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56ème
session de la Commission des droits de l'Homme
Point
9 de l'ordre du jour
Mars
2000
Monsieur
ou Madame la Présidente,
La
Fédération Internationale de l'ACAT (Action des Chrétiens pour
l'Abolition de la Torture), est vivement préoccupée par la situation
alarmante qui prévaut en République Démocratique du Congo.
Cette
situation s'est fortement détériorée depuis le mois d'août 1998,
date à laquelle a éclaté une nouvelle guerre, moins de quinze mois
après la fin de la précédente. Le territoire de la RDC se trouve
aujourd'hui partagé entre le gouvernement de Kinshasa qui contrôle
une partie de l'Ouest et du Sud-Est, et trois mouvements rebelles alliés
aux armées rwandaise, ougandaise et burundaise. De part et d'autre,
la population est victime d’atrocités.
En
1999, le gouvernement de Kinshasa a commis de nombreuses atteintes à
l'intégrité physique et aux libertés individuelles.
De
nombreux militants de défense des droits de l’Homme, des
journalistes, pasteurs, responsables de partis politiques, anciens
militaires des Forces armées zaïroises… ont été arbitrairement
arrêtés et détenus sans jugement dans les cachots de l'Agence
Nationale de Renseignement (ANR), de la Détection militaire des
activités anti-patrie (DEMIAP) ou du Groupe spécial de sécurité présidentielle
(GSSP).
Parmi
ces personnes, plusieurs d’entre elles ont subi des tortures durant
leur détention. C'est le cas de MM. Stéphane Ibanga et Mutua Ngwefa,
arrêtés le 17 mai 1999 à Kinshasa, et qui furent soumis durant deux
semaines à des actes de torture de la part du GSSP, avant d'être relâchés
sans avoir été inculpés, ni avoir comparu devant un magistrat.
Tirant
prétexte de la guerre, la Cour d'ordre militaire, qui est un tribunal
d'exception, continue à prononcer des peines de mort suivies d’exécution,
sans possibilité de recours. Ces condamnations portent souvent sur
des faits dénués de rapport avec la situation de guerre. Le
moratoire de facto constaté
à la fin de l’année 1999 a été levé début 2000, avec la
reprise des exécutions, et ce malgré la promesse des autorités. La
FI.ACAT condamne énergiquement ces pratiques et demande au
gouvernement d'instaurer un moratoire sur les exécutions capitales en
vue d'abolir totalement la peine de mort.
Le
gouvernement de Kinshasa s’est également livré à des
bombardements frappant de nombreux civils à Kisangani, Zongo, Libenge,
Goma et Uvira, en violation du droit humanitaire.
S’agissant
de la partie du territoire congolais occupée par les troupes étrangères
(rwandaises, ougandaises et burundaises) alliées à la rébellion, la
situation des droits de l’Homme est encore plus préoccupante.
De
nombreuses informations dignes de foi font état de massacres,
assassinats, exécutions sommaires, tortures, enlèvements,
arrestations arbitraires, viols, vols, pillages, etc. perpétrés par
ces troupes à l’encontre des populations civiles des territoires
qu'elles occupent.
On
peut citer les faits suivants à titre d’exemple :
-
au Sud-Kivu, les massacres de Makobola (18 février 1999), de Burhinyi
(17 mars 1999), de Bunyakiri, de Kalambi, de Kalonge ; au
Nord-Kivu, les massacres de Luashi, de Lukweti, et de Murhanga. Dans
ces deux régions, des villages entiers ont été saccagés et des
biens des populations civiles pillés, sous prétexte de réprimer les
groupes armés. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont déplacées
du fait de ces actes de guerre.
-
les attaques dirigées contre des membres du clergé de l'Eglise
catholique sont allées jusqu’à l'assassinat, comme celui de l'abbé
Georges Kakuja, assassiné par des soldats rwandais à Kalonge le 22
novembre 1999. Cette tendance s’est poursuivie en 2000 avec
l’assassinat de l'abbé Pepe le 15 février et la relégation de
l’archevêque de Bukavu, Mgr Kataliko, hors de son diocèse, dans la
zone sous contrôle ougandais.
-
la torture est une pratique courante dans de nombreux lieux de détention
clandestins, y compris dans certaines résidences d’officiers des
troupes d’occupation. En novembre 1999, l’arrestation de notables
et animateurs de la société civile à Butembo (Nord-Kivu) a été
suivies de graves tortures perpétrées par les services de sécurité
du RCD-ML, qui ont provoqué le décès de l’ancien ministre
Lumbu-Lumbu le 11 décembre.
-
les libertés d'expression et d'association subissent de nombreuses
entraves. A Bukavu, l'association de défense des droits de l’Homme
« Groupe Jérémie » a vu ses bureaux investis et pillés
par les militaires du RCD. La Radio Maendeleo (une radio du mouvement
associatif) a vu ses émissions censurées, puis interdites, deux de
ses responsables ayant été arrêtés puis relâchés après quelques
jours de détention.
La
FI.ACAT s'indigne du comportement des troupes rebelles et des troupes
étrangères qui leur sont alliées, et demande avec force qu’elles
mettent un terme à ces graves violations des droits de l’Homme et
du droit humanitaire. Cette demande s’adresse également aux bandes
armées, dont les exactions frappent les populations civiles.
Devant
ces violations massives et répétées des droits fondamentaux, qui
frappent une grande partie de la population congolaise, dont plus
d’un million de membres sont déplacés, la FI.ACAT demande à la
Commission des droits de l’Homme :
-
de condamner ces violations, et notamment les actes de torture, qu'ils
soient commis par les autorités de la RDC ou par les forces présentes
dans la zone occupée, et d’exiger de ces derniers le respect des
droits de l’Homme et du droit humanitaire.
-
de renouveler le mandat du Rapporteur spécial pour la République Démocratique
du Congo.
-
de demander au Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de
l’Homme le renforcement de son dispositif sur le terrain; et en
particulier la réouverture de son bureau à Goma.
Georges
Bahaya M., au nom de la FI.ACAT |