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Discours du Président du MLC, Jean-Pierre Bemba, à l'occasion de la confirmation des accords de Lusaka du 23 février 2000

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MLCongo

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- GBADOLITE, LE 5 MARS 2000 -

Mes Chers Compatriotes

En septembre 1998, a Kisangani, avec une poignée de jeunes révolutionnaires congolais nous avons décidé de prendre les armes comme le recommande l'article 37 de la Charte de la Transition. Nous voulons désormais rompre définitivement avec le cycle des pouvoirs imposés par des mains étrangères.
Depuis 1960, tous les responsables qui se sont succédés a la magistrature suprême n'ont cessé de se plier aux diktats de ceux-là même qui les avaient propulsés au pouvoir. Prisonniers de leurs alliances, ces hommes n'ont jamais servi les intérêts du peuple congolais. Aujourd'hui, qui peut s'étonner qu'en quarante années d'indépendance le développement économique et social du Congo-Zaïre ait complètement échoué? Qui peut encore s'interroger sur la privatisation de l'armée nationale au profit d'un clan, d'une famille voire d'un seul individu ? Pendant quarante ans, nous tous, nous avons assisté, les uns complices, les autres spectateurs impuissants, â un véritable apartheid exercé par des noirs sur d'autre noirs.

Mes Chers Compatriotes,
Dans la foulée de Simon Kimbangu, de Patrice Lumumba, des martyrs du 4 janvier, des chrétiens du 16 février, et de bien d'autres fils de ce pays qui sont restés dans l'anonymat, les combattants de l'Armée de Libération du Congo se sont levés contre l'arbitraire, la corruption, et la haine tribale. La confusion qui régne aujourd'hui dans notre pays est la
conséquence d'un processus enclenché en septembre 1996. A l'initiative des forces étrangères, des prétendus nationalistes - ceux-là même qui parlent aujourd'hui d'agression - ont vendu leur pays pour renverser le régime agonisant de Mobutu. Après sept mois de marche paisible, au rythme de l'avancée des troupes de son allié, - sept mois au cours desquels le peuple congolais est demeuré spectateur et non acteur d'une pseudo-revolution -, un vieux maquisard sorti des placards de l'histoire par les puissances
étrangères s'est auto-proclamé Chef de l'Etat.

Au grand dam de ceux qui l'avaient installé sur le fauteuil de son prédécesseur, le dictateur et sa famille ont, a leur tour, monopolisé a leur seul profit toutes les commandes de l'Etat. Les activités politiques ont été frappées d'interdiction, les hommes politiques jetés en prison, les journalistes molestés et le peuple mis en état d'esclavage. Au fil des jours, la communauté internationale médusée assistait à l'éclosion d'un despotisme anachronique Dans les camps de la Province Orientale, sur les pistes et dans les clairières des forêts de l'Equateur, des milliers de cadavres de femmes, d'enfants et de vieillards ont été impitoyablement massacrés par les troupes de I'AFDL. Personne n'a oublié le long calvaire de ces innocents. Dans la nuit froide de l'oubli, ils attendent encore aujourd'hui que les responsabilités soient établies sur ce génocide perpétré sous le commandement de monsieur Kabila. En août 1998, qui se souvient des appels à la haine lancés par les autorités de Kinshasa à l'endroit des Tutsi ? Par un retournement dont il a le secret, le nouveau maître du Congo a une nouvelle fois de plus tourné casaque. A la faveur de
l'éclatement de I'AFDL. ses amis d'hier sont devenus les ennemis du lendemain. Des centaines d'innocents, dont le seul crime aura être l'appartenance à un groupe ethnique ou tout simplement une ressemblance physique, seront jetés à la vindicte populaire et brûlés vif dans les conditions les plus barbares. Après le massacre des Hutus, venait le tour des Tutsi. La duplicité et la fourberie d'un homme que flan n'avait préparé au pouvoir éclataient au grand jour. En janvier et février 1999, des milliers d'autres innocents, Congolais ceux-là, ont été sauvagement massacrés dans les villages du Nord-Ubangi par une soldatesque barbare aux ordres du nouveau maître de Kinshasa. De Zongo à Gemena, des dizaines de villages étaient détruits, des jeunes gens, des familles entières brûlés vifs dans les cases en terre. La mémoire de tous nos frères, de nos soeurs, de nos parents, de tous ces innocents, ne trouvera pas de repos tant qu'un doigt n'aura été pointé sur le responsable de leur disparition.

Depuis son auto proclamation, celui qui se prétend le chef de l'Etat n'a jamais pris la peine de sillonner le pays et d'aller au contact de la souffrance quotidienne de ses frères. Combien d'hôpitaux a-t-il visité ?
Combien de routes a-t-il sillonné ? Connaît-il le prix d'une cure d'anti-malaria ? Non ! Depuis sa prise de pouvoir, seul son portefeuille personnel compte ! L'immense espoir provoqué par le départ de l'ancien régime a fait place à la déception et à l'amertume. Trahis par des promesses non tenues et des mensonges répétés, les Congolais ont à nouveau été réduits à une forme d'esclavage, Ils aspirent aujourd'hui à un changement fondamental En deux ans, notre pays a plongé dans un système de corruption, dans le tribalisme, dans le vol organisé, pire que celui laissé par l'ancien régime dictatorial. Les autorités ont élevé le pillage des ressources de l'Etat au rang d'un principe établi de gouvernement.
Avons-nous le droit, nous qui combattons pour la libération, de trahir à nouveau les espoirs de la population ? Jamais, trois fois Jamais ! Trop de sang, trop de larmes ont été versées qui soudent définitivement le pacte qui lie le MLC à la population des territoires libérés !

Mes chers Compatriotes, Le devoir sacré de mémoire que nous nous sommes imposés nous appelle à rejeter définitivement toute forme d'arbitraire, de persécution et de tortures qui sont le fait quotidien du régime de Kinshasa. Nous ne nous battons pas pour le pouvoir, ou pour un enrichissement personnel, mais bien pour une vision du pays, pour recouvrer la liberté qui nous a été confisquée, pour assurer un avenir à nos enfants.
C'est pour ce nouveau Congo Zaïre que nous avons tout abandonné et tout sacrifié ! Si des milliers de jeunes congolais ont accepté de prendre les armes, c'est pour que plus jamais, leurs soeurs, leurs mères ne soient violées, leurs frères, leur père ne soient humiliés, fouettés, molestés et arrêtés. A travers tout le pays, nous avons découvert la forme la plus vile de barbarie imposée par une administration et une bande armée aux ordres du
despote et de sa famille.

En prenant les armes, nous nous sommes engagés aux côtés du peuple pour mettre fin à un système et imposer un nouvel ordre politique. Aujourd'hui, les populations du Kivu, de la Province Orientale, de l'Equateur ont donné les meilleurs de leurs filles et de leurs fils pour combattre la dictature.
Tous ces jeunes se sont enrôlés en grand nombre dans l'Armée de Libération du Congo. A Kisangani, Beni, Aketi, Bumba, Lisala, Businga, Gemena, Gbadolite, Zongo, Libenge. Bumba, Bongandanga, Yakoma, partout des centaines de jeunes sont venus librement afin que plus jamais, la dictature ne prenne en otage le peuple congolais. Toutes ces villes, tous ces villages ont donné leurs enfants pour que quarante ans après la lutte pour l'indépendance, le combat pour la libération soit mené par les fils et filles du pays. A ce titre, je rends ici un hommage appuyé aux instructeurs ougandais qui ont participé à la constitution d'une véritable armée congolaise. L'Armée de Libération du Congo constituera demain le fer de lance de l'Armée Nationale Républicaine chargée de la défense de l'intégrité du territoire et de la souveraineté du Congo Zaïre. L'Unité du pays ne sera jamais hypothéquée par le MLC. Jamais nous n'accepterons qu'une seule parcelle de notre pays soit abandonnée à la convoitise d'un seul étranger. Le Congo, le grand Congo Zaïre est un cavalier dont l'ombre s'étend sur ses neuf voisins. Comme nous, tous ont droit à la paix, à la sécurité et à la stabilité. Notre devoir est d'empêcher que des génocidaires, des bandes armées, des rebelles venus de l'étranger profitent de nos faiblesses pour s'installer et déstabiliser nos frères voisins.
Demain, fort d'une armée disciplinée et bien encadrée, le Congo Zaïre deviendra un pôle de stabilité et de développement au coeur du Continent.

Mes Chers Compatriotes, 
Pour mettre un terme définitif à la confusion qui règne au Congo Zaïre, je ne vois qu'une seule voie : Les négociations politiques inter congolaises liées aux accords de Lusaka. Toutes les filles et tous les fils du pays doivent se mettre autour d'une même table pour construire un nouvel ordre politique. Par notre combat, notre détermination à chasser la dictature, nous sommes parvenus à imposer au maître de Kinshasa que l'opposition non
armée et la société civile soient parties prenantes aux négociations.
Emprisonnés, relégués au simple rôle d'observateurs, les acteurs politiques avaient le choix entre le silence et le chemin de l'exil. Aujourd'hui, parce que des jeunes congolais ont accepté, au prix de tous les sacrifices, de combattre la dictature, nous sommes parvenus à arracher au dictateur la reconnaissance de toutes composantes politiques de la vie nationale. Elles sont toutes des acteurs essentiels pour la recherche du consensus qui
conduira à l'éradication définitive de la dictature et à la Réconciliation Nationale. N'eussent été les actes de bravoure des milliers de combattants sur le champ d'honneur, nous n'en serions pas là aujourd'hui ! Par le sang et les larmes des combattants par le sacrifice de centaines de jeunes congolais qui sont morts au front, nous avons fait fléchir la dictature.
Cette victoire est la première du peuple, elle sera véritablement effective lors des élections libres, démocratiques et transparentes qui clôtureront le plus long cycle de transition que l'Afrique ait jamais connu. Le peuple choisira librement, à tous les niveaux, ses futurs dirigeants.

Mes Chers compatriotes,
Le Mouvement de Libération du Congo a déjà commencé l'organisation des élections au niveau local, ceci dès le début de notre combat pour la libération intégrale du pays. Dans chaque territoire, les populations ont choisi librement leurs responsables au sein des structures des conseils de représentants. Ces conseils sont composés de deux élus par collectivité ainsi que des représentants des notables, des femmes, des confessions religieuses et du patronat. Au niveau des exécutifs locaux, les populations des territoires libérés ont élu les administrateurs de territoire, les bourgmestres et les chefs de secteurs. Au sein de chaque territoire, les conseils des représentants exercent un contrôle vigilant sur l'exécutif. Ce système constitue la première étape de la démocratie. Demain, au niveau
régional et national, le peuple pourra à travers ses élus participer activement à la gestion du pays.

Le Mouvement de Libération du Congo a mis l'accent sur la restauration de la Justice. Tous les Congolais doivent être égaux devant la Loi. La lutte contre la corruption, les privilèges, le vol et les détournements nécessite une prise de conscience des hommes chargés d'appliquer la Loi. Sur l'ensemble des territoires libérés par le MLC, les droits de l'homme sont respectés. Nous n'entendrons jamais interdire à un Congolais de s'installer
librement à l'endroit de son choix, de circuler, de véhiculer ses opinions, de manifester et de revendiquer ses droits légitimes. Le respect des droits de l'homme nécessite le concours des forces de l'ordre. Le MLC s'est investi dans la réforme de Ta police. Un recyclage des policiers a permis aux agents de l'ordre à s'imprégner de valeurs démocratiques qui fondent un Etat de Droit.

Enfin, au plan militaire, l'Armée de Libération du Congo issue du peuple, et composée à 100% de Congolais se distingue par la discipline et l'ordre qui règne dans ses rangs. Au sein des territoires libérés par le Mouvement, les barrières routières sont levées. Les militaires qui seraient tentés de rançonner les populations sont sévèrement punis. Dans le défi qui nous est posé de construire une armée nationale et républicaine, l'Armée de
Libération du Congo constituera le noyau des forces loyales qui assureront la stabilité et la paix au Congo Zaïre.

Au plan économique, le MLC soutient activement les opérateurs consciencieux qui tentent de maintenir voire de relancer leurs activités. Le pillage systématique du pays a laissé l'arrière-pays dans un état de délabrement total. Privés de route et de voies d'évacuation, les paysans voient trop souvent les récoltes pourrir sur leur pied. Par l'application de règles
souples et la diminution des tracasseries administratives, le MLC favorise la reprise des exploitations agricoles et minières. Demain, dans un espace apaisé, le MLC appuiera le secteur privé qui constitue le meilleur partenaire pour la relance économique

Mes Chers Compatriotes,
Depuis la signature des Accords de Lusaka, monsieur Kabila tente par tous les moyens de se soustraire à ses engagements. Il y a quelques jours à peine, à Lusaka, avec tous les autres signataires de l'accord de cessez-le-feu, nous nous sommes engagés à accélérer le processus qui doit aboutir à une cessation effective des hostilités et à la tenue des
négociations politiques inter congolaises. Mais, en voulant tout d'abord organiser une constituante, ensuite une Commission Constitutionnelle, un Débat National suivi des accords de Lusaka sans cesse reniés, pour aboutir aux Consultations dites " Nationales ", par toutes ces manoeuvres dilatoires, les autorités de Kinshasa nous font tous perdre un temps précieux dans la recherche d'une solution de paix durable. 

Or, les dispositions des accords de cessez-le-feu sont claires : un nouvel ordre politique et des nouvelles institutions issus des négociations intercongolaises doivent conduire aux élections libres, démocratiques et transparentes. Ce nouvel ordre politique signifie l'éradication définitive de la dictature. Dans la peur d'affronter la réalité d'un bilan politique,
économique, social et militaire calamiteux, le maître de Kinshasa veut, comme son prédécesseur, utiliser l'argent public pour corrompre les plus faibles de nos concitoyens. Plus grave encore, il continue de bombarder les populations civiles semant la mort et le désarroi parmi les innocents. Ce jeudi 2 mars, quelques heures à peine après la cessation effective des hostilités décidée de commun accord par les signataires du cessez-le-feu à
Lusaka, 8 bombes étaient lancées sur la ville de Basankusu. Une jeune femme enceinte, grièvement blessée, succombait dans la nuit.

Mes chers Compatriotes,
Toutes ces tentatives sont vaines car nous avons promis au peuple congolais qui nous a donné les meilleurs de ses enfants, de ne pas trahir l'idéal de changement et de démocratie qui nous anime Notre lune ne se limite pas à chasser définitivement la dictature, nous devons extirper les valeurs négatives qui ont conduit le pays à la ruine et au désespoir. Ce combat est une exigence et appelle à une prise de conscience de tous les Congolais. La
corruption, le tribalisme, le népotisme, le pillage qui ont élu domicile dans nos murs depuis 40 ans, doivent faire place à un nouvel esprit et une nouvelle mentalité dans le chef des futurs responsables. Le respect des droits de l'homme, la tolérance, la solidarité agissante sont les fondements de la bonne gouvernance. La Démocratie pour laquelle nous nous
battons appelle la restauration immédiate des libertés et des droits fondamentaux.

Je salue ici le courage des journalistes congolais, des responsables politiques et des animateurs de la société civile - particulièrement des associations de défense des droits de l'homme - qui résistent, dans des conditions difficiles, aux pressions et aux violences de la dictature de monsieur Kabila. Je ne peux oublier tous nos compatriotes qui sont emprisonnés, jetés au cachot et qui résistent eux aussi au pouvoir injuste et à l'arbitraire. Qu'ils soient assurés que notre combat est également le leur, Ensemble, nous construirons un espace démocratique et nous restaurerons les champs de liberté confisqués par le pouvoir de Kabila.

J'en appelle à tous les militaires - tous ces jeunes Congolais - qui sont envoyés au front par les autorités de Kinshasa. La paix pour laquelle nous avons signé les accords de Lusaka, nous la voulons pour toutes les filles et fils du pays. Je les appelle à ne plus se laisser tromper par un homme dont la seule volonté est de se maintenir seul au pouvoir, sans espoir pour son peuple, sans avenir pour sa jeunesse. Je les appelle à rejoindre nos rangs partout où ils se trouvent, ils seront bien accueillis.

Mes Chers Compatriotes,
A ce stade de notre lutte, à la veille des négociations politiques inter congolaises, notre reconnaissance va à la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour que demain nous puissions vivre libres. Leur sacrifice nous interpelle. Je pense aux combattants de l'Armée de Libération du Congo, mais également aux martyrs du 16 février. Le sacrifice des Chrétiens a démontré la capacité du peuple à se mobiliser et à défendre ses droits,
J'appelle le peuple congolais à se mobiliser lui aussi pour que monsieur Kabila cesse d'envoyer des milliers de jeunes congolais au Front et qu'il ait le courage de s'investir réellement dans le processus de Lusaka qui conduit à la paix et à la Démocratie.

Trop c'est trop ! Les populations congolaises appellent aujourd'hui le MLC à les protéger des bombes jetées par les Antonov, des hordes de génocidaires interahamwe qui violent et tuent sur leur passage, des bateaux qui pilonnent les rives des fleuves, et des arrestations arbitraires.
Devons-nous rester impassibles à ces appels ? Non - je le dis et le répète, Non Désormais, toute nouvelle agression des autorités de Kinshasa contre les populations Innocentes appellera une réaction vigoureuse des troupes de l'Armée de Libération du Congo. S'il le faut, avec l'appui de tout le peuple congolais, nous poursuivrons la lutte et nous Irons jusque Kinshasa chasser le dictateur de sa tanière. Ceci est le dernier avertissement adressé à Kabila !
L'avenir nous appartient. Nul ne peut confisquer le formidable espoir de changement qui est né dans les territoires libérés. Le MLC et tous les combattants de la liberté luttent pour que tous les Congolais, tous sans exception, recouvrent leurs droits, leur dignité et la possibilité de vivre libres dans un pays apaisé. Notre combat est noble et la cause que nous défendons est juste. Comme le dit notre devise : " Avec Dieu nous vaincrons! ".

Notre victoire sera celle du peuple, avec le peuple et pour le peuple !

Jean-Pierre Bemba

Secretariat General MLC
Tel : (871) 762.280.770
Fax : (871) 762.012.214
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