accourru en pompier complaisant pour gesticuler et faire
semblant d' éteindre les flammes de rage des mineurs impayés de
Kolwezi. La belle était pmoignardée sous les yeux du ministre des
mines.
Cette mafia
politico-financière locale datait des premières heures de l'AFDL...
L '
évolution diplomatique de la R.D.Congo fait oublier que le régime
Kabila avait bénéficié des attentions bénéfiques de la
Communauté Internationale. Les comptes bancaires de Mobutu et de ses
barons avaient été saisis en Suisse et en Belgique. Mandela et la
Maison Blanche soutenaient la transition de deux années avant la
tenue d'élections libres. Etc
C'est dans
ces circonstances de foisonnement d'idées que le Fonds Monétaire
International dépêcha une mission à Kinshasa, en automne 1997. Le
rapport émis à cette occasion confirmait qu'une partie des recettes
publiques de l'Etat était rétrocédée à la province du Katanga...
pour en assurer le développement. " Kabila le lumumbiste
unitariste venait de concrétiser l'autonomie financière des
provinces, un rêve que les fédéralistes les plus assidus n'avaient
jamais effleuré" précise un politicien sur la brèche. Pour le
Katanga, cela représentait une manne de près de 2 millions de
dollars Us par mois qui étaient prélevés à la source des recettes
fiscales, douanières et administratives.
" Le
principe fut acquis, étrangement, en grand secret. C'est que dans les
couloirs du gouvernorat du Katanga, on se répartissait déjà les
fonds. Des sociétés ont été créées de toutes pièces pour capter
tout l'argent qui devait rémunérer au prix fort des projets sociaux.
Les actionnaires de ses sociétés n'étaient autres qu'une cour de
transfuges bruxellois et essentiellement monoethnique.
" Je
puis dire que Kabila lui-même était étranger à ces grandes
manoeuvres. Mais cette politique a été mise en place par un groupe
de "balubakat", de la tribu de Kabila, pour se créer de
l'enrichissement. Les fonds étaient gérés en petit comité et en
circuit fermé. L'association patronale F.E.C. a été dissoute pour
laisser la place à la B.C.K. ( Business Center Katanga) dirigée par
un "mulubakat" avec une subvention mensuelle de 50 mille
dollars. Mais très vite, les initiateurs commencèrent à se disputer
l'argent. Le fils Kimba --- l'un des pendus de la Pentecôte 1965 ---
prit la fuite en Belgique. Il recupéra sa nationalité belge et
claqua la porte au nez de son compatriote belge Kakudji. Il passa
même à l'opposition anti-Kabila", raconte un membre du syndicat
patronal katangais.
Ce climat de
secret et d'intrigues n'avait pas échappé aux émissaires du Fonds
Monétaire International qui trouvèrent , dans un rapport de novembre
1997, des mots appropriés en écrivant que " en ce qui concerne
la rétrocession de 30 pour cent des recettes budgétaires perçues
par certaines provinces, il est essentiel que ce mécanisme soit
repensé en profondeur dans un contexte d'une réforme d'ensemble qui
consacrerait éventuellement le principe de l'assignation de certaines
dépenses aux autorités locales."
Le 9 février
1998, une nouvelle mission du FMI soulignait dans un projet de
programme de stabilisation et de réforme monétaire que" en
matière de recettes budgétaires... le principe de l'unicité de
caisse du Trésor public est primordial... Cette disposition implique
en particulier...l'absence de toute rétrocession automatique au
profit des provinces."
Malgré cette
opposition farouche des institutions de Bretton Woods et malgré les
dissensions au sein de la nomenclatura bruxello-mulubakat, le système
des "fonds spéciaux" gérés à la discrétion du
gouverneur du Katanga persista et se perpétua, dans le plus grand
secret et sans rendre compte à quiconque. Après trois années, on
chercherait en vain, des réalisations quelconques. " Mais
l'argent existe bel et bien ..." précise un banquier de
Lubumbashi.
Au printemps
1998, la presse kinoise dévoila que 4 millions de dollars avaient
été décaissés par le Nr 2 du régime, et gouverneur en titre de la
province du Katanga, pour l'achat de gré à gré de fournitures
scolaires en Chine. C'est le maire de Lubumbashi qui fit le voyage
avec les fonds... Selon le quotidien kinois le Phare Nr 814 du 14
avril 1998, les critiques venaient de partout.
"Première
critique: le Katanga dispose d'une industrie de papier, d'imprimeries
et d'ateliers de menuiserie qui ne demande qu'à être soutenue et
encouragée. Le voyage ( en Chine) apparaît ainsi comme une manière
assez subtile de contourner l'appel du Chef de l'Etat à un soutien
plus actif à l'industrie locale.
"Autre
critique, nombreux sont ceux qui s'interrogent au Katanga sur
l'opportunité d'un achat massif de fournitures scolaires à quelques
mois seulement de la fin de l'année scolaire en cours."
Et le journal
d'avancer qu'en réalité le Katanga bénéficierait déjà de dons
chinois que le gouverneur en titre ( leNr 2 du régime) cherchait à
recycler sous forme de commande payée par les caisses de la
province...Du grand art.
" Le
nouveau et actuel gouverneur a trouvé et perpétué le système des
"fonds spéciaux". Aucun rapport n'a jamais été publié
sur les recettes mensuelles, leurs cumuls et leurs utilisations. Les
fonctionnaires et les magistrats restent impayés. Même les
enseignants n'ont jamais été rémunérés par la province. Le
Katanga se comporte comme une région des plus pauvres." précise
ce membre du syndicat patronal qui ajoute : " Le cynisme a été
poussé à son comble en début 1999. Le gouverneur de province leva
de très nombreuses taxes pour, disait-il, soutenir la reconstruction
de son entité. Nous avions été écoeurés lorsque nous avions
découvert qu'en réalité, le président Kabila avait déjà ramené
en juillet 1998 le nombre des taxes de 312 à 69. Nous avons fait de
la résistance. Ce fut un bras de fer où des menaces nous furent
proférées. On nous invita-même à ignorer la loi présidentielle...
pour néanmoins alimenter les caisses débordantes de la province.
Nous aurions aimé que les 30% retrocédés au Katanga en fassent un
paradis fiscal et un réel pôle de développement. Je suis intimement
convaincu qu'il y a dans cette affaire de la magouille permanente. Il
n'est pas permis de se comporter en parent pauvre alors qu'il y a tant
d'argent; c'est que cet argent n'est pas simplement détourné, mais
il est pompé totalement. Ce doit être le plus gros scandale du
nouveau régime."
A la veille
de ses adieux comme gouverneur de province du Katanga, le numéro deux
du régime Kabila conclut un deal avec une entreprise de génie civile
locale pour réaliser des travaux de réfection des routes. Mais ces
réalisations étaient financées, non pas par les "fonds
spéciaux" de la province, mais au moyen de la taxe urbaine sur
la bière. Il a donc été confirmé que les fonds spéciaux de la
province ne serviraient jamais à leur destination première qui
était de soutenir la relance de cette région.
Le rendement
des taxes de la ville sur la bière n'étant que d' une moyenne de 50
mille dollars par mois, ne permettait pas la poursuite du programme
routier. Il fallait nécessairement trouver cet argent ailleurs. Au
Katanga, tous les chemins mènent à la Gecamines...
(à suivre)
Jean
Kyalwe,
journaliste
d'investigation |