| Au
moment où le Conseil de Sécurité adopte ses résolutions sur le
Congo , il apparaît de plus en plus évident que le Congo n'a jamais
été la véritable préoccupation des grands de ce monde . Le peuple
congolais et ses misères restent les grands oubliés. Et le
véritable enjeu n'est pas Kabila , mais les réminiscences d'un
génocide auquel nous n'avons jamais pris part et dont on nous impose
le prix le plus fort , à savoir la mise à mort de notre nation, de
la cohésion de nos familles et de la reconstruction économique.
1. Dans son
plaidoyer au congrès américain , l'ambassadeur Holbrooke a confirmé
que l'envoi d'une force de la MONUC avait pour but d'empêcher que ne
se produise un nouveau génocide. Toute la mission est pour le compte
des Tutsis , menacés d'extinction , mais à la gâchette facile pour
nous éliminer .
Tout le fonds
de commerce diplomatique de Kigali et de Kampala se fondait sur des
préoccupations prioritaires qui ne pourraient être satisfaites
qu'après l'élimination des oppositions armées hutus , lesquelles
sont réduites à des milices interhamwe et considérées comme
auteurs du génocide de 1994.
2. Lorsque
Kabila , dans un geste de bonne volonté , décrète une amnistie pour
les rebelles armés , la réaction du RDC est le refus , parce que
dit-on , c'est Kabila qui a besoin d'être amnistié pour avoir
préparé un génocide au Congo.
Les rebelles
combattent donc , non pas pour le Congo , mais pour les
préoccupations sécuritaires du Rwanda et de l'Uganda. Ce sont des
chevaliers des temps modernes qui volent au secours des Tutsis
menacés d'extinction criminelle.
3. Les
accords de Lusaka sont certainement des "bons accords" ,
pour Kigali et Kampala qui n' y sont pas qualifiés d'agresseurs et
dont les opposants ne sont pas conviés à des négociations
politiques , mais voués à l'élimination. Le rétablissement de
l'intégrité territoriale du Congo passe bien après les risques
prétendus de génocide des étrangers chez nous.
4. J'avais
mis en garde contre la nomination de Ketumire Masire , l'ancien
président du Botswana , pour mettre en place le dialogue national. A
peine parti de Kinshasa où il a eu ses premières consultations
congolaises , le "facilitateur" s'est envolé pour Kampala
et Kigali . Il prouve par là que même le dialoge inter-congolais est
piégé avec la participation du Rwanda et de l' Uganda par congolais
interposés. Autrement , le médiateur aurait dû rencontrer
directement les congolais devla rébellion armée. Mais tout le monde
sait qu'ils reçoivent les ordres d'ailleurs.Et Mr Masire a donc été
voir les véritables dirigeants du RDC et du MNLC.
5. J'avais
déjà dénoncé l'amalgame Genocide-dialogue intercongolais qui a
été recherché avec Mr Masire dont je rappelle à nouveau le
parcours.
Bien avant la
France , la Belgique et l'ONU , l'Organisation de l'Unité Africaine
(OUA) avait dès novembre 1997 accepté la proposition du premier
ministre éthiopien , Mr Ato Meles Zenawi , à la 7è session du
mécanisme de prévention de suivi et de solution des conflits , et
adopté à la
67è session
ministérielle de février 1998 , puis au sommet des chefs d'Etat , en
juin 1998 à Ouagadougou ( Burkina Fasso), la création d'une
commission internationale africaine sur le génocide rwandais de 1994.
Cette
commision de six personnalités africaines a débuté ses assises le
20 janvier 1999 , sous la présidence de...Sir Ketumile Masire ,
ancien président du Botswana , soit est exactement le même Mr Masire
qui a été imposé par l'ambassadeur des USA à l'ONU , Richard
Holbrooke dont la tournée africaine centrée sur le problème
congolais , est allée en crescendo pour d'abord tout conditionner au
silence des armes et au respect des accords de Lusaka qui seraient
selon lui de "bons accords" et finalement exiger avant toute
chose la désignation d' un médiateur pour le dialogue interne
congolais. Officiellement , le choix de Masire provenait de l'OUA ,
mais une partie de la délégation de Holbrooke avait fait le voyage
de Addis Abeba... Et jusque-là , bien d'autres noms avaient été
proposés et agréés.
Comme par
hasard , ce sont les rebelles congolais qui furent les premiers à
avancer le nom de la personnalité botswanaise jusque là inconnue ou
fort discrète. Mais très rapidement Kabila et l'opposition non
armée ont rapidement accepté le "facilitateur" Masire
Il faut
prendre en compte le parrainage rwandais sur les rebelles congolais et
le fonds de commerce que constitue le "génocide de 1994" ,
savoir que les accords de Lusaka sont conditionnés par l'élimination
des " génocidaires". Le fait que l'on retrouve la même
personnalité pour à la fois faire la lumière sur le génocide et
reconcilier les congolais, et tout cela dans le même laps de temps du
printemps 2000 , m'a toujours fait douter de la sincérité et du
sérieux du processus engagé.
Il y a un
amalgame complet : alors que le Congo n'a aucune responsabilité dans
le génocide de 1994 et que le Rwanda n'a pas d'obligation à se
démocratiser par un dialogue interne similaire , comment donc les
congolais s'en tireront avec le fantôme et , pour certain , les
fantasmes rwandais ?
Valérien
Ngoy |