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BILLY Rautenbach : maintenant la R.D.C., après la R.S.A.???

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Jean Kyalwe

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Bill Rautenbach , le jeune milliardaire zimbabwéen a connu des déboires financiers à la suite de harcèlements de la presse et de la justice sud-africaines . Motif reconnu : ses liens privilégiés avec le régime de Kabila qu'il financerait avec ses activités . Billy Rautenbach a eu beau affirmer qu'il opérait régulièrement et n'avait pas fourni d'armes à Kinshasa . Mais comme l'Afrique du Sud s'est faite l'alliée objective de la rébellion et de l'opposition congolaise , c'était de bonne guerre de couper tous les cordons de la bourse de Kabila . Effectivement , Rautenbach rapportait des dividendes à l'Etat , au moment où les autres opérateurs miniers évoquaient la guerre comme cas de force majeure justifiant la suspension de leurs projets ou de leurs activités .

Tout dernièrement , la presse congolaise se faisait l'écho de pressions exercées sur Kabila pour se débarrasser de Billy Rautenbach en l'éjectant de la direction de la Gecamines . En effet , le zimbabwéen avait été doté de deux casquettes : opérateur minier indépendant et dirigeant de la société d'Etat Gecamines. Les bruits couraient instamment que Mr Georges Forrest , nouveau Président de cette société n'acceptait pas de faire ménage avec le zimbabwéen , et qu'il n' y avait pas de place pour deux sur le tapis du chef coutumier.

Voilà que la radio officielle de Kinshasa annonce laconiquement que le Ministre des Mines, "considérant que Ridgepointe n'a pas exécuté ses obligations de créer une association avec Gecamines " , annulait tous les avantages et actes pris en faveur de cette entité "inexistante" . En clair , la société Central Mining Corporation qui passait pour être une joint-venture entre Ridgepointe et Gecamines aura perdu toutes ces concessions , permis d'exploitations et autres avantages . Cette société ne peut plus fonctionner. Et Billy Rautenbach est , d'un coup de plume , dépossédé de tout...

L'affaire fera grand bruit , car , en finale , c'est la sécurité-même des conventions et des investissements qui est en jeu . Si Kabila défait ce qu'il a noué... alors , la voie est grande ouverte pour dénoncer toutes les conventions , une fois Kabola "out". Et du coup , tout investisseur sérieux devrait y regarder par deux ou trois fois avant de s'aventurer en terre congolaise.

Pour rappel , la Ridgepointe est cette société off-shore créée spécialement pour opérer dans le domaine minier . C'est le même Ministre des Mines qui était apparu à la télévision congolaise pour jurer " la main sur le coeur" , que l'Etat congolais détenait 5O% dans Ridgepointe , ce qui faisait un total de 70% de participations ( N.B. 20 % sont au nom de Gecamines). Logiquement donc , si Ridgepointe n'aurait pas exécuté ses "obligations" , ce serait "par faute solidaire" avec l'Etat congolais lui-même . Et ce serait la première fois que l'Etat sanctionne l'Etat.

C'est pourquoi les observateurs pensent que les véritables raisons sont à rechercher ailleurs.

Il règne à Kinshasa un climat de fin de règne ministériel . Kabila a déjà annoncé un remaniement ministériel . Les assises de la Consultation Nationale l'ont réclamé . Kabila a promis d'y donner suite . L'actuel ministre des Mines qui avait été "oublié" lors du dernier remaniement est quasi-certain de ne pas faire partie de la prochaine charette. L' habitude à Kinshasa est qu'en période d'inter-règne , tout se monnaye , car les "décideurs d'aujourd'hui , ne devront pas en répondre demain".

A qui donc profite le crime ?

Et les observateurs suspectent le Ministre des Mines . Il ne pourrait tenir deux langage , s'il avait les mains propres . On a découvert qu'après SENGAMINES au Kasai , il poussait à l'implantation de la société S.M.K.K. qu'il a dotée de droits , tout en reconnaissant que cette société n'existe pas encore et reste "à créer" . Son propre fils a pris la tête d'un commando qui a investi un gisement de cobalt dans le territoire de Kambove au Katanga . Il ne pourrait donc pas évoquer l'inexistence de la joint-venture de Ridgepointe et la déposséder au moment où cela ne le préoccupe pas pour la S.M.K.K. , tout aussi "inexistante".

Pas plus tard que la semaine passée , se sont produit deux évènements : d'une part , la mise au grand jour d'une enveloppe de près de 53 millions de dollars américains que devrait le groupe Forrest à la Gecamines . Il s'agit du président actuel de Gecamines , lui-même en affaires avec la société d'Etat. L'enquête n'a pas encore été ouverte . Le poisson sera certainement noyé avec tout le bruit qui sera fait autour de Ridgepointe. Qui osera encore parler du cas Forrest ?

Enfin , dans une de ses dernières éditions , l'Agence Congolaise de Presse , section Katanga dévoilait les performances réalisées les 17 derniers mois par le groupe de Billy Rautenbach . Les graphiques parlaient d'eux-mêmes : entre la gestion passée de la Gecamines et celle de la Central Mining Group , c'était comme entre le jour et la nuit. Pourtant tout aura été réalisé avec les mêmes équipements vieillissants et avec le même personnel .

Ces performances et l'éviction de Rautenbach semblent , en réalité , confirmer une culture profondément ancrée : tous les entrepreneurs/investisseurs performants sont appelés à être évincés . On a connu ici le cas de la SIZARAIL de Patrick Claes qui a su remonter les chemins de fer avec peu de moyens . Il a été nationalisé et jeté en prison . Même scénario pour la CITY BIRD qui est intervenue dans un montage qui assurait l'exploitation des lignes aériennes internationales et l'effacement de la dette d'Air Zaire. Exit.

Mais c'est la première fois que l'autorité congolaise entend mettre fin à une succes-story dans laquelle l'Etat est intimement impliqué : sans la R.D.C. , jamais Rautenbach n'aurait eu les déboires sud africains qu'on lui connaît . C'est à se demander qui tient la barre du Titanic congolais . Kabila ne s'est jamais autoproclamé le "timonier" . Mais tout de même ...il ne sait pas reconnaître les siens ?

Jean Kyalwe

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