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Fédéralisme ou Centralisme au Congo ? Réaction à madame Libambu

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Pr. Zambo wa Zambo

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J'ai lu avec intérêt votre article Madame. Je vous félicite pour vos réflexions. Nos pays n'ont pas encore atteint cette maturité politique pour dissoscier la tribu et la nation. Mon ami El Mahoya lui aussi a réagi en vous donnant raison.

Mais....

La nation congolaise est entrain de se créer à travers la dialectique du moment. Même les pays occidentaux stables aujourd'hui sont passés par une telle dialectique au cours de 2000 ans de leur histoire. La France n'est devenue un pays stable qu'à partir de 1871 lorsque Thiers installe les formes républicaines ancêtres de la République française d'aujourd'hui. Et encore ! Aux USA, la guerre de cession a ruiné le pays et a laissé de nombreux cadavres sur le terrain. Le racisme était même la forme de l'Etat... Tout cela c'est la dialectique. Voyez l'Afrique du Sud ! Laissez faire Madame, laissez faire... Lorsque vous interrompez le processus d'une dialectique, vous ne résolvez rien car vous bloquez plutôt toute possibilité de synthèse. C'est ce que Mobutu a fait en tuant le fédéralisme avec son coup d'Etat militaire et sa "révolution" du MPR.

Si les Belges ont maintenu le Congo dans une forme unitaire et promu une économie stable, les facteurs d'une telle situation s'expliquent plutôt par les méthodes musclées d'une administration coloniale. C'est la chicotte, le fouet et les emprisonnements arbitraires qui ont développé le Congo-Belge, méthode que l'on ne peut plus admettre avec les indépendances (bien que les droits humains soient plus bafoués aujourd'hui qu'à l'époque coloniale...)

Ne vous effrayez pas du fédéralisme Madame... C'est la seule voie possible pour sortir le Congo de son sous-développement. Le fédéralisme peut promouvoir la compétitivité des provinces et permettre une bonne gouvernance des ressources provinciales. Il permet d'impliquer un plus grand monde dans la conception, l'orientation et le contrôle des projets d'intérêt commun dans les provinces du fait de la connaissance de ces ressources par tout le monde et de la proximité des populations concernées vis-à-vis du pouvoir provincial décisionnaire. Et la force de l'Etat central ne peut provenir que de la puissance économique et de la stabilité sociale de ses provinces. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Si vous voyez bien, le centralisme outré que nous connaissons aujourd'hui au Congo-Kinshasa fait que tout le poids du pays répose essentiellement sur les épaules fragiles du gouvernement central de Kinshasa, qui est dépassé et écrasé par nombre de problèmes à résoudre. Il était pourtant plus facile de se délester d'un

Quant à l'esprit national, il est entrain de naître petit à petit. Déjà cette guerre qui ruine le pays aujourd'hui a réussi à créer l'unanimité au tour de la nation congolaise. Je ne crois pas que le pays éclate à cause du fédéralisme, surtout s'il est bien géré. Les vélleités de sécession ne peuvent provenir que de la mauvaise gestion du pays. C'est ce qui effraye aujourd'hui. Pourtant, une sécession aujourd'hui est suicidaire car chaque province a besoin de l'autre. La complémentarité des provinces congolaises joue un rôle très important et constitue par conséquent un facteur inestimable dans la cohésion et l'unité du pays. Le fédéralisme pourra libérer les provinces de plusieurs contraintes qui inhibent aujourd'hui leur épanouissement.

Nous avons râté notre chance en 1962 lors de la Conférence de Tananarive. Nous l'avons encore râté en 1964 avec la Constitution de Loulouabourg. Nous venons encore de la râter avec l'intrusion de Kabila dans la scène politique congolo-zaïroise en 1997. Cette fois il ne faut plus la râter...

Pr. Zambo wa Zambo
Montréal, le 17 mars 2000
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