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Monsieur le président,
Vous
êtes incontestablement le politicien le plus populaire issu de la
jeune génération née après l’indépendance du pays. Vous
cristallisez sans doute l’espoir de toute cette jeunesse déboussolée
par l’amateurisme et l’aventurisme de nos aînés. Vous vous êtes
surtout illustré par votre pugnacité, votre témérité, votre franc
parler dans la dénonciation de la dictature. Vous vous êtes aussi révélé
comme un véritable tribun capable de galvaniser les foules. Ces
qualités, certes nécessaires pour le contexte politique actuel, ne
suffisent pas encore pour vous hisser au rang d’un vrai leader
politique. Pour accéder à ce statut, d’autres qualités sont
requises : la maturité politique, la rigueur dans
l’argumentation, la dépersonnalisation du débat politique,
l’objectivité dans l’analyse des faits, la culture politique et
scientifique, la maîtrise de soi, la maîtrise des problèmes de la
société, etc. Hélas ! toutes ces qualités ne me semblent pas
transparaître dans votre conférence de presse. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de réagir à
certaines idées ou affirmations que vous avez défendues dans cette
conférence. Je m’excuse d’avance pour tous les écrits
outrageants ou diffamatoires qui échapperaient à ma vigilance.
Dans
votre conférence, vous avez abordé deux principaux thèmes : la
gouvernance du Mzee Kabila d’une part et les accords de Lusaka et
ses corollaires, d’autre part.
I. LA GOUVERNANCE DU MZEE KABILA.
Sur
ce chapitre, vous n’avez apporté aucun nouvel élément qui aurait éveillé l’attention de votre
auditoire. C’est la même rengaine qu’on ressasse à
longueur des journées sur les nets, dans les quotidiens de presse et
d’autres médias. Vos griefs sur la gouvernance du Mzee Kabila ont
porté sur les sujets déjà bien documentés suivants :
1.
Les violations de droits de la personne. J’étais surpris de
votre silence sur les violations perpétrées quotidiennement dans les
territoires occupés par les rebelles et leurs alliés.
2.
Le caractère dictatorial du régime du Mzee. Ceci n’est plus
à démontrer.
3.
Le népotisme. Cependant, votre argumentation a été très peu
convaincante. Vous vous êtes borné à citer quelques noms de
katangais qui occupent de postes de responsabilité. Pour étayer
votre accusation,
en tant qu’un leader politique, vous devriez démontrer que
-
Sur le plan quantitatif, la proportion des katangais qui
occupent les hautes fonctions est plus élevée que celle des non
katangais réunis ;
- Sur le plan qualitatif, les
katangais qui occupent ces postes ne sont pas à la hauteur de leurs tâches.
Ils seraient moins bons que les non katangais.
4.
La mainmise des alliés de deux camps sur la politique et l’économie
de notre pays.
5.
Le risque de la propagation du sida que font peser les soldats
étrangers sur nos populations. Mais, il s’agit ici plus d’une
hypothèse que d’un fait avéré. Personne ne dispose des données
fiables qui permettent d’évaluer correctement la proportion des
soldats étrangers malades du sida ou séropositifs.
Un politicien avisé s’abstiendrait de balancer à son
auditoire des affirmations non scientifiquement prouvées. C’est un
manque patent de rigueur.
II. ACCORDS DE LUSAKA ET SES COROLLAIRES.
Sur
ce chapitre, vous avez lancé un scoop qui aurait certainement éveillé l’attention de
votre auditoire. Mais malheureusement, ce chapitre est émaillé par des
nombreuses contradictions qui
jettent un doute très sérieux sur votre statut de leader
politique et qui réduisent en néant l’intérêt médiatique
qu’aurait suscité cette nouvelle. En voici quelques unes.
Première contradiction :
-
Vous proclamez votre attachement inconditionnel aux
accords de Lusaka en ces termes : < Nous
tenons à clarifier davantage notre position à ce sujet et à
manifester tout appui effectif à cet accord >. Vous vous
opposez ainsi à toute modification de cet accord en ces termes < Pour ce faire, nous ne tolérerons jamais que les termes de cet accord
soient modifiés d’un seul iota, n’en déplaise aux chahuteurs qui
militent pour sa révision ou son amendement >.
- Voici votre propre
contradiction : Dans la foulée, vous annoncez comme scoop :
< Nous demandons à toutes
les troupes étrangères sans exception aucune, entre autres les
troupes du Zimbabwe, du Rwanda, à quitter la RDC d’ici le 1er
avril 2000 >. Cet ultimatum est tout à fait contraire aux
accords de Lusaka qui n’ont fixé aucune
date butoir aux troupes étrangères de quitter notre
territoire. Les accords prévoient le départ de ces troupes après le
dialogue intercongolais. Ce départ doit être ordonné et sous aucun
ultimatum de la part des congolais. Donc, en lançant votre ultimatum,
vous êtes en train de modifier ces accords. D’autre part, les
accords de Lusaka ne prévoient aucun mouvement de révolte contre les
troupes étrangères. Pourquoi alors les menacer par l’opération
ville morte pour les forcer de déguerpir au lieu
d’attendre l’application intégrale des accords de Lusaka comme
vous le préconisez ?
Deuxième contradiction.
- La devise de votre parti est :
< tout pour le peuple et rien
que pour le peuple >. Pour votre parti, c’est l’intérêt
du peuple qui prime avant tout.
- Voici votre propre
contradiction. En proclamant votre attachement inconditionnel aux
accords de Lusaka et en vous opposant à toute modification, vous vous
opposez tout simplement aux intérêts du peuple congolais. Car, comme
chacun le sait, les accords de Lusaka, élaborés sous l’instigation
des américains, sont entièrement à l’avantage des pays
agresseurs. Ils ne tiennent pas compte des intérêts du peuple
congolais. Pour preuve : les accords de Lusaka ne prévoient
aucune sanction à l’endroit de ces pays agresseurs ni aucun dédommagement
pour le peuple congolais victime de cette occupation.
Pour la petite histoire, en 1940, après la défaite de la
France, le général Pétain avait signé la capitulation des forces
françaises et leur enjoignit de déposer les armes. Mais, pour
l’intérêt suprême de la nation française, le général de Gaulle
à désobéir aux ordres de son supérieur malgré son serment
militaire, en proclamant à partir de Londres la poursuite de la
guerre. L’Histoire nous apprend que de Gaulle a fini par libérer la
France avec l’aide des alliés.
Troisième contradiction.
-
Vous étiez le premier politicien congolais à monter au
créneau pour dénoncer courageusement l’impérialisme
rwando-ougandais au lendemain de la prise du pouvoir de l’AFDL. Vous
n’avez pas hésité à les
traiter d’étrangers. Cette prise de position courageuse
vous a valu la prison.
-
Voici votre propre contradiction. Dans votre
conférence de presse, vous traitez aujourd’hui les mêmes rwandais
et ougandais des frères et
amis. Voici le passage : < Nous
ne pouvons terminer ce point sans rendre un hommage digne de grand mérite
aux pays frères et amis du Congo, signataires
de cet accord ainsi
qu’aux amis traditionnels qui ne cessent de se déployer matériellement
et financièrement à la faveur de la paix. Nous pensons particulièrement
aux USA, à la France, à la Belgique, à la Grande Bretagne, à l’Allemagne,
à l’Italie, au Canada et autres pays de l’Union Européenne, et
autres pays du continent Africain en l’occurrence l’Afrique
du sud, la Zambie, le Gabon, le Congo Brazzaville, le Nigeria, l’Egypte, l’Algérie,
le RCA, la Lybie…>.
Quatrième contradiction.
-
Au paragraphe 10 du point II.1, vous demandez au peuple
congolais de ne pas diaboliser
ces pays amis. Dans votre conférence de presse, vous avez en
effet dit ceci : < Nous
devons éviter de diaboliser ces pays amis,
car nul n’ignore que l’apport des autres est indispensable à
l’heure de la mondialisation. Le Congo a toujours été l’ami du
monde et le monde l’ami du Congo pour le raffermissement des échanges
politiques, économiques et culturels. En conséquence, aimer son pays
ne signifie nullement pas rejeter le monde, et aimer le monde ne veut
pas dire renoncer à l’aimer pour son pays>.
-
Voici votre propre contradiction.
Au paragraphe 3 du point II.1, vous êtes le premier à les diaboliser :
< A ce sujet, le peuple
congolais a déjà compris que la
RDC n’a pas de vraie amis impliqués dans cette guerre mais plutôt
d’exploiteurs de nos richesses >. Vous enchérissez
au paragraphe 4 : < Les intérêts nationaux
sont en danger par cette présence
étrangère >.
Je m’arrête à ce niveau pour
aujourd’hui et à la prochaine.
N.B. C’est moi qui ai souligné
le texte.
Dr
Assani A.A.
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