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Les
événements de Kisangani viennent de rappeler encore une fois l’émotivité
qui nous caractérise dans la recherche des solutions lorsqu’on est
confronté à des événements d’une telle ampleur. La démarche est
classique. On commence par la solution la plus facile d’apparence
mais irréalisable : la démission du chef de l’état. Puis, on continue à discourir en se rejetant la
responsabilité. Après quelques jours des débats vides et inutiles,
on oublie. On attend le prochain massacre pour mouiller sa plume ou
mieux user ses doigts sur le clavier en versant les larmes des
crocodiles. Et la liste des massacres ne fait que s’allonger.
Quant
aux leaders politiques, ils gardent le profil bas à pareille
circonstance. Si ils s’expriment, c’est pour fustiger la
dictature, c’est pour demander la démocratie, c’est pour exiger
les négociations, c’est pour exiger l’application intégrale des
accords de Lusaka etc. Pas la moindre initiative pour chercher des
solutions en dehors du cadre déjà tracé par les autres.
Nous
savons que ce schéma a été scrupuleusement appliqué à l’époque
de Mr Mobutu. Avant la conférence nationale souveraine,
l’opposition politique refusait tout dialogue avec Mr Mobutu en
dehors d’une conférence nationale. Mr Mobutu a finalement accepter
l’organisation de ce
forum. Fin manipulateur, il l’a dirigé à sa guise. Les résultats
sont connus de tout le monde. L’ordre institutionnel qui en était défini
n’a jamais été ni appliqué ni même respecté par l’opposition
politique qui devrait en principe être le premier garant. L’échec
de cette conférence est sans nul doute Mr Kabila en personne avec sa
nouvelle dictature.
A
la lumière de ces considérations, la nécessité d’adopter une
nouvelle méthode de lutte contre la nouvelle dictature s’impose
plus que jamais, et ce pour les quatre raisons suivantes :
1)
La méthode de lutte que j’appelle <lutte agressive> a échoué
face à Mr Mobutu. Cette méthode de lutte exige entre autres au préalable
un changement radical de l’ordre institutionnel en place.
2)
Mr Kabila a une personnalité totalement différente de celle de Mr
Mobutu. Celui-ci fut un très fin stratège doué d’une très grande
faculté de manipulation. Par conséquent, il adorait le dialogue et
les débats pour arriver à ses fins. En revanche, Mr kabila est un
pur bagarreur, donc peu enclin au compromis et au dialogue. C’est un
véritable jusqu’au boutiste.
3)
L’opposition politique ne dispose plus du même appui populaire
qu’à l’époque de Mr Mobutu. C’est un paramètre très
important qu’il convient de tenir compte.
4)
La communauté internationale exerçait une forte pression sur Mr
Mobutu pour l’inciter à dialoguer avec l’opposition. Ce qui
n’est pas le cas de Mr Kabila. Celui-ci est tout simplement incontrôlable.
La
divergence fondamentale entre Mr Kabila et l’opposition politique.
Le
choix d’une méthode de lutte dépend évidemment de ses chances de
succès. Avant de passer à l’analyse de différentes méthodes,
nous allons d’abord souligner la divergence fondamentale qui oppose
Mr kabila et l’opposition politique.
-
Dès sa prise du pouvoir, Mr Kabila a envoyé un message clair à la
classe politique : il est pour les changements. Mais ceux-ci vont
se faire selon son schéma et son rythme. Ce message n’a pas été
accepté par la classe politique qui exige des changements immédiats
et selon le schéma tracé par la conférence nationale souveraine.
C’est la source de tous les conflits actuels et tous les morts que
nous ne cessons de pleurer.
C’est
exactement la même divergence qui opposait Mr Mobutu et la même
classe politique avant l’organisation de la conférence nationale
souveraine.
Le
choix d’une ou plusieurs méthodes de lutte
Le
choix d’une méthode de lutte dépend de ses chances de succès.
Analysons toutes les méthodes pour évaluer ses chances de réussite.
La
lutte armée.
Cette lutte est en cours. Nous savons bien qu’elle n’aboutira à
aucun résultat significatif car Mr kabila refuse catégoriquement (à
moins d’un revirement spectaculaire) de s’impliquer dans le
processus de Lusaka qui devrait aboutir à la mise en place d’un
nouvel ordre institutionnel. Il est peu probable que cette méthode de
lutte soit envisagée dans l’avenir. L’échec de cette méthode résulte
du fait que les instigateurs de la guerre sont des étrangers dont les
objectifs se révéleront chaque jour contradictoires avec les intérêts
du peuple congolais. Les opposants politiques impliqués dans la
guerre se sont révélés incapables d’accréditer la thèse de la
dictature comme objectif principal de la guerre. D’autre part, ces
opposants étaient en majorité des anciens mobutistes dont
l’attachement aux principes démocrates suscitait beaucoup de doute.
La
lutte pacifique dite agressive.
Cette méthode à laquelle recourt l’opposition non armée n’a
jusqu’à présent produit aucun résultat. Cet échec s’explique
par plusieurs raisons : le discrédit qui a frappé
l’opposition non armée du fait qu’elle s’est révélée
incapable d’apporter le moindre changement à l’époque de Mr
Mobutu. Par conséquent, elle ne peut plus compter sur le soutien
populaire nécessaire pour mener les actions de désobéissance civile
comme les villes mortes. L’incapacité des leaders politiques
d’adapter leur discours aux circonstances. L’obstruction quasi
maladive de l’opposition qui consiste à dire systématiquement non
à tout ce que le régime propose.
La
lutte pacifique dite non agressive. Elle n’a pas non plus apporté
le moindre résultat. Mr kabila et son gouvernement ne sont pas isolés
sur le plan international. Les raisons de cet échec sont les suivants :
l’invariance du discours tenu par l’opposition à l’extérieur.
Celle-ci n’a pas pu faire la différence entre Mr Mobutu et Mr
kabila. D’autre part, Mr kabila jouit d’une relative indépendance
en occident. Ainsi, il est peu enclin de se plier aux injonctions des
occidentaux.
La
seule méthode qui reste à expérimenter est la méthode pacifique
dite par compromission. Pour lever la confusion entretenue
par notre compatriote Jeff Mbombo sur cette méthode de lutte, je vais
l’expliquer un peu plus en détail avec quelques d’exemples précis.
Contrairement aux autres méthodes précédentes, la méthode
pacifique dite par compromission n’exige pas au préalable le
changement du système institutionnel du régime en place. On accepte
de lutter contre le régime en place en oeuvrant dans le système
(compromission) mais avec l’objectif de le reformer progressivement
et complètement. Cette méthode a été et est appliquée avec succès
dans beaucoup des pays. En voici quelques exemples.
Exemple
1 :
En Iran, le président actuel, Mr Kathami a été élu dans un système
théocratique dirigé par les Ayatollah.
Pourtant, il est contre ce système. Mais pour le changer, il
n’a pas exigé au préalable son abolition pour se porter candidat
à la présidence ni chercher à engager un affrontement direct avec
les tenants du régime théocratique. Après avoir gagné les élections,
il a initié progressivement les réformes qui portent petit à petit
fruit. Aujourd’hui les réformateurs sont devenus majoritaires à
l’assemblée et vont poursuivre leurs réformes.
Exemple
2.
Le président Declerk était un adversaire résolu du régime
d’apartheid en Afrique Sud. Pourtant,
comme tout blanc, il a milité dans un parti politique où les noirs
étaient exclus. Mais, il n’a pas exigé au préalable l’abolition
de l’apartheid pour militer dans ce parti. Il s’est inscrit dans
le parti, il a gravi tous les échelons jusqu’à devenir le président
du parti et du pays. A ce poste, il a mis fin à l’apartheid.
Exemple
3.
Hitler fut un grand antidémocrate. Pour instaurer un système antidémocratique
en Allemagne, il s’est d’abord impliqué dans le système démocratique
en se présentant aux élections. Après les avoir gagnées, il a été
nommé chancelier du Reich. A ce poste, il a supprimé le système démocratique
pour instaurer un régime totalitaire.
Pour arriver au pouvoir, il n’a pas refusé de se
compromettre en s’impliquant dans un système démocratique. Ce
cheminement est suivi par le parti d’extrême droit autrichien.
Ces
exemples montrent qu’on peut changer un système institutionnel sans
chercher à l’affronter directement comme c’est le cas avec les
autres méthodes de lutte.
Méthode
de lutte par compromission et la dictature kabilienne.
Après
l’insuccès des autres méthodes de lutte et le refus catégorique
de Mr kabila de s’impliquer dans les accords de Lusaka, il me semble
qu’il est temps d’expérimenter
la méthode de lutte par compromission pour sortir notre pays
de la crise politique et permettre de mettre fin rapidement à la
guerre. Pour arriver à cette fin, nous devons accepter certains
sacrifices.
1.
Laisser Mr Kabila initier les changements selon son schéma, c’est
par exemple accepter le principe d’une mise en place d’une assemblée
législative et la nomination d’un premier ministre.
2.
Eviter toute confrontation directe avec le régime pour empêcher son
durcissement.
3.
Infiltrer tous les CPP et autres organisations mises en place par le régime
dans la mesure où les élections y sont libres et démocratiques.
4.
L’opposition doit être dirigée par une personnalité politique qui
répond aux caractéristiques suivantes :
-
Avoir des profondes convictions pour le changement.
-
Etre un fin stratège et diplomate. Pas d’individualité
conflictuelle.
-
Avoir un leadership
-
Inspirer confiance à la classe politique et au peuple
congolais.
- etc.
Méthode
de lutte par compromission et les accords de Lusaka.
Quelle
attitude adoptée par rapport aux accords de Lusaka dans le cadre
d’une lutte par compromission ?
Nous savons tous que dans les accords de Lusaka, Mr kabila
rejettent les volets suivants :
-
Etre mis sur le même pied d’égalité avec les autres
protagonistes.
-
Imposer un nouvel ordre institutionnel qui entraînera forcément un
partage du pouvoir en période de transition.
En
vertu de la méthode de lutte par compromission, on doit lui assurer
que ce volet ne fera pas partie des accords. Ceux-ci seront ainsi
exclusivement consacrés au volet international, c’est-à-dire à la
recherche des voies et moyens pour faire partir les agresseurs de
notre pays et pacifier la région des grands lacs.
Les
massacres de kisangani.
Je
ne saurai terminer sans avoir une pensée pieuse aux nombreux morts de
ce carnage. Cette pensée ne suffira pas d’arrêter le carnage et
d’autres massacres futurs.
Je
lance un appel solennel au leader de l’opposition, Mr Tshisekedi, de
ne plus vous accrocher aux accords de Lusaka mais de prendre une
initiative immédiate sur le terrain. Comme Mr Kabila ne peut pas
changer et que c’est vous qui êtes acquis aux changements, je vous
invite donc
1.
D’abandonner immédiatement votre lit douillet et de
retourner au pays pour rencontrer sans délai, avec d’autres leaders
de l’opposition, Mzee Kabila.
2.
De lui
poser la question de savoir ce qu’il attend concrètement de
l’opposition interne pour nouer le dialogue en dehors des accords de
Lusaka afin de trouver une solution rapide à la crise politique et à
la guerre qui ne cesse d’endeuiller notre pays.
3.
D’oublier momentanément votre orgueil personnel et de vous
occuper même pour une seconde des intérêts du peuple congolais.
Nous savons qu’en tant dictateur, Mzee kabila ne s’en occupe pas
mais c’est à vous de nous prouver que ces intérêts sont réellement
au centre de vos préoccupations quotidiennes. Nous voulons des actes
et non des paroles.
4.
De rendre compte
au peuple congolais de la teneur de votre rencontre avec Mzee Kabila.
Mes
salutations patriotiques.
Assani
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