GauHome.jpg (15896 octets) Droitebandeau.jpg (20729 octets)

La Réaction de la Nouvelle Classe politique

politi3.jpg (679 octets)

Jean-Marie Elesse Bokokoma

politi3.jpg (679 octets)
Objet : La Réaction de la Nouvelle Classe politique à la lettre du 11 avril 2000 adressée à Son Excellence Monsieur le Président de la République par la Direction Politique nationale du MPR fait privé à Kinshasa. 

Messieurs,

Il nous a été offert l’opportunité de prendre connaissance de la lettre que vous avez adressée à Son Excellence Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo en date du 11 avril 2000. Le contenu de cette lettre, en lieu et place d’une critique objective et positive que peut faire tout parti politique qui se veut de l’opposition, vous ressortez au contraire votre hargne à l’endroit du Chef de l’Etat, autorité suprême de notre pays.

L’adresse que vous faites au Chef de l’Etat caractérisée par un manque de courtoisie élémentaire traduit bien l’enjeu majeur qui a émaillé votre lutte politique pendant 32 ans, celui de la survie des acteurs qui prend toujours une tournure sanguinaire conduisant forcément à une logique d’autodestruction et laquelle, on l’a vu face à vos adversaires politiques durant la deuxième République, ne pouvait autrement se négocier qu’avec l’éradication physique de l’adversaire.

Par-delà les propos malveillants que vous avez tenus à l’Autorité suprême et qui ne peuvent qu’indigner tout Citoyen de bonne éducation , nous voudrions réagir sur un point essentiel que vous évoquez dans votre correspondance, à savoir l’opportunité et la pertinence d’une Assemblée constituante et Législative au moment actuel.

Toutefois, souffrez qu’auparavant nous vous édifions sur la genèse de la crise que notre pays connaît actuellement et qui prend racine avant “ la Révolution du 17 mai 1997 que tout le monde a salué ”. Nous reprenons là vos propres termes. Votre parti que vous qualifiez pompeusement aujourd’hui de MPR fait privé et dont le (les) nom(s) du ou des fondateur(s) vous déchire dans la possession de l’héritage , est une émanation du Mouvement Populaire de la Révolution, Parti-Etat de triste mémoire et dont le bilan calamiteux de la gestion de l’Etat a fait l’unanimité à la Conférence Nationale Souveraine , gestion à laquelle les ¾ des cadres de votre parti fait privé ont participé . La clochardisation de notre peuple, la déliquescence de l’Etat-Nation congolais, la désarticulation de l’appareil administratif, la spirale exponentielle du marasme économique etc. sont autant de griefs portés à l’inique régime du Mouvement Populaire de la Révolution dont vous êtes les tristes héritiers aujourd’hui. 
Notre peuple n’a pas oublié et n’oubliera jamais ! 

La gestion calamiteuse , l’immoralité notoire, La chosification outrée du “ Zaïrois ” sont des faits qui s’apparentent au caractère fasciste des partis nazis de l’époque. 

Nous saluons ici le rappel fait solennellement et publiquement à votre groupement politique par un digne fils de ce pays
L’agression de 1996 que vous évoquez a pour cause première, l’impuissance d’une armée clochardisée par le pouvoir et dont certains Généraux attachés au pouvoir MPR se sont illustrés dans la vente des armes aux Rwandais.

Il a fallu la présence du Chef d ’Etat actuel pour sauver d’une honte historique ce pays. L’humiliation des hommes de troupes que vous invoquez maladroitement serait dans l’anthologie des grandes débâcles si le Chef de l’Etat, M’ZEE Laurent-Désiré KABILA n’avait pas fait de la défaite de ces troupes une victoire des Congolais sur les Zaïrois. Donc en termes d’humiliation des troupes, il n’a pas meilleur exemple au monde que celui qu’a donné le pouvoir MPR.

Nous ne confondons pas les choses. Nous savons bien qu’il existe une factice démarcation entre le MPR, parti-Etat et le MPR, fait privé - nuance que vous tenez souvent à faire -, mais nous pensons qu’en tant que dépositaires des anti-valeurs du pouvoir MPR, vous êtes mal placés pour donner quelque leçon de morale que ce soit, surtout à un patriote !

Vos propos désobligeants vis-à-vis du Chef de l’Etat et des institutions de la République trahissent bien votre attitude réactionnaire et anti-changement. Sur ce point le peuple congolais ne manquera de vous reconnaître en votre qualité permanente de forces du statu quo .

La référence que vous faites à la Consultation Nationale pour soutenir votre faible argumentaire occulte le bon sens. Nous pensons sincèrement qu’un hommage mérité doit être rendu aux chefs des communautés religieuses de notre pays, qui face à la crise, ont interpellé chaque Congolaise et chaque Congolais à réfléchir et à s’amender. 
Mais nombre de vos pairs de l’ancienne classe politique à qui vous vous êtes désolidarisés pour participer à ce forum, mais avec qui vous êtes idéologiquement liés, en tant qu’appartenant à une même classe sociale embourgeoisée et nostalgique du passé, ont cru devoir impulser une dynamique insurrectionnelle.

Sans gêne, vous avouez que tout le monde a salué la révolution du 17 mai 1997, c’est à dire que la société congolaise à partir de ce moment s’engageait dans une rupture quantitative et qualitative avec le passé dont vous êtes les pauvres héritiers, passé caractérisé par la mentalité prédatrice , l’irresponsabilité, la cupidité et l’indifférence vis-à-vis du peuple. Mais cela exigeait forcément une requalification des choses, c’est à dire l’imprégnation d’une culture politique nouvelle qui, au plan institutionnel, suppose un nouvel ordre institutionnel, et au plan économique et social, des politiques nouvelles adaptées. 

Ce que vous qualifiez d’échecs du pouvoir actuel ne tient pas à des causes que vous supposez dans votre lettre , mais à des pesanteurs négatives qui vont à contre-courant du changement, et voulant maintenir notre peuple dans le carcan de l’iniquité. Votre persistance à pérenniser le MPR est une des ces pesanteurs.

Le 17 mai 1997 doit être interprété comme un tournant historique pour le peuple congolais d’affirmer au monde sa dignité. 

S’agissant de l’accord de Lusaka que vous évoquez, nous voudrions vous édifier que celui-ci ne constitue qu’une des pistes de solution pour mettre fin aux hostilités. 
Certes, un calendrier a été défini où en aval l’on retrouve l’exigence d’un dialogue Inter-congolais. Mais le dialogue doit se faire entre Congolais, belligérants ou pas dans le cadre de la résolution des problèmes spécifiquement congolais sans aucune ombre étrangère. Et pour cela une main tendue a été offerte par le Chef de l’Etat à la classe politique pour devoir évoluer ensemble vers un dénouement de la crise congolaise en ayant comme souci de défendre la patrie en danger face à l’agression extérieure. La requalification de l’accord tient à deux facteurs essentiels , à savoir, le renvoi chez elles des troupes étrangères d’agression, c’est pourquoi, le Gouvernement de Salut public a demandé à l’ONU que le déploiement de la force de maintien de la paix se fasse aux frontières des pays agresseurs qui font prévaloir l’insécurité à leurs frontières ; la tenue effective d’un débat national ( dialogue Inter-congolais !) entre Congolais, mais au Congo sans implication directe ou indirecte de l’étranger (sic !).

C’est dans cet ordre d’idées qu’il faut comprendre et privilégier le dialogue Inter-congolais. IL importe dans ce dialogue et non négociation de résoudre les problèmes qui s’imposent aux Congolais, de répondre à leur attente. Quels sont ces problèmes et cette attente :

Mettre fin à la guerre
garantir aux Congolais et Etrangers vivant chez nous une sécurité collective de leurs personnes ainsi que de leurs biens.
unifier le Congo libre avec le Congo occupé sous une autorité commune dans le respect de l’intégrité de notre territoire
Poursuivre le processus démocratique engagé jusqu’aux élections en marginalisant les réflexes jusqu’ici pratiqués de la prise du pouvoir par les armes.

Garantir à tous les pays de la région des Grands Lacs une sécurité collective en s’étendant à toute l’Afrique centrale

Le dialogue Inter-congolais exige donc hauteur d’esprit , pertinence de l’analyse, grandeur dans les actes et décisions des uns et des autres. Le dialogue Inter-congolais ne sera pas un lieu d’exécution testamentaire “ mpérien ” pour le malheur du peuple congolais. Parce que , Ce que vous devez comprendre est que les velléités de renverser le pouvoir populaire à Kinshasa est une constante chez les ennemis du peuple congolais. Et nous pensons que vous faites partie de ceux-là.

C’est pourquoi pour des raisons évidentes de sincérité du dialogue et à cause de certaines pesanteurs historiques propres à la RDC, nous disqualifions pour ces négociations la vieille classe politique pour engager une quelconque partie de notre population ,s’agissant d’un avenir pour lequel elle n’est pas concernée.

Quid de l’opportunité d’une Assemblée constituante et Législative en cette période de guerre ?

Depuis ATHENES ( à l’époque de Péricles/ 5è S. av. J.C.) qui passe pour le modèle de Démocratie, le Demos (peuple) a toujours participé à la gestion de la Cité (lato sensu), alors l’AGORA ( l’Assemblée) était le cadre privilégié pour permettre à chaque Citoyen d’exercer cette participation. Il en est de même à ROME ( à l’époque républicaine/1er S. AV. J.C.) où Patriciens et Plébéiens s’affrontaient dans les COMICES (Assemblées). 

A l’époque moderne, la Démocratie a pris une autre signifiante, en ce sens qu’elle est populaire et représentative (Cf. J.J. ROUSSEAU et MONTESQUIEU). Ainsi, des régimes démocratiques divers ont vu le jour, par exemple : les régimes parlementaires, présidentiel et présidentialisme etc.

La problématique dans tous les cas est celle de la représentativité. Dans une démographie de type familial ou clanique, la représentativité est absolue, mais dans une démographie de type national ou supranational, la représentativité est sélective. Ce qui explique l’importance du choix des mandataires et la pertinence du suffrage ( direct ou indirect !).

Notre pays qui fait face à la guerre d’agression et qui doit s’organiser ne peut pas ne pas disposer d’une instance de participation collective , fut-elle transitoire.

N’est-ce pas que sous le régime déchu, l’on a assisté à la fusion de deux Parlements aux représentativité contestables ?

Vous devez savoir que la guerre n’a jamais vaincu un peuple mobilisé et déterminé. L’ancien régime se plaisait à recourir aux forces étrangères protectrices dans le cadre des accords secrets comme parrainage, mais aujourd’hui, le peuple congolais aidé d’autres peuples africains dignes se bat pour gagner la paix qui , naturellement, ne se négocie jamais.

La représentativité à l’Assemblée Constituante et Législative qui semble être votre préoccupation est un faux questionnement, car, la partie occupée du pays a droit de cité, et doit être représentée de manière spéciale par des patriotes originaires de ces contrées.

L’idée d’une Assemblée constituante et législative est une avancée significative en cette période transitionnelle , c’est ce que vous semblez exiger tout en le rejetant . Quelle contradiction ! et au moment où le peuple et la patrie sont en danger, c’est un crime de lèse-majesté et de haute trahison que d’adopter des attitudes irresponsables. 

Telle est, Messieurs du parti ressuscité MPR, la petite leçon de civisme et de patriotisme qui vous a toujours manqué, tant durant vos 32 ans de règne qu’aujourd’hui et nous le craignons pour l’avenir.

Sentiments patriotiques.

Fait à Kinshasa, le 05 mai 2000

POUR LA NOUVELLE CLASSE POLITIQUE
Jean-Marie Elesse Bokokoma
Président national
Copyright Afriqu'Info asbl.