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Ce
jour du 17 janvier est une occasion pour se souvenir de la mort de
notre héros national. A travers trois textes qui font partie de
derniers messages qu’avait livrés PE Lumumba. Nous les avons
extraits de « La pensée politique de Patrice Lumumba » qui est un
recueil de documents et textes présentés par Jean Van Lierde en
1963. Cet ouvrage a été réédité en décembre 1997 peu après
l’arrivée de Kabila au pouvoir. Nous avons gardé le commentaire de
l’auteur précédent chaque texte pour permettre au lecteur de le
replacer dans son contexte.
1. La dernière lettre de
Lumumba à son épouse
Lumumba
s’enfuit dans la nuit du 27 au 28 novembre en profitant d’une
pluie torrentielle qui s’abattait sur Léopoldville. Jean Van Lierde
écrit :
Ce
départ de Lumumba coïncidait précisément avec le retour de M.
Kasa-vubu de New York où il avait obtenu la validation de sa délégation
près des Nations Unies.
La
même nuit plusieurs ministres M.N.C. quittèrent également Léopoldville:
Gbenye, Mpolo, Kashamura, Okito, Mujanay et Mbuy. Ces deux derniers se
séparèrent de la colonne et furent massacrés au Kasaï. Mpolo et
Okito furent arrêtés à Mushie et transférés à Léopoldville.
Le
vote de l'O.N.U. en faveur de Kasa-vubu avait persuadé les leaders
M.N.C. que l'O.N.U.C. n'empêcherait plus désormais leur arrestation.
Dès que la nouvelle de l'évasion lut connue, elle fit sensation, et
aussitôt les larbins du colonialisme prêtèrent au major Pongo de la
Sûreté congolaise, des avions de reconnaissance à basse altitude
pour repérer les traces de Lumumba sur les routes de brousse. Le 29
sa présence était signalée à Kikwit, le fief du P.S.A., où il
tint des meetings.
Puis
les voitures du convoi furent repérées alors qu'elles entraient au
Kasaï et les soldats mobutistes arrêtèrent M. Lumumba. Celui-ci
aurait pu s'échapper encore, mais il ne voulut pas abandonner sa
femme avec laquelle il faisait ce voyage en souvenir de leur enfant
perdu. De sa prison, il enverra alors à Pauline Lumumba cette dernière
lettre que publia l'hebdomadaire tunisien Jeune Afrique:
Ma
compagne chérie,
Je
t'écris ces mots sans savoir s'ils te parviendront, quand ils te
parviendront, et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout le long
de ma lutte pour l'indépendance de mon pays, je n'ai jamais douté un
seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes
compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous
voulions pour notre Pays, son droit à une vie honorable, à une
dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le
colonialisme belge et ses alliés occidentaux qui ont trouvé des
soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi
certains hauts-fonctionnaires des Nations Unies, cet organisme en qui
nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel
à son assistance, ne l'ont jamais voulu.
Ils
ont corrompu certains de nos compatriotes, ils en ont acheté
d'autres, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller
notre indépendance. Que pourrai-je dire d'autre ? Que mort, vivant,
libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n'est pas ma
personne qui compte. C'est le Congo, c'est notre pauvre peuple dont on
a transformé l'indépendance en une cage d'où l'on nous regarde du
dehors tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et
plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens du fond
de moi-même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses
ennemis intérieurs et extérieurs qu'il se lèvera comme un seul
homme pour dire non au colonialisme dégradant et honteux, et pour
reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous
ne sommes pas seuls. L'Afrique, l'Asie et les peuples libres et libérés
de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés des
millions de Congolais qui n'abandonneront la lutte que le jour où il
n'y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A
mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai pas, je
veux qu'on dise que l'avenir du Congo est beau et qu'il attend d'eux,
comme il attend de chaque Congolais, d'accomplir la tâche sacrée de
la reconstruction de notre indépendance, et de notre souveraineté ;
car sans justice il n'y a pas de dignité et sans indépendance il n'y
a pas d'hommes libres.
Ni
brutalités, ni sévices, ni tortures ne m'ont jamais amené à
demander la grâce car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable
et la confiance profonde dans la destinée de mon pays plutôt que
vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés.
L'histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l'histoire qu'on
enseignera aux Nations Unies, Washington, Paris, ou Bruxelles, mais
celle qu'on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et ses
fantoches. L'Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord
et au Sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité.
Ne
me pleure pas, ma compagne, moi je sais que mon pays, qui souffre
tant, saura défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo
! Vive l’Afrique.
Patrice.
C'est
le 1er décembre que les militaires de Port-Francqui vinrent arrêter
Lumumba à Bulonga-Mweka et menacèrent de tuer le prisonnier.
Plusieurs éléments exigeaient qu'il soit expédié au Katanga, mais
les ordres de Nendaka étaient formels, ils devaient le ramener à Léopoldville,
où il arriva le 2 décembre à 17 heures dans un avion d’Air-Congo.
La
télévision et les reporters du cinéma ont filmé cette scène
odieuse de leur arrivée à Ndjili où ils furent battus et humiliés,
sous I'oeil des caméras, par des soldats déchaînés. Mais pendant
ces minutes terribles la figure de Lumumba apparaît sereine et fière.
Il tient la tête haute sous les coups et pose avec commisération ses
regards sur les faces brutales des mutins excités.
Le
3 décembre après-midi, une colonne militaire assure son transfert au
camp Hardy à Thysville. M. Hammarskjôld intervient auprès de M.
Kasa-vubu pour le respect de la légalité et le chef de l’Etat, le
7 décembre répond que le déroulement du procès sera correct.
2. Lettre de Lumumba à
monsieur Dayal, délégué de l’ONU
Le
4 janvier 1961, de sa prison, Lumumba envoie clandestinement un
message à M. Dayal pour l'O.N.U. C'est l'avant-dernier texte que nous
possédons du Premier Ministre:
Thysville,
4 janvier 61.
A
M. Dayal,
délégué
spécial du Secrétaire général des N.U.,
Léopoldville.
Monsieur
le Délégué spécial,
J'ai
eu la satisfaction de recevoir, le 27 décembre dernier, la visite de
la Croix-Rouge qui s'est occupée de mon sort que de celui des autres
parlementaires qui se trouvent avec moi en détention. Je lui ai exposé
les conditions inhumaines dans lesquelles nous vivons.
En
bref, notre situation est la suivante : Je me trouve ici avec sept
autres parlementaires - entre autres le président du Sénat, M. Okito
- un fonctionnaire et un chauffeur. En tout, nous sommes donc dix.
Nous sommes enfermés dans des cellules humides depuis le 2 décembre
1960 et pas une seule fois on ne nous a permis de sortir. Les repas
qu'on nous apporte (deux fois par jour) sont très mauvais ; souvent,
pendant trois au quatre, jours, je ne mange rien, me contentant d'uns
banane. J'ai informé de cela le médecin de la Croix-Rouge qu'ils
m'ont envoyé et ceci en présence du colonel de Thysville. J'ai
demandé que l'on m'achète des fruits avec mon argent car la
nourriture qu'on me donne ici est mauvaise. Bien que le médecin en
donne l'autorisation, les autorités militaires qui me gardent me le
refusent, disant qu'elles suivent en cela l'ordre reçu du chef de l'Etat,
le colonel Mobutu. Le médecin de Thysville m'a prescrit une petite
promenade chaque soir afin que je sorte un peu de la cellule, mais le
colonel et le commissaire de district le refusent. Les vêtements que
je porte déjà depuis trente-cinq jours n'ont jamais été lavés. Il
m'est interdit de porter des souliers.
En
un mot, nous vivons dans des conditions tout à fait inadmissibles et
qui sont contraires aux règlements.
En
plus, je ne reçois pas de nouvelles de ma femme et je ne sais même
pas où elle se trouve. Je devrais normalement recevoir sa visite,
comme cela est prescrit par le régime pénitentiaire congolais.
D'autre
part, la procédure pénale en vigueur au Congo prévoit expressément
que l'interné soit traduit devant le juge d'instruction qui s'occupe
de l'affaire, au plus tard le jour suivant son arrestation ; après un
délai de cinq jours, le prisonnier doit être présenté de nouveau
devant le juge qui décide si l'état d'arrestation préventive doit
être prolongé ou pas. En tout cas, le prisonnier a son avocat.
La
loi sur l'instruction criminelle prescrit que la personne en état
d'arrestation est libérée « d'office » lorsque, après un délai
de cinq jours d'internement, le juge ne décide pas une prolongation
de la détention préventive. Et également au cas où la première décision
(qui est prise cinq jours après l'arrestation) n'est pas confirmée
après un délai de quinze jours. Depuis notre arrestation, le 1er décembre,
jusqu'à maintenant, nous n'avons été traduits devant aucun juge
d'instruction, ni n'en avons reçu la visite. Aucun ordre
d'arrestation ne nous a été communiqué. On nous garde simplement
dans un camp militaire dans lequel nous sommes emprisonnés depuis
trente-quatre jours, dans des cellules réservées à des militaires
punis.
La
loi sur l'instruction criminelle n'est pas respectée.
La
législation sur le régime pénitentiaire n'est pas respectée non
plus. Il s'agit ici d'une détention purement arbitraire, et il faut
ajouter à cela l'immunité parlementaire dont nous jouissons.
Telle
est la situation et je vous prie d'en informer M. le Secrétaire général
des Nations Unies, que nous remercions pour son intervention à mon égard.
Comment
pourra-t-on établir la paix et l'ordre au Congo lorsque déjà au début
on ne respecte ni la légalité, ni la dignité humaine, ni la vie
individuelle ? Jusqu'à ce que l'on nous traduise devant un tribunal légalement
constitué, nous sommes privés des droits dont dispose chaque citoyen
de, défendre son cas devant les tribunaux du pays.
Je
reste calme et j'espère que les Nations Unies nous aideront à nous
sortir de cette situation.
Je
suis pour la réconciliation entre tous les enfants de ce pays.
Je
vous écris cette lettre clandestinement sur du mauvais papier.
Agréez,
M...
P. LUMUMBA.
3. L'ULTIME MESSAGE ENREGISTRÉ
DE LUMUMBA
Alors
qu'il était prisonnier, quelques journalistes parvinrent à
interviewer P. Lumumba et à enregistrer son exposé. Nous ne pouvons
situer la date avec exactitude, mais c'est en tout cas le dernier
message parlé du Premier Ministre, que la firme Italia Canta
de Rome a mis sur disque et diffusé sous le titre «Chants du
Congo Indépendant» et «Ultimo discorso di P. Lumumba».
Après
tant de souffrances P. Lumumba garde une sérénité grave et retrace
infatigablement pour son peuple les perspectives d'un véritable salut
dans la liberté et l'union.
Mes
chers compatriotes ! Citoyens de la République! Salut
Je
ne doute pas de la joie que vous ressentez aujourd'hui en entendant la
voix de celui qui a prêté le serment de trahir jamais trahir son
peuple.
Dans
le bonheur comme dans le malheur, je resterai toujours à vos côtés.
C'est avec vous que j'ai lutté pour libérer Ce. pays de la
domination étrangère. C'est avec vous que je lutte pour consolider
notre indépendance nationale. C'est avec vous que je lutterai pour
sauvegarder l'intégrité et l'unité nationale de la République du
Congo.
Nous
avons fait un choix, celui de servir notre patrie avec dévouement et
loyauté. Nous ne nous détournerons jamais de cette voie. La liberté
est l'idéal pour lequel, de tous temps et à travers les siècles,
les hommes ont su lutter et mourir. Le Congo ne pouvait échapper à
cette vérité et c'est grâce à notre lutte héroïque et sublime
que nous avons conquis vaillamment notre indépendance et notre dignité
d'homme libre.
Nous
sommes n s pour vivre libres et non pour vivre de la servitude comme
nous l'avons été depuis 80 ans. 80 ans d'oppression, d'humiliation
et d'exploitation. 80 ans durant lesquels les habitants de ce pays ont
été arbitrairement privés de la jouissance de leurs droits les plus
sacrés. C'est pour mettre fin à cette honte du xxè siècle
qu'est le colonialisme et pour permettre au peuple congolais de
s'administrer lui-même et de gérer les affaires de son pays que nous
avons livré un combat décisif contre les usurpateurs de nos droits.
L'Histoire
a démontré que l'indépendance ne se donne jamais sur un plateau
d'argent. Elle s'arrache. Mais pour arracher notre indépendance, il a
fallu nous organiser en mobilisant toutes les forces vives du pays.
Les Congolais ont répondu à notre appel et c'est grâce à cette
force coalisée que nous avons porté un coup mortel au colonialisme décadent.
Comme
les forces de libération l'emportent toujours sur celle de
l'oppression, nous sommes sortis victorieux. Tous les peuples ont dû
lutter pour se libérer. Ce fut notamment le cas pour les
nationalistes qui se sont mis à la tête de la révolution française,
belge, russe, etc...
Les
anciennes colonies d'Amérique n'ont pas été libérées autrement.
Je rappelle ici la déclaration d'indépendance adoptée par le Congrès
des Etats-Unis en 1766 et qui proclamait la liquidation des colonies
unies, la libération du joug britannique, et la transformation des
Etats-Unis d'Amérique en un Etat libre et indépendant. Les
nationalistes congolais n'ont donc fait que suivre, les traces des
nationalistes français, belges, américains, russes et autres. Nous
avons choisi pour notre lutte une seule arme : la non-violence. La
seule arme qui permette une victoire dans la dignité et dans
l'honneur. Notre mot d'ordre durant la campagne de libération a
toujours été l'indépendance immédiate et totale du Congo.
Nous
ne nous sommes jamais livrés à des manifestations de haine ou
d'hostilité à l'égard des anciens occupants. Nous combattions le régime
et non les personnes. En outre, nous savons très bien, que l'on ne
construit rien de durable dans la haine et la rancune. Notre seul
programme politique a toujours été le Congo aux Congolais. La
gestion du Congo par les Congolais, aidés par les techniciens qui
sont disposés à servir le pays et ce, quelle que soit leur
nationalité.
En
tant que membre de la grande famille humaine, le Congo indépendant ne
doit pas s'isoler.
Aucun
pays au monde ne peut d'ailleurs vivre sans le concours des autres.
Pour nous, racisme et tribalisme doivent être combattus parce qu'ils
constituent un obstacle à l'harmonisation des rapports, des relations
entre les hommes et entre les peuples.
En
accédant à l'indépendance et en prenant en mains la question de
notre pays, nous n'avons jamais entendu expulser les européens qui se
sont installés chez nous ou nous accaparer de leurs biens. Bien au
contraire, nous avons toujours pensé que ces derniers allaient
s'adapter aux réalités nouvelles et apporter au jeune Etat le
concours de, leur expérience dans le domaine des activités
commerciales, industrielles, techniques, et scientifiques.
Mon
gouvernement avait pris, solennellement, l'engagement d'assurer aux étrangers
la protection de leur personne et de leurs biens.
Les
entreprises qui sont indispensables pour l'économie de ce pays
doivent fonctionner normalement et dans de meilleures conditions de sécurité.
Notre indépendance politique ne sera pas du tout profitable aux
habitants de ce pays si elle n'est pas accompagnée d'un rapide développement
économique et social. Nous avons rejeté la politique de domination
et avons opté pour celle de la coopération et de la collaboration
sur un pied d'égalité, dans le respect mutuel de la souveraineté de
chaque état.
Nous
avons également opté pour la politique de neutralisme positif et
dans ce neutralisme positif nous entendons entretenir des relations
d'amitié avec toutes les nations qui respectent notre souveraineté
et notre dignité sans s'ingérer dans nos affaires de quelque manière
que ce soit.
Nous
sommes contre la politique des blocs que nous estimons néfaste pour
le maintien de la paix dans le monde et pour la consolidation de
l'amitié entre les peuples.
Les
puissances qui nous combattent ou qui combattent mon gouvernement,
sous le prétexte fallacieux d’anticommunisme, cachent en réalité
leurs véritables intentions. Ces puissances européennes ne veulent
avoir de sympathies que pour des dirigeants africains qui sont à leur
remorque et qui trompent leur peuple. Certaines de ces puissances ne
conçoivent leur présence au Congo ou en Afrique que dans la mesure où
ils savent exploiter au maximum leurs richesses par le truchement
quelques dirigeants corrompus.
Cette
politique de corruption qui consiste à qualifier de communiste tout
dirigeant incorruptible et de pro-occidental tout dirigeant traître
à sa patrie doit être combattue.
Nous
ne voulons être à la remorque d'aucun bloc. Si nous ne faisons pas
attention, nous risquons de tomber dans un néo-colonialisme qui
serait aussi dangereux que le colonialisme que nous venons d'enterrer
le 30 juin dernier. La manoeuvre des impérialistes consiste à
maintenir le système colonial au Congo et à changer simplement
d'acteurs comme dans une pièce de théâtre, c'est-à-dire à mettre
à la place des colonialistes belges des néo-colonialistes que l'on
peut manoeuvrer à volonté.
Voilà
ce que veulent les impérialistes si l'on veut obtenir leur bénédiction
et leur soutien.
Comme
je l'ai toujours dit, je suis très favorable à l'implantation des
entreprises belges, américaines, françaises, allemandes, suisses,
canadiennes, italiennes ou autres. Mais ce contre quoi je m'insurgerai
toujours c'est contre les manoeuvres malhonnêtes de corruption et de
division.
Nous
sommes des Africains et nous voulons le rester. Nous avons notre
philosophie, nos moeurs, nos traditions qui sont aussi nobles que
celles des autres nations.
Les
abandonner purement et simplement pour embrasser celles d'autres
peuples, c'est nous dépersonnaliser. Notre objectif, celui de tout
patriote congolais qui aime sincèrement son pays, doit être de nous
unir et de construire notre nation par l'entente et la concorde
nationales.
Notre
programme immédiat doit être de mettre en valeur les richesses de
notre pays, par un effort commun et de créer ainsi une économie
nationale qui nous permettra d'améliorer rapidement les conditions de
vie de tous les citoyens.
Notre
détermination est de contribuer par notre cohésion et notre
solidarité à la libération de l'Afrique, terre de nos Ancêtres.
Notre
volonté, celle de tous les hommes et de toutes les femmes de ce pays
est de faire régner l'ordre et la paix dont chacun de nous a besoin
pour vivre heureux et profiter réellement du fruit de l'indépendance.
Si
les Congolais se sont unis avant l'indépendance pour combattre le
colonialisme oppresseur, il est un devoir pour eux de s'unir
aujourd'hui pour faire face aux ennemis de cette indépendance. Notre
salut réside dans l'union et dans le travail.
Personne
ne peut suffire à lui tout seul pour construire ce grand Congo.
Les
ennemis du pays nous guettent. Le monde entier nous observe. Nous
devons sauver, sans aucun retard, l’honneur et la réputation de
notre vaillant peuple. Nous n'avons pas réclamé notre indépendance
pour nous disputer, nous entre-tuer, mais uniquement pour construire
notre nation dans l'union, la discipline et le respect de chacun.
C’est
pourquoi, je vous adresse, chers compatriotes et compagnons de lutte,
un appel fraternel pour que cessent les guerres fratricides, les
luttes intestines et inter-tribales, les rivalités entre frères. Nos
enfants nous jugeront sévèrement si par inconscience, nous ne
parvenions pas à déjouer les manoeuvres qui profitent de
cette querelle pour saboter notre indépendance et freiner le développement
économique et social de notre Etat.
Beaucoup
de nations sont prêtes à nous aider, mais pour que cette aide soit
efficace, nous devons mettre d'abord de l’ordre dans le pays et créer
des conditions favorables pour cette coopération.
Tel
est le message d'un homme qui a lutté avec vous pour que ce pays
aille toujours de l'avant et qu’il joue effectivement son rôle de
porte-drapeau de la libération africaine.
En
avant, citoyens et citoyennes, pour la construction d'un Congo uni,
fier et prospère.
Un
avenir radieux pointe à notre horizon.
Vive
la République indépendante et souveraine du Congo.
PS : Le lecteur excusera quelques
erreurs que ma vigilance n’a pu dénicher.
Jacques Mangalaboyi |