LA SOCIETE CIVILE, LES
ACCORDS DE LUSAKA ET LE DIALOGUE INTERCONGOLAIS
Conférence
tenue à Montréal
Orateur
: Jean-Pierre
Badidike (du Groupe
Justice et Libération)
Organisateur :
Table de Concertation sur les droits humains au Congo
Jour
: Vendredi
29 octobre 99
Heure
: 19 h 30 - 22 h 00
Lieu
: Centre Afrika
Chers
amis,
Je
vous salue et vous remercie de votre présence massive à cette
rencontre que je souhaite fraternelle et constructive. En effet votre
présence témoigne au plus haut point de l’intérêt que vous
portez à la situation de crise qui se passe au Congo ainsi que de
votre volonté d’en voir l’issue pour le bien des populations qui
y vivent.
Je
n’aurai pas de recettes magiques à vous donner, et par conséquent
mon point de vue n'est pas exclusif ; ce n'est qu’un point de
vue parmi tant d’autres et qui reste ouvert à d’autres apports,
notamment des pistes concrètes susceptibles de nous sortir du
bourbier sans compromettre les intérêts des populations congolaises.
Je
vous parlerai de la société civile et des Accords de Lusaka. Mais je
partirai de l’appréciation rapide de derniers affrontements entre
les armées du Rwanda et de l’Ouganda à Kisangani au mois d’août
dernier.
I .
Enjeux obscurs de la Guerre du Congo
La
guerre qui sévit en RDC entre d’une part les alliés d’une
multi-rébellion et d’autre part le Gouvernement de Kinshasa
soutenus par l’Angola, le Zimbabwe et la Namibie est beaucoup plus
complexe que l’on ne croit.
Le
grand élément révélateur de cette complexité est l’affrontement
direct entre deux pays allies a savoir le Rwanda et l’Ouganda en
plein territoire de leur ennemi. Cela s’est passé a Kisangani du 14
au 17 août 99. Ce fait que beaucoup semblent aujourd’hui oublier
montre a suffisance que le vrai mobile de la guerre est loin d’être
la promotion du processus démocratique en RDC ; cela semble être
un problème d’intérêts géopolitiques et économiques, toutefois
difficiles a cerner avec exactitude. A la lumière de ce qui s’est
passé à Kisangani, tout peut basculer en vertu des intérêts
directs ou indirects des belligérants et surtout de lobby qui
soutiendraient la guerre. Ces intérêts entrent parfois en collusion
car tous les pays impliques dans la crise de la RDC n’en ont pas nécessairement
la même vision. Plus la situation traîne, plus elle profite a ceux
qui veulent la guerre. Les conséquences en sont déjà : une multi-partition
du pays, un morcellement en jachère, l’exploitation désordonnée
des richesses, le retour du mobutisme, la propagation de la
culture de la violence, la légitimation du recours armes pour avoir
voix au chapitre, la clochardisation du peuple congolais, etc. L’on
peut par exemple se demander pourquoi deux pays qui partagent le même
souci sur la nationalité des populations rwandophones du Congo
s’affrontent la où ces populations ne sont pas supposées être.
Les deux pays qui sont préoccupés par la situation a leurs frontières
vont se battre a plus de 1.000 km des frontières concernées. En
plus, Kisangani qui n’a pas été cité comme bastion des interhamwe
offre le cadre d’affrontement aux chercheurs des interhamwe.
Il se pourrait donc que des questions aussi fondamentales que
sensibles comme celles de nationalité, sécurité, etc. voilent
d’autres préoccupations plus stratégiques. Et opposer simplement
par principe une fin de non recevoir a ces requêtes peut parfois
faire le jeu de ceux qui veulent profiter de la situation.
Il
y a donc lieu de faire diligence pour arrêter cette guerre. Pour cela
il faut bien cerner les enjeux, les hiérarchiser, et y trouver des
solutions selon l’ordre d’importance, dont la plus importante et
de sortir le conflit du cadre militaire pour le traiter sur le
plan civil, ou tout au moins la où les civils peuvent interférer,
c’est-à-dire en dehors
du champ de bataille. Un des cadres qui nous est offert actuellement
ce sont les Accords de Lusaka.
II.
Rôle et place de la Société civile dans Les Accords de Lusaka
Dans
le cadre d’une solution négociée à la situation de guerre qui prévaut
dans notre pays depuis le 2 août 98, les pourparlers ont accouché
d’un texte d’accords signé à ce jour par tous les belligérants.
Ce
texte intitulé « Accord pour
un Cessez-le-feu en République démocratique du Congo »
comprend outre le préambule, un corps de principes et trois annexes
(A, B, C) qui en font partie intégrante. L’Annexe « A »
expose les modalités de mise en pratique, l’Annexe « B »
est un calendrier des événements majeurs, l’Annexe « C »
est un lexique des termes utilisés.
Au
travers de la matérialité scripturaire
du geste des belligérants, geste selon lequel ils ont
composé autour d’une table aux fins de résoudre un conflit entre frères, c’est l’aspiration de la grande majorité
de la population, aspiration progressivement exprimée, qu’il
ressort de scruter et de couronner : il s’agit de l'aspiration
à la paix, à la paix durable.
C’est
cette aspiration que, dès le début des affrontements, plusieurs
associations de la société civile, en tant que voix des sans voix,
ont portée et exprimée de vive voix, . En effet, sous l’étendard
d’une grande campagne pour la paix, des acteurs de la société
civile ont sillonné des métropoles africaines, européennes et
nord-américaines, pour parler paix. Gloire à Dieu, le message de
paix résonna abondamment et ses échos retentirent de partout de
sorte que dans la temporalité d’une guerre des plus absurdes
s’est gravé un texte, perfectible, cela s’entend, mais symbole
d’un pas significatif dans la direction de la paix. Là où la guerre veut abonder, la
paix doit surabonder. Il ne serait donc pas exagéré de dire
que l’Accord singé à Lusaka est, dans son origine comme dans sa
finalité, un texte du peuple, d’un peuple épris de paix, d’un
peuple dont les larmes des vieillards, femmes et enfants sont brûlantes
d’une culture de paix héritée des ancêtres, bafouée au fil des
âges et que personne ne leur donnera jamais en cadeau. Il
n’est donc pas exagéré d’affirmer que l’Accord de Lusaka, vœu
du peuple, est l’Accord de la Société civile. C’est nous,
société civile, qui le voulûmes le premier, c’est nous qui ne
cessâmes de l’exiger, et c’est encore nous qui en appelons
aujourd’hui à sa mise en pratique, dans le plus grand respect des
intérêts du peuple. Ce texte,
signé sans nous, ne s’appliquera pas sans nous.
C’est
donc dans ce contexte d’un texte qui est aussi le nôtre, que
j’aimerai brièvement partager avec vous cette grille de lecture.
J’expliquerai respectivement le sens de l’Accord du cessez-le-feu,
ses implications et les jalons qu’il trace. Et à chaque étape je
situerai la place ou le rôle de la société civile. Comme support,
je me référerai beaucoup plus au corpus des principes qu’aux
annexes, ces dernières explicitant celui-là.
A.
Signification du
Cessez-le-feu
Selon
l’article 1.2.b. le Cessez-le-feu signifie « la
cessation effective des hostilités, des mouvements et renforts
militaires ainsi que des actes hostiles, y compris la propagande
hostile ».
Notons
que les paragraphes a. et c. sont des redites de la même idée exprimé
au point b. La signification du cessez-le-feu en tant que cessation
des hostilités intéresse ici les belligérants, disons mieux les
forces des parties en conflit. La société civile, n’ayant pas porté
des armes, n’est pas ici concernée.
Dans
ce volet relatif à la signification, le cessez-le-feu revêt une dimension
statique et purement militaire : l’accalmie des armes.
B.
Implications
Au
terme de l’article 1.3, le cessez-le-feu implique la cessation de :
a.
toute attaque aérienne et maritime ainsi que tout acte de
sabotage ;
b.
toute tentative d’occupation de nouvelles positions sur le
terrain et de mouvements des forces et des équipements militaires
d’un endroit à l’autre sans accord préalable des parties ;
c.
tous les actes de violence contre les populations civiles par
le respect et la protection des droits humains ;
d.
toute autre action qui peut entraver l’évolution normale du
processus de cessez-le-feu ;
e.
tout ravitaillement en munitions.
C’est
donc à ce niveau que le cessez-le-feu incorpore des tiers, c’est-à-dire
des éléments étrangers au processus du conflit armé. En effet,
dans ce paragraphe b. il est question des civils, dont on recommande
respect et protection des droits . Mais les civils sont ici cités
comme victimes ou objets des violations et non comme acteurs, ni des
violations ni du respect des droits.
La
protection des civils n’est pas le sens du cessez-le-feu mais une de
ses implications. Relevons que logiquement parlant, une implication
n’est fausse que si d’un antécédent vrai on tire un conséquent
faux. Cela revient à dire que poser le cessez-le-feu, c’est poser
inévitablement le respect et la protection des droits. Le contraire
est faux, une violation. Cependant l’implication peut être vraie même
si son antécédent est faux, c’est-à-dire même sans le
cessez-le-feu (antécédent),la protection et le respect des droits
(conséquent) doit rester de mise. Il y a ici un début d’une compréhension
plus large qu’au premier volet : le Cessez-le-feu déborde du
seul cadre du bruit des armes. C’est donc une dimension dynamique
qui est ajoutée, avec cette faiblesse que la société civile n’y
interfère que comme objet et non comme acteur du respect des droits.
C.
Corollaires
L’Accord
comporte dans son article 3 quelques principes, qui lui donnent une
dimension dynamique et en font un processus ;
-
libre circulation des personnes et des biens
-
Sort des prisonniers
-
Action humanitaire
-
Force de maintien de la paix
-
Désarmement des groupes armés
-
Le retrait des forces étrangères
-
Sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité
territoriale de la République Démocratique du Congo
-
Sécurité de la République Démocratique du Congo et des pays
voisins ;
-
Egalité des droits et protection au terme de la loi en tant
que citoyens pour les groupes ethniques et nationalités dont les
personnes et le territoire constituaient ce qui et devenu Congo à
l’indépendance
-
Dialogue
National
-
Etc.
De
tous ces jalons, le Dialogue National est à nos yeux le plus
important car c’est le jalon qui confère a la société civile le
statut d’acteur et nous donne la possibilité d’interférer sur la
résolution de la crise, quoiqu’à un échelon inférieur.
En
effet, le texte dit en son point 19 que :
« Dès l’entrée en vigueur de cet Accord, le Gouvernement de la République
Démocratique du Congo, l’opposition armée, à savoir le
Rassemblement Congolais pour la Démocratie et le Mouvement pour la
Libération du Congo, et l’opposition politique s’engagent à
entrer dans un dialogue national ouvert ».
A
lire attentivement ce texte, le dialogue a été rompu par un conflit
qui n’est pas bipolaire, c’est-à-dire d’un côté le
gouvernement et de l’autre l’opposition armée ; le conflit
est plutôt muli-polaire, le dialogue aussi. Par exemple, le RCD est
invité à entrer en dialogue aussi bien avec le Gouvernement de
Kinshasa qu’avec le MLC et l’opposition politique, et ce
synchroniquement. Le MLC, le Gouvernement de Kinshasa et
l’opposition politique feront de même, chacun à l’endroit de
tous les autres.
Le texte continue, et
c’est dans cette suite que l’on cite la société civile :
« Ces négociations politiques inter-congolaises, associant également les
Forces Vives de la Nation, mèneront à un nouvel ordre politique et
à la réconciliation nationale en République démocratique du Congo ».
L’on
peut lire à travers ces deux phrases une intention cachée de
minimiser le rôle de la société civile qui n’interfère ici que
comme associée et non comme partenaire de premier ordre. Cependant
une lecture plus positive laisse transparaître la neutralité de la
société civile vis-à-vis de toutes les forces qui ont quelque
responsabilité dans le conflit. En effet, la
société civile n’est pas en conflit armé avec une des parties ;
en plus la société civile n’a pas brisé le dialogue avec qui que
ce soit pour qu’aujourd’hui il soit appelé à le rétablir.
C’est l’opposition politique qui est citée comme partie
conflictuelle, évidemment non armée, devant ouvrir le dialogue avec
les parties conflictuelles armées. En citant l’opposition politique
comme partie conflictuelle devant entrer en dialogue avec les autres, l’Accord
reconnaît la dimension politique d’un conflit que certains considèrent
comme uniquement militaire.
Résumons
les points saillants de ce paragraphe :
1.
Le conflit en République Démocratique du Congo ne revêt pas
que la dimension militaire ; il dénote aussi d’une crise
politique qu’il faut résoudre. D’ailleurs la finale de la deuxième
phrase parle de la mise en
place d’un nouvel ordre politique
2.
La
société civile n’est nullement un pôle de conflit, ni politique
ni militaire ;
qu’on ne cherche donc pas à l’y entraîner tête baissée, et
surtout qu’elle évite de se laisser piéger.
3.
Ce sont les parties, à savoir les belligérants qui se
prononcent sur le profit du facilitateur, et sur ce sujet précis même
la voix de l’opposition politique ne peut être que consultative.
Le
chapitre 5 de l’Annexe A précise en son point 2.b. que
« tous les participants aux négociations politiques inter-congolaises bénéficieront
d’un statut identique ».
Au
Dialogue National, la société civile bénéficiera d’un même
statut que les autres participants, non pas en raison de la genèse et
de la responsabilité dans le conflit, mais au regard de sa résolution,
donc de sa finalité. Et puisqu’elle n’est nullement responsable
juridique de ce conflit, elle peut être comptée parmi ceux qui
apporteront la meilleure lumière à sa gestion, et pourquoi pas,
disons-le au moins une fois entre nous, être un des facilitateurs des
intérêts de la population. Enfin parce que la résolution quitte le
ring des combats et rejoint la société civile au pied de l’arbre,
sur son terrain, le conflit
cesse d’être un conflit militaire, pour devenir civil, disons
« civilisé ». Et voilà qui en dit long. Le Dialogue
National, au-delà des faiblesses que connote le texte, est le cheval
de bataille de la société. C’est d’ailleurs lors de ce Dialogue
National que les propositions d’amélioration du texte de l’Accord
trouveront un de meilleurs cadres pour leur formulation.
III.
La Société civile et le Dialogue intercongolais
La
société civile tient a tout mettre en œuvre pour que le Dialogue réussisse
et dans le meilleur délai. Plus le temps passe, plus la situation
court le risque d’enlisement, et plus l’émergence de nouveaux
paramètres non encore pris en compte se profilera à l’horizon et
pourra de fait rendre caduques les accords que l’on devra amender
indéfiniment avant leur mise en pratique. Et le comble ; telle
situation ne peut que profiter aux pêcheurs en eau trouble ainsi que
qu’aux trafiquants d’armes, de minerais et des masses
socio-politiques que nous sommes.
A .
Options de la Société civile
Le
séminaire-atelier des Eglises et de la Société Civile de la République
Démocratique du Congo tenu au Centre Catholique Nganda du 6 au 9
octobre 1999, avait pour thème "Paix,
Intégrité du territoire et Réconciliation". Pour
la première fois depuis de la Guerre, cet atelier regroupait les délégués
de la Société Civile venus de toutes les provinces du pays..
Cet
atelier avait pour objectifs majeurs de faire une lecture commune de
l'ACCORD de Cessez-le-Feu de Lusaka, de définir le rôle que la Société
Civile et les Eglises doivent jouer pour consolider la paix , et
de concevoir des stratégies en vue du Dialogue Intercongolais ainsi
que de la restauration d’une paix durable à travers un processus
concret de réconciliation nationale, tout sur fond du respect de
l'intégrité du territoire et de la souveraineté du peuple
congolais.
a)
Les grandes options de cet atelier
Autour
de l’objectif principal qui est de ramener
la paix (de tous) de la majorité des congolais par la mise en
place d’un nouvel ordre
politique, les options suivantes sont ressorties des rapports des
provinces et des ateliers
: exigence du retrait des forces armées d'agression, soutient à
l'Accord de Lusaka et à son application sans délai, exigence de
l'implication de la société civile
à toutes les phases de l'application de l'Accord, mobilisation
tout azimut de tout le peuple congolais pour le retour de la paix en
RDC, déploiement d'urgence des troupes de maintien de la paix
à l'est du pays, indivisibilité du peuple congolais, démarrage
rapide du Dialogue
intercongolais.
Le
Dialogue Inter-congolais est
un point de départ incontournable pour réconcilier les congolais
entre eux et réamorcer le processus de démocratisation en vue de
doter le pays d’institution stables et représentatives.
La
Société civile est appelée à :
jouer en permanence le rôle de conciliateur, ramener toujours les
parties au but suprême c'est à dire le bien être de la population,
renforcer la cohésion nationale, faciliter la réconciliation,
encourager la mise en
place des Institutions démocratiques, soutenir la mise en œuvre des décisions des négociations inter-
congolaises et leur acceptation par la population
Pour
ce qui est du lieu de ce Dialogue, les uns proposent Kinshasa ou une
autre ville du Congo, pour raison de souveraineté nationale ;
les autres suggèrent Nairobi, Lusaka ou Rome pour les raisons
suivantes : sécurité des participants, prétention de la partie
rebelle, peur de la manipulation.
Un
quota sera alloué à chaque catégorie au sein de la Société Civile
et des Eglises des provinces .
Les
qualités suivantes sont requises de chaque délégué de la Société
civile : intégrité morale, compétence, mandat par Base,
aptitude à plaidoyer sans offenser, ne pas détenir le poste dans le
directoire d’une organisation politique, expérience de 5 ans au
moins dans milieu associatif ou Eglise, ne pas appartenir à une
association ou une plate – forme ayant des accointances politiques
avec des partis politiques, être Congolais, être compétent dans les
matières à traiter au Débat national.
Les
thèmes suivants
doivent être débattus:
1.
Aspirations
du peuple et Nouvel ordre politique
2.
Cadre
juridique
3.
Institutions
de la Transition (12 – 24 mois)
4.
Projets
constitution
5.
Organisation
des Elections nationales :
-
Démocratisation
-
Calendrier
-
Loi électorale
6.
Nouvelle
Armée Intégrée
7.
Nationalité
Le discours de la société
civile sera axé sur :
-
Aspirations du peuple : Bien être , Paix et liberté,
-
Respect des Droits de l’Homme,
-
Bonne Gouvernance,
-
Démocratisation / Elections,
-
Réconciliation et Justice,
-
Pardon Mutuel,
-
Séparation des 3 pouvoirs traditionnels,
-
Unifier le pays, et renforcer l’Etat.
A
propos du facilitateur, tous les participants sont
favorables au choix de la communauté Sant Egidio comme
facilitateur principal en raison de sa neutralité , sa compétence et son expérience. Les autres
propositions sont allés dans le sens d’enjoindre à la communauté
Sant’Egidio trois autres personnalités : un
envoyé de l'ONU, de l’OUA, de la Francophonie
b)
Quelques actions
A
l'issu des échanges sur l'Accord de
Lusaka et les délégués ont réfléchi sur les activités
concrètes à mener dans les provinces auprès de communautés
ainsi que vis-à-vis de tous les acteurs de la
crise congolaise.
-
Faire signer une pétition par la base : si il s’avère
que vu les moyens de communications difficiles, une pétition commune
prendra beaucoup de temps on peut décentraliser en faisant faire les
pétitions par groupe ou plates formes avec des bases respectives ;,
(confessions religieuses, femmes, syndicats, etc.
-
Dialogue entre Eglises
-
Dialogue Eglise et gouvernement de la République Démocratique
du Congo et demander au Gouvernement de soigner les usages
diplomatiques.
-
Sensibiliser le peuple chrétien de l’Occident
-
Les Eglises chrétiennes peuvent en préparation de la fête de
la nativité du Christ, prince de la paix, lancer une vaste campagne
auprès des chrétiens pour que le Dialogue Congolais se tiennent
avant Noël et l’an 2000 :jubilé de la paix.
-
Marche pacifiques des femmes et des organisations religieuses
-
Sit in devant l’Ambassade des USA, Immeuble ONU
-
Rencontres de prières et jeûnes
-
Vulgarisation de l’Accord auprès de la population (augmenter
les exemplaires, presse écrite, radiotélévision, concours des
chants, sketches, causeries publiques, vulgarisation dans les écoles,
sermons)
-
Lobbying spécifique : mission de responsables des Eglises
en Amérique (Maison Blanche ; Conseil de sécurité de l’ONU)
-
Message de la Société civile aux pays signataires
-
Observatoire de surveillance
B.
Stratégies et suivi
Notre
population qui a dans son ensemble désapprouvé cette guerre, a
manifesté son désir de paix. Le peuple veut la paix, une paix
durable, une paix qui ne se réduit pas à une simple accalmie des
armes, une paix qui relance le processus de démocratisation. C’est
par la paix en effet que la démocratie peut devenir possible.
Mais
si nous sommes tous d’accord que le peuple congolais veut la paix,
si nous sommes d’accord qu’il faudrait tout mettre en œuvre afin
d’en finir avec cette guerre inutile et injuste, il nous reste
encore à dépasser l’étape des déclarations et poser des actions
concrètes qui témoignent de ce besoin impérieux de paix. De grandes
divergences à ce niveau peuvent parfois compliquer le processus de
paix, et nous perdre énormément de temps.
Je donnerai respectivement ci-dessous quelques principes et
quelques actions susceptibles de faciliter l’avènement de la paix.
a)
Quelques principes généraux
1.
L’aspect
dynamique de la paix :
la paix comme la démocratie est un processus. Et un processus est
toujours évolutif. C’est au cours de cette évolution que les
choses se précisent et se perfectionnent.
2.
Bien
identifier la crise :
L’histoire du peuple congolais est jalonnée des zones d’ombres
dont la colonisation, la dictature, la rébellion, les guerres
fratricides et les guerres d’occupations. Tout cela est inhumain
et déshumanise l’homme. Mais tous ces faits d’histoire ne
sont pas les mêmes, ne produisent pas les mêmes effets, et par conséquent
nécessitent des approches différentes. A chaque une de ces étapes,
le peuple congolais a lutter pour son auto-détermination. Mais si le
combat reste le même car visant un même but global, à savoir le
respect et la promotion de l’homme dans son identité, chaque fait a
sa spécificité. Il en découle que les méthodes de résolution a
appliquer sont différentes mêmes si dans certains cas les acteurs
sont les mêmes. Nous devrons faire attention pour ne pas confondre
les acteurs et les enjeux. Ne commettons pas l’erreur Nous ne
pouvons donc pas utiliser les méthodes contre la dictature dans une
guerre.
3.
La
guerre n’est pas la dictature :
selon les revendications des rebelles, le recours aux armes se
justifie par l’installation progressive d’un régime totalitaire.
Si cette solution nous paraît se situer en dehors de l’avènement démocratique,
il ne faut pas non plus la combattre avec les moyens que l’on
condamne, notamment recourir de nouveaux aux armes pour
condamner les armes : bien sûr pour les partisans de cette
option, Dawa ya moto ni moto
: la thérapie du feu c’est le feu (on combat le feu par le
feu)
4.
La
guerre entre nationaux est différente de la guerre entre nations :
le Rwanda et l’Ouganda ont reconnu avoir des troupes en république
du Congo pour d’autres raisons que celles évoquées par les
rebelles, notamment celle de la sécurité de leurs frontières.
5.
De
la régulation à l’auto-régulation :
la crise signifie qu’il y a dysfonctionnement du système. La société
dispose de mécanismes de régulation ; c’est l’auto-régulation.
Mais quand la machine sociale ne dispose plus du système d’auto-réguilation ;
il faut réguler pour réparer ce système. La démocratie présente
un des meilleurs systèmes d’auto-régulation. Il faut donc réguler
avant d’auto-réguler. C’est-à-dire faire appel à des mécanismes
extra systémiques pour re-enclencher le système. C’est ainsi que
la CNS par exemple était un mécanisme extra-constitutionnel pour résoudre
la crise au Zaïre d’antan. Mais
6.
Le
Dialogue congolais n’est pas la Conférence Nationale Souveraine :
7.
Éviter
la logique bivalente :
il n’y a pas à choisir entre le Congo et la rébellion de sorte que
si l’on n’est pas pour l’un on est automatiquement d’accord
avec l’autre. Cela nous amène à préciser que la contrariété
n’est pas l’adversité. Jésus disait bien sûr que «Qui
n’est pas contre nous est pour nous ». Beaucoup de gens
comprennent « Qui n’est
pas pour nous est contre nous ».
b)
Quelques principes particuliers
1.
Soutenir les accords : Les accords de Lusaka ne sont pas
parfaits, et à voir la manière dont les parties signataires tardent
à les appliquer, il y a lieu de dire que chacune s’estime avoir été
piégée et cherche comment recourir à d’autres voies.
Soutenir les accords de Lusaka : ne veut
pas dire que soutenir tous les mots employés dans chaque
phrase, mais des pistes qui présentent quelque possibilité de régulation
et surtout nous offrent la possibilité d’améliorer ce qui nous
semble insuffisant.
2.
Soutenir le Dialogue National : la société civile
n’est pas signataire des accords de Lusaka, et il lui est
juridiquement difficile d’amender ce texte. Mais ces accords offrent
à la société civile la possibilité d’interférer comme acteur
dans la résolution du conflit, donc c’est la possibilité d’améliorer
le texte. Le meilleur cadre où nous pouvons interférer sur le texte
c’est au dialogue National.
3.
Rester partenaire et non pas étranger au processus. Comme nous
l’avons dit, par ces accordes on nous reconnaît un statut qui
permet d’interférer dans la résolution du conflit. On a toujours
dit qu’il n’y a pas de guerre propre. En quittant le terrain des
affrontements armés, on civilise le conflit
4.
Éviter, par le langage et les actes de consacrer l’idée de
la victimisation du peuple tutsi : le
tutsi est toujours la victime, tous les autres sont des bourreaux
5.
Lutter pour l’unification du pays par les actes concrets :
une des raisons pour soutenir les accords et la tenue du dialogue dans
le plus bref délai, c’est le danger de morcellement du pays dont
des signes inquiétants se font percevoir. Nous devons continuer à
poser des actes en faveur de l’unification du pays, notamment
souhaiter une rencontre de la toute la société civile à l’Est du
pays pour encourager des populations qui se sentent parfois délaissées.
6.
Prépondérance de la dynamique du mouvement associatif sur
l’appartenance à l’ethnie : à la société civile, les délégués
représentent leurs associations respectives et non leurs ethnies.
7.
Renforcer les capacités des associations à la base tout en
maintenant la cohésion nationale.
8.
Que la Coordination de la société civile a Kinshasa prenne en
compte les réserves fondées ou non mais de plus en plus exprimées
par les populations de l’intérieur. Pour une meilleure mobilisation
des populations de tout le pays, Kinshasa devra éviter de donner
l’impression de tout centraliser en donnant des injonctions
aux provinces qui ne font qu’exécuter. Ce danger peut
devenir plus grave dans le contexte où l’on veut confondre le désir
du fédéralisme avec le morcellement.
9.
Faire partie de la commission des vérificateurs
10.
Entrer progressivement en contact avec les sociétés civiles
des pays voisins, dans l’intention de les amener a soutenir chez eux
la tenue d’un forum national qui pourra se pencher sur des questions
extérieures a la question congolaise notamment les réponses
politiques de rapatriement des miliciens.
11.
Eviter l’enlisement : l’enlisement profite aux
faiseurs de guerre et, à la longue, démobilise les populations .
12.
Suivre le calendrier des événements majeurs et organiser les
manifestations en fonction des dates importantes.
En
conclusion, le Congo traverse actuellement une situation très
difficile. Cette situation pourra s’empirer et même avoisiner le
bourbier angolais. Il est souhaitable que diligence soit faite pour
obtenir la mise en œuvre des accords de Lusaka qui sont un pis-aller
pour débloquer tant soit peu la crise. Plus particulièrement, la
tenue dans un bref délai du Dialogue Interconglais en comptant sur la
bonne foi des parties sera un pas décisif dans la direction de la
paix. de Lusaka.
En
m’excusant de toute parole déplacée dont j’aurai fait usage ou
de tout autre expression malencontreuse, je vous remercie de
votre aimable et sympathique attention.
Jean-Pierre
Badidike
Groupe
Justice et Libération
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