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La Gecamines/ Centre relance sa production

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Philippe Mutamba

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La grande nouvelle du jour : Les administrateurs de la Gecamines viennent de quitter Lubumbashi sur une nouvelle encourageante. En effet , la Générale des Carrières et des Mines (G.C.M.) et la Central Mining Group Corporation (C.M.G.) ont signé le jeudi 9 mars un contrat d'usinage et de services . Cet accord écrit permet la relance de la production , délibérément suspendue . Du moins pour le groupe centre , à Likasi . Le fantôme d'un arrêt irréversible a été éloigné moins de 48 heures après l'état de mort déclarée de cette grande entreprise minière.

On avait cherché à nous faire croire le mardi 7 mars que la société était irrémédiablement par terre à cause , précisément de l'arrêt des traitements miniers par les usines de Likasi sous gérance de la Central Mining Group . Notre déplacement n'a , finalement , pas été vain. Les langues se sont déliées et il nous a été dévoilé que des "autorités inconnues" avaient donné des instructions de ne plus remettre les minerais en traitement jusqu'à la signature d'un contrat en bonne et due forme avec la C.M.G. Les mêmes "autorités inconnues " ont , en même temps, interdit la signature du contrat. Et la Gecamines s'est retrouvée avec une production nulle et des boucs émissaires.

Maintenant , il faudrait que les responsables de cette machination sordide soient réprimandés , car c'est un véritable crime économique qui a été perpétré .Un sabotage. Une mise à mort lente , et à froid. Le contrat avec Shituru existait déjà et assurait le traitement de près de la moitié de la production commercialisable de la Gecamines . L'autre moitié provenant de Kolwezi. Des experts , et nous en avons de valables , auraient bien pu retracer les opérations avec la C.M.G. , mais sans devoir les interrompre.

Mais à toute chose , malheur est bon . Les membres du Comité de Gestion qu'on s'est précipité à déclarer en "bagarre ouverte" vivaient , en réalité sous un régime de terreur et étaient réduits à obéir au doigt et à l'oeil du consul de France qui faisait plus de politique politicienne que de gestion . Tout a basculé , en un instant , lorsque le délégué de la Présidence a débarqué sans le fameux décret présidentiel et qu'il a été amené à reconnaître que ce n'était pas le bureau du chef de l'Etat qui faisait obstruction à la signature du contrat d'usinage à Shituru . En réalisant rapidement cette signature , les directeurs de notre société ont dû ressentir comme une délivrance et le devoir d'exécuter leurs fonctions en âme et conscience .

Mais quelles sont les chances de cette reprise de la production de la Gecamines ? Un contrat seul ne suffit pas , bien sûr . Mais le passé récent jète une lumière objective sur les chances réelles de la Gecamines .

Le rapport de la direction technique de notre société en date du 18 janvier 2000 indique que la production a évolué selon les prévisions de l'ancien Président de la société jusqu'en juillet 1999. Les tonnages ont, alors , infléchi mais avec une reprise soutenue . Le changement de Présidence et de politique de la société coïncide avec la chute vertigineuse que l'on déplore .

TABLEAU DES PRODUCTIONS

CUIVRE 

COBALT

Prévisions 

Réalisations 

Prévisions 

Réalisations

janvier 99 1447 1406 126 160
février 99 1114 1132 119 128
mars 99 2308 2252 186 181
avril 99 2018 1998 191 183
mai 99 2908 2927 195 197
juin 99 2932 2981 252 270
juillet 99 3555 4110 420 291
août 99 6504 1968 616 211
septembre 99 6987 2544 710 201
octobre 99 7225 3350 724 270
novembre 99 7142 2761 676 277
décembre 99 7067 2638 675 180

Notre société est une entreprise publique . Et ces chiffres ne servent pas à démontrer les talents d'un gestionnaire par rapport à un autre . Ils illustrent simplement et clairement que lorsqu'on y met de la volonté , les choses peuvent s'améliorer sensiblement . Mais en situation de mauvaise foi politicienne , la chute est rapide.

En réalité , deux écoles s'affrontent à propos de l'avenir de notre société , géante aux pieds d'argile.

Les uns la destinent à être livrée à des multinationales dont l'intérêt légitime est d'en faire l'acquisition à des prix au rabais . Et une entreprise à l'arrêt ne vaut pas cher . Et lorsque notre Président de Conseil et consul de France parle d'amener des investisseurs , il devrait s'appliquer à dynamiser la société pour qu'elle négocie en position de force . Mais sa politique aboutit au résultat contraire. Les interrogations soulevées en marge de la réunion sur ses propres relations avec notre société sont sérieuses et particulièrement troublantes .

L'autre école prétend qu'il ne sert à rien d'attendre le " Messie " et des investisseurs aux conditions draconiennes. Aucun "major" n' a , d'ailleurs , fait de propositions sérieuses . Même l'Union Minière belge s'engage du bout des doigts , avec de petites participations à Kasombo et dans AMFI . La plupart tirent prétexte de l'état de guerre comme cas de force majeure pour justifier leur inaction . Mais ce sont les mêmes "major" qui jouent en perdent, dans les places boursières internationales, davantage d'argent et sans mettre des gants . Ils se jouent de notre pauvreté . L'idée serait donc de repartir de zéro avec les moyens matériels et humains dont on dispose , mais avec une gestion à l'abri de la corruption intérieure et de l'exploitation extérieure . L'Etat congolais qui est privé de dividendes depuis de nombreuses années pourrait valablement prendre patience et accompagner ce redressement progressif .

C'est versé dans ces réflexions que je redécouvre le PV de la réunion du 7 mars . Je ne suis pas analphabète , mais on se fait souvent avoir . La motion de report de la rénion était déjà un coup de théâtre . Et les joutes oratoires qui suivirent , davantage . Le P.V. est rédigé en termes de résolutions qui ne traduisent pas la réalité . Le texte avait été préparé à l'avance et n'a pas tenu compte des précisions et autres démentis apportés sur le champ . Il proclame que "les recommandations formulées antérieurement par le Conseil d'Administration aux Autorités Supérieures sont en cours d'examen et les décisions seront communiquées au Conseil d'Administration".

A ma connaissance , nous n'avons jamais fait de "recommandations" à l'autorité à part peut-être la constitution d'une commission avec le concours des représentants du Gouvernement . Existerai-t-il un autre Conseil d'Administration de la Gecamines ? Est-ce que la mise en place d'une commission justifiait qu'on paralyse les assises du Conseil d'Administration ? et que l'on prolonge l'asphyxie toute délibérée des activités de la société?

Propos d'un administrateur , recueillis par

Philippe Mutamba,

RDC

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