| Et si , pour une
fois , on donnait la parole au peuple congolais lui-même et sans
intermédiaire? Les référendums existent pourtant . Je
reviens en effet de RDC. Et , une fois de plus , je constate le goufre
qui sépare notre pays du reste du monde et des réalités du terrain.
Beaucoup de
choses ont été dites et , davantage encore , reste à dire sur les
solutions , les priorités à la question congolaise. Cette année
nouvelle 2000 marquera le dixième anniversaire du déliement des
langues avec l'annonce , par le dictateur en place en 1990 de la
"démocratisation". Le bilan est là : une guerre civile
télécommandée de Kigali et Kampala , un Kabila qui a hérité la
garde robe des attributs du mobutisme , des éternels opposants
vieillissants et dont on ne peut rien attendre pour l'avenir , une
population qui a perdu ses répères , même en se réfugiant
massivement dans la bible et des veillées de prières.
La mode et
l'ordre du jour sont au "dialogue national" sous l'ombrelle
des accords de Lusaka. D'aucuns proclament que Lusaka est le seul
baobab à l'ombre duquel pourra débuter la palabre. Le cadre peut-il
supplanter le tableau qu'il entoure? La volonté et la sincère
volonté ne sont-elles pas les véritables conditions de dialoguer?
Rien n'empêche les congolais de se retrouver sans délais ni
conditions pour se concerter sur de véritables questions et arrêter
de vrais solutions, sauf leur dépendance à des échéanciers
extérieurs , aux créanciers pour lesquels ils ont hypothéqué le
pays , à leurs cupidités de tous genres. C'est un peu comme dans les
sociétés primitives où l'on donnait en mariage les filles à
naître : on obtient hommes et armes pour se tailler un espace
politique et , avant toutes choses , un siège au fameux dialogue
interne. Personne ne s'interroge sur le passé prédateur de Jean
Pierre Bemba et sa mise sur orbite par la fusée ougandaise. Dites-moi
combien vous massacrez de gens , et je vous donnerais un quota
proportionnel
au dialogue
inter-congolais...Et lorsque Jean Pierre Bemba se glorifie d'avoir
tué , dans des embuscades des centaines d' "hommes à Kabila"
, la réalité est que Kabila n'a jamais été élu par ces tués et
qu' il ne pourrait être question d'hommes de Kabila , mais de
congolais et de compatriotes dont le sang coule. Qui a donc donné à
Bemba et à tous les autres le droit de tuer et détruire pour
libérer le pays? Qui a jamais voté pour l'actuel Tshisekedi ou
Olenga Nkoy et tous les autres ?
Qui a jamais
pu vérifier leur représentativité réelle ? Ils se sont choisis
eux-mêmes , autoproclamés chefs de partis , libérateurs , chefs de
file. Ils ont eux mêmes arrêté leurs programmes d'actions , leurs
alliances. Le peuple n'existe que comme sujet et objet . La
démocratisation a comme conséquence abérrante qu'elle condamne le
souverrain primaire au silence. Même du temps du Mobutisme , on n'a
jamais passé dix années sans même un semblant de consultation
populaire...
Déjà à la
Conférence Nationale , les prétendus représentants et délégués
s'étaient autoproclamés représentants du peuple qui ne les avait
jamais choisis ni mandatés. Ils nous ont imposé , par imposture ,
une légitimité factice. Dix années plus tard , on veut recommencer
la farce , parfois avec les mêmes acteurs , à ce point imbus de
leurs propres ambitions qu'ils n'ont pas de comptes à rendre .Dans
quelle démocratie un chef de parti étérnellement perdant aurait
survécu , comme Tshisekedi et se proclamer chef de file sans un
rétroviseur qui lui aurait révélé que ses compagnons ont déserté
les rangs ?
N'est-il pas
temps , enfin , de donner la parole , non à des Congolais , mais à
tous les congolais en organisant un référendum sur deux à trois
questions majeures sur le présent et l'avenir du pays? Quelques
exemples de points sur lesquels même le dernier des villageois
pourrait se prononcer. Accepte-t-on le recours à la violence armée
comme voie d'accès au pouvoir et à l'oligarchie et à
l'autoritarisme comme forme de gouvernement? Les rwandais et les
ougandais sont-ils nos alliés et libérateurs du peuple congolais? La
construction nationale se fera-t-elle avec ceux qui ont géré le
passé et hypothéqué l'avenir de 1960 à 1997 et de 1997 à 2000?
Oui , je
pense et je crois que c'est au peuple de s'exprimer directement et
clairement sur des questions fondamentales et ainsi déblayer le
terrain accaparé par nos multiples libérateurs.
Je reviens du
Pays .La majorité silencieuse existe. Mais elle est reste muselée
et aucun
"libérateur" ne se manifeste pour donner la parole au
peuple lui-même. Il n' y a pas que des éléctions , les
référendums , cela existe .
Hilaire
Kashala |