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Analyse personnelle des effets de la guerre du RCD au Sud-Kivu

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Idesbald Byabuze Katabaruka

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Bukavu, le 28 février 2000

Idesbald Byabuze Katabaruka
Chef de Travaux
Faculté de Droit
Université Catholique de Bukavu
B.P. 285 BUKAVU (R. Dém. Congo)

A Monsieur Jean-Pierre ONDEKANE
Premier Vice-Président et Commandant en Chef des troupes du Rassemblement Congolais pour la Démocratie

C/o Monsieur le Gouverneur de la Province du Sud-Kivu, à BUKAVU

Objet : Cette guerre ;
Analyse personnelle des effets de la guerre du RCD au Sud-Kivu

Monsieur le Président,

J'ai l'honneur de m'adresser à votre autorité au sujet de la guerre, actuelle, plus concrètement, en termes d'analyse personnelle des effets de celle-ci au Sud-Kivu et dans la Ville de Bukavu en particulier.

Une brève présentation de votre correspondant s'avère selon moi nécessaire afin que vous compreniez mes états d'âme depuis le 02.08.1998 jusqu'au moment où je me décide d'écrire ces lignes.

Je suis âgé de 38 ans (au 18 mars prochain) et j'appartiens logiquement à cette génération de Congolais nés après l'indépendance, des crève-la-faim, des laissés pour compte, des sans-voix et qui semblent être venus au monde pour souffrir : comme tous mes semblables nés après 1960, je n’aurai connu dans ma tendre jeunesse que la faim, la misère, l'instruction au prix du sacrifice inqualifiable de mes parents, les grèves d'enseignants et les
années blanches, le logement digne de cochons, la santé précaire, les pieds nus, autrement dit la misère sous toutes ses formes. J'ai eu pour toutes ressources en bas-âge l'invitation à l'espérance chaque jour répétée de mes parents, le volontariat dépassant mon faible âge, une maturation précoce et la foi profonde en mon Dieu.

Devenu majeur et déjà dans la vie active, tout espoir m'est interdit : travailleur non salarié, individu adulte sans domicile fixe, affamé de longue date et retardé sur le plan alimentaire, réfugié dans ma propre ville ou dans mon propre pays du fait des guerres à répétition, dégoûté de la vie, interdit par nos régimes politiques de tout droit à l'expression ou à toute
autre forme de liberté.

Bref, s'il m'est permis d'admettre que l'espérance de vie de l'Africain noir se situe autour de 40 ans, je conclus que je suis au soir de ma vie, attendant impuissant ma mort et pendant le peu de temps qui me reste à vivre, j'aime mieux dresser le bilan macabre de ma courte mais très longue vie ô ! combien pénible : tristesse, misère, amertume, humiliations,
intrigues, injustices, brimades, abnégations, sacrifices, exploitation, découragement, espoirs sans cesse déçus, frustrations, déceptions permanentes, bref, ma vie se résume dans cette formule : "une vie approximative". Tout mon être pointe d'un index accusateur le politique de mon pays, c'est-à-dire, du MPR zaïrois au RCD congolais et surtout ce dernier quand je me souviens que ce Mouvement est venu tuer la lueur d'espoir née après la chute du Régime mobutien et qu'aujourd'hui je dois m'empêcher de rêver de la belle vie.

Monsieur le Président, je vous prends au mot étant entendu que vous vous dites démocrate dans tous vos discours et d'ailleurs, l'appellation même de votre Mouvement me rappelle que vous êtes démocrate. La Démocratie est certes le gouvernement du peuple, par et pour le peuple mais aussi la meilleure forme de fonctionnement des sociétés à cause de la liberté particulièrement celle d'expression qu'elle consacre.

J'ose croire ainsi que m'adressant à un démocrate quoique armé, je ne risque rien pour ma vie présente ou future mais qu'au contraire, le démocrate que vous êtes appréciera avec des sentiments nationalistes mon discours qui n’est pas le mien propre mais le cri de coeur de tous les Congolais de Bukavu, du Sud-Kivu et du Congo tout entier.

Si par contre je doive souffrir ou mourir pour ces écrits, «Inch Allah», ce ne sera là que la concrétisation du sort malheureux auquel la Nature m'aura condamné comme du reste tous ces sous- hommes du peuple congolais dont je suis.

Monsieur le Président, voici une année et demi exactement que tout démocrate que vous dites être avez pris les armes pour revendiquer selon vos propres termes le droit à la dignité d'homme confisqué respectivement en 1965 et 1997 avec toutes les conséquences que nous connaissons.

A l'instar du Président de la République, Mzee L.D. KABILA que vous combattez aujourd’hui, votre objectif est noble tant il est vrai que notre peuple ne mérite pas de détenir depuis son indépendance les records mondiaux de toutes les bassesses (corruption, niveau de vie bas des populations, misère, peur, maladies, ...) alors que ce pays est le scandale végéto-géologique par excellence, à croire même que le Paradis terrestre a existé ici.

J'enseigne à mes étudiants que pour atteindre l'objectif qu'on s'assigne, il faut le matériel nécessaire, un plan de travail à exécuter méticuleusement par étapes et plus importante encore est l'évaluation en cours d'exécution de l'accomplissement des différentes étapes. Ce schéma s'applique obligatoirement pour chaque oeuvre humaine, même pour la guerre. Ne dit-on pas : «Qui veut aller loin ménage sa monture».

S'agissant de la guerre du R.C.D., l’objectif déclaré dès le 02 août 1998 semblait beau. Mais l'évolution vers celui-ci est actuellement saisissante, déroutante sinon paradoxale. C'est ici qu'apparaît ma petite analyse à travers des questions et des réflexions :
1. La dignité du Congolais comme objectif de la guerre du R.C.D. était-elle véritablement un souci des dirigeants du Mouvement ?
2. Le R.C.D. avait-il dès le début un projet de société ?
3. Quelle évaluation le R.C.D. peut-il faire aujourd'hui de l'évolution de sa guerre ?
4. Quelle place le R.C.D. a-t-il réservée au Congolais, c’est-à-dire au peuple dans sa guerre ?
5. Les dirigeants du R.C.D. ont-ils la conscience nationaliste ?
6. Le R.C.D. a-t-il pensé un jour diriger le peuple ou le faire avec celui-ci ?
7. Le R.C.D. est-il vraiment un Mouvement des démocrates ?
8. Quels sont les vrais enjeux de la guerre du R.C.D. ?
9. Le R.C.D. a-t-il conscience de son avenir politique ?
10. Le R.C.D. a-t-il l'avantage du soutien populaire ?

Cette dizaine de questions me taraude le coeur, me donne des insomnies depuis plus d'une année et faute de réponses, je me contente de mes modestes réflexions.

D'ailleurs, m’a-t-on permis un seul jour de réfléchir dans mon pays, moi qui me rappelle la mort dans l'âme avoir été persécuté en tant que magistrat pour avoir refusé de me faire corrompre et de protéger des étrangers fossoyeurs de notre économie et violeurs de nos belles filles ?
Qu'à cela ne tienne, la vérité est têtue, aussi vais-je poursuivre notre long entretien.

Voici à présent mes pauvres réflexions que je dois vous livrer.

1. Les tracts, déclarations et tous autres documents jugés séditieux par le R.C.D.

Je me réjouis que vous ayiez à ce jour fait preuve de sagesse en observant presque sans grande réaction ces différents modes d'expression. Toutefois, si un tract est un document anonyme, il demeure le moyen de communication des pensées longtemps refoulées dans un système qui muselle les bouches, les consciences et la presse, c'est-à-dire, là où la libre expression n'existe pas. Etant un reflet de la réalité du moment, ce document quelque peu banal ou véhément selon le cas ne manque pas de produire d'effets. Voilà qui a fait réussir les journées ville-morte à Kinshasa entre 1992 et 1996 ou aujourd'hui à Bukavu.

La réaction positive de la population au message d'un tract est la preuve que le peuple est prêt à suivre même un donneur d'ordre inconnu. C'est encore le signe qu'il manque à cette population de vrais meneurs d'hommes à travers lesquels elle a besoin de s’exprimer.

A mon humble avis, le R.C.D. n'a pas su permettre aux Congolais sous son contrôle de délier leurs langues longtemps avalées depuis 1965, d'où la situation actuelle. Ne dit-on pas que la parole libère ?

Les déclarations et autres documents signés et donc engageant leurs auteurs sont plus que les tracts l'expression d'aspirations et de convictions non négligeables des populations. Ils sont à prendre au sérieux car comme on le dit si bien "ce dont la bouche est pleine, le coeur en déborde."
C'est véritablement l'étape de non-peur surtout de la part d'une population ou d'individus qui n'ont peur de rien perdre pour n'avoir rien gagné.

Or, il me revient à l'analyse silencieuse de ces différents messages que Paix et Pain sont plus que jamais les préoccupations de nos populations.

Monsieur le Président, au lieu d'écouter les profondeurs des coeurs de ces hommes, vous leur avez tenu plus d'une fois des propos menaçants du genre «La guerre n'emportera pas que nos militaires mais plus massivement la population." Sont-ce là des paroles dignes d'un dirigeant ou d'un démocrate? Ou encore, cette population vous sert-elle de bouclier face à une éventuelle riposte de Kinshasa ?

La population du Sud-Kivu est dynamique, entreprenante pour son pain quotidien et reste selon moi accrochée aux idéaux de paix. Pensez-y.

2. Les conflits ethniques

Le contenu de ce titre est un recueil de commentaires enregistrés depuis des mois à travers différentes couches de la population. Nous en rendons compte en évitant toute déformation.

A ce sujet, le cas des "Banyamulenge" suscite étonnement. En effet, la plus grande nouveauté de ces deux dernières guerres est celle des conflits ethniques, non pas que les nombreuses ethnies du Sud-Kivu se combattent mais qu’une seule, celle des Banyamulenge se sente menacée.

En grandissant, j'ai étudié avec des élèves et étudiants originaires de Bwegera et jamais je n'avais connu la dénomination "Banyamulenge". Les habitants des Haut-Plateaux labouraient paisiblement la terre et grâce à leur savoir-faire en matière d'élevage, la Plaine de la Ruzizi a été longtemps un des principaux pourvoyeurs de Bukavu en nourritures diverses.

Soudain avec la guerre de l’AFDL, cette partie de notre Province a été désertée de sa population active désormais militarisée et conquérante.
Et la question que se pose plus d'un : quelle est la prétention de nos frères Banyamulenge ?

Je ne me rappelle pas personnellement m'être senti différent de ces compatriotes et jusqu'au moment où je vous écris. Nos frères Banyamulenge ont plutôt tenu à se comporter comme une minorité écrasant la majorité des autres tribus : occupation de presque tous les postes de responsabilité, intimidations facilitées par le port d'armes à feu, bastonnade des hommes et même des femmes, occupation des propriétés d'autres Congolais sans titre ni droit.

Il n'était dès lors normal que les autres tribus du Sud-Kivu voient ce phénomène d'un mauvais oeil car pouvons-nous être tous Congolais et accepter qu'une frange de la population congolaise se comporte comme en territoire conquis ?

Une autre illustration frappante est le goût prononcé du luxe pour nos frères qui ne peuvent vivre en cité mais plutôt dans les quartiers chics de la Ville et entre eux-mêmes. Et pourtant nos amis Ruandais avaient toujours vécu dans nos milieux et s'étaient investis dans toutes les activités de nos populations avant leur retour au Rwanda, une vraie intégration quoi. Qui habitant de Bukavu oubliera les NSENGIYUMVA, GAKUBA, MAKABUZA, KARITANYI, KAYIJUKA, KASONGO, GAKWAYA, HAGUMA et d'autres rentrés dans leur Rwanda natal après avoir construit de belles maisons et contribué efficacement au développement économique de notre Province.

Nos frères Banyamulenge pour leur part refusent de se confondre avec le reste de la population et veulent ainsi de manière délibérée donner au monde l'image d'une minorité écartée. Ne sont-ils pas la nouvelle bourgeoisie de notre Ville de Bukavu ? Je pense qu'un langage clair nous aiderait à poursuivre la vie comme avant avec nos chers frères. D'ailleurs, que reprochent-ils aux autres lorsqu'ils ont voulu eux-mêmes se comporter en
envahisseurs dans leur propre pays créant ainsi en nous tous le doute et la méfiance vis-à-vis des autres hommes d'expression Kinyarwanda.

Monsieur le Président, quel est le vrai problème des Banyamulenge ? Selon moi, il est souhaitable que ces compatriotes que personne ne conteste se replacent dans leur peau de Congolais et qu'ils vivent comme nous autres, qui à la campagne, qui en ville parce qu'obligé d'y vivre pour son emploi.
Nous savons tous que l'exclusion ne paie pas.

3. La gué-guerre du R. C.D. avec les Eglises

Monsieur le Président, je me permets de parler des Eglises et non seulement de l'Eglise catholique en référence au document des Banyamulenge accusant les Evêques catholiques KATALIKO et protestant KUYE et d'autres encore de préparer leur massacre.
Cette technique qui consiste à charger de tous les maux les serviteurs de Jéhovah est très ancienne. En effet, 1'Empereur Néron ne fit-il pas porter la responsabilité de l'incendie de Rome aux chrétiens pour cacher ses machinations politiques et son tempérament sanguinaire ?

Monsieur le Président, vous êtes croyant en Dieu et comme moi vous vous en vantez. Avez-vous entendu une seule fois un sermon de violence ou de haine tenu par un pasteur fut-il catholique, protestant, témoin de Jéhovah, orthodoxe, kimbanguiste ou musulman ?

Toutes ces confessions religieuses ne prêchent qu'amour, tolérance, charité, unité, paix et pardon. Pourquoi vous sentez-vous obligé de vous acharner sur des hommes de Dieu particulièrement sur l'Archevêque de Bukavu ? Cela fait deux semaines et demi que vous refusez le retour de cet homme. Je pèse pour ma part les conséquences de cette crise :

Sur le plan spirituel, ne craignez-vous pas la naissance d'une espèce d'intégrisme religieux de la part des fidèles catholiques ou des autres ?
Ne pensez-vous pas que lorsque le berger est frappé, les brebis peuvent s'égarer, commettre des dégâts sur les plantes d'autres, tomber dans un trou ou encore être dévorées par des loups ?

Par ailleurs, ne redoutez-vous pas la conjuration du mauvais sort sur votre personne et sur votre Mouvement de la part de ces milliers de fidèles pour lesquels la célébration de l'Eucharistie chaque jour reste la grande possibilité de se rapprocher du Créateur et de se consoler des malheurs de ce pays ?

Je pense que c'est là un feu allumé qu'il est pourtant facile d'éteindre. Mgr MUNZIHIRWA, Mgr KATALIKO ou un autre = même homme = même combat (celui
de la Vérité évangélique).

Qu'il vous plaise de prendre en bon père de famille vos responsabilités et mieux que Ponce Pilate, dites : «Cet homme n'a rien fait» sans le livrer hypocritement à ses bourreaux.

Monsieur le Président, on n’engage pas la guerre avec les hommes de Dieu qui sont sacrés et consacrés pasteurs par le Seigneur. Ceux-ci font tellement bien leur travail qu'ils nous énervent des fois avec leurs sermons du genre "Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent".

Or, aujourd'hui le R.C.D. nous persécute par la faim... et d'après les recommandations du Seigneur et de ses hommes, nous prions pour vous personnellement et le R.C.D. tout entier pour que revienne la paix au Congo.
Sont-ce alors ces prières qui vous choquent parce que vous ne seriez pas pour la paix ? Je ne le crois pas.

Monsieur le Président, n'attendez pas que tous les croyants se mêlent de cette affaire encore si simple surtout que depuis très longtemps devant la démission ou la faillite de l'Etat zaïrois-congolais, seules les Eglises et les ONG locales ou internationales font encore vivre ce pays. N'est-ce pas grâce la mendicité internationale des Eglises et ONG qu'existent encore de belles écoles, de rares hôpitaux fiables, des emplois salariés et des
centres d'activités dans nos villes et villages ?

Ne fabriquez pas de martyrs parce que l'Histoire nous a laissé l'adage "sanguis martyrum semen Christianorum", autrement dit "le sang versé des martyrs est une semence des chrétiens".

Monsieur le Président, veuillez, je vous prie laisser tomber cet incident malheureux et nous ne pourrons qu'applaudir une décision digne d'un homme d'Etat pour lequel ne compte que l'intérêt supérieur de la Nation. Tous ces désoeuvrés aujourd'hui et ces élèves inoccupés ne constituent-ils pas chacun un nouvel ennemi du R.C.D. ? Pensez-y.

4. La fin de la guerre actuelle

Quand je lis le récent document de mes frères Banyamulenge, je sens une autre guerre plus meurtrière naître de la vôtre. En effet, ils soutiennent ne pas être d'accord avec les méthodes de gestion du R.C.D. où nombreux des leurs sont membres fondateurs. A cela s'ajoutent des indices non trompeurs observés depuis peu : l'énervement de la population, un début d'extrémisme sans parler du spectre d'un soulèvement populaire à cause du conflit avec les Eglises précité.

Monsieur le Président, toutes les revendications de la population vont dans le sens de la paix possible par le retrait des corps expéditionnaires ruandais, ougandais ou burundais, vos alliés.

Monsieur le Président, vous avez compliqué les choses en voulant faire valoir vos prétentions par les armes et pire, en recourant aux armées des pays frères pour ce faire.

Le peuple congolais en général et Sud-Kivutien en particulier est hospitalier et pacifique. N'est-ce pas qu'en dépit de votre guerre, nous cohabitons avec nos amis ruandais, burundais et ougandais ? Nos enfants étudient avec les leurs ; nous travaillons avec eux et jamais vous avez appris qu'ils ont été molestés après 1996.

D'ailleurs je regrette le cas de 1996 qui n'était que manipulation de la population. Nous nous devons des excuses sincères pour cette période de folie collective. Blancs, Jaunes, Rouges, Noirs Hutu ou Tutsi et tout citoyen du monde sont nos frères et amis.

La population du Sud-Kivu vous demande simplement d’arrêter la guerre qui dure, endeuille chaque jour, affame, anéantit l'économie, abrutit, fatigue et détruit.

Peut-être que vous mangez encore a votre faim et vous roulez encore carrosse parce que vous gérez la guerre et nous autres ? La vie ne vaut plus la peine d'être vécue et chacun évitant de commettre le péché du suicide souhaite ardemment que quelqu'un d'autre vienne mettre fin à sa vie.

Monsieur le Président, nous n’avons rien contre vos alliés qui vous aident. Nous souhaitons qu'ils retournent chez eux car sans eux vous ne pouvez que discuter entre Congolais de vos problèmes.

Pensez-vous Monsieur le Président, à la fragilisation de la CEPGL que vous favorisez en impliquant les voisins dans vos conflits congolais ?

N'oubliez surtout pas que le Seigneur nous a donné pour voisins et frères tant que la terre existera l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi pour ne citer que ces trois concernés par la guerre à l'Est du Congo démocratique. Le malheur du peuple congolais doit être considéré au plus haut point comme celui de ces pays car aucun d'eux ne saurait exister sans les autres.

Il est donc encore temps pour effacer de la mémoire collective des habitants du Congo et des Grands-Lacs les déchirures de nombreuses guerres de la Sous-région.

Monsieur le Président, à moins de souhaiter faire un nouvel Angola au Congo, je pense qu'une année et demi de guerre est épuisante et faute de résultat, la sagesse vous commanderait de taire les armes et de rechercher la paix. Le peuple congolais peut encore tout pardonner à Laurent-Désiré KABILA comme à vous-même et peut-être que ce recul malheureux nous aidera à sauter vers le développement.

Monsieur le Président, je m’en vais terminer cette très longue lettre qui aura eu l’effet de soulager mon coeur en vous exprimant un voeu : qu'il vous plaise d’arrêter la guerre, ce qui est en votre pouvoir. Je refuse de mourir de la main de l'homme en pareilles circonstances. Dans le cas contraire, je serai tenté de croire comme d'autres souffranciers de ce pays que "le pays a été vendu" auquel cas vous seuls qui vous faites la guerre en savez quelque chose.

Mais comme ce pays est l'héritage de nos ancêtres et nous appartient tous, je souhaite qu'on me remette ma part d'argent de cette vente unique en son genre, honteuse et inique pour que j'aille végéter ou vivre enfin là où la Terre sera plus douce et gentille pour moi.

Monsieur le Président, excusez-moi d'avoir dérangé vos occupations par ces écrits mais comme je l'ai dit d'entrée de jeu, il s'agit d'un cri de mon coeur et de tout autre Congolais tout comme vous n’êtes pas l'unique destinataire de la présente qui doit interpeller tous les grands de mon pays.

Le style de cette lettre ne plaît peut être pas mais "comprenez mon émotion" comme l'avait dit notre défunt Maréchal.

J'espère enfin que je ne risque rien pour ma misérable vie, il ne s'agit ici que d'une réflexion d’un intellectuel chrétien très anonyme, insignifiant, effacé, faible, une voix des pauvres mais un nationaliste convaincu que tous les fils de ce pays ne ménageront aucun effort pour sa pacification et sa reconstruction.

Tout en vous remerciant de la réaction à la présente et communiant avec vous dans la prière, seule arme des Congolais, je vous prie de croire, Monsieur le Président à mes sentiments patriotiques.

Idesbald BYABUZE Katabaruka
Chef de Travaux à l’UCB


c.i. : - Président du R.C.D., à GOMA
- Délégué du H.C.R./BUKAVU
- Gouverneur de Province du Sud-Kivu
- Directeur de Province du Sud-Kivu
- Président de la Barza du Sud-Kivu
- Président Provincial du R.C.D.
- Premier Président de la Cour d'Appel
- Procureur Général
- Administrateur de l’A.N.R.
- Maire de la Ville de Bukavu
- Archevêque de Bukavu
- Vicaire Général
- Représentant de l'E.C.C.
- Représentant de 1'Eglise Kimbanguiste
- Représentant de la Communauté Musulmane du Sud-Kivu
- Comité de Direction de l’U.C.B.
- Société civile
- Fédération des Entreprises du Congo/Bukavu
- Association des Parents d'Elèves du Sud-Kivu
- Docteur RUNYAMBO, pour la Communauté Banyamulenge
- COJESKI
- Collège Provincial des Etudiants
- Coordination Décanale de la Jeunesse Catholique de Bukavu
- Et à tous les hommes épris de bonne volonté.

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