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Merci,
Monsieur Mutombo Lukasu. Les
rébellions sont en effet traumatisantes pour ceux qui les subissent
et ne les souhaitent pas. J’étais
moi-même à Lubumbashi pendant Shaba 1 et Shaba 2. Et je me souviens
de la rébellion muleliste, même si j’avais moins de dix ans à
l’époque.
A
défaut de pouvoir trancher la question de savoir si
une rébellion est bonne ou mauvaise, on peut au moins discuter
celle de déterminer si une rébellion est juste ou non.
J’ai exposé il y
a quelques mois la doctrine de la guerre juste sur ce site, doctrine
fondée sur les notions de cause juste, derniers recours, objectifs
limités, discrimination, proportionqlité, etc. La
légitimation populaire ou de la majorité est aussi un critère qui
ne trompe pas.
Au
regard de la rébellion actuelle, quelle est la cause juste défendue?
Quels recours avaient utilisé les rebelles avant de déclencher la rébellion?
Quelle légitimation populaire ont les mouvements rebelles, y compris
dans les zones qu’ils contrôlent? Quel crédit accorder à un
groupe de compatriotes ayant déjà fait leurs
preuves (négatives) et continuant à le démontrer dans les
zones occupées? Quel crédit accorder à des leaders qui tuent sans
discrimination, pillent, volent, violent, et cautionent le viol, vol,
et pillage par leurs alliés? Quel
crédit accorder à des leaders qui sacrifient
l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale sur
l’autel de leurs ambitions personnelles?
Même l’UDPS a récemment déclaré que cette guerre
(qu’elle soutient pourtant) est inutile!
Il
est clair que sans le Rwanda et l’Ouganda, la rébellion actuelle
n’aurait pas eu lieu et n’aurait pas duré tout ce temps.
J’entends déjà le contre-argument: “Mais sans le Rwanda et l’Ouganda,
la rébellion de l’AFDL n’aurait pas non plus réussi”.
Argument fallacieux, dont le seul mérite, si mérite il y a,
est de démontrer une fois de plus que comparaison n’est pas raison.
En effet, s’il est vrai que le Rwanda et l’Ouganda ont été des
alliés importants dans la guerre de l’AFDL, le facteur déterminant
du succès de cette rébellion est la population congolaise elle- même,
qui accueillait littéralement les rebelles à bras ouverts, qui avait
déjà entame un long travail de contestation et de sape interne, qui
ne voulait plus du tout dans sa grande majorité du régime Mobutu.
Quelqu’un
peut il affirmer en toute bonne foi, que les rebelles actuels ont été
accueillis à bras ouverts où que ce soit (au contraire, la
population les rejette et paie quotidiennement ce rejet).
Quelqu’un peut il affirmer en toute bonne foi,
qu’aujourd’hui, la population dans sa majorité rejette Kabila et
prefererait Wamba, Ilunga, Lunda Bululu, Ondekane, ou Bizima Karaha?
Vous
terminez votre message en faisant appel au dialogue.
Oui, il est important que nous dialoguions, pour que des
aventuriers ne prennent pas les armes pour avoir le droit d’être
ecoutés. Il est
important que nous dialoguions pour laver notre linge sale en famille.
Aurions-nous
pu éviter tout ce qui nous arrive? Aurions-nous pu le prévenir? Selon un proverbe malien : “si quelqu’un t’envoie un
crachat dans la bouche, c’est que tu as ouvert la bouche”. Le régime
en place a t il ouvert sa bouche? Peut être.
Ce qui est sûr, par contre, c’est que nos compatriotes
rebelles continuent d’ouvrir largement la bouche du Congo et de
laisser le Rwanda et l’Ouganda cracher dedans.
Je
suis sûr que les générations futures ne comprendront pas que cela
ait été possible, comme nous ne comprenons déjà pas aujourd’hui
comment Mobutu a pu faire ce qu’il a fait en 32 ans.
Meilleures
salutations.
Pierre
Mangila |