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Réponse à la lettre de M. Wolpe

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José Mutombo-Kady

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Kinshasa, le 30 novembre 99

Monsieur Howard  WOLPE

Envoyé Spécial des Etats-Unis

Dans la région des Grands-Lacs

C/o Ambassade des Etats-Unis

Au C ongo

Kinshasa/RDC

Cher Monsieur Wolpe,

Nous avons lu avec un intérêt tout particulier votre déposition devant la sous-commission des affaires africaines le 21 septembre 1999.

Votre présentation trop partiale et quelquefois inexacte des choses sur la guerre dont la RDC est victime requiert dans l’intérêt et le respect de l’opinion publique, la restitution des faits à la réalité.

De prime abord, votre exposé inverse les rôles en faisant la part trop belle aux agresseurs qui, de ce fait, deviennent les victimes. Par exemple, en encourageant la victimisation des Tutsi, laquelle conduit à les vêtir d’un angélisme candide malgré toutes les horreurs signalées à leur actif contre leurs compatriotes et contre des Congolais, votre présentation installe, au mépris du droit international et des droits de l’homme allègrement bafoués à l’Est de notre pays par ces agresseurs, le primat (la prééminence) de la violence traditionnelle tutsi sur un territoire étranger. En comparaison, on ne trouve nulle incursion congolaise dans le territoire des pays voisins qui donnerait prétexte à leur agression contre la RDC. A moins d’alléguer qu’une RDC en paix avec elle-même et économiquement puissante constitue un facteur de déstabilisation de la région des Grands Lacs.

Comme vous ne pouvez pas accréditer cette allégation sans heurter la lettre et l’esprit de la Charte des Nations Unies qui nous est commune, permettez-nous de nous situer dans ce seul cadre admis par la Communauté internationale et dans celui des Accords de Lusaka voulus par les parties au conflit.

Vous présumez, sans doute à bon droit, qu’eu égard à “la complexité des problèmes, la multiplicité des acteurs et la profonde méfiance et la suspicion qui règnent entre les principaux antagonistes, la mise en œuvre de l’accord de Lusaka sera inévitablement un processus délicat ”. Et d’ajouter qu’“ il sera difficile de respecter les dates butoir... ”. Mais vous avez omis de citer ceux qui compromettent les termes et modalités de cet accord et en retardent l’exécution.

L’honnêteté intellectuelle oblige à reconnaître que vos protégés (Ougandais, Rwandais et Burundais) qui ne cessent de violer le cessez-le-feu, sont à la base du non-respect des accords de Lusaka.

Par respect pour la Charte de l’ONU qui protège l’intégrité territoriale de la RDC, non sujette à négociation, les Etats-Unis devraient condamner sans équivoque les agresseurs qui se trouvent être leurs protégés, et leur demander de déguerpir le territoire congolais qui n’est pas le leur.

Cette attitude empêcherait ces derniers d’être tentés de violer le cessez-le-feu, puisque qui peut le plus peut le moins.

Ensuite, pour être conséquent avec l’engagement découlant de la mise en place d’un mécanisme de vérification des accords, une comptabilisation systématique de leurs violations aurait pour effet de constater que les éléments soutenus par la coalition précitée les commettent fréquemment. En outre, ces accords n’auraient de valeur pédagogique que si les Etats-Unis, en tant que protecteur des agresseurs, avaient le courage à la fois de dénoncer les atermoiements de ceux-ci, de rendre la coalition qui les soutient responsable du piétinement des accords, et de prendre de ce fait des sanctions contre elle.

Indépendamment des mesures de représailles que prévoient les accords en cas de refus de déposer les armes, les sanctions américaines contre leurs protégés peuvent déjà en amont, aller des mesures comminatoires possibles à la suspension de l’aide bilatérale américaine, du FMI et de la Banque mondiale, voire la contrainte comme au Kosovo, la démonstration étant faite que la RDC est envahie par des sanguinaires rwandais, ougandais et burundais.

L’impact de telles mesures est évident sur le rétablissement de la souveraineté de la RDC. Leur adoption donnerait aux Congolais des signaux positifs de la bonne volonté des pays qui souhaitent réellement voir la paix rétablie au Congo Démocratique. Ces mesures contribueraient en outre à renforcer l’action du Président KABILA dans le processus de démocratisation qu’il a engagé à travers la mise en place progressive des instruments juridico-politiques destinés à protéger dans la durée son pays de la mégalomanie de certains compatriotes. Dans ce sens, le débat national tel qu’il l’a imaginé et initié reste, jusqu’à preuve du contraire, la tribune idéale pour la conception de ces moyens.

Par contre, le dialogue inter congolais que d’aucuns préconisent ressemblerait davantage à la Conférence nationale dite souveraine qui cristallisa pendant sept ans (1990-1997) le dysfonctionnement des institutions. Cela est si vrai que même les mobutistes, qui durant cette période étaient aux affaires et avaient tout détruit, reconnaissent les faits (cf. La déclaration de l’opposition extérieure non armée du Congo-Zaïre, page 1, dernier paragraphe). Ils déclarent, je cite : “ cette situation porte gravement atteinte à l’intégrité territoriale et à la souveraineté du Congo-Zaïre, et a accentué la désintégration d’un Etat qui ne s’était pas encore remis de la mauvaise gestion de la deuxième République et des tâtonnements de la transition démocratique de 1990 à 1997 ”, fin de citation.

Vous-même avez d’ailleurs eu l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que “ Mobutu a légué à la RDC un néant institutionnel et politique. ”

En dépit de ce qui précède et qui amène l’eau à son moulin, le Président Laurent-Désiré KABILA n’a nullement l’intention de renier sa signature en cherchant à éluder le dialogue inter-congolais, étant précisé que le gouvernement de la République Démocratique du Congo ne manquera pas d’y participer activement, le moment venu.

Mais en attendant la convocation de ce dialogue, le gouvernement ne ménage pas ses efforts pour trouver les voies et moyens pouvant aider la République à fonctionner dans un cadre structurel d’un pays démocratique. D’ailleurs, face à l’indifférence de la Communauté internationale à la crise congolaise, l’importance que le Président KABILA accorde à la Consultation nationale convoquée par les chefs des confessions religieuses, constitue la preuve irréfutable à nos allégations. Cela, sans pour autant qu’il soit fait allusion à l’Assemblée constituante et législative qui, incessamment, sera mise en place en RDC.

Tout bien considéré, cher Monsieur Wolpe, il ne devrait pas vous échapper que, sans pratiquer des excommunications, M’zee Laurent-Désiré KABILA n’a jamais cherché à s’allier maladroitement avec quiconque. Son cursus montre qu’il n’entreprend toute alliance politique que sur une base idéologique. Sinon il n’aurait pas eu raison de la dictature zaïroise.

Ainsi, au néant institutionnel et politique que vous reconnaissez être le legs de Mobutu à son pays, M’zee Laurent-Désiré KABILA a réagi en proposant des cadres juridiques et institutionnels que l’urgence impose et qui permettent aux Congolais de trouver un consensus dans la diversité. A Kinshasa, le processus démocratique est donc bel et bien lancé. Or, pour justifier le parti pris que vous nourrissez sur l’agression de la RDC, votre esprit très fertile vous incite à des représentations fantasmatiques sur le Président KABILA et son gouvernement. Ainsi, vous imaginez un décret qui “ne semble autoriser l’activité politique que dans le cadre des Comités du Pouvoir Populaire (CPP) parrainés par le gouvernement ”. A l’évidence, M. Wolpe doit avoir fait une lecture erronée des CPP qui, eux-mêmes, ne sont pas un parti politique. A moins de vouloir les confondre avec les comités locaux implantés à tous les niveaux par Museveni en Ouganda, en remplacement des partis politiques qu’il a gelés. Cela, la communauté internationale a le droit de savoir.

Elle a aussi le droit de savoir que le régime autocratique ougandais installé depuis plus de 10 ans fonctionne sans multipartisme alors que Kinshasa, par le décret-loi n°194 du 29 janvier 1999 relatif aux partis et aux regroupements politiques, garantit le pluralisme. Elle doit aussi être informée que le régime mono ethnique Tutsi à Kigali ne veut gouverner qu’en exterminant par le génocide l’autre ethnie (Hutu). Si donc ces deux pays, et dans une moindre mesure le Burundi, pouvaient être amenés par les Etats-Unis à démocratiser leurs institutions, ils honoreraient les accords de Lusaka en même temps qu’ils

régleraient le problème de leurs ressortissants fuyant la dictature de leurs pays respectifs. La présence des réfugiés dans notre pays est, à la limite, l’affaire du HCR auquel nos autorités, qui par ailleurs respectent bien les conventions de Genève, rendent ponctuellement compte.

La RDC n’arme aucun réfugié et si celui-ci devient un danger pour sa sécurité - intérieure ou extérieure - elle déclare la fin de l’asile après avoir sollicité l’avis du HCR. Nul respect des conventions internationales n’est signalé à l’actif de la coalition ougando-rwandaise.

Dans votre déposition devant la sous-commission des affaires africaines de la Chambre, vous rappelez avec émotion le génocide rwando-rwandais, c’est bien. Mais il serait mieux que la communauté internationale et l’opinion américaine soient aussi informées du génocide perpétré par les Rwandais-Tutsi à l’Est de la RDC ainsi que les déportations que ces derniers font des Congolais au Rwanda. Dans ses livres blancs, le ministre congolais des droits humains est, on ne peut plus, explicite sur ce point. Nous souhaiterions vous voir vous étendre là-dessus.

La communauté internationale et l’opinion américaine ont également besoin qu’on leur parle avec émotion des massacres de Makobola, Kasika, Kamituga, Ngweshe, Kasala, Pweto, Nyunzu, Kabalo, Kongolo, Manono, Kabimba, Wimbi, Kalemie, Moba, Kiliba, Kavimvira, Uvira, Kalundu etc. Le gouvernement de la République Démocratique du Congo saurait gré à M. Wolpe de relever l’impact traumatisant que ces événements ont causé sur les Congolais. On ne doit pas prétendre protéger un droit en déniant le même droit à d’autres.

Enfin, il est une chose qui doit être explicitée devant l’opinion, c’est de montrer que la rébellion est la construction artificielle de l’Ouganda et du Rwanda. M. Wolpe le fait furtivement lorsqu’il exhorte “le Rassemblement pour la démocratie congolaise, l’Ouganda et le Rwanda à rechercher une solution rapide” du problème de la représentation des rebelles au sein de la Commission militaire collective, craignant que l’accord de Lusaka ne devienne “l’otage de luttes d’influence au sein de la rébellion.” La vérité est que deux lampistes (le RCD et le MLC) se battent en faveur de leurs maîtres : le Rwanda et l’Ouganda. Où est donc la rébellion qui serait congolaise ? Il s’ensuit que M. Wolpe ne doit pas en même temps faire semblant de ne pas voir que la guerre dont le Congo est victime est une guerre d’agression menée par le Rwanda et l’Ouganda.

Pour l’heure, comme notre pays n’a armé aucun de ses voisins, il appartient au Rwanda et à l’Ouganda de retirer leurs troupes de la RDC et de cesser tout soutien aux lampistes susmentionnés.  

Toutefois et c’est à votre honneur, vous terminez votre déposition par une note positive, que nous saluons, lorsque vous exhortez les Etats-Unis à rester pleinement engagés dans la recherche des solutions à la crise des pays des Grands Lacs sinon ils seront obligés de payer davantage plus tard le coût des catastrophes humanitaires bien plus coûteuses. Mais nous devons néanmoins relever que le Congo Démocratique vit déjà ces catastrophes du fait de cette présence étrangère sur son sol. Le prix payé par notre population est exorbitant et il convient que les Etats-Unis le prennent déjà en compte. Les Congolais n’attendront pas que surviennent d’autres catastrophes. C’est pourquoi la population congolaise est déterminée, à ce qu’il n’y ait plus un seul agresseur rwandais, ougandais et burundais en RDC au cours de l’an 2000. Comprend qui peut et qui veut.

José Mutombo-Kady

militant nationaliste

E-mail: mjmutombokadi@yahoo.com
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