I.
INTRODUCTION
Au
fil des jours, la guerre du Congo dévoile son véritable visage: le
pillage systématique des richesses du pays.
A
Kisangani, les parrains de la rébellion –Rwandais et Ougandais
rivalisent d’ardeur et d’ingéniosité pour racler le tréfonds du
sol et du sous-sol congolais. La dernière trouvaille en date est tout
simplement l’injection frauduleuse de la monnaie nationale dans le
marché.
II.
LES FAITS
Samedi
25/12/1999.
a)
Un avion Illouyichine, en provenance de Kampala, affrêté par
l’armée, atterit à 14H 30’ à l’aéroport de Bagboka. A son
bord, trente six sacs (36) contenant une importante somme d’argent
libellé en coupures de 20 et 100 Franc Congolais, équivalant à près
de 600.000 de $ U.S. Le colis est convoyé par Monsieur MAMADOU, sujet
malien, qui travaille pour le compte de la maison d’achat de diamant
“VICTORIA”. La maison VICTORIA, dirigée par Monsieur TALAL, de
nationalité libanaise, est sous la protection ougandaise. C’est
pourqoui, une équipe de millitaires ouagandais est venue, sous le
commandement d’un colonel, escorter les sacs d’argent.
b)
Monsieur CLAUDE UBINDI et LUCIEN OMEYANGA, congolais et commerçants
de leur état, qui ont voyagé à bord de l’avion, ont dénoncé la
contrebande au Service de Sécurité et Renseignements de l’aéroport.
C’est ainsi que Monsieur FREDDY, Chef de Poste à Bangboka, a saisi
un sac qu’il a vite ramené au Centre ville à la Direction du
D.S.R. (Département de Sécurité et Renseignements). Alertés, les
militaires ougandais ont mis sens dessus dessous le D.S.R. à l’aéroport
et ont tabassé et dévêtu Madame NICOLE NDOLO, adjointe au chef de
Poste. Notons que Madame NICOLE attend famille.
c)
A la recherche de FREDDY
ou plutôt du sac d’argent, les militaires ougandais ont embarqué
NICOLE pour leur service de guide et de gage. N’ayant pas trouvé
FREDDY chez lui, ils sont passés à la résidence du Directeur
Principal du D.S.R. où ils ont laissé cet ultimatum:”ou l’argent
dans 24 h ou le pire”. Immédiatement après leur départ, des
militaires rwandais surarmés sur les lieux, certainement commis pour
la protection des agents du D.S.R. ainsi que de la preuve de la
contrebande.
d)
Jusqu’ à ce jour, Madame NICOLE NDOLO, Messieurs CLAUDE
UBINDI et LUCIEN OMEYANGA sont détenus par les militaires ougandais.
Une rumeur persistante fait état des traitements inhumains et dégradants
dont ils sont victimes. Monsieur CLAUDE qui est diabétique ne reçoit
pas les soins. Quant a Monsieur FREDDY, il est porté disparu.
e)
Devant la gravité de la situation qui risque de dégénérer
en conflit armé entre l’armée ougandaise et l’armé rwandaise,
celle-ci ayant la ville de Kisangani sous son influence, le Comité
Provincial de Sécurité s’est réuni le soir même du samedi.
La suite des événements
a)
Le Gouverneur, a.i., a écrit d’abord au Commandement
militaire ougandais et ensuite à la Commission mixte (rwando-ougandaise)
de pacification pour demander la libération des détenus. La requête
est restée sans suite jusqu’à ce jour.
b)
Une somme de 223.330 FC, équivalant à 15.952 $ US,
représentant le montant saisi a été déposé à la Banque Centrale.
c)
Une rumeur circule dans la ville de Kisangani selon laquelle
les trois détenus seraient transférés à Kampala.
III.
ANALYSE
A
la lumière de ce qui précède, les intérêts du peuple congolais
sont loin de constituer le vrai mobile de la Guerre en RDC.
En
effet, si les rebelles congolais ont prétendu combattre la dictature
naissante de Kinshasa, leur gestion dans les territoires qu’ils
occupent s’est éloigné de l’idéal démocratique. Quant à eux,
les parrains rwandais et ougandais dont les revendications sécuritaires
aux frontières sont à la base de leur présence au Congo, passent le
clair de leur temps, par personnes interposées ou des sociétés écrans,
à spolier systématiquement les richesses du pays. Tels sont les cas
du morcellement de la province Orientale, des comptoirs de diamant et
d’autres sociétés qui ne paient pas de taxes à l’État et enfin
de cette contrebande denoncée par tous.
Celle-ci doit permettre d’acheter, sans coup férir, le
diamant congolais dont Kampala est devenu un centre d’exportation.
Dans l’entre temps, tous les indicateurs économiques sont au rouge
à Kisangani. A l’absence des statistiques officielles, la simple
observation du niveau de prix sur le marché et du pouvoir d’achat
de la majorité de la population est révélatrice de la dégradation
des conditions de vie:
·
La parité de dollar
américain, monnaie de référence, par rapport au franc congolais est
à ce jour de 14 FC contre 1,38 FC à l’entrée de la rebellion à
Kisangani, il y a dix sept mois;
·
Les employés de l’État,
majorité de la population active, totalisent plus de trente mois
d’arriérés de salaire.
D’autre
part, l’avion Illoyichine, affrêté au moins une fois par semaine
par l’armée ougandaise
convoie des emballages semblables à ceux de l’argent saisi le 25 décembre
99. La simple moyenne nous produit près de 2 million et demi de
dollars par mois (600.000 $ x 4 semaines) déversés à Kisangani en
Franc Congolais. Comment cet argent sort-il de Kinshasa pour atteindre
le territoire controlé par les ennemis de Kinshasa? Y-a-t-il
complicité? Si oui, alors c’est grave, si non, c’est encore plus
grave car il s’agirait peut être de la contrefaçon. Dans les deux
cas, il faut remonter et decrypter le réseau, et ainsi dédommanger
la population congolaise, la première victime de cette guèrre.
IV.
RECOMMENDATIONS
A
la lumière de ce qui précède, le Groupe
Justice et Libération formule les recommandations suivantes:
1.
Au commandement Militaire ougandais
·
De libérer sans
condition les trois détenus congolais et les dédommager pour tous
les sévices subis;
·
De démanteler le réseau
et de mettre les contrebandiers à la disposition de la justice
congolaise
2.
Aux rebelles congolais:
·
De privilégier les
intérêts nationaux avant les leurs;
·
De s’impliquer résolument
dans l’ Accord de Lusaka pour mettre fin à la guèrre qui ne
profite pas au peuple mais plutôt aux étrangers;
·
De poursuivre en
justice les contrebandiers.
Fait
à Kisangani, le 29/12/1999
François
ZOKA
Président
Justin
PABU
Vice -Président
Jean
Pierre BADIDIKE
Conseiller
Pierre KIBAKA
Secrétaire
Transmis par Clément
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