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Va-t-on enfin découvrir la vérité sur la mort de Lumumba?

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Alexis Kabambi

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L’historien flamand Ludo De Witte vient de publier un livre intitulé “De moord op Lumumba” uitgevering Van Halewyck, dans lequel il dégage la responsabilité de la Belgique dans la mort du Premier ministre du Congo indépendant, Patrice Emery Lumumba, assassiné en janvier 1961 à Elisabethville aujourd’hui Lubumbashi.
Se basant sur les archives du ministère des Affaires étrangères, l’auteur affirme qu’à l’époque, Bruxelles avait donné des consignes d’éliminer Lumumba alors détenu à la prison de Thysville (Banza Ngungu) où il avait tenté de s’évader pour revenir au pouvoir dont il avait été limogé par le colonel Mobutu.
Pour le démontrer, Ludo de Witte s’appuie sur les témoignages personnels et des télégrammes diplomatiques qui révèlent que M. Pierre Wigny, ministre belge des Affaires étrangères de l’époque et M. Harold d’Aspremont Lynden qui avait en charge le portefeuille des Affaires africaines, avaient encouragé le transfert à Elisabethville de Lumumba et ses compagnons, sachant parfaitement que les sécessionnistes Moïse Tshombé et Godefroid Munongo avaient juré de les tuer.

Commission d’enquête

Ce sont trois parlementaires flamands, qui dans la foulée du débat sur la politique étrangère et africaine du ministre Louis Michel (actuel ministre belge des Affaires étrangères), l’ont interrogé sur les révélations contenues dans le livre de Ludo De Witte. Suite à cette interpellation et après les débats qui s’en sont suivis, des représentants des partis de la majorité ont signé une motion recommandant la constitution d’une commission d’enquête et ils devraient déposer une proposition de loi visant à constituer ladite commission, à laquelle le ministre belge des Affaires étrangères a promis d’ouvrir les archives de son ministère.
Le ministre va plus loin et estime que si une telle enquête devait conduire à établir que des autorités belges ont trempé dans l’assassinat de Lumumba, il appartient à l’actuel gouvernement, dans le cadre de la continuité de l’autorité publique, de présenter ses excuses au peuple congolais et aux ayants droits de Lumumba. Des déclarations approuvées ensuite, via son cabinet, par le premier ministre belge, Guy Verhofstadt.

Seul contre tous

Après l’indépendance, Lumumba devait pour des raisons diverses faire face à l’opposition de la plupart des forces en présence. La Belgique ne lui avait pas pardonné son virulent discours anticolonial prononcé lors de la cérémonie de l’indépendance le 30 juin 1960 devant le Roi Baudouin; ensuite de la manière dont il avait rompu les relations diplomatiques et l’expulsion effective le 09 août 1960 de son ambassadeur M. Van den Bosh. Ces deux incidents ont lourdement pesé pour que la Belgique exerce des pressions pour le neutraliser.
Du côté américain, la C.I.A. et l’administration Eisenhower avait pris la décision de l’élimination politique puis physique de Lumumba, parce qu’on le soupçonna d’être capable de faire basculer le Congo dans le camp communiste. Il y a eu aussi toute l’opposition interne contre son pouvoir qui n’était pas non négligeable.

Révocation

Le 05 septembre, le président Kasa-Vubu annonça sur les ondes de la radio nationale la destitution de Lumumba. Entre-temps, une véritable coalition d’opposition anti-lumumbiste s’était constituée à Brazzaville avec l’aide discrète de la Belgique et le soutien du Katanga. Elle disposait d’un émetteur radio ; “radio Makala”, puissant organe de propagande anti-lumumbiste.
Dès le 6 septembre, un mandat d’amener fut lancé contre Lumumba, sur base de celui-ci, on l’arrêta le 11 mais il fut aussitôt relâché grâce à l’intervention du général Lundula, alors Commandant en chef de l’Armée Nationale Congolaise.
Le 12 septembre le président Kasa-Vubu réagit et démit de ses fonctions Lundula.
Le 14 septembre, le colonel Mobutu neutralisa les institutions et confia l’exercice du pouvoir à un collège de Commissaires généraux, dirigé par M. Bomboko et composé d’étudiants universitaires qui resta au pouvoir jusqu’au 9 février 1961, date de la constitution du deuxième gouvernement Iléo.

Fuite et emprisonnement

Ne se sentant pas en sécurité à Léopoldville, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1960, Lumumba choisit de s’enfuir pour rejoindre ses partisans à Stanleyville (Kisangani).
Kamitatu lui décrivit l’itinéraire à suivre qui prévoyait de traverser la province de Bandundu et une partie du Kasaï avant d’atteindre Stanleyville. Pendant cette fuite, Lumumba au lieu de se faire discret, nargua le gouvernement Central en tenant de meeting partout où il passa. Kinshasa pu ainsi localiser son convoi.
Le 2 décembre 1960, Lumumba surnommé par la sûreté nationale dirigée par Victor Nendaka, “le grand lapin” fut arrêté sur la rive gauche de la rivière Sankuru. Il fut reconduit à Mweka où un inspecteur de la sûreté Gilbert Pongo vint le chercher pour l’emmener à Léopoldville. Conduit à Kinshasa, Lumumba fut transféré au camp militaire de Thysville sous le commandement de Bobozo. Là, il rejoignit deux autres lumumbistes prisonniers, Mpolo, arrêté à Mushie alors qu’il tentait de gagner Stanleyville, et Joseph Okito, président du Sénat. Lumumba et ses amis furent détenus dans des conditions inhumaines. Il s’en plaignit personnellement auprès de M. Dayal, représentant de l’ONU au Congo. Le leader du Mouvement National Congolais étant neutralisé, depuis le 13 décembre 1960, Stanleyville où se trouvaient ses compagnons , s’était proclamée le seul gouvernement légal du Congo.

Fin tragique de Lumumba

Pendant quelques semaines, Lumumba fut détenu dans un camp militaire à Thysville sans inculpation ni jugement. Son sort fut scellé lors de la réunion présidée par Kasa-Vubu, à laquelle prirent part le 14 janvier 1961 : Bomboko, Nendaka, Adoula, Iléo, Ndele et Mobutu.
Trois jours plus tard, soit le mardi 17 janvier 1961, Nendaka porteur d’une levée d’écrou en bonne et due forme, probablement signée par Kasa-Vubu vint sortir Lumumba de sa prison pour le conduire à Lukala où l’attendait l’avion d’Air brousse qui atterrit plus tard à Moanda où un DC 4 l’attendait avec à son bord deux passagers : Ferdinand Kazadi, Commissaire général à la Défense nationale et Jonas Mukamba, Commissaire au Travail et à la Prévoyance Sociale, outre l’équipage, prirent également place à bord de cet avion, les trois prisonniers Lumumba, Mpolo, Okito et le lieutenant Zuzu accompagné de ses militaires. L’avion décolla de Moanda pour Elisabethville. Il survola l’Angola par la voie la plus rapide.
Munongo, le ministre de l’intérieur, se présenta à l’aéroport au moment où l’on donnait à l’avion l’autorisation d’atterrir.
A 16h45, l’avion atterrit à Luano, les prisonniers sortirent de l’avion contusionnés mais vivants. Ils furent emmenés aussitôt dans une villa isolée où des soldats s’acharnèrent sur eux, puis ils furent conduits 20 km plus loin sur la route de Jadothville (Likasi) où on les acheva.
38 ans après ces 3 assassinats, les congolais attendent beaucoup de la commission d’enquête belge pour enfin connaître la vérité sur les circonstances qui ont entourées la mort de Lumumba et de ses compagnons.

*(Article paru dans l’édition spéciale de la Renaissance n°35, du 25 décembre 1999. La Renaissance est éditée à Montréal, au Canada. Pour tout renseignements, prière adresser votre courrier à l’adresse électronique suivante : mwambakt@dsuper.net )

Alexis Kabambi

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