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A propos des inondations à Kinshasa d'Amani Kwako

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Odiho Lambert Opula

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Bien cher Amani,

Accepte mes felicitations pour la pertinence de ton article concernant le sujet repris en marge. Je me limiterai a ajouter quelques observations susceptibles de nous aider dans le questionnement sur ce drame qui accable nos familles aujourd'hui.

Les conditions dans lesquelles s'est opere l'etalement urbain sur le site de Kinshasa contribuent a faire generer des apports d'eau importants sur le debit du fleuve Congo. Cependant, il importe de relativiser le role joue par les rivieres urbaines (Ndjili, Kalamu et Makelele) sur le relevement spectaculaire, actuel, du niveau du fleuve.

En effet, notons qu'en face de Kinshasa les eaux du fleuve ont constitue un lac fluvial (le pool Malebo) dont la largeur varie entre 25 et 30 km, sur une quarantaire des km, avant de se retrecir au fur et en mesure qu'elles approches les rapides de Kisuka. Avec une montee qui a atteint 5,43 m hier (mardi 31 nov.) dans la soiree, ceci correspondraient a un apport de 5,43m x 27500m x 40.000m = 5.973.000.000m3 dans le seul Pool Malebo, ce qui serait hors de la portee du bassin de collecte des nos riveriere-egouts urbaines.

Pis encore, les crues exceptionnelles ne s'observent pas uniquement dans le seul secteur du pool, elles le sont au contraire jusque tres loin au Nord aux embouchures des rivieres Kasai et Oubangi (entre 800 et 1000 km). Ce qui previlegie l'hypothese d'une augmentation exceptionnelle de l'intensite des averses dans la region de la Cuvette centrale. La remontee constatee de l'onde vers l'amont de toutes les rivieres de Kinshasa vient confirmer la chose, c'est-a-dire qu'elles ont plutot plus recu du fleuve qu'elles n'en ont deverse. Ceci constitue-t-il un indice de changement climatique? Tout est possible, mais il faut noter que tout augmentation de la pluviosite ne denote pas necessairement un changement de climat, car les cas des variations cycliques sont souvent obseves, bien que les retombees des devastations forestieres et de la pollution industrielle en Occident nous en apportent de trop avec des phenomenes comme El-Ninyo.

Si l'hypothese d'une variation cyclique dans l'ensemble de la Cuvette centrale congolaise est retenue, des lors on pourra noter que ceci constitue malheureusement le momentum pour sa manifestation, car cette cuvette congolaise s'etend jusqu'a concurrence de 2/3 dans l'hemisphere nord et 1/3 au sud. Par le jeu de l'inversion climatique, actuellement c'est sa partie nord qui est sous la saison des pluies dont le maximum s'observe d'habitude entre novembre et decembre.

Il reste que l'idee de prendre des mesures locales pour minimiser les apports locaux vaut son pesant d'or. Je pense ici au drainage du chenal et aux travaux de genie pour restituer une declivite minimale aux profils longitidinaux des cours d'eau afin d'augmenter la vitesse de charriage et eviter ainsi l'ensablement, pour autant qu'on cesse de s'en servir comme des egouts naturels.

Cependant, ce changement de mentalite ne peut avoir lieu que si les municipalites, sinon le pouvoir metropolitain, atteingnaient un certain niveau d'efficience dans l'organisation de la collecte des dechets menagers et leur destruction pour ne pas parler du recyclage.

Par ailleurs, le recours aux mesures de protection du sol (plantation des paspalum) va certainement avoir une incidence positive sur le rythme d'ensablement des rivieres urbaines, bien que leur faible pente au centre de l'agglomeration demeurre un facteur limitant. Cependant, le succes de cette methode est a lier au retablissement des drains, de fortune soient-ils, car les filets d'eau auront tendance a se reunir autour des portions des terrains restes denudes, et dans le cas des tissus fortement densifies comme ici, ce sont les constructions et les rues non asphaltees qui seront emportees.

Devont-nous rester impuissants devant ce drame qui se deroule parmi les notres? Dans l'urgence, il n'y a pas malheureusement grand chose a faire pour stopper la montee des eaux, parce qu'il n'y a pas d'ouvrages prealablement conçus pour une telle lutte dans le milieu. Seules des actions humanitaires d'evacuation, reinstallation provisoire et encadrement des sinistres doivent etre prises et elles les sont malgre les contraintes. Mais l'apres catastrophe appelle une vraie politique de relocalisation des populations dont les habitations sont situees dans les limites des hautes eaux. Il faudra donc des terrains non oneureux pour les sinistres et des actions au moins elementaires de viabilisation du nouvel habitat, sans recreer le phenomene des generaux et des minisres sinistres comme a la vielle epoque.

Ceci revient a dire qu'il faudra a tout prix etablir une zone de non aedificandi qui s'etendra jusqu'a la limite des hautes eaux pour eviter la repitition de la crise. A long terme, il faudra envisager la possibilite d'endiguer la montee des eaux dans les zones ou les basses altitudes s'etendent loin a l'interieur de la terre ferme, donc de la ville.

L'etablissement de cette servitude publique est une pratique courante dans les pays qui ont une tradition de la lutte contre les eaux, comme le Danemark, la Suede,l'Italie, la France et dans une certaine mesure les Etats-Unis. En France, elle s'etend jusqu'a 100 m au dela de ligne des hautes eaux, aux Etats-Unis, le gouvernement federal interdit l'attribution des compensations aux sinistres ou des subsides a tout ouvrage non indispensable a la collectivite, qui soit construit a l'interieur de la servitude. Soit dit en passant, partout, cette zone interdite est l'objet des amenagements collectifs relatifs a la recreation riveraine (plages, promenades-pietonnieres, pistes cyclables, club nautiques...), pour autant que la qualite environnementale de l'eau le permette.

La determination de la ligne des hautes eaux pourraient poser des problemes dans le cas de Kinshasa, compte tenu de l'absence des observations hydrologiques etalees sur une periode respectable (au moins 60 ans). En effet, les crues exceptionnelles peuvent survenir meme 50 ans apres les dernieres. Le drame actuel de nos familles de Kinshasa en est un exemple, parce que nos compatriotes nous informent que les innondations du genre remontent aux annees 1960-64.

Enfin, je crois que la construction d'un barrage de stockage de l'excedent d'eau, le cas echeant, est une technique propre aux rivieres de puissance moyenne. Ce n'est pas pour un quasi-bras de mer comme le fleuve Congo ou l'Amazone que cela pourrait tenir. Tout au plus, pourrions-nous penser a la canalisation (a long terme) d'une partie de l'eau pour l'irrigation dans le Kwilu et dans le Kwango ou s'observe un deficit des precipitations pour les cultures et l'elevage. Ceci serait aussi un prelude pour l'exportation de l'eau du fleuve vers les regions arides de l'Afrique australe. Seulement, voila! Le prelevement des quantites importantes d'eau sur le plan d'eau du fleuve, en amont du barrage d'Inga pourrait nous etre prejudiciable en periode des basses eaux, etant entendu la certitude d'une demande accrue en Afrique australe ou ce projet est etudie depuis 1995.

Voici, cher ami Kwako, ce que j'avais a ajouter a ton interessant article.

Opula Lambert,

Quebec, Canada.

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