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" Tuer un
homme en lui logeant une balle dans le coeur , ou en lui décapitant
la tête par la lame tranchante d'une machette , ou l'empêcher de
vivre dignement en lui interdisant tout épanouissement ou l'exclure
de la communauté sous prétexte ethnique , confessionnel ou racial
sont tous de même nature."
Ce n'est pas
de moi , les enfants .
Adnan HADDAD
a bien plus de talents narratoires pour un conte du samedi soir . Il
vient de publier " Pistes et Réflexions sur les causes externes
et internes des conflits dans la région des Grands Lacs" . Un
livre à couverture modeste et qui risque de ne pas connaître une
grande diffusion . Mais qu'un passager --- je suis personnel navigant
--- a eu l'obligeance de m'acheter à l'escale de Lubumbashi.
"
Faudra-t-il toujours rappeler et même insister qu'avant tous droits ,
le plus urgent à instaurer c'est le droit à la vie , c'est-à-dire
le doit à la nourriture saine et suffisante , le droit à un travail
raisonnablement rémunéré , le droit à une assistance médicale
compétente , bref à une justice sociale qui assure la dignité et
qui garantit l'égalité... On ne change pas l'homme , il se change
lui-même . Pour l'encourager à se changer il faut indubitablement
changer sa vie . Ainsi on évite beaucoup de conflits et on met fin à
de nombreuses guerres."
Voilà qui
nous change de toutes les réflexions savantes . Adnan Haddad est sans
doute un homme de sciences , puisqu'il publie aux Presses
Universitaires de Lubumbashi , faculté des lettres. Mais c'est avant
tout un " Homme " avec cette flamme fragile qu'est notre vie
sur terre , ce petit souffle de sensibilité qui nous distingue de
l'animal et , même , des bêtes pensantes et mécaniques.
Adnan Haddad
raconte " dans toute ma vie , j'ai pleuré trois fois :une fois
de tristesse , une autre de joie et une troisième
d'indignation."
" La
deuxième fois , j'ai pleuré de joie . Une grande émotion a
ébranlé tout mon être quand j'ai vu des enfants courir , des femmes
crier , des hommes applaudir . Même les oiseaux du ciel battaient
leurs ailes de joie et remuaient leurs becs dans un chant de bonheur
sans limite . C'était lors du passage du Président Kabila dans
l'avenue principale de Lubumbashi , pour la première fois après sa
libération.
"Depuis
quelques jours la ville était libérée . Tout le monde vivait dans
une joie retenue . Dans une attente anxieuse . Dans une euphorie
maîtrisée . Ce n'est pas possible ! Tout a été réalisé , comme
un rêve de gosse enfin concrétisé . Quand les Kadogo passaient ou
quand les militaires traversaient les rues à grande allure , la
population jubilait , criait , ovationnait mais sporadiquement .
Quelque chose se cachait à l'horizon. Une surprise se préparait .
Les sentiments s'accumulaient . Les affections se superposaient . Les
émotions se multipliaient . La digue s'était rompue quand les
torrents humains se sont déversés en quantités innombrables dans
une explosion spontanée juste au moment où , comme une traînée de
poudre , la nouvelle selon laquelle le cortège du libérateur allait
traverser la ville . Kabila devint un mystère que seule peut
engendrer la mémoire d'un peuple écrasé par une peur qui
s'accélérait . Un peuple fatigué de supporter une crise sans fin
durant laquelle il n'avait pas droit ni d'avoir faim , ni d'avoir
froid , mais bien l'obligation de garder un silence absolu et le
devoir de se résigner dans une soumission totale . Un peuple accablé
, éreinté d'attendre l'avènement d'un changement qui ne venait pas.
"
Maintenant le miracle est en train de s'opérer . Est-ce possible?
Ah ! il parle
bien , le monsieur Haddad . N'est-ce pas les enfants ?
" Moi
j'ai assisté à ce miracle . Je l'ai vu de mes propres yeux .
J'étais là , devant la compagnie Air Congo quand j'ai vu , au
passage du cortège , une marée humaine se déchaîner spontanément
dans un mouvement naturel de bonheur et dans une explosion sincère de
joie . Les petits criaient . Les jeunes sautaient . Les femmes
lançaient des cris de Yi-yi-yi. Les hommes applaudissaient . Mes
larmes coulaient."
Que ces
moments d'intenses émotions vous accompagnent dans votre sommeil.
Nestor
Kisenga , rdc |