|
- GBADOLITE, LE 5 MARS 2000 -
Mes Chers Compatriotes
En septembre 1998, a Kisangani, avec une poignée de jeunes révolutionnaires
congolais nous avons décidé de prendre les armes comme le recommande
l'article 37 de la Charte de la Transition. Nous voulons désormais rompre
définitivement avec le cycle des pouvoirs imposés par des mains étrangères.
Depuis 1960, tous les responsables qui se sont succédés a la magistrature
suprême n'ont cessé de se plier aux diktats de ceux-là même qui les avaient
propulsés au pouvoir. Prisonniers de leurs alliances, ces hommes n'ont
jamais servi les intérêts du peuple congolais. Aujourd'hui, qui peut
s'étonner qu'en quarante années d'indépendance le développement économique
et social du Congo-Zaïre ait complètement échoué? Qui peut encore s'interroger sur la privatisation de l'armée nationale au profit d'un clan,
d'une famille voire d'un seul individu ? Pendant quarante ans, nous tous,
nous avons assisté, les uns complices, les autres spectateurs impuissants,
â un véritable apartheid exercé par des noirs sur d'autre noirs.
Mes Chers Compatriotes,
Dans la foulée de Simon Kimbangu, de Patrice Lumumba, des martyrs du 4
janvier, des chrétiens du 16 février, et de bien d'autres fils de ce pays
qui sont restés dans l'anonymat, les combattants de l'Armée de Libération
du Congo se sont levés contre l'arbitraire, la corruption, et la haine
tribale. La confusion qui régne aujourd'hui dans notre pays est la
conséquence d'un processus enclenché en septembre 1996. A l'initiative des
forces étrangères, des prétendus nationalistes - ceux-là même qui parlent
aujourd'hui d'agression - ont vendu leur pays pour renverser le régime
agonisant de Mobutu. Après sept mois de marche paisible, au rythme de
l'avancée des troupes de son allié, - sept mois au cours desquels le peuple
congolais est demeuré spectateur et non acteur d'une pseudo-revolution -,
un vieux maquisard sorti des placards de l'histoire par les puissances
étrangères s'est auto-proclamé Chef de l'Etat.
Au grand dam de ceux qui l'avaient installé sur le fauteuil de son prédécesseur, le dictateur et sa famille ont, a leur tour, monopolisé a
leur seul profit toutes les commandes de l'Etat. Les activités politiques
ont été frappées d'interdiction, les hommes politiques jetés en prison, les
journalistes molestés et le peuple mis en état d'esclavage. Au fil des
jours, la communauté internationale médusée assistait à l'éclosion d'un
despotisme anachronique Dans les camps de la Province Orientale, sur les
pistes et dans les clairières des forêts de l'Equateur, des milliers de
cadavres de femmes, d'enfants et de vieillards ont été impitoyablement
massacrés par les troupes de I'AFDL. Personne n'a oublié le long calvaire
de ces innocents. Dans la nuit froide de l'oubli, ils attendent encore
aujourd'hui que les responsabilités soient établies sur ce génocide
perpétré sous le commandement de monsieur Kabila. En août 1998, qui se
souvient des appels à la haine lancés par les autorités de Kinshasa à
l'endroit des Tutsi ? Par un retournement dont il a le secret, le nouveau
maître du Congo a une nouvelle fois de plus tourné casaque. A la faveur de
l'éclatement de I'AFDL. ses amis d'hier sont devenus les ennemis du lendemain. Des centaines d'innocents, dont le seul crime aura être
l'appartenance à un groupe ethnique ou tout simplement une ressemblance
physique, seront jetés à la vindicte populaire et brûlés vif dans les
conditions les plus barbares. Après le massacre des Hutus, venait le tour
des Tutsi. La duplicité et la fourberie d'un homme que flan n'avait préparé
au pouvoir éclataient au grand jour. En janvier et février 1999, des
milliers d'autres innocents, Congolais ceux-là, ont été sauvagement
massacrés dans les villages du Nord-Ubangi par une soldatesque barbare aux
ordres du nouveau maître de Kinshasa. De Zongo à Gemena, des dizaines de
villages étaient détruits, des jeunes gens, des familles entières brûlés
vifs dans les cases en terre. La mémoire de tous nos frères, de nos soeurs,
de nos parents, de tous ces innocents, ne trouvera pas de repos tant qu'un
doigt n'aura été pointé sur le responsable de leur disparition.
Depuis son auto proclamation, celui qui se prétend le chef de l'Etat n'a
jamais pris la peine de sillonner le pays et d'aller au contact de la souffrance quotidienne de ses frères. Combien d'hôpitaux a-t-il visité ?
Combien de routes a-t-il sillonné ? Connaît-il le prix d'une cure d'anti-malaria ? Non ! Depuis sa prise de pouvoir, seul son portefeuille
personnel compte ! L'immense espoir provoqué par le départ de l'ancien
régime a fait place à la déception et à l'amertume. Trahis par des
promesses non tenues et des mensonges répétés, les Congolais ont à nouveau
été réduits à une forme d'esclavage, Ils aspirent aujourd'hui à un
changement fondamental En deux ans, notre pays a plongé dans un système de
corruption, dans le tribalisme, dans le vol organisé, pire que celui laissé
par l'ancien régime dictatorial. Les autorités ont élevé le pillage des
ressources de l'Etat au rang d'un principe établi de gouvernement.
Avons-nous le droit, nous qui combattons pour la libération, de trahir à
nouveau les espoirs de la population ? Jamais, trois fois Jamais ! Trop de
sang, trop de larmes ont été versées qui soudent définitivement le pacte
qui lie le MLC à la population des territoires libérés !
Mes chers Compatriotes, Le devoir sacré de mémoire que nous nous sommes
imposés nous appelle à rejeter définitivement toute forme d'arbitraire, de
persécution et de tortures qui sont le fait quotidien du régime de Kinshasa. Nous ne nous battons pas pour le pouvoir, ou pour un
enrichissement personnel, mais bien pour une vision du pays, pour recouvrer
la liberté qui nous a été confisquée, pour assurer un avenir à nos enfants.
C'est pour ce nouveau Congo Zaïre que nous avons tout abandonné et tout
sacrifié ! Si des milliers de jeunes congolais ont accepté de prendre les
armes, c'est pour que plus jamais, leurs soeurs, leurs mères ne soient
violées, leurs frères, leur père ne soient humiliés, fouettés, molestés et
arrêtés. A travers tout le pays, nous avons découvert la forme la plus vile
de barbarie imposée par une administration et une bande armée aux ordres du
despote et de sa famille.
En prenant les armes, nous nous sommes engagés aux côtés du peuple pour
mettre fin à un système et imposer un nouvel ordre politique. Aujourd'hui,
les populations du Kivu, de la Province Orientale, de l'Equateur ont donné
les meilleurs de leurs filles et de leurs fils pour combattre la dictature.
Tous ces jeunes se sont enrôlés en grand nombre dans l'Armée de Libération
du Congo. A Kisangani, Beni, Aketi, Bumba, Lisala, Businga, Gemena, Gbadolite, Zongo, Libenge. Bumba, Bongandanga, Yakoma, partout des
centaines de jeunes sont venus librement afin que plus jamais, la dictature
ne prenne en otage le peuple congolais. Toutes ces villes, tous ces villages ont donné leurs enfants pour que quarante ans après la lutte pour
l'indépendance, le combat pour la libération soit mené par les fils et
filles du pays. A ce titre, je rends ici un hommage appuyé aux instructeurs
ougandais qui ont participé à la constitution d'une véritable armée
congolaise. L'Armée de Libération du Congo constituera demain le fer de
lance de l'Armée Nationale Républicaine chargée de la défense de l'intégrité du territoire et de la souveraineté du Congo Zaïre. L'Unité du
pays ne sera jamais hypothéquée par le MLC. Jamais nous n'accepterons
qu'une seule parcelle de notre pays soit abandonnée à la convoitise d'un
seul étranger. Le Congo, le grand Congo Zaïre est un cavalier dont l'ombre
s'étend sur ses neuf voisins. Comme nous, tous ont droit à la paix, à la
sécurité et à la stabilité. Notre devoir est d'empêcher que des génocidaires, des bandes armées, des rebelles venus de l'étranger profitent
de nos faiblesses pour s'installer et déstabiliser nos frères voisins.
Demain, fort d'une armée disciplinée et bien encadrée, le Congo Zaïre
deviendra un pôle de stabilité et de développement au coeur du Continent.
Mes Chers Compatriotes,
Pour mettre un terme définitif à la confusion qui règne au Congo Zaïre, je
ne vois qu'une seule voie : Les négociations politiques inter congolaises
liées aux accords de Lusaka. Toutes les filles et tous les fils du pays
doivent se mettre autour d'une même table pour construire un nouvel ordre
politique. Par notre combat, notre détermination à chasser la dictature,
nous sommes parvenus à imposer au maître de Kinshasa que l'opposition non
armée et la société civile soient parties prenantes aux négociations.
Emprisonnés, relégués au simple rôle d'observateurs, les acteurs politiques
avaient le choix entre le silence et le chemin de l'exil. Aujourd'hui,
parce que des jeunes congolais ont accepté, au prix de tous les sacrifices,
de combattre la dictature, nous sommes parvenus à arracher au dictateur la
reconnaissance de toutes composantes politiques de la vie nationale. Elles
sont toutes des acteurs essentiels pour la recherche du consensus qui
conduira à l'éradication définitive de la dictature et à la Réconciliation
Nationale. N'eussent été les actes de bravoure des milliers de combattants
sur le champ d'honneur, nous n'en serions pas là aujourd'hui ! Par le sang
et les larmes des combattants par le sacrifice de centaines de jeunes congolais qui sont morts au front, nous avons fait fléchir la dictature.
Cette victoire est la première du peuple, elle sera véritablement effective
lors des élections libres, démocratiques et transparentes qui clôtureront
le plus long cycle de transition que l'Afrique ait jamais connu. Le peuple
choisira librement, à tous les niveaux, ses futurs dirigeants.
Mes Chers compatriotes,
Le Mouvement de Libération du Congo a déjà commencé l'organisation des
élections au niveau local, ceci dès le début de notre combat pour la
libération intégrale du pays. Dans chaque territoire, les populations ont
choisi librement leurs responsables au sein des structures des conseils de
représentants. Ces conseils sont composés de deux élus par collectivité
ainsi que des représentants des notables, des femmes, des confessions
religieuses et du patronat. Au niveau des exécutifs locaux, les populations
des territoires libérés ont élu les administrateurs de territoire, les
bourgmestres et les chefs de secteurs. Au sein de chaque territoire, les
conseils des représentants exercent un contrôle vigilant sur l'exécutif. Ce
système constitue la première étape de la démocratie. Demain, au niveau
régional et national, le peuple pourra à travers ses élus participer
activement à la gestion du pays.
Le Mouvement de Libération du Congo a mis l'accent sur la restauration de
la Justice. Tous les Congolais doivent être égaux devant la Loi. La lutte
contre la corruption, les privilèges, le vol et les détournements nécessite
une prise de conscience des hommes chargés d'appliquer la Loi. Sur l'ensemble des territoires libérés par le MLC, les droits de l'homme sont
respectés. Nous n'entendrons jamais interdire à un Congolais de s'installer
librement à l'endroit de son choix, de circuler, de véhiculer ses opinions,
de manifester et de revendiquer ses droits légitimes. Le respect des droits
de l'homme nécessite le concours des forces de l'ordre. Le MLC s'est investi dans la réforme de Ta police. Un recyclage des policiers a permis
aux agents de l'ordre à s'imprégner de valeurs démocratiques qui fondent un
Etat de Droit.
Enfin, au plan militaire, l'Armée de Libération du Congo issue du peuple,
et composée à 100% de Congolais se distingue par la discipline et l'ordre
qui règne dans ses rangs. Au sein des territoires libérés par le Mouvement,
les barrières routières sont levées. Les militaires qui seraient tentés de
rançonner les populations sont sévèrement punis. Dans le défi qui nous est
posé de construire une armée nationale et républicaine, l'Armée de
Libération du Congo constituera le noyau des forces loyales qui assureront
la stabilité et la paix au Congo Zaïre.
Au plan économique, le MLC soutient activement les opérateurs consciencieux
qui tentent de maintenir voire de relancer leurs activités. Le pillage
systématique du pays a laissé l'arrière-pays dans un état de délabrement
total. Privés de route et de voies d'évacuation, les paysans voient trop
souvent les récoltes pourrir sur leur pied. Par l'application de règles
souples et la diminution des tracasseries administratives, le MLC favorise
la reprise des exploitations agricoles et minières. Demain, dans un espace
apaisé, le MLC appuiera le secteur privé qui constitue le meilleur partenaire pour la relance économique
Mes Chers Compatriotes,
Depuis la signature des Accords de Lusaka, monsieur Kabila tente par tous
les moyens de se soustraire à ses engagements. Il y a quelques jours à
peine, à Lusaka, avec tous les autres signataires de l'accord de cessez-le-feu, nous nous sommes engagés à accélérer le processus qui doit
aboutir à une cessation effective des hostilités et à la tenue des
négociations politiques inter congolaises. Mais, en voulant tout d'abord
organiser une constituante, ensuite une Commission Constitutionnelle, un
Débat National suivi des accords de Lusaka sans cesse reniés, pour aboutir
aux Consultations dites " Nationales ", par toutes ces manoeuvres dilatoires, les autorités de Kinshasa nous font tous perdre un temps
précieux dans la recherche d'une solution de paix durable.
Or, les dispositions des accords de cessez-le-feu sont claires : un nouvel
ordre politique et des nouvelles institutions issus des négociations intercongolaises doivent conduire aux élections libres, démocratiques et
transparentes. Ce nouvel ordre politique signifie l'éradication définitive
de la dictature. Dans la peur d'affronter la réalité d'un bilan politique,
économique, social et militaire calamiteux, le maître de Kinshasa veut,
comme son prédécesseur, utiliser l'argent public pour corrompre les plus
faibles de nos concitoyens. Plus grave encore, il continue de bombarder les
populations civiles semant la mort et le désarroi parmi les innocents. Ce
jeudi 2 mars, quelques heures à peine après la cessation effective des
hostilités décidée de commun accord par les signataires du cessez-le-feu à
Lusaka, 8 bombes étaient lancées sur la ville de Basankusu. Une jeune femme
enceinte, grièvement blessée, succombait dans la nuit.
Mes chers Compatriotes,
Toutes ces tentatives sont vaines car nous avons promis au peuple congolais
qui nous a donné les meilleurs de ses enfants, de ne pas trahir l'idéal de
changement et de démocratie qui nous anime Notre lune ne se limite pas à
chasser définitivement la dictature, nous devons extirper les valeurs
négatives qui ont conduit le pays à la ruine et au désespoir. Ce combat est
une exigence et appelle à une prise de conscience de tous les Congolais. La
corruption, le tribalisme, le népotisme, le pillage qui ont élu domicile
dans nos murs depuis 40 ans, doivent faire place à un nouvel esprit et une
nouvelle mentalité dans le chef des futurs responsables. Le respect des
droits de l'homme, la tolérance, la solidarité agissante sont les fondements de la bonne gouvernance. La Démocratie pour laquelle nous nous
battons appelle la restauration immédiate des libertés et des droits
fondamentaux.
Je salue ici le courage des journalistes congolais, des responsables politiques et des animateurs de la société civile - particulièrement des
associations de défense des droits de l'homme - qui résistent, dans des
conditions difficiles, aux pressions et aux violences de la dictature de
monsieur Kabila. Je ne peux oublier tous nos compatriotes qui sont emprisonnés, jetés au cachot et qui résistent eux aussi au pouvoir injuste
et à l'arbitraire. Qu'ils soient assurés que notre combat est également le
leur, Ensemble, nous construirons un espace démocratique et nous restaurerons les champs de liberté confisqués par le pouvoir de Kabila.
J'en appelle à tous les militaires - tous ces jeunes Congolais - qui sont
envoyés au front par les autorités de Kinshasa. La paix pour laquelle nous
avons signé les accords de Lusaka, nous la voulons pour toutes les filles
et fils du pays. Je les appelle à ne plus se laisser tromper par un homme
dont la seule volonté est de se maintenir seul au pouvoir, sans espoir pour
son peuple, sans avenir pour sa jeunesse. Je les appelle à rejoindre nos
rangs partout où ils se trouvent, ils seront bien accueillis.
Mes Chers Compatriotes,
A ce stade de notre lutte, à la veille des négociations politiques inter
congolaises, notre reconnaissance va à la mémoire de tous ceux qui ont
donné leur vie pour que demain nous puissions vivre libres. Leur sacrifice
nous interpelle. Je pense aux combattants de l'Armée de Libération du
Congo, mais également aux martyrs du 16 février. Le sacrifice des Chrétiens
a démontré la capacité du peuple à se mobiliser et à défendre ses droits,
J'appelle le peuple congolais à se mobiliser lui aussi pour que monsieur
Kabila cesse d'envoyer des milliers de jeunes congolais au Front et qu'il
ait le courage de s'investir réellement dans le processus de Lusaka qui
conduit à la paix et à la Démocratie.
Trop c'est trop ! Les populations congolaises appellent aujourd'hui le MLC
à les protéger des bombes jetées par les Antonov, des hordes de génocidaires interahamwe qui violent et tuent sur leur passage, des bateaux
qui pilonnent les rives des fleuves, et des arrestations arbitraires.
Devons-nous rester impassibles à ces appels ? Non - je le dis et le répète,
Non Désormais, toute nouvelle agression des autorités de Kinshasa contre
les populations Innocentes appellera une réaction vigoureuse des troupes de
l'Armée de Libération du Congo. S'il le faut, avec l'appui de tout le
peuple congolais, nous poursuivrons la lutte et nous Irons jusque Kinshasa
chasser le dictateur de sa tanière. Ceci est le dernier avertissement
adressé à Kabila !
L'avenir nous appartient. Nul ne peut confisquer le formidable espoir de
changement qui est né dans les territoires libérés. Le MLC et tous les
combattants de la liberté luttent pour que tous les Congolais, tous sans
exception, recouvrent leurs droits, leur dignité et la possibilité de vivre
libres dans un pays apaisé. Notre combat est noble et la cause que nous
défendons est juste. Comme le dit notre devise : " Avec Dieu nous vaincrons! ".
Notre victoire sera celle du peuple, avec le peuple et pour le peuple !
Jean-Pierre Bemba
Secretariat General MLC
Tel : (871) 762.280.770
Fax : (871) 762.012.214
Email : MLCongo@compuserve.com |