|
LE
PAN-AFRICANISME DE MOUAMMAR KHADAFI VAUT-IL LA PEINE DE S'IMPLIQUER ?
Oui, mais…
LETTRE
OUVERTE AU COLONEL
MOUAMMAR KHADAFI PRÉSIDENT DU CONSEIL DE LA RÉVOLUTION
Au chef du
commandement de la Révolution Libyenne
Son
Excellence le Colonel Mouammar al-KADHAFI
à TRIPOLI
/ LIBYE
-------------------------
<<Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, ô grand peuple libyen !
Pour accomplir ta libre volonté, pour réaliser tes précieuses
aspirations, pour répondre pleinement à tes appels au changement et
à la purification, exigeant le travail et l'initiative et brûlant
d'un désir de révolution et de combat, tes forces armées ont anéanti
le régime réactionnaire, arriéré et décadent…
Ô vous qui
avez été les témoins de la guerre sainte… qui avez mené le bon
combat … ô vous, fils de la steppe, fils des anciennes cités, des
honnêtes campagnes, ô fils des villages… l'heure du travail est
venue. En avant!>>
Mouammar
al-Kadhafi, le 1 septembre 1969 -
Radio- Benghazi
Excellence
Al Kadhafi,
Par la présente
lettre ouverte, j'aimerai vous remercier pour votre amour et votre
dernière initiative pour notre Chère Afrique et je profite de cette
occasion pour m'adresser à la jeunesse africaine et à ceux qui ont
l' âge de l'OUA , qui devraient avoir leur mot à dire. Comment
l'Afrique pourrait-elle s'unifier sans leur concours?
La jeunesse africaine devrait contribuer à la relance du continent, qui est également le leur.
Comme
Africain, fédéraliste et panafricaniste
d'origine congolaise, je suis concerné par votre projet de créer
les Etats-Unis d'Afrique, car votre initiative peut provoquer un effet
d'entraînement salutaire pour la République Démocratique du Congo,
le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda, l'Angola, le Congo-Brazaville…
Monsieur le
Président du Conseil de la Révolution, me permettrez avant d'entrer
dans le vif du sujet : D'attirer votre attention sur la tragédie congolaise et l'état
de guerre qui prévaut et secoue l'Afrique centrale en général
depuis plus d'une année.
Un regard
sur le sommet extraordinaire de l'OUA à Syrte nous renvoie une triste
réalité. C'est à peine que vous avez parlé de la guerre qui déchire
le Congo-Kinshasa et ses voisins. Pourtant le projet des Etats-Unis
d'Afrique qui nous tient à cœur ne peut se réaliser sans le
concours de la RDC, en raison de sa position géopolitique d'un État
charnière sur le continent et ses potentialités économiques qui
l'ont toujours fait citer parmi les grands pôles économiques du développement
de l'Afrique.
En 1960,
Franz Fanon, avec un génie prémonitoire, écrivait : << le
Congo est la gâchette de l'Afrique>>. Une gâchette qui
pourrait bien se tourner contre ceux-là mêmes qui l'ont armée.
Monsieur le
président, une opinion assez répandue, plus ou moins nettement
exprimée , veut que les peuples africains établissent une sorte de
clivage entre l'Afrique des peuples et l'Afrique officielle, et
partant entre, l'OUA des peuples, qui reste à construire, et l'OUA
des chefs. Cette OUA-là, c'est une
réunion de gens, soit
disant présidents qui n'ont aucun mandat des populations dont ils se
targuent être Chefs, qui s'insurgent contre le capitalisme et les impérialismes
de tous bords, mais continuent à quémander argents et aides; contre
la course aux armements, mais affament leurs peuples pour acheter les
armes; contre les Occidentaux gaspilleurs, mais gaspillent en dépenses
de prestige ou se servent dans les caisses de l'État; de leaders qui parlent d'indépendance,
mais obéissent aux banquiers Suisses, qui vont soignent un mal de
dent à Paris, Washington.
Bref, les
jeunes Africains veulent agir et créer, les jeunes Africains
d'aujourd'hui ne veulent ni asservissement ni dictature, ils
veulent émancipation. La jeunesse africaine souhaite ardemment
l'abolition des régimes dictatoriaux
et l'avènement au
pouvoir , dans toute l'Afrique, des présidents issuent des urnes
comme Thabo Mbeki, Mathieu Kérékou… La démocratie est le seul
salut pour l'unité africaine, les peuples africains doivent
participer à la construction de cette union, car la démocratie est
la capacité qu'a toute société, à un moment historique donné, de
faire un compris acceptable entre l'intérêt des individus et l'intérêt
commun.
Monsieur le
Président, à l'heure où l'Afrique centrale est aux prises avec un
conflit sanglant, comme tout Africain en général et Congolais en
particulier, je suis frappé par le rituel qui rythme chacune
des rencontres annuelles et des conférences extraordinaires
des chefs d'État et de gouvernement africain.
Les
multiples résolutions qui y sont adoptées
et dont certaines relèvent plus d'une rhétorique que d'un
engagement formel (c'est notamment le cas pour tragédie qui se déroule
au Congo Kinshasa) résonnent comme en écho d'un <<sommet
>> à l'autre et paraissent obéir à une règle à laquelle ne
peut déroger l'instance suprême de l'organisation panafricaine.
Il est vrai
aussi qu'une réunion du
type de celle de Syrte est une des rares occasions pour l'Afrique de
se retrouver, d'oublier sinon de dépasser les contradictions qui la
traversent, de mettre surtout en évidence la communauté de destins
et d'intérêts des États qui la composent.
Mais pareil
propos que d'aucuns peuvent à juste titre qualifier d'optimistes ne sauraient
masquer les échecs parfois cinglants enregistrés par l'Organisation
panafricaine depuis quelques années
et l'éloignement progressif de l'idéal panafricain qui avait
été le ciment de l'édification
de l'OUA en 1963.
Encore
qu'avec le temps et les tristes événements comme ceux de la Région
des Grands Lacs on mesure combien était en fait grand le fossé séparant
ceux qui, en 1963,
voyaient dans l'Organisation continentale un
premier pas vers la constitution d'une Afrique unie et les
autres qui, au contraire, ne la percevaient que comme un instrument de
l'affirmation et du renforcement de leur souveraineté nouvellement
acquise.
Cette
ambiguïté originelle et les faibles moyens dont était dotée
l'Organisation panafricaine fournissent une explication partielle aux
carences actuelles. C'est vrai notamment du maintien de la paix sur le
continent où l'Organisation s'est avérée impuissante à régler les
conflits majeurs comme ceux
de l'Angola , du Rwanda (génocide de 1994), du Burundi, Congo
Brazaville, la République Démocratique du Congo. Dans chacun des
cas, l' OUA a fait étalage de ses divisions et dans la meilleure des
hypothèses elle a trouvé un refuge dans la politique de fuite en
avant caractérisée entre autres par la convocation sans cesse reportée
d'un sommet extraordinaire ou encore dans la mise
sur pied de missions de médiation ou autres groupes ad hoc
dont le nombre finit par confiner à la confusion.
Aujourd'hui,
l'urgence des problèmes auxquels est confrontée l' Afrique rend dérisoire
le sempiternel débat sur le point de savoir si l' OUA doit demeurer
ce qu'elle est actuellement: une simple organisation de coopération,
ou passer au stade d'une organisation d' intégration comme l'ont
toujours souhaité les tenants du PANAFRICANISME. Trente-six ans après
sa création , l'OUA a su résister à de multiples pressions
centrifuges . Quelles que
soient les vicissitudes traversées par l'OUA, celle-ci continue à
faire figure de dernier recours. En témoignent le souci constant chez
la plupart des dirigeants africains d'éviter l'irréparable et le
refus obstiné d' endosser la responsabilité de la désagrégation de
l'OUA.
L'Organisation
de l'unité africaine doit prendre
conscience et dès lors se donner les moyens politiques de
relever les deux défis majeurs auxquels elle a à faire face. Sur le
plan économique, il s'agit de rechercher courageusement les moyens de
renverser le cours d'une évolution qui risque à terme de déboucher
sur une catastrophe et de définir une stratégie commune et
offensive. Sur le plan politique, l'Afrique doit montrer sa capacité
de mobilisation contre les régimes dictatoriaux et se convaincre qu'à
condition d'en avoir la volonté politique, elle est en mesure de se
prendre en mains avec une jeunesse qui a soif de relever le défi.
Pour
accomplir cela, il n'y a pas d'autre issue que LE DIALOGUE.
L'Afrique a
besoin a besoin d'une unité plus réelle, vécue entre les peuples,
quelles que soient leurs origines et leurs étiquettes (Congolais, Nigérians,
Libyens, Béninois…) C'est cette unité qu'il faut reconstituer à
long terme, et surtout avec le concours des peuples africains, par la
négociation et la réflexion, pour aboutir à des ensembles plus
viables, au lieu de s'accrocher à ce qui n'est qu'un héritage étranger(les
frontières coloniales), donc non enraciné dans la culture africaine.
On dira ce qu'on voudra, l'OUA fait la force de toute l'Afrique, les
États membres de l'OUA, pris individuellement, sont peu respectés
dans le monde. C'est pourquoi, je suis d'accord avec vous Camarade
Kadhafi, excusez, Monsieur le Président, nous devons absolument
aujourd'hui valoriser la citoyenneté africaine. La solidarité
proprement politique est plus nécessaire que jamais. Cela ne veut pas
dire que cette solidarité est facile. En fait elle n'a jamais été
facile, l'Afrique centrale est là pour en témoigner.
Nous ne
devrions ni refuser de faire face à nos responsabilités politiques,
ni abdiquer notre rôle
dans les conflits qui déchirent l'Afrique centrale en particulier. Et
en ce qui a trait à l'unité africaine, il faut songer aux formules
de l'unité africaine. En
ce que qui me concerne, je suis adepte du fédéralisme. Comme
Edem Kodjo, l'ancien secrétaire général de l'OUA et l'historien
Cheikh Anta Diop, je plaide pour le fédéralisme : Pour la réalisation de l'unité par pôles fédérateurs,
accrochant un certain nombre
de pays à celui qui a
une vocation plus grande à jouer le rôle de pilote.
Dans
l'interview qu'il a donné au quotidien sénégalais le Soleil Cheikh
Anta diop a dit: <<devant l'ampleur de nos échecs, l'État fédéral
a une chance; tous les États sont endettés et personnes ne peut
rembourser; l'Afrique a été incapable de conserver des acquis tels
que l'AOF et l'AEF, les États nains n'étant plus viables, même l'égoïsme
lucide milite en faveur d'une Afrique fédérée>>.
Aujourd'hui,
nous, les Africains du Nord au Sud, de l'Est à l'ouest, sommes à la
recherche d'un nouvel espace commun qui concilée appartenance commune
et pluralité. Nous avons à la fois besoin de sentir nos racines et
de nous ouvrir toujours davantage au voisin et au monde. Comment y
arriver ?
Monsieur le
Président du Conseil de la Révolution, aujourd'hui plus que jamais
l'Afrique a besoin de vous. Oui, je reconnais ,comme la plupart des
Africains, que vous avez fait beaucoup pour l'Afrique sur le plan matériel,
J'assure que tout ce que vous avez fait pour le Tchad, le Niger, le
Burkina Faso, Le Burundi, la République Démocratique du
Congo…risque d'être méconnu parce que, pour les hommes fiers,
aucun bien ne compense la perte de la liberté.
Excellence
al Khadafi,
Au nom de
Dieu, le Clément, le Miséricordieux, ô grand peuple Africain! Pour
accomplir ta libre volonté, pour réaliser tes précieuses
aspirations, pour répondre pleinement à tes appels au changement et
à la purification, exigeant le travail et l'initiative et brûlant
d'un désir de révolution et de combat pour l'unification de
l'Afrique, …
… ô
vous, fils de la steppe, fils des anciennes cités, des honnêtes
campagnes, ô fils des villages… l'heure du travail est venue. En
avant pour l'unité de l'Afrique !
Al l'aube
de l'an 2000, l'unité de l'Afrique est une nécessité économique et
politique, c'est une nécessité
pour le développement du continent.
Pour
avancer et passer aux actes, je suggère à Monsieur le Président de
fixer avec les représentants réels des africains (Chefs coutumiers
et soultants ) le contenu et la durée des étapes à franchir en vue
de l'unification du Continent.
Je
demanderai aussi à Monsieur le Président de songer à mettre sur
pied un fonds qu'on nommeraiT par FONDS MOUAMMAR Al
KADHAFI POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION.
Je
proposerai un autre modèle de la construction de l'unité africaine
que j'appelle déjà PLAN
MOUAMMAR AL KADHAFI que je suis tenté à calquer sur le << PLAN
MARSHALL>>.
Le
fondement du plan était simple : laisser les Européens définir un
programme pour coordonner leur propre reconstruction, les Etats-Unis
se chargeant d'octroyer les fonds et les prêts nécessaires à
l'achat des matériaux.
L'objectif
du plan Mouammar Kadhafi devrait être l'unification de l'Afrique par
le dialogue, afin de favoriser l'instauration de conditions politiques
et sociales dans lesquelles des institutions libres
pourront émerger.
Monsieur le
Président, chers frères et sœurs africains, je terminerai cette
lettre en disant seulement l'enjeu actuel est celui-ci : comme
Africains, sommes-nous capables de faire des projets communs ?
Ce qui soulève la question de l'individualisme autant que
celle du pluralisme.
Nous sommes
peut être à la veille de voir le jour où la primauté de la
personne prendrait le pas, ce qui constituera un grand un très grand
progrès pour l'avenir de l'unité de notre continent. Car les valeurs
démocratiques se seront affirmées, développées.
En guise de
conclusion, permettez-moi, Monsieur le Président d'adresser un petit
message à mes frères et sœurs de la République Démocratique du
Congo et notre Cher Président Mzee Kabila.
Monsieur le
Président, frères et sœurs, si les Congolais, nous tous les
Congolais, avons la détermination d'aller à marches forcées, vers
les objectifs que nous nous sommes librement fixés, nous devrons nous
rappeler que les immenses richesses de la République Démocratique du
Congo sont, pour le peuple congolais, un atout précieux en même
temps que l'objet de très fortes convoitises; que, de par sa
situation géographique, par sa culture et son histoire, par sa
composition ethnique, le peuple du Congo-Kinshasa
est indissolublement lié aux autres peuples de l'Afrique en général
et de l'Afrique centrale en particulier avec lesquels il est condamné
à réaliser plus que l'unité politique, condition sine qua non de
notre survie en liberté comme Africain, dans un monde de géants
cruellement impitoyables et atrocement égoïstes.
<<
Les héros de l'histoire sont des personnes qui
ont fait des sacrifices pour des causes d'une haute
signification>>, c'est ce que je retiens de la pensée de
Mouammar al -Kadhafi de son Livre Vert sur l'histoire, la société,
la famille…,pourquoi pas sur le projet des Etats-Unis d'Afrique!
Pour ma
part, je suis prêt à travailler pour la paix et l'unité de
l'Afrique (Etats-Unis d'Afrique), une paix juste et honorable, une
unité sincère et équitable dans la diversité.
ALLAH
AKHBAR !
Montréal,
le 10 septembre 1999/09/12
Lucien
Mandjandja Naki
Activiste
Africain
E-mail
: nakim@hotmail.com
Montréal
(Québec) Canada
Tél. / Fax
: (514) 593 0403 |