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SIMA-KIVU
a.s.b.l.
Soutien
aux Initiatives des mouvements Actifs au Kivu
Notre
association SIMA-KIVU (Soutien aux Initiatives des Mouvements Actifs
au Kivu) est une organisation de droit belge qui fonctionne depuis 9
ans. Elle sert d’interface aux organisations de la Société civile
du Kivu avec différents partenaires en Europe pour le développement
du Congo et en particulier des trois régions du Kivu : le
Nord-Kivu, le Sud–Kivu et le Maniema.
Elle
a également pour objet de promouvoir une véritable solidarité avec
les populations de ces régions et de défendre leurs droits contre
toute violation, entendue au sens des conventions internationales
relatives aux droits humains.
Dans
le passé, notre association a participé activement à la recherche
des solutions durables aux problèmes de développement. Elle a
entrepris une série de réflexions et d’actions en rapport avec les
conflits ethniques et fonciers, notamment lors de la guerre du Masisi
(au Kivu) en 1993. Ces analyses ont permis d’attirer l’attention
des responsables aussi bien nationaux qu’internationaux sur les conséquences
de la crise qui était en train de se développer en Afrique centrale,
en insistant davantage sur l’inadéquation et les limites des
solutions militaires aux conflits.
A
ce titre, nous voulons traduire l’opinion des populations du Kivu
concernant l’"Accord de cessez-le-feu en République Démocratique
du Congo" conclu à Lusaka le 10 juillet 1999.
En
effet, une année après la deuxième invasion étrangère qui a imposé
des souffrances supplémentaires aux populations du Congo, le
Gouvernement de la République et ses alliés (l’Angola, le
Zimbabwe, la Namibie) se sont mis d’accord avec les pays agresseurs
du Congo (le Rwanda, l’Ouganda) et les factions « rebelles »
à leur solde aux fins d’arrêter l’offensive et d’opérer le
retrait de toutes les armées étrangères du territoire congolais.
Dans cet accord, il est également prévu d’organiser entre
congolais un dialogue national qui doit aboutir à la réconciliation
nationale, la formation d’une armée nationale et la mise en place
d’un gouvernement d’union nationale en vue de rétablir l’unité
et la souveraineté de l’Etat et de doter le pays des structures démocratiques.
Avant
tout, nous tenons à apprécier l'effort qui a conduit à cet accord
bien qu’à certains aspects il ressemble à un marché de dupes.
Nous
pensons que s’il est respecté et imposé effectivement à tous, ce
sera déjà un premier pas dans le sens de la volonté des
populations du Congo, qui ont tant souffert depuis 1996 de la
guerre d’occupation et qui n’ont cessé de demander à la
communauté internationale d'arrêter cette agression.
C’est
la raison pour laquelle les populations des territoires occupés à
l’est du pays intensifient des pressions pour que le deuxième
groupe « rebelle », à savoir le RCD, se soumette lui
aussi à l’accord et que le Rwanda et l’Ouganda cessent de
l’utiliser pour le torpiller.
Nous
réalisons que l’« Accord de cessez-le-feu » contient
des omissions et des contradictions graves concernant beaucoup de
points importants qui risquent d’en compromettre le succès et de
conduire à une impasse, à l’instar des accords d’Arusha ou de
Luanda.
Nous
pensons qu’il est possible de régler ces points au moment de
l’application de l’accord si l’on veut réellement aboutir à la
paix en République Démocratique du Congo et en Afrique centrale.
C’est ainsi que nous nous permettons d’apporter quelques
suggestions susceptibles de contribuer à améliorer les voies de
solution qu’il a ouvertes.
I.
Omissions
a.
Le Burundi est l'un des pays
belligérants qui ont agressé le Congo. Ses forces
armées opèrent dans le territoire congolais à Kalemie, Fizi,
Uvira, Makobola et participent aux massacres des populations locales.
Ce pays n'est pas partie prenante à l'accord. Cela signifierait-il
qu'après le cessez-le-feu avec les autres parties concernées, le
Burundi restera en guerre avec le Congo ?
b.
Concernant les groupes armés :
1.l'accord
dénie au peuple congolais, en particulier aux populations du Kivu, le
droit inaliénable à la résistance contre toute occupation étrangère.
En effet, tout en faisant semblant d'oublier les « Mayi-Mayi »,
il tend à assimiler ces derniers aux génocidaires et autres rebelles
étrangers en utilisant des insinuations pour le moins pernicieuses
suivantes : «(…) les Ex-Forces Armées Rwandaises (ex-FAR), l’ADF, le LRA,
l’INRF II, les milices interahamwe, le FNA, le FDD, le WNSF, le NALU,
l’UNITA, et toutes autres
forces ».
Pourtant,
la résistance civile congolaise qui à son sein a des volontaires
connus sous l’appellation de « Mayi-Mayi » lutte pour
l’intégrité du pays et la dignité humaine des populations
congolaises face aux massacres, déportations et humiliations
quotidiennes de celles-ci ainsi qu’au pillage systématique des
ressources économiques de l’Etat par les armées d’occupation et
leurs collaborateurs.
2.l’accord
omet également de citer expressément parmi les groupes dangereux,
les milices connues sous la dénomination de « l’armée des banyamulenge ».
Un groupe qui partage la même idéologie que les interahamwe et qui sème
la mort dans les rangs des populations civiles des régions convoitées
par le Rwanda.
c.
S'agissant des milliers de civils congolais qui ont fui dans
les pays voisins, ceux qui sont déplacés à l’intérieur du pays
et d’autres qui errent dans la brousse à cause de la guerre,
l’accord ne se soucie guère de leur sort, pas plus qu’il ne se
soucie des nombreuses victimes congolaises, ni du droit de leurs
familles qui réclament justice. L’Accord aurait-il pour objectif de
consacrer l'impunité ?
d.
En ce qui concerne les dommages énormes (déportations,
pillages des ressources du sol et du sous-sol, destructions, etc.)
causés à l'Etat congolais du
fait de l'occupation, l'accord reste muet quant aux réparations.
D'après cet accord, il semble que le Rwanda et l'Ouganda n’aient aucune responsabilité !
II. Ambiguïtés
a.
L’accord de Lusaka vise à restaurer la légalité en recourant à
l’illégalité :
-
il prévoit qu’il sera mis en application sous la Haute
autorité des Nations Unies, sans qu’il prenne en compte la résolution
1234 du
Conseil
de Sécurité qui enjoint aux armées étrangères « non
invitées », le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, de
quitter immédiatement le Congo. L’accord aurait-il dès lors la
suprématie sur le droit international ? Invalide-t-il par le
fait même la résolution 1234 ?
-
d’un côté, il réaffirme « l’intégrité
territoriale et l’inviolabilité des frontières nationales telles
qu’héritées à l’indépendance » et de l’autre côté
il affirme que les armées étrangères, même non invitées, ne
devront commencer leur retrait que six mois après le rétablissement
de l’autorité administrative de l’Etat sur l’ensemble du
territoire national, lui-même ne
devant intervenir que trois mois après les négociations
inter-congolaises. Ceci a pour conséquence de consacrer la
partition du Congo, et de prolonger l’occupation et les souffrances
des populations ;
-
en différant le rétablissement de l’autorité de l’Etat
sur toute l’étendue du Congo après le dialogue inter-congolais et
en reconnaissant en même temps la liberté de circulation comme il
l’a décidé, l’accord aura entravé cette même liberté. En
effet, actuellement les documents administratifs ainsi que diverses
autorisations sont gérées par les forces d’occupation qui ont même
procédé au découpage territorial dans certaines régions du pays.
La circulation tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays
sera entravée par l’existence des documents administratifs différents
émanant d’un même pays mais délivrés par des autorités
distinctes. Au delà des querelles pour le pouvoir, les Congolais ont
le droit de jouir sans attendre de toutes les libertés reconnues à
tous les citoyens des pays du monde.
-
il prévoit que « rien
dans cet Accord ne devra, en aucune manière, nuire à la souveraineté »
de la République Démocratique du Congo et en même temps il tranche
sur une question aussi importante que la nationalité, question
relevant de la souveraineté de chaque Etat et devant être traité
par un parlement élu.
b.
Un des objectifs visé par l’accord de Lusaka semble être
l’établissement d’un Etat de droit au Congo et le partage du
pouvoir avec la « rébellion » qui sert d’agent à
l’occupation étrangère. Mais, on n’a pas la même exigence pour
les gouvernements du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda. On ne leur
demande pas d’instaurer un système démocratique et de partager eux
aussi le pouvoir avec leurs rébellions respectives. L’accord
vise-t-il à protéger les dictatures militaires établies dans ces
pays en bannissant leurs oppositions armées ?
c.
Quant aux causes de la guerre au Congo, l’accord feint
d’ignorer que bien que la crise congolaise ait des causes internes,
la grave crise qui se joue sur le territoire congolais a son épicentre
dans les pays voisins et est antérieure aux conflits politiques entre
congolais. Au fait, les meurtrières querelles ethniques au Rwanda et
au Burundi, les oppositions armées en Ouganda, les guerres en Angola
ont leurs causes propres et devraient être appréhendées à la lumière
des éléments qui leur ont donné naissance. N’est-il pas injuste
d’en faire payer le prix aux seuls congolais ?
d.
Aux termes de l’accord, l’Armée Nationale Congolaise devra
résulter de la fusion entre les
Forces Armées Congolaises, les troupes du R.C.D. et du M.L.C.
Mais, par quel mécanisme identifiera-t-on les étrangers rwandais,
burundais et ougandais constituant l’essentiel des troupes de
ces « rébellions » ? Faute d’avoir prévu ce mécanisme,
on risque de se retrouver à nouveau avec un chef d’état major étranger,
comme ce fut le cas avec le rwandais James Kabarebe qui a essayé
de prendre le pouvoir au Congo par un coup de force.
e.
D’après l’accord, les membres des milices et des groupes
armés ne pourraient bénéficier d’aucune mesure d’amnistie dans
le cas où ils sont « des suspects
du crime de Génocide ». Que prévoit-il donc pour les
auteurs des crimes contre l’humanité commis à Makobola, Kasika,
etc., que l’ONU considère dans son récent rapport sur les droits
de l’Homme au Congo comme pouvant être qualifiés d’actes de génocide
et dont elle demande que les auteurs soient jugés et punis par un
tribunal indépendant?
f.
L’accord prévoit également l’organisation d’« un
dialogue national sans exclusive, visant à aboutir à la réconciliation
nationale ». Mais, il en aura exclu les résistants
Mayi-Mayi (la seule force vive qui ait jusqu’à présent essayé de
protéger les populations civiles contre les massacres du RCD) et les
autorités du pouvoir coutumier (les seules à détenir une légitimité
incontestable) vivant en clandestinité dans la résistance avec leurs
populations, sans lesquels aucune réconciliation concernant le Kivu
n’a de chance d’aboutir.
III. Propositions pour une
paix véritable
Dans
le cadre de l’application de cet accord :
1.
les positions défensives occupées par les vrais résistants
Mayi-Mayi qui défendent les populations congolaises et contrôlent la
plupart des localités rurales au Kivu doivent être intangibles, en
vertu des articles 1er et 3ème relatifs au
cessez-le-feu et aux principes de l’accord ;
2.
après démobilisation des enfants soldats et des adultes enrôlés
de force, l’armée nationale doit être constituée par des
congolais se trouvant dans toutes les forces combattantes, y compris
les résistants Mayi-Mayi qui le souhaiteraient ;
3.
tous les suspects de crime de génocide au Rwanda et des crimes
contre l’humanité commis à Makobola, Kasika, etc., doivent sans
exception aucune être traduits devant le tribunal international d’Arusha
ou la juridiction de tout Etat ;
4.
le RCD et le MLC n’ayant pas l’adhésion populaire dans les
territoires occupés, une place équivalente dans les négociations
inter-congolaises et le débat national doit être accordée aux
autorités du pouvoir coutumier, aux délégués de la résistance armée
et à d’autres leaders locaux qui exercent une influence réelle sur
les populations de ces territoires ;
5.
la tâche de désarmer les groupes armés considérés comme
dangereux doit exclusivement revenir à la force des Nations-Unies
pour le maintien de la paix, car il faut éviter que les troupes
d’occupation ne profitent de l’occasion pour commettre à nouveau
sur les populations locales des massacres comme ceux qu’ils avaient
perpétrés à Makobola, Kasika, Kabare, Walungu, Butembo, Masisi,
Goma, etc. ;
6.
dans tous les cas, la mission de désarmement ne devrait pas être
confiée aux pays d’occupation du fait que les armées monoethniques
du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda ont souvent assimilé les
populations congolaises à l’ethnie qu’elles combattent dans leurs
pays ;
7.
le désarmement des groupes armés devrait être effectué sans
recourir à la violence parce que le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda
qui occupent le territoire congolais depuis deux ans sous le prétexte
de poursuivre les bandes armées et d’assurer leur sécurité aux
frontières n’ont pas réussi à les neutraliser par la force.
Il faut en outre craindre que le désarmement par la violence
n’amène ces mêmes groupes à prendre en otage les populations
locales et à s’en servir comme bouclier humain ;
8.
le dialogue avec les groupes armés devrait donc être privilégié
étant donné que le recours à la force a maintes fois montré ses
limites ; sinon quelle violence armée faudra-t-il déployer pour
désarmer un mouvement comme l’UNITA que l’accord place sur pied
d’égalité avec une simple bande armée ?
9.
pour rendre possible la participation au dialogue national et
effectif le droit de chaque congolais à se déplacer sur l’étendue
du territoire national, tous les prisonniers politiques doivent être
libérés. L’intégrité physique, la liberté d’association,
d’expression et d’opinion, doivent impérativement être garanties
à toutes les personnes, y compris les membres des organisations de la
société civile indépendantes et tous ceux qui ne partagent pas
l’opinion du gouvernement, ni celle des groupes « rebelles »,
ni encore celle des partis politiques dits démocratiques ;
10.un
« Commissariat général permanent et indépendant pour le Kivu »
devrait être mis en place, avec comme mission de favoriser la
cohabitation ethnique et d’aider à trouver une solution définitive
à la problématique de la nationalité qui a perduré dans cette
partie du Congo et qui concerne tant les Hutu que les Tutsi
originaires du Rwanda et du Burundi ;
11.des
mesures d’amnistie et d’ouverture aux systèmes démocratiques
garantissant les droits fondamentaux et les libertés de tous les
citoyens doivent être prises dans tous les pays de l’Afrique
centrale. De cette façon, il sera possible d’amener toutes les rébellions
étrangères à quitter définitivement les forêts du territoire
congolais pour aller participer à la vie politique de leurs pays,
comme cela est prévu pour la rébellion qui se dit congolaise.
Fait
à Louvain-la-Neuve, le 14 août 1999.
Pour
SIMA-KIVU, a.s.b.l.
ses
administrateurs,
Déocard
KARHAMBA
Eric BAHATI
Louvain-la-Neuve,
le 14 août 1999.
A
Monsieur le Président
de la République Démocratique
du Congo
à
Kinshasa / Ngaliema
PAR
PORTEUR ET PAR VALISE DIPLOMATIQUE
Monsieur
le Président,
Concerne :
L’Accord de cessez-le-feu de Lusaka
Nous
vous prions de trouver ci-joint une
note de synthèse que notre association a établie pour
traduire l’opinion des Congolais du Kivu à propos de l’ « Accord
de cessez-le-feu en République Démocratique du Congo » conclu
à Lusaka le 10 juillet 1999.
Ce
document contient quelques suggestions que nous vous remercions de
bien vouloir prendre en considération lors de l’application dudit
accord.
Veuillez
agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de
nos sentiments patriotiques.
Pour
SIMA-KIVU a.s.b.l.,
ses
Administrateurs,
Déocard
KARHAMBA
Eric BAHATI
Transmis
par Emmanuël Nashi
Chers amis,
Je vous ai envoyé la note de synthèse de SIMA-KIVU concernant les accords de
Lusaka. Vous avez constaté que figurait à sa suite un modèle de lettre
d'accompagnement.
J'avais oublié de préciser que la même lettre a été envoyée aux
chefs-d'Etats Africains ci-après : de la R.D.Congo, mais aussi du Rwanda, de
l'Ouganda, du Burundi, de l'Angola, du Zimbabwe, de la Namibie, de la RSA,
du Togo, du Cameroun, d'Egypte, de la Lybie, du Tchad, de la Zambie, de la
Tanzanie, de l'Erythrée, du Soudan, de l'Algérie, de l'Ethiopie...
Elle a également été envoyée à ces autres pays : France, Belgique, Espagne,
Italie, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne, Saint-Siège, USA, Canada,
Chine, Russie..., ainsi qu'à la commission Européenne, à l'ONU, à l'OUA, à
la SADEC...
Merci d'en prendre acte.
Emmanuël Nashi. |
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