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Cinq rébellions

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Pierre Mangila

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J’ai eu l’occasion en 1999 de visiter cinq pays sur trois continents où sévissent des rébellions : Sri Lanka, Pérou, Guatemala,  Colombie, Sénégal.  D’autres que moi, connaissant mieux les tenants et aboutissants de ces rébellions, pourront en parler avec plus d’autorité.  Permettez-moi de partager avec vous cinq  impressions que j'ai retenues de ces rébellions .

1.        La première est que la plupart de ces rébellions durent depuis plus d’une décennie, voire trois décennies. J’ai visité le Sri Lanka pour la première fois il y  a treize ans et la rébéllion faisait rage dépuis des années déjà ; il en est de même du Sénégal. Et on me dit que celle de Colombie dure depuis plus de trente ans.

2.    La deuxième est que l’effet de ces rébellions se fait sentir au quotidien, même dans les capitales.  Il peut s’agir soit d’attentats, comme récemment au Sri Lanka ou avant-hier en Colombie, soit simplement de la présence massive des militaires dans les rues, devant les édifices publics , rappelant à qui l’aurait oublié que le pays est en guerre.  A moins d’une heure de Bogota en Colombie, on peut rencontrer des barrages  contrôlés, non pas par les forces gouvernementales, mais par les factions rebelles.

3 .   La troisième est que, malgré leur effet perturbateur et destructeur sur les pays, ces rébellions semblent maintenant faire partie du paysage politique national.  La vie nationale continue comme si ces rébellions n’existaient pas.  Des progrès socio-économiques sont même palpables, des éléctions sont organisées. C’est le cas de Guatemala le mois dernier.  De la même manière, l’attentat qui a failli emporté le Premier Ministre de Sri Lanka a eu lieu pendant la campagne éléctorale.  Le Pérou et le Sénégal organiseront leurs élections présidentielles cette année. Le dynamisme de la vie économique au Pérou et en Colombie est visible.

4.        La quatrième est que, même si certaines de ces rébellions ont des soutiens extérieurs (par exemple on soupconne une complicité de la Guinée-Bissau dans la rébellion casamançaise), même si dans le cas de Sri Lanka et de la Casamance, l’intention séparatiste est affichée, et même si la présence du pouvoir central est minime pour ne pas dire nulle dans certains zones occupées par la rébellion (au Sri lanka, Guatemala et en Colombie, par exemple) aucune, je dis bien aucune, de ces rébellions ne cherche à aliener la souverainété nationale au profit d’un autre Etat .

5.  La cinquième, qui découle en partie de la précédente, est que dans tous les cinq cas, il y a des pourparlers directs entre les rebelles et le pouvoir central.

Pourquoi est-ce que je partage ces impressions avec vous ?  Pour vous inviter à méditer sur la rébellion congolaise, mutatis mutandis, en partant des intérrogations suivantes :

A :  Comment éviter que la rébellion congolaise ne devienne chronique ?  Ou , ce qui revient au même, comment éviter que la partition de notre pays et son occupation par des forces étrangères ne deviennent un fait accompli, toléré et accepté ?

B .  Comment expliquer que nos rebelles congolais acceptent d’hypothéquer l’intégrité territoriale du pays et d’assujetir des portions importantes du territoire national à leurs « alliés » ?  Comment comprendre que tous ces messieurs qui portent leurs grades académiques comme des badges d’excellence et de supériorité intellectuelle s’accomodent de servir de prétexte à un véritable gangstérisme d’Etat ?

Je continue à croire que, pour sortir de la crise actuelle, plusieurs acteurs doivent jouer leur rôle : l’Etat congolais, les partis politiques congolais, la société civile congolaise, la communauté internationale, et les rebelles eux mêmes.  Et le premier acte que les rebelles doivent poser est celui de se démarquer clairement et publiquement des intentions , stratégies et pratiques  annexionistes du Rwanda et de l’Ouganda, de dénoncer les nominations des autorités rwandaises  et ougandaises sur le territoire congolais, ou la présence du drapeau rwandais au Congo.  Ce que les rebelles doivent faire, c’est de se réunir, non pas à Kabale, mais en territoire congolais, non pas en présence de leurs commanditaires et maitres à penser, mais entre eux, pour préparer entre eux le débat intercongolais, pour réaffirmer leur volonté de changements politiques au Congo, mais  non pas la modification des frontières nationales.

Aussi bizarre que cela puisse paraitre, ce que les rebelles doivent faire, c’est d’être des rebelles, c.à.d. de s’opposer au pouvoir de Kinshasa, de forcer le pouvoir de Kinshasa à des changements politiques .  Servir de prétexte à l’occupation de son pays n’est pas une rébellion ;  ne pas s’en rendre compte est  grave ; s’en rendre compte et ne pas le dénoncer est non seulement très grave, mais lâche, traitre, et criminel !

Messieurs les rebelles,en particulier les professeurs rebelles, la soif du pouvoir ne peut quand même pas vous rendre aveugles et sourds à ce point !

Pierre Mangila

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