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I.
L’HOMME POLITIQUE.
La
publication de la déclaration politique de Mr Thambwe Mwamba et de
son mémoire adressé à ex-président du mouvement a constitué sans
nul doute l’événement politique de cette semaine pascale. Il va
sans dire que Mr Thambwe Mwamba n’est pas un vulgaire cireur
de souliers. C’est un des grands hommes d’état que compte
présentement notre pays. Il fut plusieurs fois ministres et
dirigeant des grandes entreprises publiques et paraétatiques
sous le régime mobutiste. De ce fait, il est considéré
parmi les personnalités politiques les plus fortunées du
pays. Il figure en bonne place sur la liste, dressée par la CNS, des
personnes impliquées dans le pillage du pays (biens mal acquis).
Avant son implication dans la rébellion, il était le président de
l’UDI (Union des démocrates indépendants), un des <grands
partis> de notre échiquier politique. C’est son parti qui
dirigeait le gouvernement de transition au moment de l’éclatement
de la rébellion dirigée par Kabila.
L’homme ne cachait pas ses ambitions de se porter candidat
aux présidentielles. D’après certaines indiscrétions, il se
considérait déjà comme le successeur potentiel de monsieur Mobutu
en cas des élections. Il semblerait que, pour préserver ses chances
de gagner ces élections,
il aurait refusé de participer à tout gouvernement pendant la période
de transition.
Volontiers
sarcastique, l’homme a de nombreux détracteurs. Ceux-ci lui
reprochent souvent son arrogance tout terrain. Mais en revanche, ils
reconnaissent ses qualités intellectuelles et sa compétence. Il est
vrai que Mr Thambwe est parmi les personnalités politiques mobutistes
qui ont fait preuve de compétence dans l’exercice de leurs
fonctions. Il maîtrisait parfaitement ses dossiers. Ses exposés au
parlement avant et pendant la période de transition étaient toujours
convaincants. Il est un débatteur très redoutable. Même dans la rébellion,
en raison de ses compétences, son nom était fréquemment cité comme
alternatif crédible au président actuel, critiqué pour son manque
de charisme. Ce qui aurait engendré une certaine rivalité entre les
deux hommes. Elle tourna hélas à son désavantage.
II.
SA DECLARATION POLITIQUE.
Il
est un peu surprenant que la déclaration politique d’une telle
personnalité, qui marque son revirement, n’ait suscité que peu
d’intérêt aussi bien au pays que dans la diaspora. Très peu
d’articles dans les journaux nationaux ont été consacrés sur le
sujet. Sur les nets, la déclaration n’a pas encore fait l’objet
d’une analyse approfondie même si elle a suscité somme toute
quelques réactions à chaud.
Dans
sa déclaration politique, Monsieur Thambwe Mwamba a adressé deux
messages importants au peuple congolais.
1.
Sa lutte armée est justifiée par son souci de mettre fin à la
dictature kabilienne naissante afin d’instaurer la démocratie et
l’état de droit au Congo.
2.
Malgré cette lutte armée, dès le début de la guerre, il a toujours
privilégié une issue pacifique au conflit par des négociations
politiques. Il a déployé beaucoup d’efforts dans ce sens. Ces
efforts furent couronnés par la signature des accords de Lusaka dont
il invite tout le peuple congolais à s’y investir pour leur dénouement
heureux.
La
conclusion générale qu’on peut tirer de sa déclaration est la
suivante : monsieur Thambwe Mwamba a rempli son devoir de citoyen
en combattant la dictature. Il s’est donc battu pour l’intérêt
du peuple congolais. Logiquement, même s’il a demandé publiquement
pardon au peuple congolais par pure formalité, il mérite
effectivement ce pardon. Il
est un vrai patriote.
III.
LES QUESTIONS SUSCITEES PAR SA DECLARATION.
L’analyse
de ces deux messages adressés au peuple congolais suscite quelques
interrogations.
-
Sa lutte armée visait réellement l’instauration de la démocratie
et l’état de droit au Congo ? En d’autres termes, monsieur
Thambwe Mwamba s’est-il battu pour défendre les intérêts du
peuple congolais ?
-
Monsieur Thambwe Mwamba a-t-il
toujours privilégié les négociations politiques dés le début du
conflit ?
IV.
L’ANALYSE DE SA DECLARATION.
A. LE
CHOIX DE LA LUTTE ARMEE FAIT PAR MONSIEUR THAMBWE COMME MOYEN D’INTAURER
LA DEMOCRATIE EST-IL JUSTIFIE ? .
Notre
pays n’est pas le seul à connaître les insurrections armées pour
renverser des régimes dictatoriaux. L’histoire nous apprend qu’en
règle générale, même après leurs victoires, ces insurrections armées
ne transforment pas les régimes dictatoriaux qu’elles renversent
en régimes démocrates. Notre pays n’a pas échappé à
cette règle. La rébellion kabilienne, malgré les promesses de démocratisation,
n’a pas pu instaurer un régime démocratique. Certes, on lui
trouvera toujours une excuse en arguant qu’on ne lui a pas laissé
suffisamment du temps pour appliquer son programme de démocratisation
tel qu’il a promis. Mais, on peut toutefois faire remarquer que les
décisions prises par Mzee Kabila depuis son arrivée au pouvoir ne
donnent aucune assurance sur sa volonté réelle de s’engager dans
le processus de démocratisation de notre pays. Ceci n’est pas
l’objet du débat d’aujourd’hui.
A
la lumière de ces considérations, on est en droit de se poser la
question suivante : qu’est-ce qui nous permet de croire que la
lutte armée menée par monsieur Thambwe Mwamba est-elle une exception
à cette règle générale que nous venons d’évoquer ? En
d’autres termes, pourquoi la rébellion menée par monsieur Thambwe
Mwamba allait nous conduire vers la démocratisation du pays ?
De
fait, un mouvement armé qui se bat pour l’instauration de la démocratie
dans un pays doit impérativement remplir deux conditions minimales
suivantes :
-
Le mouvement armé doit effectivement être démocratique. Il est en
effet inconcevable qu’un mouvement non démocratique puisse se
battre pour instaurer la démocratie dans un pays.
-
Les dirigeants de ce mouvement doivent être connues pour leur
attachement aux principes et valeurs démocratiques. Il est tout aussi
inconcevable qu’une personne opposée aux valeurs démocratiques
s’engage dans une lutte armée pour l’instauration d’une démocratie
dans un pays.
Il
s’ensuit que si la lutte armée menée par monsieur Thambwe Mwamba
avait pour but d’instaurer la démocratie dans notre pays, son
mouvement et lui-même doivent satisfaire aux deux conditions
susmentionnées. Vérifions donc s’il en est le cas.
1. Le
RDC/Goma est-il un mouvement démocratique ?
Le
caractère démocratique d’un mouvement peut être défini au moyen
d’un certain nombre des critères dont les plus importants sont les
suivants :
-
Poser les actes en conformité avec les principes et les valeurs démocratiques universellement
reconnus : le respect des libertés et droits fondamentaux (opinions,
culte, culture, liberté de presse, etc.) des autres.
-
Un fonctionnement démocratique au sein du mouvement.
-
L’indépendance ou l’autonomie. Si un mouvement démocratique est
à la solde d’une organisation ou d’un état non démocratique, il
est peu vraisemblable que ce mouvement puisse fonctionner de manière
démocratique et/ou poser des actes conformes aux principes et valeurs
démocratiques.
Examinons
maintenant si le RCD/Goma satisfait ces différentes conditions.
1.a.
Le respect des libertés et droits fondamentaux des autres.
Tous
les rapports des organisations nationales et internationales qui défendent
les droits de la personne sont unanimes : le RCD/Goma se livre à
des violations massives des libertés fondamentales dans les
territoires occupés. Ces violations se manifestent par des massacres
à grande échelle, aux pillages des biens privés et publics, aux
intimidations, à l’exclusion, à l’interdiction des partis
politiques, au musellement de la presse, à la relégation des
personnalités religieuses, etc. Bref, le RCD/Goma ne respecte pas les
libertés et les droits fondamentaux des non membres du mouvement.
1.b.
Fonctionnement démocratique du mouvement
Le
RDC/Goma fonctionne-t-il de manière démocratique ? Le mémoire
que monsieur Thambwe Mwamba a adressé à son président a révélé
au grand jour que c’est la règle de deux poids et deux mesures qui
a cours dans le parti. Ainsi par exemple, les membres de l’ethnie
tutsie sont intouchables. Une telle règle est contraire aux principes
démocratiques. Par conséquent, le RDC/Goma ne fonctionne pas de manière
démocratique.
1.c.
L’indépendance et l’autonomie du RCD/Goma.
Il
n’est plus un secret pour personne que le RCD/Goma est entièrement
à la solde de Kagamé et ses acolytes. Les témoignages abondent.
Citons le cas de Mgr Kataliko évoqué par Thambwe Mwamba lui-même
pour discréditer le leadership de son président. Celui-ci s’est révélé
en effet incapable de casser la décision de relégation du prélat
prise à son insu parce qu’il serait lui-même menacé.
L’allégeance
du RCD/Goma à une coterie tribale connue pour son comportement hégémonique
et dictatorial est un obstacle majeur qui empêche ce mouvement
d’entreprendre ou de poser des actes conformes aux principes et
valeurs démocratiques.
A
la lumière de ces considérations, le RCD/Goma ne peut pas être
considéré comme un
mouvement démocratique. Par conséquent, il ne peut justifier
sa lutte armée sous prétexte d’instaurer la démocratie dans notre
pays.
2.
Monsieur Thambwe Mwamba est-il connu pour son attachement aux
principes et valeurs démocratiques.
Même
si son mouvement n’est pas démocratique, on peut penser que
monsieur Thambwe Mwamba qui, par son passé est connu pour son
attachement aux principes et valeurs démocratiques, peut s’engager
résolument dans une lutte armée pour instaurer la démocratie dans
notre pays. Dans cette hypothèse, cet engagement peut être considéré
comme crédible. Hélas ! son passé politique nous autorise
d’infirmer cette hypothèse, et ce pour les raisons suivantes.
-
Monsieur Thambe Mwamba, un baron des mobutistes, a servi avec zèle ce
régime dictatorial pendant plus de 20 ans. Il a ainsi participé à
la ruine de ce pays. Pendant toute sa carrière sous le régime
mobutiste, il n’a
jamais levé son petit doigt pour protester contre cette dictature. Il
serait étonnant aujourd’hui pour qu’il prenne subitement
conscience des méfaits d’une dictature au risque de s’engager
dans une lutte armée.
-
Monsieur Thambwe Mwamba s’est révélé réfractaire au processus de
démocratisation. Pendant la période de transition, les membres de
son parti et lui se sont impliqués activement dans le torpillage de
la conférence nationale souveraine en évinçant le premier ministre,
monsieur Tshisekedi, sous prétexte d’accélérer le processus de démocratisation
bloqué par ce dernier. S’il était réellement attaché aux
principes et valeurs démocratiques, il devrait soutenir ce premier
ministre, élu démocratiquement, contre vents et marées. Il avoue
aujourd’hui reconnaître
l’échec de ce putsch antidémocratique. Ce qui l’a poussé à
soutenir la rébellion de kabila avec l’espoir que celui-ci fera accélérer
ce processus.
-
Malgré les pratiques antidémocratiques du RCD/Goma tant décriées,
monsieur Thambwe Mwamba ne les a jamais dénoncées. Ce silence sur
les massacres et autres violations de droits et libertés fondamentaux
dans les territoires occupés est-il compatible avec l’attitude de
quelqu’un qui prétend s’attacher aux principes et aux valeurs démocratiques ?
Ce silence ne l’a-t-il pas rendu complice sinon coupable de
tous ces méfaits ?
-
Malgré le caractère non démocratique du RCD/Goma que nous venons de
démontrer, monsieur Thambwe Mwamba n’a jamais envisagé un seul
instant de démissionner comme l’avait fait courageusement monsieur
Z’hahidi Ngoma. Il a dû attendre qu’on le jette littéralement à
la porte pour dénoncer les dérives antidémocratiques de son
mouvement.
Toutes
ces considérations démontrent clairement que monsieur Thambwe
Mwamba n’est pas connu pour son attachement aux principes et aux
valeurs démocratiques. Par conséquent, il n’est pas hors de
doute raisonnable d’affirmer que sa lutte armée n’avait pas but
d’instaurer la démocratie au Congo.
B. LA
THESE DE L’ENGAGEMT DE MONSIEUR THAMBWE MWAMBA POUR UNE SOLUTION
POLITIQUEMENT NEGOCIEE DU CONFLIT DES LE DEBUT DE LA GUERRE EST-ELLE
CREDIBLE ?.
Dans
sa déclaration politique, monsieur Thambwe Mwamba a particulièrement
insisté sur son rôle pour trouver une solution politiquement négociée
au conflit congolais. En lisant sa déclaration, pour monsieur Thambwe,
la rébellion ne visait pas le renversement du régime de Kabila mais
sa démocratisation. En effet, il affirme :
<
Dès la création du mouvement, j’ai plaidé en son sein sur la nécessité
de résoudre le conflit congolais par des négociations politiques
intercongolais, tant en exerçant pour ce faire, des pressions
militaires >.
Personnellement,
je ne souscris pas à cette affirmation.
-
Au début de la guerre, lorsque la rébellion volait de victoire en
victoire au Bas-Congo, aucune négociation politique n’a jamais été
proposée à Mzee Kabila pour mettre fin au conflit. Pourtant, c’était
le moment propice pour la rébellion de forcer Mzee kabila de négocier
car celui-ci était au bord de la chute. Il n’aurait
vraisemblablement pas refusé d’autant plus que selon les déclarations
de monsieur Yerodia, Mzee Kabila a accepté de signer les accords de
Lusaka pour la simple raison qu’il est militairement faible.
Pourquoi ne le ferait-il pas alors tout au début de la guerre ?
Si la rébellion a refusé de négocier avec Kabila au début de la
guerre, c’est parce qu’elle visait le renverser et non partager le
pouvoir avec lui. Pour rappel, le départ du Mzee est toujours inscrit
dans l’agenda du RCD/Goma comme l’a toujours dénoncé Wamba dia
Wamba.
-
Si la rébellion poursuivait réellement le but d’instaurer la démocratie,
la seule solution était de renverser le gouvernement de Kabila et non
de partager le pouvoir ce dernier. Car, comme l’a démontré le régime
de Mobutu, une dictature ne se démocratise point. Monsieur Thambwe
Mwamba n’ignorait pas ce fait. Comment peut-il alors affirmer que dès
le début de la guerre, il voulait tout simplement des négociations
politiques intercongolaises sous la pression militaire ?
-
Même en s’investissant dans une solution négociée, monsieur
Thambwe Mwamba caressait toujours l’idée d’une victoire militaire
sur Kabila comme le démontre le paragraphe tiré de son mémoire en
s’adressant à son président : < Vous avez dit récemment à quelqu’un que je manquais de vision
politique, parce que je continuais à défendre les accords du Lusaka
alors que le RCD va gagner militairement la guerre. Je voudrais
tellement vous croire, Monsieur le président. Mais de nous deux, je
crois que c’est vous qui manquez de vision politique. Il n’y aura
pas de victoire militaire.> Sa réponse au président dénote
tout simplement un changement d’option ou de stratégie. En effet,
au début de la guerre, contrairement à ses allégations, il croyait
à une victoire militaire du RCD. Par conséquent, il n’était pas
partisan d’une solution négociée. Mais lorsqu’il s’est vite
rendu compte qu’une victoire militaire n’est plus possible, il
s’est investi dans la recherche d’une solution négociée.
D’ailleurs, il avoue lui-même dans sa déclaration politique.
Ces
considérations montrent que c’est la tournure prise par la guerre
qui a obligé monsieur Thambwe Mwamba de s’investir pour une
solution négociée du conflit. Pourquoi a-t-il opéré alors ce
revirement à 180° en abandonnant la logique de la guerre pour opter
celle de la solution négociée ? Nous pouvons avancer deux raisons
pour expliquer ce revirement.
-
Etant un bailleur de fonds du RCD, il souhaitait une fin rapide du
conflit pour ne pas trop dépenser.
-
Dans la situation actuelle d’enlisement de la guerre, il ne tire
aucun profit ni matériel ni politique pour l’investissement qu’il
a consenti.
Il
s’ensuit que sa préoccupation pour la solution négociée ne serait
pas dictée par le risque de partition de fait qu’encourt
actuellement notre pays mais plutôt pour ses propres intérêts. On
n’arrive pas à s’expliquer son empressement à tendre la main à
celui-là même dont il fustigeait le comportement dictatorial hier,
comportement qui l’a contraint jusqu’à prendre les armes.
Pourtant, il sait pertinemment que Mzee kabila est opposé aux accords
de Lusaka. S’il s’y implique c’est à cause peut-être de la
pression populaire. Comment arriverait-il à le convaincre alors
qu’il n’est jamais arrivé à le faire avec ses anciens compagnons
de lutte. Si monsieur Z’ahidi Ngoma a noué rapidement des liens
avec Mzee, c’est parce qu’ils partagent tous les deux, quelques idées
qui plaisent au Mzee, à savoir,
-
la dénonciation des accords de Lusaka ou à défaut sa révision ;
-
pas de partage du pouvoir avant les élections démocratiques.
Qu’en
sera-t-il avec vous, monsieur Thambwe Mwamba ? Le seul conseil
que je vous prodiguerai est d’éviter de trop parler des accords de
Lusaka lorsque vous serez reçu par le Mzee. Vous risquez d’être
jeté à la porte. A bon entendeur, salut !
Mes
salutations patriotiques.
Dr
Assani A. A. |