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Le
Secrétaire Général des Nations Unies a déclaré le 20 Janvier que
la session spéciale du Conseil de Sécurité constitue une occasion
unique pour tous les pays concernés à montrer leur engagement à la
paix. Monsieur Koffi Annan est un diplomate , un vrai, qui
n’utilise pas des mots à la légère et ne s’amuse pas avec les
mots. S’il dit que
cette session est une « occasion unique », c’est qu’il
y attache une très grande importance, c’est qu’il s’attend à
ce que les pays la prennent au sérieux.
Comme
j’ai déjà eu à le dire et à le répeter, cette session offre à
notre pays une occasion de faire passer son message et d’interpeller
la Communauté Internationale. Je
sais que plusieurs compatriotes doutent de l’opportunité, voire de
l’éfficacité de cette réunion .
Erreur, à mon avis , car il faut savoir jouer avec toutes
les cartes dont on dispose. Or,
les Nations Unies en général et le Conseil de Sécurité en
particulier constituent des cartes qui, utilisées à bon escient, ne
peuvent faire qu’avancer notre cause.
Tenez .
Dans le même message du 20 Janvier, le Secrétaire Général
recommande aussi au Conseil de Sécurité l’envoi au Congo d’une
force militaire de 5 ,537
personnes. Et il note que l’envoi de cette force suppose le respect
de l’Accord de Lusaka et des résolutions pertinentes du Conseil de
Sécurité. Relisez bien
cette phrase, car comme je l’ai dit plus haut, Mr Koffi Annan ne
parle pas pour ne rien dire ou pour amuser la galère.
Remarquez en particulier la conjonction « et ».
Cela signifie donc clairement que notre délégation à New
York devra bien faire attention, comme je l’ai souvent répété, à
ne pas se laisser enfermer dans l’Accord de Lusaka, mais à faire
aussi référence, comme Mr Koffi Annan le recommande lui même, aux
« résolutions pertinentes » du Conseil de Sécurité.
Or,
quelles sont ces résolutions et que disent-elles ?
Dès
le mois d’Août 1998, plus exactement le 9 Août, c.à.d. une
semaine après le déclenchement de l’invasion, le Conseil de Sécurité
a exprimé sa préoccupation sur la situation au Congo et il a souligné
l’impératif du retrait des troupes étrangères et l’impératif
pour tous les Etats de s’abstenir de s’immixer dans les affaires
intérieures d’autres états. Même
si la plupart d’entre nous avaient trouvé alors que cette résolution
n’était pas suffisamment explicite et forte, avec le recul on se
rend compte que le message était clair.
En effet, il ne pouvait viser le Congo qui n’avait des
troupes étrangères dans aucun pays et qui ne s’immixait dans les
affaires intérieures d’aucun pays.
Il visait donc le Rwanda et l’Ouganda.
Par cette résolution, le Conseil reconnaissait donc qu’il y
avait des troupes étrangères au Congo.
Et pendant ce temps, des « leaders » congolais
affirmaient qu’il ne s’agissait que d’un conflit
congolo-congolais, en écho au Rwanda et à l’Ouganda qui déclaraient,
en fieffés menteurs, n’avoir pas le moindre homme au Congo. Mais
revenons au Conseil de Sécurité.
Au
mois de Décembre 1998, comme pour répondre à l’accusation d’ambiguité
de sa résolution précédente, le Conseil a été bien plus explicite
en réaffirmant l’obligation de respecter l’intégrité
territoriale du Congo. Il devenait plus clair que le Conseil visait
les pays qui ne respectaient pas l’intégrité territoriale du
Congo, car il est bien évidemment logique, que le Congo ne peut pas
ne pas respecter sa propre intégrité territoriale, même si
malheureusement certains congolais qui se disent rebelles ne la
respectent manifestement pas !
En
Avril 1999, « pour montrer l’ engagement du Conseil de Sécurité
aux efforts de paix régionale » (les guillemets indiquent une
citation directe du Conseil de sécurité ), le Secrétaire Général
a nommé un Envoyé spécial, Mr Moustapha Niasse du Sénégal.
Dans la même résolution 1234 du 9 Avril, le Conseil déplore
la présence des forces étrangères en République Démocratique du
Congo « in a manner inconsistent with the principles of the
Charter of the Unites Nations » et invite ces Etats à mettre un
terme à la présence des forces non-invitées ».
Deux
commentaires : 1) une fois de plus, le Conseil exige le retrait
des forces de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi ; tout le
monde comprend que ce sont elles qui sont visées par la formule
« forces non-invitées ».
2) le Conseil tient à montrer son engagement.
Je souligne ce détail, car il est important pour la stratégie
de la délégation congolaise à la session spéciale des Nations
Unies. La pire des erreurs que notre délégation puisse commettre est
de ne pas reconnaitre les efforts des Nations Unies dans la résolution
de cette invasion, et d’attaquer les Nations Unies pour n’avoir
rien fait. Non seulement
cela serait diplomatiquement incorrect, mais c'’est même faux ,
car les Nations Unies ont bel et bien « fait » quelque
chose et tiennent à le faire savoir!
En
Juin 1999, le Conseil de sécurité a réaffirmé son engagement à préserver
l’intégrité territoriale et l’indépendance de tous les Etats de
la Région. Et la résolution
1258 du 6 Aoùt 1999 autorise le déployement de 90 officiers de
liaison.
Je
me résume : 1) Ne nous trompons pas d’adversaire. Le Conseil
de Sécurité n’est pas l ‘adversaire du Congo.
2) Reconnaissons dans nos interventions à la Session Spéciale
l’attention que le Conseil a accordé au dossier Congolais, comme
l’indiquent ses déclarations et ses résolutions relatives au
respect de l’intégrité territoriale du Congo, la non-immixtion
dans les affaires intérieures du Congo, le retrait des forces
non-invitées. 3) Remercions le Secrétaire général pour son message
du 20 janvier au Conseil de Sécurité qui rappelle la nécessité
d’appliquer et de respecter ses résolutions et qui se préoccupe
dans ce même message du sort des populations congolaises (un million
de déplacés internes, 300 .000 réfugiés, 2.1 millions de
personnes directement ménacées par une situation alimentaire
critique). 4) Ne nous laissons pas distraire par les accusations et
contre-accusations de violations de l’Accord de Lusaka ;
insistons davantage sur les violations du terriroire national, de la
Charte des Nations Unies, des droits de la personne dans les
territoires occupés, et des résolutions du Conseil de Sécurité.
Les
enjeux de cette réunion sont importants.
Notre cause est juste. Sachons la défendre avec
professionalisme, sans éclats, en jouant à fond la carte que les déclarations
des Nations Unies elles mêmes nous offrent, et en réaffirmant notre
engagement à la paix. Une
occasion unique en effet !
N’allons
pas à New York pour attaquer qui que ce soit, mais pour défendre, défendre
notre cause, défendre l’application des résolutions du Conseil de
Sécurité ! Ce sera une rencontre d’hommes d’Etat et de
diplomates. Comportons nous en hommes d’Etat et en diplomates !
Ne
nous aliénons pas les Nations Unies.
Nous avons suffisamment d’ennemis !
Tous
unis pour l’intégrité du Terriroire National .
P :S : Un bon message pour les pancartes : ONE, TWO, THREE,
FOUR = ZERO FOREIGN TROOPS IN CONGO .
Ou
encore : ONE, TWO, THREE, FOUR = RWANDA AND OUGANDA OUT OF THE
CONGO
Ce
message qui fait bien évidemment référence à la résolution 1234
ferait aussi un bon slogan à scander.
Pierre
Mangila |