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Rapport Justice et Libération (31 août 1999) 1ère partie

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Transmis par Denis Tougas

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Ce rapport est en trois parties: 1ére partie - 2ème partie - 3ème partie 

La guerre des alliés en R.D.C. et le droit à l'autodétermination du peuple congolais

INTRODUCTION

         Le 2 août 1998 commençait sur le territoire congolais une guerre déclenchée par un mouvement politico-militiaire dénommé Rassemblement Congolais pour la Démocratie, R.C.D. en sigle. Cette guerre initialement planifiée pour 15 à 20 jours est aujourd’hui entrée dans sa 57ème semaine et c’est depuis le 23 août que la ville de Kisangani a totalisé une année sous le contrôle de la rébellion.

         En toute logique, il est fort tentant de dresser le bilan d’une année de cette guerre de plus absurdes. Mais les affrontements qui ont eu lieu à Kisangani du 14 au 17 août entre les armées du Rwanda et de l'Ouganda confirment l'existence des enjeux obscurs qui sous-tendent la crise politique dans la région autour du Congo. En effet,  deux pays alliés dans une guerre déclarée et effective contre le Congo, se sont affrontés directement en plein territoire de leur ennemi; et c’est peut-être la première fois que cela arrive dans l’histoire des guerres.

Voilà pourquoi, au lieu d'un simple bilan, nous aimerions épingler un des goulots d’étranglement qui pèsent sur la plupart des pays africains. Il s’agit de leur droit à s'autodéterminer pour prendre en mains leur destinée. C’est donc ce problème majeur de l’autodétermination qui a consacré le ridicule du peuple congolais que nous voulons faire ressortir dans ce présent document, le cinquième[1] que le Groupe Justice et Libération publie depuis le début du déclenchement de la guerre du RCD le 2 août 1998.

Cependant, nous devons avouer que c’est à l’épreuve de beaucoup de courage que nous publions ce rapport, car les acteurs de cette guerre ne dissimulent plus leur intention de mettre nos vies en péril. Mais avons-nous d’autre choix si la défense des droits de l’homme reste pour nous un idéal ! De même que personne n’a le droit de manger à coté de ceux qui meurent de faim, de même personne n’a le droit de se taire à côté des violations des droits inaliénables des autres.

         Ce document aura quatre parties. Nous commencerons par relever les faits qui se sont déroulés depuis la parution de notre dernier document sur Le Droit Humanitaire International daté du 12 mai 1999. Et ici nous essayerons de montrer comment ces événements sont les signes annonciateurs des affrontements du 14 au 17 août. En deuxième lieu, nous regrouperons ces événements en violations des droits de l'homme dont l'atteinte au droit à l'autodétermination du peuple congolais est le cas le plus saillant. En troisième lieu, nous donnerons notre appréciation des faits. Enfin, nous ferons quelques recommandations pour une issue pacifique de la crise.

1) Les 4 premiers documents ont porté respectivement sur les 45 premiers jours de la guerre , les conséquences politiques et socio-économiques, les droits des peuples, et le Droit Humanitaire International.

I. QUELQUES FAITS

         Les événements meurtriers de 14 au 17 août 1999 ne sont pas le fait du hasard, mais l’aboutissement logique de la crise qui prévaut actuellement en RDC et dans la région autour de la RDC.  

1. Signes avant-coureurs des affrontements du 14 au 17 août

         Le tout est parti du 16 mai 1999 quand à Goma, pendant l’Assemblée Générale du RCD, le Collège des Fondateurs a retiré la Présidence du Mouvement au Professeur Ernest WAMBA dia WAMBA. Ainsi éclatait à la Direction Politique du RCD la crise qui couvait depuis plusieurs mois.

Le 21 mai, le Professeur, qui conteste sa destitution en la qualifiant de coup d’Etat, revient à Kisangani à bord d’un avion C 130 de l’armée ougandaise pour y installer l’aide dite “ progressiste” de la rébellion dont le slogan est : “ négociation sans conditions avec le Gouvernement de Kinshasa ”.

Le samedi 22 mai, une fusillade s’engage entre les forces ougando-congolaises et les forces rwando-congolaises à la suite de l’interdiction par l’autorité politico-militaire proche du RCD/Goma d’une marche de la paix programmée par le RCD/Kisangani. On a déploré 4 morts, tous militaires (trois ougandais et un rwandais). Il y eut aussi plusieurs blessés graves.

 Le dimanche 23 mai, le RCD/Kisangani organise un meeting devant la maison de commune de Mangobo sous forte escorte militaire ougandaise. A la fin du meeting, vers 17 30’, une délégation de haut rang du RCD/Goma débarque à l’aéroport de Simi-Simi. Conduite par le Premier Vice-Président, le Commandant ONDEKANE, cette délégation s’est rendue directement au stade Lumumba où elle avait espéré s’entretenir avec les spectateurs d’un match de football : mais leur arrivée a coïncidé par hasard avec la fin de la partie. Pris de panique par l’escorte qui accompagnait la délégation, les spectateurs se sont dispersés.

 Le samedi 29 mai, le RCD/Kisangani appelle la population à un meeting sur l’esplanade de l’Hôtel des Postes, mais les forces combattantes de l’aile dite “ militariste ” de la rébellion empêchent la tenue de ce meeting. Finalement celui-ci a eu lieu en début d’après midi aux environs du Grand Marché de la Makiso. A cette occasion, la nomination d’un autre Gouverneur de Province consacre le dédoublement des institutions de la rébellion. C’est à la faveur d’un grand déploiement avec un char (ougandais) à l’appui que ce meeting a eu lieu. La tension a été vive mais, heureusement, la situation n’a pas dégénéré.

 Le jeudi 3 juin, aux environs de 3 h 30’, des coups de feu ont crépité à Kisangani semant la panique parmi la population.

Le samedi 5 juin, 4 chars ougandais ont sillonné le centre-ville de 2 h 30’ à 5 h 00' du matin. Ce mouvement des chars fut accompagné des tirs à l’arme lourde.

 Donc au cours du mois de mai, le RCD fut, du moins dans les faits, divisé en deux. Chaque branche - du RCD - est soutenue dans la ville de Kisangani par un des alliés principaux de la rébellion, à savoir le Rwanda et l’Ouganda, qui continuent pourtant ensemble la guerre contre Kinshasa. Notons que l'Ouganda parraine aussi le MLC de Jean-Pierre BEMBA, une autre branche de la rébellion.   

2. Quelques faits divers

-    Le 8 juin 99, sans avoir bénéficié d’un procès, un militaire est publiquement exécuté devant la maison de la commune de Kisangani en présence des autorités administratives et militaires de la place. M. KAKULE serait coauteur du meurtre d’un civil à la suite d’un vol à main armée dans la même commune.

-    Le 13 juin, le Groupe Justice et Libération, en vaste campagne de la paix initiée par la Société Civile, lance son message de paix dont en annexe l’intégralité du texte.

-    Le 16 juin, à l'occasion de la célébration de la Journée de l'Enfant Africain, le Groupe Justice et Libération ouvre une année de campagne de paix pour les enfants. Ceux-ci adressent des messages de paix aux rebelles, aux parents et aux hommes de bonne volonté. Le coordonnateur urbain du RCD a assisté à cette manifestation.

-    Le 13 juillet,  un militaire congolais succombe suite à la torture dont il fut victime à la résidence du Directeur Provincial de l’OFIDA, M. RUSHUKURU. Il lui fut reproché la complicité d’un vol d’un magnétoscope pendant qu'il était en faction à cette résidence. Le Directeur, qui est de souche rwandophone, n'est toujours pas inculpé.

-    Dimanche 18 juillet, une émission de la RTNC fait allusion à la nomination des Autorités Académiques et Administratives à l'Université et dans les Instituts Supérieurs.  Cette mise en place est intervenue alors que la clôture de l'année académique pointait à l'horizon. la plupart des gens à fermer les magasins et bureaux pour contraindre la population à y assister. Toutefois, l'assistance ne fut pas nombreuse.  A 15 h 00', Monsieur Ernest  WAMBA dia WAMBA a tenu lui aussi un meeting populaire sur la 15ème avenue dans la commune Tshopo devant une foule venue spontanément.

3. Création de la Province de KIBALI-ITURI

         Le 22 juin 1999, le Commandant des Forces Ougandaises à Kisangani, le Général KAZINI, crée la Province de KIBALI-ITURI, détachant ainsi les districts de l'Ituri et du Haut-Uélé de la Province Orientale.

         Le 23 juin, Madame Adèle LOTSOVE, jusqu'alors Vice-Gouverneur de la Province chargé des finances, arrive à Bunia, pour prendre ses nouvelles fonctions de Gouverneur de Kibali-Ituri. Sa nomination, également, est signée par Monsieur KAZINI. On notera que Madame LOTSOVE comme Vice-Gouverneur séjournait plus à Kampala qu'à Kisangani sans rompre les contacts avec la direction du RCD/Goma.

4. Conflit ethnique entre Hema et Lendu

         Le 22 juin, resurgit à LIBI dans le territoire de DJUGU en Ituri le conflit terrien entre les Lendu et les Hema. Une petite dispute entre ouvriers dans la concession de M. UGWARO est à la base de ce conflit qui s’est rapidement étendu sur une cinquantaine de km. Les centres suivants ont été impliqués : DRODRO, JIBA (plusieurs villages), BLUKWA, RETHY.

         Le nombre des victimes avoisine 7.000. Les foyers les plus meurtriers sont JIBA et BLUKWA entre lesquels des villages entiers auraient disparu : habitants massacrés ou mis en fuite, cases incendiées, maisons détruites, bétail décimé, etc. De façon générale, plusieurs infrastructures scolaires, administratives et de production ont été détruites. Autour de BLUKWA, les villages de NIBI, TSUKI et KOO ont été rasés (plus ou moins 1.200 familles). Les rescapés se sont réfugiés en OUGANDA, à BUNIA ou à FATAKI. Les menaces pesant sur ce dernier centre, pointé comme prochaine cible, ont emmené les Autorités Ecclésiastiques à fermer précipitamment le Petit Séminaire sans devoir attendre la clôture régulière de l’année scolaire. Les armes utilisées sont les flèches, les lances, les machettes, les fusils ou autres instruments tranchants. On a trouvé dans certaines familles des réserves allant de 50 à 150 flèches.

         Les vues divergent sur les vrais commanditaires de ces actes. Certaines personnes parlent d’un rebondissement du conflit séculaire entre les Lendu (Tatsi, Pitsi, Watsi, Bindi) et les Hema (Nord-Wanywagi et Sud)[1]. Ceux-ci sont accusés d'étendre leurs plantations et élevages sur les terres arables des populations Lendu. Les Lendu accusent les forces ougandaises qui contrôlent l'Ituri de s'être interposées en faveur des Hema dont une souche habite l'Ouganda. Il paraîtrait aussi que les hommes politiques originaires de ces milieux ont suscité et entretenu la haine entre les gens. Les hommes d’affaires Nande sont parfois cités comme prenant partie pour les Lendu. D’autre part il n’a pas manqué de comparaisons entre ce conflit et celui qui oppose les tutsi et les hutus au Rwanda.

2) L’histoire de cohabitation entre ces deux peuples est jalonnée de graves moments de conflit. Les cas les plus récents sont ceux de 1994 entre les Lendu Bindi et les Hema Sud, et celui de 1996 entre les Lendu Tatsi et les Hema Nord.

         Des efforts de négociations sont en cours entre les anciens, notables des ethnies en conflit et des ethnies non impliquées (Alur ou Bira). C’est le C.C.I. (Centre Culturel de l’ITURI à Nyakasanza) qui offre le cadre des pourparlers.

5.    L'Accord de Lusaka

         Le 10 juillet est signé à Lusaka l’Accord de Cessez-le-feu en République Démocratique du Congo.

         Outre le préambule, cet Accord de 3 articles en 26 points comprend trois annexes : A, B et C. L’Annexe “ A ”  présente en 11 chapitres les modalités de mise en œuvre de l’Accord. L’Annexe “ B ” est un agenda de 21 événements majeurs du Cessez-le-feu. L'Annexe "C" est un lexique des termes utilisés dans l'Accord.

         L’Accord de Cessez-le-feu devait être signé par sept Parties devant quatre Témoins. Les parties sont les belligérants : La République d’Angola, La République Démocratique du Congo, La République de Namibie, La République du Rwanda, La République d’Ouganda, La République du Zimbabwe, Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) et Le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC). Les Témoins sont : La République de Zambie,  L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), L’Organisation des Nations Unies, La Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe (SADC).

         Le 10 juillet, les deux mouvements rebelles, ayant pourtant participé activement aux travaux des experts, n’avaient pas signé. Le RCD a allégué un conflit de protocole entre les deux branches tandis que le MLC qui signera un peu plus tard, le 1 août, s’était abstenu par solidarité avec une des branches. Après plusieurs tractations, le RCD a fini par s'engager en faisant signer, le 31 août, tous les 50 membres du Collège des Fondateurs.

6.    Fusillade au Centre LUMUMBA TRING WING

         Le samedi 17 juillet, le major ougandais MUGENYI et un officier Rwandais avec ses quatre gardes du corps investissent le Lumumba Tring Wing, Centre de formation militaire du RCD/Kisangani sous supervision ougandaise. Ils sont à la recherche des interahamwe. Après qu'ils aient rassemblé autour de 80 suspects, les cadres et soldats congolais se sont interposés et une fusillade s’est ensuivie. Les chercheurs d’interahamwe sont désarmés, tabassés, blessés et les gardes du corps faits prisonniers. Dans la soirée, les militaires rwandais prennent position autour du Centre, mais le dialogue entre le R.C.D./Kisangani et le commandement militaire rwandais l’a emporté sur le recours à la force.

D’après les officiers rwandais et ougandais, cette opération s’inscrivait dans le cadre de l’Accord de Cessez-le-feu de Lusaka (cf. Chapitre 8, § 8.1 de l’Annexe “ A ”, traitant du désarmement des Groupes armés)[1]. Notons en passant qu’à cet endroit précis, l’Accord - que le RCD n’avait pas encore signé - reconnaît plutôt la compétence à “ la Commission Militaire Mixte, avec l’assistance des Nations Unies ”. Cette Commission n’est pas encore mise en place.

7. La mission onusienne et le calvaire des associations des droits de l’homme

         Attendue pour le samedi 24 juillet, la délégation onusienne a foulé le sol de Kisangani le mercredi 28 juillet et y a séjourné pendant 24 heures. Elle était composée entre autres des représentants de l'UNICEF, l'O.M.S., du P.N.U.D., et du Haut Commissariat aux droits de l'homme.

Cette délégation avait principalement pour mission de préparer les Journées Nationales de Vaccination (J.N.V.), d’amener de façon symbolique à Kinshasa quelques items des Examens d’Etat 1997-1998, d’étudier les modalités d’installation d’un sous-bureau des droits de l’homme dans la partie-est du pays.

Au cours de cette mission, M. FREJ FENNICHE, Représentant du Haut-Commissariat de l'O.N.U. aux droits de l’homme en RDC, s’est entretenu d’abord avec les Associations des droits de l’homme et de la Société Civile, et a reçu une délégation des élèves qui avaient présenté les examens d’Etat en 1998. Sur demande des Groupes Justice et Libération et Lotus, les élèves furent aussi reçus par le Vice-Gouverneur en présence du Maire de la ville. La causerie était amicale, voire familiale et a porté sur les motifs qui ont prévalu à ce que la délégation n’amène plus, comme prévu, quelques items à Kinshasa pour correction. Les autorités du RCD à GOMA ont plutôt exigé que toutes les malles soient convoyées  et centralisées à GOMA avant d’être remises aux représentants onusiens.

Après le départ de la délégation, l’émission “ CONGO NOUVEAU ” et d'autres émissions spécialisées de la RTNC ont formulé des menaces très dures accompagnées d’injures, et cela pendant trois jours de suite (31 juillet, 1er et 20 août) à l’endroit  des membres de Justice et  Libération et de Lotus. Rappelons que l’émission “ CONGO NOUVEAU ” est une création des autorités du RCD pour faire la réplique à l'émission "CHANGEMENT FONDAMENTAL" de la RADIO-LIBERTE[1]. Il est donc reproché à ces associations :

3) Les alinéa a et b précisent que des mesures devront être prises pour la remise au Tribunal International ou aux tribunaux nationaux des auteurs de massacres et de crimes contre l’humanité, ainsi que d’autres criminels de guerre.

-         de faire des rapports négatifs sur le RCD ;

-         de décourager les onusiens à venir s’installer à Kisangani ;

-         d’entêter les élèves dans leurs revendications ;

-         de faire des voyages à l’étranger ;

-         d’être au service de M. KABILA ;

-         de travailler avec des prêtres et l’Eglise Catholique ;

-         de faire de la politique.

         Le Commandant Jean Louis Guillaume MBUYI TSHIBWABWA de l'A.N.C./Goma, auto-surnommé "MUVUNJA ANAVUNJA" (du swahili "Le casseur casse"),  Monsieur Clément MANGUBU LOTIKA, Coordonateur Provincial du R.C.D./Goma, et Monsieur Maurice NGONGO, Chargé de presse du R.C.D./Goma, sont les principaux animateurs de ces émissions.

8. La mission de vérification

         Dans le but de se faire une idée sur la représentativité des deux branches de la rébellion, les négociateurs de la crise au Congo ont organisé  deux missions de vérification à Kisangani.

         La première a été conduite par le Ministre zambien à la Présidence, M. Eric SILWAMBA, en lieu et place du Président zambien. Cette mission a été reçue par Monsieur Emile ILUNGA, Président du RCD. La fanfare kimbanguiste a été pour la circonstance habillée en tenue militaire pour rendre les honneurs à l'aéroport de BANGBOKA. Comme du temps du M.P.R., les épouses des militaires, les vendeurs des marchés et autres sont mobilisés pour se rendre à l'aéroport, mais la population dans son ensemble garde ses distances. De leur côté, à l'absence de leur Président, les membres du R.C.D./Kisangani se manifestent en déployant un cortège motorisé dans la ville sous les applaudissements de la population qu'ils invitent à soutenir la signature de l'Accord par Monsieur WAMBA. La délégation zambienne est rentrée le même jour au soir après s'être entretenue uniquement avec les représentants du R.C.D./Goma.

         La deuxième mission a eu lieu le mardi 10 août. Elle fut conduite par le ministre Sud Africain des Affaires Etrangères, Mme ZUMA, assisté par le Ministre zambien à la Présidence. Cette mission faisait un travail de contre-vérification. Elle a rencontré les deux représentants de deux branches après un désordre protocolaire indescriptible à l’aéroport.

4) La Radio-Liberté émet à partir du Quartier Général des Forces Ougandaises. Elle serait une propriété du MLC.

Le Groupe Justice et libération a remis à l’intention de ces missions des documents - en annexe de ce rapport - rédigés pour la circonstance dans le cadre de sa campagne pour une paix durable en RDC. La remise de ces documents a relancé les menaces contre les membres du Groupe.

9. Les premiers affrontements et la semaine du 7 au 13 août

         Le 06 août 1999, le R.C.D./Kisangani annonce l’arrivée de  Monsieur WAMBA dia WAMBA à Kisangani. Le Gouverneur de Province et le Maire de la Ville interdisent toute manifestation publique et les attroupements de plus de cinq personnes en menaçant de mort les récalcitrants. La RTNC, dans ses émissions spécialisées, invite les parents à garder leurs enfants à la maison.

         En début d'après-midi, une Land Cruiser de l'armée ougandaise essuie des tirs d'un militaire congolais en faction devant l'hôtel Congo Palace où logent les officiers congolais du R.C.D./Goma. Deux soldats ougandais sont grièvement blessés.

         Le 07 août, tôt le matin, les Forces ougando-congolaises consolident leurs positions en hommes et matériels de guerre au centre de la ville qu'ils avaient occupé la veille au soir. Vers 9 h 00 éclate une fusillade nourrie à l'arme lourde qui durera au moins quatre heures. Les soldats congolais du R.C.D./Goma sont délogés de la Banque Centrale et de l'hôtel Congo Palace ; le Commandant HAMULI, Conseiller politique de M. ONDEKANE, est fait prisonnier. Il y a eu des morts et des blessés parmi les militaires, ainsi que des dégâts matériels.

Morts :

-         BAKONOBA NYAMA

-         Le soldat Etienne du RCD/Goma abattu aux environs de l'hôtel WAGENIA

-         Quatre soldats congolais et trois ougandais.

Blessés :

-         Le Commandant Sylvain BUKI avec ses 3 gardes du corps

-         KILIMALI BUSHIKI  (17 ans)

-         FRANCO YEKO

-         USOKA AZAKA (23 ans)

-         SEFRWADA (36 ans)

-         FRANCIS

-         ODOMYO (37 ans)

-         EKADU (25 ans)

-         OKONGO BOSCO (24 ans)

-         ONYEMA FREDDY (36 ans)

-         OKWI Charles (36 ans).

Dégâts matériels

-         La façade de l'aile droite de l'hôtel Congo Palace est endommagée ;

-         L'immeuble KILIMA, situé entre l'Hôtel Congo Palace et l'Etat Major (7ème Brigade), a été touché ;

-         La maison d'habitation de l'Inspecteur Judiciaire MAMBWINI, située en face des locaux de la société CELCO où logent les soldats rwandais a été atteinte par une roquette. L'épouse de l'Inspecteur a été blessée.

         A 13 heures, la Radio Liberté annonce l'arrivée de Monsieur WAMBA à Kisangani; celui-ci dans un message diffusé sur les ondes de la même radio invite la population pour un meeting à l'hôtel Wagenia érigé depuis lors en Quartier Général du R.C.D./Kisangani. Ce meeting a eu lieu à 15 h 00' devant une grande foule.

Le 08 août. Les deux parties renforcent leurs positions en hommes et en matériels de guerre. Du 08 au 10 août, on a relevé 15 rotations d'avions entre Kigali - Goma - Kisangani. A partir du même dimanche 8 août, des véhicules militaires venus de Gisenyi vont déposer des chargements à l'aéroport de Goma. Les vols civils sont suspendus entre Goma et Kisangani jusqu'au mardi 10 août au profit des affrètements militaires rwandais. Les militaires burundais, en renfort aux Forces Rwandaises, commencent à atterrir à Kisangani le lundi 9 août par l'Aéroport de Simi-Simi. Ce dernier devint une sorte de base arrière pour l'armée rwandaise.

         Pendant ce temps, la guerre des ondes (RTNC et Radio Liberté) faite d'insultes et d'attaques personnalisées exacerbe le stress de la population qui sent l'imminence d'un affrontement armé, chaque radio prenant fait et cause pour la partie de son obédience.

Inconsolable de la perte du contrôle de la Banque Centrale, le RCD/Goma, via un Arrêté du Gouverneur de la Province Orientale pris le 10 août, suspend toutes les transactions avec la Banque Centrale et charge les banques commerciales de recueillir les taxes dues au trésor.  

Le mercredi 11 et le jeudi 12 août se tiennent des réunions importantes d'abord entre officiers rwandais, puis entre officiers rwandais et congolais, et encore entre seuls officiers rwandais. De ces réunions, il s'est dégagé le principe d'attaquer les positions ougandaises.

Le 13 août commence, dans un climat de vive tension, la campagne de vaccination contre la poliomyélite pendant que les produits destinés à la Province de l'Equateur et l'hinterland  de Kisangani traînent encore en ville.

10. La guerre des alliés du RCD (Rwanda contre Ouganda)

         Il est encore très tôt de décrire avec exactitude la situation de guerre qui s’est passée à Kisangani. A l’heure actuelle, les gens n’ont pas encore délié les langues, les enquêtes sur toutes les victimes sont en cours. Nous nous limiterons à un sommaire.

 -         Le samedi matin, 14 août, Tango Tango (William BALENGELE de son vrai nom), Commandant de la 7ème Brigade, est suspendu de ses fonctions. Il lui est reproché entre autres de n’avoir pas rendu les services que l’on attendait de lui, notamment au cours des affrontements du 7 août.

-         Le samedi soir à 18 h 20, une détonation d'une arme lourde en provenance  de l’aéroport de Bangboka est entendue à travers toute la ville. D'autres coups de feu, à l’arme automatique, ont crépité plusieurs fois la nuit et le matin du dimanche dans  les environs de l’aéroport.

-         Le dimanche, on aperçoit par petits groupes des éléments rwandais, burundais et congolais en patrouille. C’est plus tard que l’on comprendra qu’ils se dirigeaient progressivement et discrètement vers leurs centres d’attaque. Ce mouvement aurait commencé depuis la nuit, surtout dans la commune de Mangobo (vers les abords de la SOTEXKI) et au centre-ville.

-         A 14 h 30, une grande détonation à l’arme lourde ébranle toute la ville, elle se répétera trois fois en l’intervalle de 20 minutes. Un feu nourri se généralise comme une traînée de poudre à travers le centre ville et peu à près dans toute la ville et principalement autour de l’Aéroport (Bangboka), au point Kilométrique  6, et autour de la SOTEXKI.

-         Les premiers coups de feu au centre ville sont entendus autour de l’hôtel Wagenia. Les éléments ougandais sont pris au dépourvu. Déboussolés, certains ont de la peine à se réaliser que l'attaque rwandaise est effectivement enclenchée. Ils ripostent à l'arme automatique et puis lourde.

-         La première détonation a surpris même les officiers congolais. Apparemment ils ne savaient pas que l’attaque commençait, tout au moins à cette heure-là. Une réunion tenue à la résidence du Commandement ONDEKANE s’estompe et se disperse ; c’est le sauve-qui-peut, civils et militaires rivalisant de souplesse pour escalader l’enclos ou passer par la porte étroite, et cela en deux sens.

-         La ville est vite coupée en trois cercles ou zones de combats : le Centre-ville, autour de la SOTEXKI, la zone AEROPORT/BANGBOKA - FORESTIERE (Quartier général de l’armée ougandaise). 

-         Les gens sont obligés de s'immobiliser ou de s'abriter là où les affrontements les ont trouvés. Certains dont de petits enfants y resteront jusqu’au cessez-le- feu, loin de familles. Les joueurs de l'A.S. Lubunga venus de la Rive-Gauche pour une partie de football se sont terrés loin de chez eux pendant trois jours. Au rond-point SGA, les vendeurs de cabris et passants ont passé deux jours à même le sol et à la belle étoile pendant que crépitaient au-dessus d'eux des balles tirées à l'arme lourde  et automatique. Sept coiffeurs et clients du Salon Maître Célestin dans les environs de l'Hôtel Wagenia ont partagé pendant trois jours, et sans manger ni boire, un espace exigu de 4 m²  qui leur a aussi servi de lieu d'aisance. Le dépôt de l'immeuble Bangala a abrité, jusqu'au cessez-le-feu, plus de 200 vendeurs du marché central parmi lesquels beaucoup de femmes; certaines d'entre elles, victimes d'étouffement, sont encore aux soins. De même, venus pour le culte dominical, 632 adeptes de l'Eglise CIFMC (Communauté internationale des femmes messagères du Christ) ont été bloqués avec des petits enfants pendant tout le temps des affrontements, sans manger.

-         Seuls des piétons et cyclistes téméraires ont 3) de la résidence du Général au Port de l’ONATRA, 4) du Port de l’ONATRA, Hôtel des Postes, marché central jusqu’au gouvernorat. Deux petites ceintures ou deux petits demi-cercles y sont concentriques.

-         Pour ce qui est du centre-ville, les combats se cristallisent autour des points suivants dans l’ordre de leur dureté :  Hôtel Wagenia, Banque Centrale, Hôtel Palm Beach, Cristaleau ou Bâtiment administratif de la Radio Liberté, Résidence Mgr MONSENGWO.

-         La résidence Mgr MONSENGWO est pilonnée de 14 h 30’ (dimanche) à 2 h 00 du matin (lundi), heure où les militaires ougandais qui en assuraient la garde battent en retraite suite à la rupture des munitions. Ils se replient à l'hôtel Palm Beach emportant les dépouilles de deux de leurs camarades. 5 roquettes sont tombées sur la résidence : une en chambre, une au salon,  une au bureau, une à côté du garage, une enfin vers le Centre de Pastorale. C’est vers 16 h 00' que Mgr, modestement habillé, et ses 4 compagnons d’infortune (le Vicaire Général, deux religieuses, le chauffeur) ont quitté la résidence pour se réfugier à la Maison du Sacré-Cœur.

-         Une petite accalmie était intervenue autour de 17 h (dimanche), et elle avait duré environ une heure. Les combats reprennent vers 18 h 10' d’abord faiblement et puis de plus en plus durement jusqu’au matin, 5 heures 30'. Les Ougandais tiennent dans leur position défensive.

-         Le lundi 16 ; les combats reprennent autour de 9 h 00'. Avec des petites interruptions de 30 à 45 minutes. Au début de l’après-midi, les rwandais contrôlent les principales artères de la ville.

-         Le mardi 17, les combats qui ont repris la veille à 22 h 15’ sont sérieux. Ils se concentrent de plus en plus autour de deux cibles, Hôtel Wagenia et Hôtel Palm Beach. Ceux qui gardaient la SGA lâchent, les rwandais étant nombreux, très nombreux.

-         Vers 11h 30', à bord d’un engin meurtrier appelé FOURTEEN, M. WAMBA sort de Wagenia escorté par une soixantaine de militaires ougandais et congolais qui tirent sans sommation pour se frayer le chemin. En route vers la SOTEXKI, le FOURTEEN crache le feu, pendant que les éléments ougandais livrent une parade impressionnante de professionnels commandos. Ils tirent incessamment ; en accompagnant le véhicule à pas feutrés, ils se couvrent, couvrent leur engin protecteur et se relayent pour boucher les axes secondaires de la route BUTA. Le cortège débouche sur  l’avenue du Stade vers la TSHOPO. Ils écrasent une petite résistance congolaise sur la 15ème  avenue (Tshopo), foncent tout droit et éloignent les Burundais stationnés à la BRALIMA. Quelques ougandais restent sur la 15ème avenue pour divertir leurs adversaires au moment où leurs collègues se faufilent via Pumzika vers la rivière Tshopo où M. WAMBA est embarqué dans une pirogue. Au retour du FOURTEEN pour tenter de reprendre la 15ème, les  burundais s’interposent; ce face-à-face qui dura 50 minutes aura permis à M. WAMBA de rejoindre la SOTEXKI qu’il a atteint dans un état d’extrême épuisement.

-         Les combats du Cercle SOTEXKI se sont déroulés principalement dans l’enceinte de la concession et les alentours immédiats. Les éléments rwandais et burundais s’étaient déjà infiltrés dans le quartier de l’usine depuis le début de la matinée. L’attaque a commencé par le portail principal du quartier résidentiel. Connaissant leurs adversaires - qu’ils avaient par ailleurs formés - les ougandais se sont plutôt déployés en sens inverse, c’est-à-dire vers le verger. C’est de ce côté en effet que devait venir le coup fatal. Des obus en quantité sont tombés sur les résidences  dont les habitants ont eu la vie sauve grâce à la solidité du béton sous la toiture. Ont été particulièrement touchées la résidence de M. RIDJA, Directeur Général, la  résidence de M. LOKO et celle de M. MWAMBA, respectivement Directeur du personnel et Sous-Directeur à la maintenance. Au plus fort des affrontements, tous les habitants du quartier résidentiel se sont retranchés chez le Directeur Général. Ils y étaient au nombre de 56 personnes dont les femmes et les petits enfants. Il y a eu autour de 200 morts à la SOTEXKI.

-         Le Cercle AEROPORT-FORESTIERE : C’est le cercle où les combats ont été les plus meurtriers (pas moins de 400 morts), les deux armées s’affrontant à ciel ouvert. Les villageois des Km 17 et 21 ont été sommés de déménager depuis le vendredi 13 août. Il en est de même de ceux de km 6 et 10. Ce grand cercle comprenait deux petits cercles juxtaposés, l’un autour de l’Aéroport (km 17), l’autre autour de la FORESTIERE (km 13). La stratégie rwandaise visait, en plus de prendre le contrôle de l’aéroport de Bangboka, couper le centre-ville de la FORESTIERE qui en constituait le centre de ravitaillement. Si le premier objectif ne fut pas atteint - sauf qu’aucun renfort ne pouvait atterrir - le deuxième fut un succès. En effet, les éléments ougandais déployés en ville ont été isolés de leur Quartier Général et plusieurs ont replié au Palm Beach par manque de munitions et de renforts. Comme pour la SOTEXKI, les rwandais ont attaqué LA FORESTIERE par l’entrée principale avant que les combats n’éclatent dans la forêt qui prolonge la carrière des pierres. Une partie de la concession du Petit Séminaire de Mandombe s’est retrouvée entre deux feux.

-         Le mardi 17, les éléments du CICR/Kisangani ont été requis pour le ramassage des corps non sans une injonction discriminatoire : priorité aux corps rwandais, puis congolais et enfin ougandais. La population a été invitée par la voie des ondes - bien avant la fin des combats - à venir contempler la décomposition des corps ougandais, comme préfiguration de ce qui lui arriverait en cas d’entêtement.

VICTIMES

         Il est précoce de préciser le nombre et l'identité des morts vu que certains corps ont été évacués avant le cessez-le-feu. En plus, certaines zones comme la Forestière et les environs de l'Aéroport restent interdits d'accès. Néanmoins d'après nos renseignements, il y aurait autour de 650 morts chez les militaires et une trentaine des civils. Voici quelques cas parmi les victimes civiles.

-         M. KASILIKA, 19ème trans, n° 48, Kabondo;

-         M. ASOMBA, fils de Mr KASILIKA, 19ème trans, n° 48, Kabondo

-         M. Pascal AGAMA, résidant à l'immeuble RENAPI, Makiso; il a été abattu au bâtiment de GTER par les miliaires congolais;

-         M. YOUSSOUF, un homme d'affaires ougandais, parent à la famille présidentielle ougandaise;

-         M. SIMON, appelé Inspecta, 1ère avenue TSHOPO; c'est un détraqué mental, abattu par les militaires ougandais au moment où il traversait leurs positions;

-         ABUBAKAR, chef d'atelier de la menuiserie du Centre Simama;

-         Un monsieur à Lubunga;

-         Un mécanicien abattu par un militaire congolais sur la 8ème armée devant l'Auditorat Miliaire;

-         Mme KIKONGI, habitant Commune Kisangani, tuée par une balle perdue;

-         Un monsieur qui se rendait au moulin au Plateau Boyoma, abattu par les militaires rwandais, puis habillé en tenue militaire avant d'être évacué,

-         Trois jeunes gens abattus par les militaires rwandais dans le Quartier Matete, commune de Mangobo;

-         Une maman, vendeuse de la viande de porc au marché central, tuée dans les environs du marché le dimanche en début d'affrontements;

-         Un monsieur, victime d'une mine anti-personnelle au km 6 sur la route de l'aéroport (Bangboka);

-         Un jeune garçon, victime d'une grenade placée devant la porte de sa maison au km 6 sur la route de l'Aéroport (Bangboka);

-         Une femme, tuée au Plateau Boyoma; elle résidait à côté de l'Institut BALEKOMOSO;

-         Une dame abattue derrière la pharmacie Wembophar;

-         Une cultivatrice, avenue Baluba, Commune de Lubunga (Rive Gauche);

-         Un vendeur des Etablissements Kitumba abattu à bout portant par un militaire congolais cherchant à piller dans la famille où l'infortuné avait trouvé refuge.

Il y a eu une centaine de blessés parmi les civils.

11.  Cessez-le-feu et dégâts

Les hostilités prennent fin le mardi 17 août vers 14 h 00. C'est tard à la fin de la journée que la population de Kisangani apprendra la décision du cessez-le-feu prise par les Chefs d'Etat du Rwanda et de l'Ouganda à l'issue de leurs pourparlers à Moya, en Ouganda.

         Les dégâts consécutifs aux combats concernent la destruction des immeubles publics et privés ci-après :

-         SOTEXKI : les installations ont été massivement soumises à l'artillerie légère et lourde du 15 au 17 août 99.  La principale unité de production à savoir le département de finissage avec son primordial accessoire la chaudière centrale, a été gravement endommagée. Après la signature du cessez-le-feu, les militaires rwandais et burundais se sont livrés, du 17 au 20 août, à un pillage systématique des installations de cette société. Ce pillage a notamment touché toute la production réalisée et autres outillages de maintenance, tous les bâtiments administratifs (bureaux cassés, documentations détruites ou emportées, fournitures de bureau, autres matériels informatiques sabotés ou emportés, la caisse centrale cassée, espèces emportées) et le Centre médical. La valeur de la production pillée (plus de 300 ballots de tissu) peut être estimée à 500.000 $.

-         Banque Centrale : vitres cassées et façades criblées de balles à la suite des affrontements; archives détruites ou emportées; espèces emportées; matériel de bureau et appartements saccagés; biens meubles volés.

-         Hôtel Congo Palace : propriété de l'INSS[1], c'est l'unique hôtel à trois étoiles de la ville. Son aile droite a été fortement touchée par des obus.

-         Hôtel Wagenia, propriété privée : toute la façade avant défoncée, vitres brisées, hall d'entrée défait, appartements et studios saccagés, biens meubles et documents emportés.

-         Hôtel Palm Beach : vitres et clôture cassées, toiture touchée.

-         Résidence Mgr. MONSENGWO : portes, fenêtres et façade avant endommagées, 1 ordinateur détruit; accessoires d'une voiture et appareils volés.

-         Plusieurs bâtiments endommagés : Cristaleau, Belect, Peugeot, Bissan, Procure des Missions, Bakam, Hôtel des Postes, Union des Banques Congolaises (UBC), Villas du Quartier résidentiel de la SOTEXKI, Centre Médical SOTEXKI, Bâtiment (et extension) St Laurent, Institut Maele, CADECO, Hotel Zambeke, Le Solidaire, Résidence Président Groupe Justice et Libération, Résidence Kalisa, Immeuble Kilima, GTER, Mantasera, Mosquée de Kisangani, NOGUEIRA, Maison du Sacré-Cœur, Bureau du Groupe Canadien de Travail sur le Congo (GCTC) , SHELL et bâtiment contigu à SHELL sur le Boulevard du 30 juin, Bâtiment SGA, diverses maisons dans les alentours de l'Etat Major, de l'hôtel Palm Beach, de l'hôtel Wagenia, etc.

5) INSS : Institut National de Sécurité Sociale.

12.  Après le cessez-le-feu de MOYA

Depuis la fin des hostilités, l'insécurité bat son plein dans la ville de Kisangani. Dès 18 h 00', la circulation est inexistante à certains endroits, comme dans la commune de la Makiso. Les hommes en uniforme et d'autres inciviques opèrent chez les particuliers comme ce fut le cas pour le presbytère de la Paroisse Ste Famille, le Centre de Santé MUNGANO, AMEXBOIS, MAELE, etc.

Les cas d'exactions sur les routes ont augmenté, surtout à LULA,  au km 26 (route Opala), sur le Fleuve (entre Kisangani et Isangi), aux marchés riverains DJUBU-DJUBU et IAT, au pont Tshopo (route Buta), etc.

Les lieux d'affrontements sont parsemés de bombes non encore éclatées. Cinq bombes déjà répertoriées à la SOTEXKI  n'ont pas encore été désamorcées malgré les appels des Forces congolaises d'être saisies.

Certaines personnes ayant approché M. WAMBA ou ses collaborateurs pour de raisons de sympathie ou de curiosité se cachent par peur de représailles. Plusieurs compatriotes qui ne partagent pas l'idéologie du RCD/GOMA sont victimes d'interpellations et de menaces. C'est le cas de :

-         M. Dismas KITENGE, Président du Groupe Lotus, interpellé au D.S.R. le 23 août 99.

-         Le Dr. Léon KINUANI, Chef d'Antenne de l'O.M.S. pour la Province Orientale, interpellé au D.S.R. le 25 août pour expliquer le but du voyage d'une délégation de l'ONU le 22 août 99 à Kisangani.

-         M. Claude OLENGA, Pasteur-catéchète de l'Eglise Catholique, et 10 étudiants, mis aux arrêts au D.S.R. le 25 août.

-         M. Théophile MBUYI, journaliste à la Radio Liberté, arrêté le 22 août  à l'aéroport de Bangboka alors qu'il terminait son reportage sur le séjour de la délégation onusienne qui venait de s'envoler pour GOMA.

-         M. Célestin KOSEKE, commerçant, arrêté au D.S.R.

-         M. TABIN, Membre du RCD/Kisangani, arrêté au D.S.R.

-         M. Coco MOZAGBA, arrêté au D.S.R; il est accusé d'avoir hébergé des soldats ougandais dans leur résidence.

-         Membres du Groupe Justice et Libération (François ZOKA, Jean-Pierre BADIDIKE, Pierre KIBAKA) fortement menacés par les autorités militaires et administratives au cours de différentes réunions de sécurité dont celles du 15 et du 20 août.

-         Des menaces pèsent sur certains membres de services de sécurité et militaires congolais soupçonnés d'être en intelligence avec l'aile WAMBA sur base de leur appartenance ethnique ou de leur passé professionnel. D'autres ont été purement et simplement limogés.

Ce climat d'insécurité et de menaces est corroboré par des faits suivants :

-         Commission spéciale de sécurité : les services de sécurité ont mis en place un dispositif policier pour interpeller et arrêter des personnes considérées comme suspectes par le RCD/Goma. Ce dispositif est supervisé par des officiers rwandais et exécuté par 5 inspecteurs congolais suivants :

  • M. Léonard ROKAMBOLE FARIALA (Chef de division opérations et actions)
  • M. Baudouin KOMISA (Chef de division contre espionnage)
  • M. Léon BAYIKUKIA (Chef de division du Secrétariat)
  • M. MITSHABU (Chef de division de l'administration)
  • M. LEON (Chef de division des Investigations).

-         Discours triomphaliste : après l'arrêt des combats le 17 août 1999, les politiciens et militaires du RCD/Goma ont sillonné la ville pour fêter la "victoire". Ils ont tenu devant les marchés publics des meetings populaires où sans gêne ils clamaient la bravoure de leurs soldats. Ils ont culpabilisé la population d'être responsable des affrontements pour n'avoir pas obéi au RCD/GOMA qui lui demandait de se désolidariser de M. WAMBA et de se désillusionner de la puissance militaire ougandaise. Le même discours a été repris sur les ondes de la RTNC et ceci pendant plusieurs heures.

-         Exposition des corps : les soldats rwandais, burundais et congolais ont exposé les corps de plusieurs soldats ougandais tombés sur le champ de bataille pendant longtemps au centre - ville. Certains corps autour du marché et sur la 8ème armée ont même été dévorés par les chiens. Les émissions spécialisées de la RTNC ont vanté l'exposition des corps comme un message à la population pour qu'elle ne se mette plus au travers de la route du RCD/GOMA.

-         Question Toleka : Les tolekistes (vélo-taxi) ont été interdits de circuler dans la ville après les affrontements pour, semble-t-il, avoir été complices des ougandais et de M. WAMBA. Les Toleka sont pourtant l'unique moyen de transport dans la ville (600.000 habitants) en même temps qu'ils constituent le gagne-pain de nombreuses familles (environ 2.000 vélo-taxi circulent dans la ville et nourrissent plus de 10.000 personnes). La mesure a été levée sous condition de ne plus se mêler de la politique. 

-         Mission de clarification : les Chefs d'Etat Major des armées rwandaises et ougandaises ont séjourné à Kisangani du 19 au 20 août. Ils avaient  pour mission d'établir les responsabilités dans les affrontements et d'arrêter les modalités pratiques du cessez-le-feu.  Ils sont répartis sans daigner se pencher sur les conséquences que la guerre de leurs armées a créées pour la population.

-         Mission de l'ONU : une mission de l'ONU a séjourné à Kisangani le 22 août pour évaluer les J.N.V. et les besoins humanitaires à la suite des affrontements entre les alliés du RCD. L'agenda de 4 heures imposé à cette mission par le RCD/GOMA ne fut pas propice à une bonne évaluation au bénéfice de la population qui se sent abandonnée par la Communauté Internationale.

-         Traumatisme de la population : de mémoire des boyomais, Kisangani n'a jamais connu  une guerre si intense et sans interruption pendant 3 jours durant lesquels les deux parties tenaient avec acharnement sur leurs positions. Des détonations à l'arme lourde ont été incessamment entendues. La population, surtout les enfants, en a gardé un grand traumatisme jusqu'à ce jour de telle sorte qu'à la moindre rumeur d'affrontements et en une lueur de secondes les rues se vident. L'exposition des corps et l'incrimination de la population ont amplifié ce traumatisme. La population continue à craindre la reprise des affrontements vu que les deux armées creusent encore des tranchées et reçoivent des renforts.

-         Destruction des installations de pêche aux Chutes Wagenia : des militaires rwandais et congolais ont détruit les échafaudages en bois montés par les riverains des Chutes Wagenia dans le cadre de leurs techniques traditionnelles de pêche. Il est reproché à ces riverains d'avoir, après le cessez-le-feu,  guidé les militaires ougandais postés à la Mosquée Centrale dans leur repli vers la FORESTIERE.

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