GauHome.jpg (15896 octets) Droitebandeau.jpg (20729 octets)

Le carnage de Kisangani. Sur la nécessité de changer nos méthodes de lutte contre la dictature kabilienne et le leadership de l’opposition.

politi3.jpg (679 octets)

Dr Assani A. A.

politi3.jpg (679 octets)

Les événements de Kisangani viennent de rappeler encore une fois l’émotivité qui nous caractérise dans la recherche des solutions lorsqu’on est confronté à des événements d’une telle ampleur. La démarche est classique. On commence par la solution la plus facile d’apparence mais irréalisable : la démission du chef de l’état.  Puis, on continue à discourir en se rejetant la responsabilité. Après quelques jours des débats vides et inutiles, on oublie. On attend le prochain massacre pour mouiller sa plume ou mieux user ses doigts sur le clavier en versant les larmes des crocodiles. Et la liste des massacres ne fait que s’allonger.

Quant aux leaders politiques, ils gardent le profil bas à pareille circonstance. Si ils s’expriment, c’est pour fustiger la dictature, c’est pour demander la démocratie, c’est pour exiger les négociations, c’est pour exiger l’application intégrale des accords de Lusaka etc. Pas la moindre initiative pour chercher des solutions en dehors du cadre déjà tracé par les autres.       

Nous savons que ce schéma a été scrupuleusement appliqué à l’époque de Mr Mobutu. Avant la conférence nationale souveraine, l’opposition politique refusait tout dialogue avec Mr Mobutu en dehors d’une conférence nationale. Mr Mobutu a finalement accepter l’organisation  de ce forum. Fin manipulateur, il l’a dirigé à sa guise. Les résultats sont connus de tout le monde. L’ordre institutionnel qui en était défini n’a jamais été ni appliqué ni même respecté par l’opposition politique qui devrait en principe être le premier garant. L’échec de cette conférence est sans nul doute Mr Kabila en personne avec sa nouvelle dictature.   

A la lumière de ces considérations, la nécessité d’adopter une nouvelle méthode de lutte contre la nouvelle dictature s’impose plus que jamais, et ce pour les quatre raisons suivantes :

1) La méthode de lutte que j’appelle <lutte agressive> a échoué face à Mr Mobutu. Cette méthode de lutte exige entre autres au préalable un changement radical de l’ordre institutionnel en place. 

2) Mr Kabila a une personnalité totalement différente de celle de Mr Mobutu. Celui-ci fut un très fin stratège doué d’une très grande faculté de manipulation. Par conséquent, il adorait le dialogue et les débats pour arriver à ses fins. En revanche, Mr kabila est un pur bagarreur, donc peu enclin au compromis et au dialogue. C’est un véritable jusqu’au boutiste.    

3) L’opposition politique ne dispose plus du même appui populaire qu’à l’époque de Mr Mobutu. C’est un paramètre très important qu’il convient de tenir compte.

4) La communauté internationale exerçait une forte pression sur Mr Mobutu pour l’inciter à dialoguer avec l’opposition. Ce qui n’est pas le cas de Mr Kabila. Celui-ci est tout simplement incontrôlable. 

La divergence fondamentale entre Mr Kabila et l’opposition politique. 

Le choix d’une méthode de lutte dépend évidemment de ses chances de succès. Avant de passer à l’analyse de différentes méthodes, nous allons d’abord souligner la divergence fondamentale qui oppose Mr kabila et l’opposition politique.

- Dès sa prise du pouvoir, Mr Kabila a envoyé un message clair à la classe politique : il est pour les changements. Mais ceux-ci vont se faire selon son schéma et son rythme. Ce message n’a pas été accepté par la classe politique qui exige des changements immédiats et selon le schéma tracé par la conférence nationale souveraine. C’est la source de tous les conflits actuels et tous les morts que nous ne cessons de pleurer.

C’est exactement la même divergence qui opposait Mr Mobutu et la même classe politique avant l’organisation de la conférence nationale souveraine.

Le choix d’une ou plusieurs méthodes de lutte  

Le choix d’une méthode de lutte dépend de ses chances de succès. Analysons toutes les méthodes pour évaluer ses chances de réussite.  

La lutte armée. Cette lutte est en cours. Nous savons bien qu’elle n’aboutira à aucun résultat significatif car Mr kabila refuse catégoriquement (à moins d’un revirement spectaculaire) de s’impliquer dans le processus de Lusaka qui devrait aboutir à la mise en place d’un nouvel ordre institutionnel. Il est peu probable que cette méthode de lutte soit envisagée dans l’avenir. L’échec de cette méthode résulte du fait que les instigateurs de la guerre sont des étrangers dont les objectifs se révéleront chaque jour contradictoires avec les intérêts du peuple congolais. Les opposants politiques impliqués dans la guerre se sont révélés incapables d’accréditer la thèse de la dictature comme objectif principal de la guerre. D’autre part, ces opposants étaient en majorité des anciens mobutistes dont l’attachement aux principes démocrates suscitait beaucoup de doute.      

La lutte pacifique dite agressive. Cette méthode à laquelle recourt l’opposition non armée n’a jusqu’à présent produit aucun résultat. Cet échec s’explique par plusieurs raisons : le discrédit qui a frappé l’opposition non armée du fait qu’elle s’est révélée incapable d’apporter le moindre changement à l’époque de Mr Mobutu. Par conséquent, elle ne peut plus compter sur le soutien populaire nécessaire pour mener les actions de désobéissance civile comme les villes mortes. L’incapacité des leaders politiques d’adapter leur discours aux circonstances. L’obstruction quasi maladive de l’opposition qui consiste à dire systématiquement non à tout ce que le régime propose.   

 La lutte pacifique dite non agressive. Elle n’a pas non plus apporté le moindre résultat. Mr kabila et son gouvernement ne sont pas isolés sur le plan international. Les raisons de cet échec sont les suivants : l’invariance du discours tenu par l’opposition à l’extérieur. Celle-ci n’a pas pu faire la différence entre Mr Mobutu et Mr kabila. D’autre part, Mr kabila jouit d’une relative indépendance en occident. Ainsi, il est peu enclin de se plier aux injonctions des occidentaux.        

La seule méthode qui reste à expérimenter est la méthode pacifique dite par compromission. Pour lever la confusion entretenue par notre compatriote Jeff Mbombo sur cette méthode de lutte, je vais l’expliquer un peu plus en détail avec quelques d’exemples précis. Contrairement aux autres méthodes précédentes, la méthode pacifique dite par compromission n’exige pas au préalable le changement du système institutionnel du régime en place. On accepte de lutter contre le régime en place en oeuvrant dans le système (compromission) mais avec l’objectif de le reformer progressivement et complètement. Cette méthode a été et est appliquée avec succès dans beaucoup des pays. En voici quelques exemples.     

Exemple 1 : En Iran, le président actuel, Mr Kathami a été élu dans un système théocratique dirigé par les Ayatollah.  Pourtant, il est contre ce système. Mais pour le changer, il n’a pas exigé au préalable son abolition pour se porter candidat à la présidence ni chercher à engager un affrontement direct avec les tenants du régime théocratique. Après avoir gagné les élections, il a initié progressivement les réformes qui portent petit à petit fruit. Aujourd’hui les réformateurs sont devenus majoritaires à l’assemblée et vont poursuivre leurs réformes.      

Exemple 2. Le président Declerk était un adversaire résolu du régime d’apartheid en Afrique Sud.  Pourtant, comme tout blanc, il a milité dans un parti politique où les noirs étaient exclus. Mais, il n’a pas exigé au préalable l’abolition de l’apartheid pour militer dans ce parti. Il s’est inscrit dans le parti, il a gravi tous les échelons jusqu’à devenir le président du parti et du pays. A ce poste, il a mis fin à l’apartheid.    

Exemple 3. Hitler fut un grand antidémocrate. Pour instaurer un système antidémocratique en Allemagne, il s’est d’abord impliqué dans le système démocratique en se présentant aux élections. Après les avoir gagnées, il a été nommé chancelier du Reich. A ce poste, il a supprimé le système démocratique pour instaurer un régime totalitaire.  Pour arriver au pouvoir, il n’a pas refusé de se compromettre en s’impliquant dans un système démocratique. Ce cheminement est suivi par le parti d’extrême droit autrichien.    

Ces exemples montrent qu’on peut changer un système institutionnel sans chercher à l’affronter directement comme c’est le cas avec les autres méthodes de lutte.

Méthode de lutte par compromission et la dictature kabilienne.

Après l’insuccès des autres méthodes de lutte et le refus catégorique de Mr kabila de s’impliquer dans les accords de Lusaka, il me semble qu’il est temps d’expérimenter  la méthode de lutte par compromission pour sortir notre pays de la crise politique et permettre de mettre fin rapidement à la guerre. Pour arriver à cette fin, nous devons accepter certains sacrifices.  

1. Laisser Mr Kabila initier les changements selon son schéma, c’est par exemple accepter le principe d’une mise en place d’une assemblée législative et la nomination d’un premier ministre.

2. Eviter toute confrontation directe avec le régime pour empêcher son durcissement.

3. Infiltrer tous les CPP et autres organisations mises en place par le régime dans la mesure où les élections y sont libres et démocratiques.

4. L’opposition doit être dirigée par une personnalité politique qui répond aux caractéristiques suivantes : 

-         Avoir des profondes convictions pour le changement.

-         Etre un fin stratège et diplomate. Pas d’individualité conflictuelle.

-         Avoir un leadership

-         Inspirer confiance à la classe politique et au peuple congolais. 

-  etc.

Méthode de lutte par compromission et les accords de Lusaka.

Quelle attitude adoptée par rapport aux accords de Lusaka dans le cadre d’une lutte par compromission ?  Nous savons tous que dans les accords de Lusaka, Mr kabila rejettent les volets suivants :   

- Etre mis sur le même pied d’égalité avec les autres protagonistes.

- Imposer un nouvel ordre institutionnel qui entraînera forcément un partage du pouvoir en période de transition.  

En vertu de la méthode de lutte par compromission, on doit lui assurer que ce volet ne fera pas partie des accords. Ceux-ci seront ainsi exclusivement consacrés au volet international, c’est-à-dire à la recherche des voies et moyens pour faire partir les agresseurs de notre pays et pacifier la région des grands lacs.  

Les massacres de kisangani.

Je ne saurai terminer sans avoir une pensée pieuse aux nombreux morts de ce carnage. Cette pensée ne suffira pas d’arrêter le carnage et d’autres massacres futurs.  

Je lance un appel solennel au leader de l’opposition, Mr Tshisekedi, de ne plus vous accrocher aux accords de Lusaka mais de prendre une initiative immédiate sur le terrain. Comme Mr Kabila ne peut pas changer et que c’est vous qui êtes acquis aux changements, je vous invite donc 

1.      D’abandonner immédiatement votre lit douillet et de retourner au pays pour rencontrer sans délai, avec d’autres leaders de l’opposition, Mzee Kabila.

2.         De lui poser la question de savoir ce qu’il attend concrètement de l’opposition interne pour nouer le dialogue en dehors des accords de Lusaka afin de trouver une solution rapide à la crise politique et à la guerre qui ne cesse d’endeuiller notre pays.

3.      D’oublier momentanément votre orgueil personnel et de vous occuper même pour une seconde des intérêts du peuple congolais. Nous savons qu’en tant dictateur, Mzee kabila ne s’en occupe pas mais c’est à vous de nous prouver que ces intérêts sont réellement au centre de vos préoccupations quotidiennes. Nous voulons des actes et non des paroles.

4.       De rendre compte au peuple congolais de la teneur de votre rencontre avec Mzee Kabila.    

Mes salutations patriotiques.

Assani 

Copyright Afriqu'Info asbl.