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Quand la violence vole au secours de la démocratie au Congo-Kinshasa

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Crispin Kabasele Tshimanga

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Le discours du président national du Parti du Renouveau Démocratique, aux assises du Comité National pour la Paix et la Réconciliation en République Démocratique du Congo, tenu le 15 janvier 2000 dans la salle Victor HUGO de l’Assemblée Nationale française. 

QUAND LA VIOLENCE VOLE AU SECOURS DE LA DEMOCRATIE AU CONGO-KINSHASA

Par Crispin KABASELE TSHIMANGA,

Président du Parti du Renouveau Démocratique, PRD

Chef Adjoint du Département de l ’Agriculture et du Développement Rural du RCD.

C’est un honneur pour moi d’être invité par le Comité International pour la Paix et la Réconciliation au Congo Démocratique, à participer au présent colloque intitulé " Paix et Réconciliation en République Démocratique du Congo ", et à y intervenir en ma qualité de Président du Parti du Renouveau Démocratique, PRD.

Je salue la présence, dans cette salle de l’Assemblée Nationale française, des personnalités congolaises et étrangères qui ont répondu favorablement à l’appel des organisateurs.

Je remercie, de vive voix, le Député du Nord, Monsieur Georges HAGE, Vice-Président de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement français d’avoir accepté de soutenir cette initiative qui permet aujourd’hui aux congolaises et congolais de se parler et d’échanger leurs idées sur l’avenir de leur pays en proie à une crise intraétatique.

Je m’efforcerai de soutenir, tout au long de mon exposé, les raisons qui ont milité en faveur de ma décision d’abandonner momentanément la non-violence pour la lutte armée.

Je donnerai ensuite mon point de vue sur les voies et moyens devant déboucher sur une paix durable en République Démocratique du Congo. Car, la paix est la condition indispensable à la reconstruction du pays détruit pendant trente-deux ans de règne du Président Mobutu, et actuellement pillé par son successeur Laurent-Désiré Kabila.

Concernant ce dernier, personne n’ignore que les membres de son gouvernement et lui-même se paient des villas en Afrique et en Europe au moment où les fonctionnaires et le peuple congolais tout entier croupissent dans la misère.
Ces pseudo-libérateurs peuvent-ils justifier l’origine de leur fortune acquise en si peu de temps ?

LA NON-VIOLENCE ET SES LIMITES

Personnellement, j’ai constaté que la non-violence, en tant que méthode de lutte, a des limites. Des manifestations pacifiques de rue , des opérations dites villes mortes, des sit-in, des campagnes de désobéissance civile sont des actions appropriées dans les démocraties rodées. Or, ces actions laissent insensibles les dictateurs et les tyrans. Ils s’accommodent même de la non-violence parce qu’elle consolide souvent leur régime et leur accorde le temps de s’enraciner dans le pays.

Dans le cas de l’actuel pouvoir, le Président auto-proclamé Kabila, à peine installé sur le trône de Mobutu, a pris des mesures réellement antidémocratiques. Il a notamment :

suspendu l’acte constitutionnel et les institutions issus de la conférence nationale souveraine;

suspendu aussi les activités des partis politiques et des associations de la société civile qui avaient largement contribué à sa victoire ;

interdit les manifestations publiques ;

arrêté des opposants politiques, des hommes d’église, des défenseurs des droits humains et des journalistes ;

obligé des compatriotes à s’enrôler au sein de la défunte AFDL avant d’occuper n’importe quel poste dans l’appareil de l’Etat ;

exclu une partie de la population de la gestion de la chose publique ;

concentré tous les pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) entre ses mains ;

placé enfin son clan katangais à des postes clés de l’Etat.

Toutes ces mesures ont trouvé leur justification dans l’inique décret-loi constitutionnel 003 qui se réfère aux statuts de l’AFDL. Autrement dit, les statuts d’une association politique font office de constitution en République Démocratique du Congo.

Pour couronner ses actes antidémocratiques, Monsieur KABILA a créé, sur les cendres de l’AFDL, son propre Parti-Etat dénommé " Comités de Pouvoir Populaire". Le décor est planté. Il est sur les traces de son prédécesseur.

Devant cette situation grave, les Démocrates Congolais avaient l’obligation morale et politique de réagir vigoureusement. Fallait-il continuer avec la non-violence ou changer de stratégie ? 

Pour ceux qui connaissent les affres de la dictature, il était inadmissible et inconcevable de croiser les bras et d’opter pour une méthode de lutte inappropriée. Aux grands maux, les grands remèdes, dit-on ! La lutte armée s’est offerte comme unique solution. 

Aux congolais qui ont souhaité qu’un sursis soit accordé au nouveau pouvoir, je leur donne l’exemple de Mobutu qui, lors de son coup d’Etat du 24 novembre 1965, avait sollicité trois mois pour mettre de l’ordre dans la maison-Congo.
Mais, son règne a duré trente-deux ans.

En ce qui me concerne, il ne m’apparaissait pas judicieux de laisser un pouvoir tyrannique s’installer en toute tranquillité dans notre pays. Il fallait l’attaquer dès le début au moment où il était encore fragile.

LA VIOLENCE AU SECOURS DE LA DEMOCRATIE. 

Du fait que les dictateurs ne comprennent que le langage des armes, l’usage de la force comme moyen de lutte s’impose sans discussion. Monsieur Kabila lui-même a utilisé la lutte armée face à l’ignoble régime de Mobutu.

Grâce à la violence, beaucoup de mouvements de lutte ont réalisé de nombreuses conquêtes démocratiques. Ainsi donc, il faut parfois recourir à la lutte armée pour voler au secours de la démocratie quand celle-ci est en péril. Tite-Live ne clamait-il pas que la guerre et les armes sont saintes lorsqu’ il n’y a plus d’espoir qu’en elles. 

Se servir des armes, dans un tel contexte, est un acte de salubrité politique. D’ailleurs, quelqu’un a dit un jour que " la guerre précède la politique ".

Nous avons opté pour cette solution afin de donner une image autre que celle de jouisseurs, d’irresponsables et d’inconscients qui colle à la peau des congolais quand il s’agit de défendre les acquis démocratiques dans notre pays.

Pour nous, Démocrates Congolais, la reconstruction du Congo-Kinshasa passe obligatoirement par l’instauration immédiate et inconditionnelle d’une démocratie pluraliste. 

La démocratie dont les valeurs sont universelles, a le mérite de faire participer notre peuple à la gestion de la chose publique. Elle a l’avantage d’accepter l’existence des contre-pouvoirs forts : une opposition crédible et responsable, des syndicats organisés, une société civile dynamique, une presse libre et indépendante. Enfin c’est un système fondé sur la liberté, la justice, la tolérance, la contradiction et la contestation.

Cette démocratie pluraliste qui fait encore défaut en République " Démocratique " du Congo, est une affaire de tous les congolais sans exception et non d’un individu. Nous devons la construire ensemble et sans exclusion.

Il me faut également évoquer ici la présence des troupes ougandaises et rwandaises sur le sol congolais. 

Hier, Monsieur Kabila a fait appel à ces troupes auxquelles il faut ajouter les militaires angolais, zimbabwéens, zambiens, pour chasser le président Mobutu. Ce soutien a été largement salué par les africains et placé sous le signe de la " renaissance africaine ". Personne n’a levé son petit doigt pour aider Monsieur Mobutu lorsqu’il criait à la
conspiration internationale.

Aujourd’hui, Monsieur Kabila qui a chaussé les bottes de son prédécesseur et s’est mis à déstabiliser ses voisins, à savoir l’Ouganda et le Rwanda, mérite d’être combattu, étant donné la convergence des intérêts. 

Les ougandais et les rwandais ont leur agenda lié à la sécurité intérieure tandis que les Démocrates Congolais ont le leur axé sur l’instauration de la démocratie pluraliste. Tous ensemble, nous avons un adversaire commun : le Président autoproclamé du Congo-Kinshasa.

L’alliance des Démocrates Congolais avec les ougandais et les rwandais s’inscrit dans l’ordre logique des choses. Ce sont eux qui ont mis Monsieur Kabila au pouvoir, ce sont eux également qui doivent nous aider à l’enlever de là.

Monsieur Kabila ayant été un mauvais choix pour les Démocrates Congolais, il est tout à fait normal que les ougandais et les rwandais nous assistent dans cette tâche. 

Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation survient sur le continent africain. Rappelez-vous qu’après avoir constaté la dérive dictatoriale du Président Milton Obote de l’Ouganda, l’armée tanzanienne qui avait renversé son tombeur Idi Amin Dada, était revenue avec Monsieur Museveni pour faire le ménage dans ce pays frère et ami.

Notre souhait est donc, de voir des pays comme l’Angola, la Namibie et le Zimbabwe qui avaient participé à la chute de Mobutu, se joindre aux Démocrates Congolais pour lutter ensemble contre la nouvelle dictature kabiliste.
Ce serait l’idéal.

PISTES DE SORTIE

Un jour, la guerre prendra fin. L’accord de Lusaka a été signé dans le but d’accélérer le règlement pacifique de la crise congolaise. 

Si le dialogue intercongolais peut se tenir dans le délai prévu, avec la participation sans exclusive de toutes les forces politiques et vives de la nation congolaise, il aidera à la relance du processus de démocratisation.

Ce forum permettra ainsi la mise en place des institutions de transition (gouvernement de large union nationale et assemblée nationale de transition), la promulgation de la nouvelle constitution réellement démocratique, l’institution d’une véritable politique de réconciliation nationale et de bon voisinage, et l’élaboration d’un programme minimum de redressement économique.

Je souhaite, personnellement, que le fédéralisme soit d’application immédiate et que nous revenions au découpage administratif inscrit dans la constitution dite de Luluabourg en portant le nombre de provinces à 21.

Mais, pour réussir ce pari, il faut, à mon humble avis, l’émergence d’une nouvelle classe politique au Congo-Kinshasa.
La nouvelle génération politique sera capable de transcender ses sentiments et passions, de s’entendre sur l’essentiel, de privilégier les intérêts supérieurs de notre pays et de lutter ensemble pour l’avènement d’un nouvel ordre politique congolais. 

Les compétences sont là mais elles ne s’assument pas encore pleinement. Faut-il rappeler ici le conseil d’un célèbre homme politique congolais qui avait déclaré un jour : " si, à trente-six ans, un enfant n’a pas grandi, il ne grandira jamais ".

Il est enfin regrettable de constater que le paysage politique congolais soit encore dominé par les patriarches des années 60-65.

Quel dommage pour la jeunesse congolaise !

Quel dommage pour le Congo-Kinshasa !

Je vous remercie.



Paris, le 15 janvier 2000.

Crispin KABASELE TSHIMANGA,

Président du Parti du Renouveau Démocratique, PRD

Chef Adjoint du Département de l ’Agriculture et du Développement Rural du RCD.
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