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Lettre ouverte aux participants à la rencontre du Conseil de sécurité de l'ONU du 24 au 28 janvier 2000 sur la RDC

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Jacques Matanda-ma- Mboyo

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Jacques MATANDA-ma-MBOYO

- ancien premier vice-président de la Commission des assassinats et des violations des droits de l’homme à la Conférence Nationale Souveraine

- Président national du C.N.R. – Convention Nationale pour la République, parti politique de l’opposition à la dictature au Congo-Kinshasa

- Coordinateur de la plate-forme des « Forces Politiques Nouvelles » de la République Démocratique du Congo, - F.P.N., en sigle, plate-forme des partis politiques et associations de la société civile.

 

LETTRE OUVERTE,

Aux participants à la rencontre du conseil de sécurité de l’ONU du 24 au 28 janvier 2000 sur la République démocratique du Congo, spécialement à :

-         Monsieur le Président MATSIRE, facilitateur désigné pour la conduite du « dialogue national congolais sans exclusive » prévu par les Accords de LUSAKA,

-         Monsieur KOFI Annan, Secrétaire général de l’ONU

-         Monsieur Richard KOLBROOKE, Président du Conseil de sécurité de l'ONU,

-         Messieurs les Chefs d’Etats présents

-         Messieurs les chefs de délégations

 

Tous

Au Siège de l’ONU à New-York.

Messieurs les Présidents,

Messieurs et Mesdames les Chefs de délégations,

Concerne : contribution au débat préparatoire à la tenue de l’incontournable « dialogue national congolais sans excluse »

Qu’il nous soit loisible de présenter notre contribution  à ces assises sous la forme d’une Lettre ouverte.

En effet, l’immensité du désastre humain imposé quotidiennement aux 50 millions d’hommes, de femmes et d’enfants en République Démocratique du Congo nous imposait de rédiger  la présente lettre ouverte pour  exprimer notre appréciation de la situation de notre pays.

DESCENTE AUX TREFONDS DES ENFERS

Les quarante dernières années de l’histoire post-coloniale de la République Démocratique du Congo ont été marquées par de pires souffrances physiques et morales imposées à plusieurs millions d’enfants, de femmes et d’hommes au Congo. Une véritable descente aux tréfonds de l’enfer pour le peuple et la nation entière.

INDIFFERENCE TOTALE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

De ces quarante dernières années, l’histoire universelle retiendra principalement l’extermination massive des populations congolaises injustement arrachées à la vie, par dizaines de millions, dans l’indifférence totale de la Communauté internationale et de l’Organisation des Nations-Unies qui nous accueillent aujourd’hui.

Quarante années d’un véritable holocauste du  peuple et de la nation congolaise.

Messieurs les Présidents,

Messieurs et Mesdames les Chefs de délégations,

Notre Lettre ouverte rédigée à la  hâte et dictée par la circonstance se propose de vous partager notre analyse et  la vision d’avenir qu’elle suggère pour tirer notre pays de l’impasse totale dans laquelle il est plongé. A ce sujet, nous voudrions retenir quelques points saillants des quarante années de l’effroyable martyr du peuple congolais comme points de repère de ce que nous devons éviter si nous voulons donner à ce pays quelques chances de développement intégral.

NOTRE ECLAIRAGE SUR LES TENANTS ET ABOUTISSANTS

L’objectif ultime poursuivi par la présente « Lettre ouverte » est d’apporter aux uns et aux autres, notre éclairage particulier dans la connaissance des véritables tenants et aboutissants de la crise multiforme d’une extrême gravité qui prévaut aujourd’hui au Congo-Kinshasa, notre pays.

Sans une bonne connaissance non seulement des faits politiques, économiques et sociaux ayant marqué l’histoire de la République démocratique du Congo et surtout, mais surtout du contexte dans lequel ces faits sont survenus, il sera tout à fait impossible d’élaborer un programme thérapeutique capable de guérir le Congo de ses incurables et effroyables crises.

40 ANNEES DE GUERRE MULTIFORME … DESTRUCTION TOTALE DES INFRASTRUCTURES … PERTE DE MILLIONS DE VIES HUMAINES

En considérant d’une part, l’ampleur infiniment considérable des destructions enregistrées tout au long des 40 dernières années sur les infrastructures sociales, économiques et administratives, ainsi que d’autre part, les millions de pertes en vies humaines occasionnées directement par les politiques anti-nationales et anti-populaires mises en œuvre dans notre pays, - nous sommes fondé à penser que ces 40 dernières années de l’histoire post-coloniale auront été celles d’une guerre multiforme, d’un type particulier mieux d’un autre âge historique.

ARMEES ETRANGERES D’AGRESSION … 1960 ET 1996

La relecture des 40 dernières années de l’histoire post-coloniale du Congo-Kinshasa montre aisément que les guerres qui les émaillent trouvent leurs origine première dans le parachutage des régimes autocratiques consécutivement à l’agression et à  l’occupation militaires du territoire national congolais par des armées étrangères. C’est le cas en  juillet 1960  et en septembre 1996.

Messieurs les Présidents,

Messieurs et Mesdames les Chefs de délégations,

Nous vous adressons la présente « Lettre ouverte », fort de notre modeste expertise d’ancien premier vice-président de la Commission des assassinats et violations des droits de l’homme à la Conférence Nationale Souveraine.

Mais aussi, fort de notre riche expérience comme acteur et témoin privilégié des 22 dernières années de la lutte politique et militaire menée par les patriotes congolais pour concourir à l’éradication de la dictature et pour assurer l’émergence d’un Etat de droit, de la démocratie et du développement social et économique de notre pays.

PREALABLE ABSOLU A TOUT MEILLEUR DEVENIR…

REHABILITATION DE L’HUMANITE … ET DE LA SOUVERAINETE

Cette expertise et cette expérience nous fondent à penser que la réhabilitation des 50 millions de populations congolaises dans leur humanité ainsi que dans leurs droits et devoirs de souveraineté nationale spoliés, constitue le préalable au meilleur devenir de la nation et du peuple congolais.

DEMUNIS DE TOUTES RESSOURCES

Démunis de toute ressources susceptibles de les aider à assurer et à garantir la protection de leurs personnes et de leurs biens, -les 50 millions d’hommes, femmes et enfants congolais sont réduits à  vivre dans l’attente de l’instant fatidique d’une mort injuste. Une mort programmée et voulue par une très infime minorité de politiciens congolais qui ont gouverné notre pays au cours de ces quatre dernières décennies.

PIRES SOUFFRANCES PHYSIQUES ET MORALES … AUCUN ESPOIR

Jour après jour, 50 millions de populations congolaises sont prises en otage et soumises aux pires souffrances physiques et morales. Sans espoir des lendemains tant soit peu porteurs de bonheur et de bien-être social.

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO… VASTE MOUROIR

40 années d’histoire post-coloniale ont transformé la République Démocratique du Congo, notre chère patrie en un vaste mouroir bondé de tombes et de charniers où sont engloutis plusieurs millions de fils et filles du Congo, arrachés à la vie par la multinationale du crime.  

MODE DE GESTION DES AFFAIRES DE L’ETAT

Tout au long de ces 40 dernières années, les assassinats, l’extermination massive des populations et les violations systématiques des droits de l’homme ont été élevés au rang de mode de gestion des affaires de l’Etat congolais.

COMMUNAUTE INTERNATIONALE PASSIVE

 Et ce, au vu et au su d’une Communauté internationale passive qui semble avoir fait le choix de la banalisation pure et simple d’abominables crimes contre l’humanité perpétrés 40 années durant, et sans discontinué, au Congo-Kinshasa.

Messieurs les Présidents,

Messieurs et Mesdames les Chefs de délégations,

Déjà, en juillet 1960, quelques heures après la proclamation de l’accession du peuple et de la nation congolais à la souveraineté nationale,  plus de 10 mille para-commandos belges interviendront dans le tout jeune Etat congolais. Cette agression avait, à l’époque, déclenché le processus politique qui a abouti à l’instauration de la dictature mobutiste.

CONFISCATION DE L’HUMANITE … ET DE LA SOUVERAINETE NATIONALE

Cette première agression du territoire national congolais par des armées d’origines étrangères, avait consacré le début d’un très long processus de confiscation de l’humanité et de la souveraineté du peuple congolais.

INSTAURATION DE LA DICTATURE MOBUTISTE

C’est dans ce contexte général qu’il convient de placer les cinq premières années de la dictature criminelle du pouvoir congolais qui, de juillet 1960 à novembre 1965, avait jeté les basses de   l’installation et du maintien, 32 années durant, de la dictature destructrice de la classe politique mobutiste.  

EXCES DE VENALITE DE LA CLASSE POLITIQUE

Quarante années durant, et du fait de leurs excès de vénalité et d’opportunismes politiques, - la classe politique congolaise s’était révélé être totalement incapable de mener avec succès une quelconque action de résistance nationale et populaire contre la dictature mobutiste.

DIRECTION DE L’OPPOSITION … COMPLICE OBJECTIF DU MOBUTISME

Issus dans sa plus grande majorité des longues années d’écolage mobutiste, les membres de la direction politique de l’opposition s’étaient mués, volontairement ou involontairement, en complices objectifs de la survivance de la dictature criminelle des mobutistes : c’est dans ce contexte politique qu’il conviendrait de placer la très longue agonie du pouvoir mobutiste.

CONDITIONS OBJECTIVES POUR RENVERSEMENT

L’extraordinaire faillite des politiques sociales, économiques et administratives mise en œuvre par ce pouvoir mobutiste avait créé les conditions objectives pour son renversement.

La faillite de l’opposition congolaise laissera le champ libre à une alliance politico-militaire d’origine étrangère, en l’occurrence la multinationale A.F.D.L.

Messieurs les Présidents,

Messieurs et Mesdames les Chefs de délégations,

L’extrême vénalité et la démission de ces leaders politiques congolais ont été la condition nécessaire et suffisante du développement de la dictature mobutiste dès le mois d’octobre 1992 et dans la mise en œuvre d’un énième vaste programme de répression et d’extermination massive des populations congolaises : épuration ethnique et génocide des Balubas au Katanga ; déportation massive des populations baluba du Katanga vers le Kasaï ; massacres des populations civiles au Sud- et Nord-Kivu ; exacerbation du pillage du patrimoine économique national occasionnant d’une part, l’extrême aggravation de la misère des populations et ses corollaires, notamment la très forte hausse du taux de mortalité et, d’autre part, la destruction des infrastructures sociales et économiques.  

LA DICTATURE MOBUTISTE … ET LE GENOCIDE RWANDAIS

Au niveau extérieur, la dictature mobutiste s’investira notamment dans l’effroyable guerre qui, au Rwanda, débouchera sur le génocide rwandais qui, du mois d’avril à celui de juillet 1994 avait coûté la vie à près de 700.000 personnes d’origines hutu, tutsi et twa rwandais.

PRESUMES GENOCIDAIRES RWANDAIS INVITES A S’INSTALLER SUR LE TERRITOIRE NATIONAL CONGOLAIS

Réagissant promptement à la déroute des forces armées et les milices rwandaises présumées génocidaires, - la dictature mobutiste invitera d’emblée ces présumés génocidaires à trouver refuge sur le territoire national congolais en même temps de près  2 millions d’hommes, de femmes et d’enfants rwandais pris en otage et déportés en terres congolaises

LE NORD ET LE SUD KIVU … FACE AUX PRESUMES GENOCIDAIRES RWANDAIS

S’étant servi de ces 2 millions de populations civiles rwandaises comme boucliers humains au moment de leur déroute et de leur repli vers notre pays, - ces présumés génocidaires rwandais armés seront installés, avec leur extraordinaire arsenal militaire, sur le sol congolais, plus précisément  dans les provinces du Nord- et Sud-Kivu, à la frontière congolaise avec le Rwanda. Le tout avec la caution de la Communauté internationale qui nous reçoit aujourd’hui.

HOSTILITES DES PRESUMES GENOCIDAIRES CONTRE LE FPR

Dans ces sites des Nations-Unies, les présumés génocidaires rwandais s’employaient à réorganiser leurs troupes et à se réarmer en vue de déclencher des hostilités contre le pouvoir autocratique mis en place par le F.P.R. au Rwanda après la chute du régime Habiarimana . Ici encore avec une évidente caution de la Communauté internationale.

PRESUMES GENOCIDAIRES RWANDAIS ET L’EXACERBATION DE L’INSECURITE AU NORD ET AU SUD-KIVU : AVEC LA CAUTION DE L’ONU

Avec la caution de la Communauté internationale, ces présumés génocidaires installés dans les camps des Nations Unies, avaient entrepris toutes sortes d’actions qui avaient créé et exacerbé l’insécurité dans les provinces congolaises du Nord et du Sud-Kivu : assassinats, destructions de la faune et de la flore, …

SEPTEMBRE 1996 : ASSAUT DES ARMEES RWANDAISES ET OUGANDAISES CONTRE LES SITES DES NATIONS-UNIES AU CONGO

En septembre 1996, la Communauté internationale apportera sa pleine caution morale, et son soutien militaire, financier et diplomatique aux oligarchies dirigeantes de l’Ouganda et du Rwanda pour que leurs armées coalisées donnent l’assaut aux sites des Nations-Unies implantées en territoire national congolais. Il s’agissait clairement d’une agression en bonne et due forme contre l’intégrité du territoire national congolais.

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