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La grande nouvelle du jour :
Les administrateurs de la Gecamines viennent de quitter Lubumbashi sur
une nouvelle encourageante. En effet , la
Générale des Carrières et des Mines (G.C.M.) et la Central Mining
Group Corporation (C.M.G.) ont signé le jeudi 9 mars un contrat
d'usinage et de services . Cet accord écrit permet la relance de la
production , délibérément suspendue . Du moins pour le groupe
centre , à Likasi . Le fantôme d'un arrêt irréversible a été
éloigné moins de 48 heures après l'état de mort déclarée de
cette grande entreprise minière.
On avait
cherché à nous faire croire le mardi 7 mars que la société était
irrémédiablement par terre à cause , précisément de l'arrêt des
traitements miniers par les usines de Likasi sous gérance de la
Central Mining Group . Notre déplacement n'a , finalement , pas été
vain. Les langues se sont déliées et il nous a été dévoilé que
des "autorités inconnues" avaient donné des instructions
de ne plus remettre les minerais en traitement jusqu'à la signature
d'un contrat en bonne et due forme avec la C.M.G. Les mêmes
"autorités inconnues " ont , en même temps, interdit la
signature du contrat. Et la Gecamines s'est retrouvée avec une
production nulle et des boucs émissaires.
Maintenant ,
il faudrait que les responsables de cette machination sordide soient
réprimandés , car c'est un véritable crime économique qui a été
perpétré .Un sabotage. Une mise à mort lente , et à froid. Le
contrat avec Shituru existait déjà et assurait le traitement de
près de la moitié de la production commercialisable de la Gecamines
. L'autre moitié provenant de Kolwezi. Des experts , et nous en avons
de valables , auraient bien pu retracer les opérations avec la C.M.G.
, mais sans devoir les interrompre.
Mais à toute
chose , malheur est bon . Les membres du Comité de Gestion qu'on
s'est précipité à déclarer en "bagarre ouverte" vivaient
, en réalité sous un régime de terreur et étaient réduits à
obéir au doigt et à l'oeil du consul de France qui faisait plus de
politique politicienne que de gestion . Tout a basculé , en un
instant , lorsque le délégué de la Présidence a débarqué sans le
fameux décret présidentiel et qu'il a été amené à reconnaître
que ce n'était pas le bureau du chef de l'Etat qui faisait
obstruction à la signature du contrat d'usinage à Shituru . En
réalisant rapidement cette signature , les directeurs de notre
société ont dû ressentir comme une délivrance et le devoir
d'exécuter leurs fonctions en âme et conscience .
Mais quelles
sont les chances de cette reprise de la production de la Gecamines ?
Un contrat seul ne suffit pas , bien sûr . Mais le passé récent
jète une lumière objective sur les chances réelles de la Gecamines
.
Le rapport de
la direction technique de notre société en date du 18 janvier 2000
indique que la production a évolué selon les prévisions de l'ancien
Président de la société jusqu'en juillet 1999. Les tonnages ont,
alors , infléchi mais avec une reprise soutenue . Le changement de
Présidence et de politique de la société coïncide avec la chute
vertigineuse que l'on déplore .
TABLEAU
DES PRODUCTIONS
|
CUIVRE |
COBALT |
|
Prévisions |
Réalisations |
Prévisions |
Réalisations |
| janvier
99 |
1447 |
1406 |
126 |
160 |
| février
99 |
1114 |
1132 |
119 |
128 |
| mars
99 |
2308 |
2252 |
186 |
181 |
| avril
99 |
2018 |
1998 |
191 |
183 |
| mai
99 |
2908 |
2927 |
195 |
197 |
| juin
99 |
2932 |
2981 |
252 |
270 |
| juillet
99 |
3555 |
4110 |
420 |
291 |
| août
99 |
6504 |
1968 |
616 |
211 |
| septembre
99 |
6987 |
2544 |
710 |
201 |
| octobre
99 |
7225 |
3350 |
724 |
270 |
| novembre
99 |
7142 |
2761 |
676 |
277 |
| décembre
99 |
7067 |
2638 |
675 |
180 |
Notre
société est une entreprise publique . Et ces chiffres ne servent pas
à démontrer les talents d'un gestionnaire par rapport à un autre .
Ils illustrent simplement et clairement que lorsqu'on y met de la
volonté , les choses peuvent s'améliorer sensiblement . Mais en
situation de mauvaise foi politicienne , la chute est rapide.
En réalité
, deux écoles s'affrontent à propos de l'avenir de notre société ,
géante aux pieds d'argile.
Les uns la
destinent à être livrée à des multinationales dont l'intérêt
légitime est d'en faire l'acquisition à des prix au rabais . Et une
entreprise à l'arrêt ne vaut pas cher . Et lorsque notre Président
de Conseil et consul de France parle d'amener des investisseurs , il
devrait s'appliquer à dynamiser la société pour qu'elle négocie en
position de force . Mais sa politique aboutit au résultat contraire.
Les interrogations soulevées en marge de la réunion sur ses propres
relations avec notre société sont sérieuses et particulièrement
troublantes .
L'autre
école prétend qu'il ne sert à rien d'attendre le " Messie
" et des investisseurs aux conditions draconiennes. Aucun
"major" n' a , d'ailleurs , fait de propositions sérieuses
. Même l'Union Minière belge s'engage du bout des doigts , avec de
petites participations à Kasombo et dans AMFI . La plupart tirent
prétexte de l'état de guerre comme cas de force majeure pour
justifier leur inaction . Mais ce sont les mêmes "major"
qui jouent en perdent, dans les places boursières internationales,
davantage d'argent et sans mettre des gants . Ils se jouent de notre
pauvreté . L'idée serait donc de repartir de zéro avec les moyens
matériels et humains dont on dispose , mais avec une gestion à
l'abri de la corruption intérieure et de l'exploitation extérieure .
L'Etat congolais qui est privé de dividendes depuis de nombreuses
années pourrait valablement prendre patience et accompagner ce
redressement progressif .
C'est versé
dans ces réflexions que je redécouvre le PV de la réunion du 7 mars
. Je ne suis pas analphabète , mais on se fait souvent avoir . La
motion de report de la rénion était déjà un coup de théâtre . Et
les joutes oratoires qui suivirent , davantage . Le P.V. est rédigé
en termes de résolutions qui ne traduisent pas la réalité . Le
texte avait été préparé à l'avance et n'a pas tenu compte des
précisions et autres démentis apportés sur le champ . Il proclame
que "les recommandations formulées antérieurement par le
Conseil d'Administration aux Autorités Supérieures sont en cours
d'examen et les décisions seront communiquées au Conseil
d'Administration".
A ma
connaissance , nous n'avons jamais fait de "recommandations"
à l'autorité à part peut-être la constitution d'une commission
avec le concours des représentants du Gouvernement . Existerai-t-il
un autre Conseil d'Administration de la Gecamines ? Est-ce que la mise
en place d'une commission justifiait qu'on paralyse les assises du
Conseil d'Administration ? et que l'on prolonge l'asphyxie toute
délibérée des activités de la société?
Propos d'un
administrateur , recueillis par
Philippe
Mutamba,
RDC |