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Professeur de
Tibeiro,
Je vous
remercie pour votre réaction à mon texte.
Il me faut cependant avouer que je ne suis pas sûr de
comprendre le point de votre réaction.
Pour
commencer, je ne comprends pas pourquoi vous vous sentez
personnellement visé par ce texte.
Ensuite, je ne comprends pas par quelle logique, vous pensez
refuter mes arguments
en livrant à la communauté des internautes des informations
personnelles, intéressantes et impressionantes,
certes, mais sans pertinence pour le sujet du jour. Par exemple, les
23 diplômes sur 23! C’est en effet une performance fort louable.
Mais quel lien avec l’objet de la discussion?
Pourquoi
croyez vous nécessaire d’affirmer que vous gagnez honnêtement
votre vie? Personne, en
tout cas pas moi dans mon essai ne prétend le contraire. Qui vous
accuse d’afficher des ambitions politiques? Pas moi! Qui vous prête
l’intention de travailler pour le régime que vous qualifiez d’illégitime?
Pas moi?
Par la suite,
vous affirmez ne pas supporter une incorrection dans mon texte.
A quelle incorrection faites vous précisément allusion?
A l’affirmation qu’il y a une différence entre la
connaissance théorique d’un sujet et sa maitrise pratique? A
l’affirmation que le savoir et le pouvoir ne sont pas liés mécaniquement
ou automatiquement? A l’affirmation qu’il faut se méfier de
l’effet de halo, qui donne à tort l’impression que la maitrise
pratique d’un domaine s’étend à la maitrise pratique d’autres
domaines? C’est tout ce que mon essai tentait
d’illuster et de défendre. Je n y suis manifestement pas
parvenu.
Vous vous
accrochez au syndrome du kalaki, que vous qualifiez sans la moindre
argumentation (même pas une esquisse d’argumentation) de sornettes.
Le syndrome du kalaki n’est pas une maladie honteuse, mais un
outil conceptuel opératoire que j’utilise pour rendre compte
d’une réalite, corroborée par l’histoire passée et récente.
S’il s’agit de sornettes, je suis disposé à ecouter votre
démonstration, et à renoncer, le cas échéant, à cette notion.
Comme vous, je
préfère avoir à la tete du pays un intellectuel competent et…
plutôt qu’une nouille (encore que les nouilles, puisqu-il faut
utiliser votre mot, ne
sont pas toujours celles que l’on croit ni où on les croit).
Comme vous, je crois que le pays ne peut pas être dirigé par
le magouillage, comme vous dites.
Comme vous, je crois (et j’ai même écrit dans le texte en
question) que certains intellectuels peuvent se livrer à la
politique, sous certaines conditions de simple bon sens.
Où est la
différence alors? D’abord,
contrairement à vous, je crois que si les intellectuels ont en effet
une fonction d’éducateurs, ils ne peuvent valablement et
efficacement remplir cette fonction que s’ils s’éduquent eux
memes d’abord, notamment au contact des autres, et certainement pas
en pratiquant la politique du
terrorisme de la pensée et de l’arrogance tout-terrain.
Ensuite, il me semble que la différence provient du fait que
vous ne voulez pas comprendre que, face à l’agression et au pillage
dont notre pays est victime, la priorité stratégique pour tous les
congolais est de chercher les voies et moyens d’y mettre un terme,
de faire front commun derrière le gouvernement pour rétablir la
souverainete nationale et l’intégrité territoriale.
Vous ne voulez pas comprendre qu'’l y a une différence entre
le Chef de l’Etat et les principes sacrés qui font de nous un pays
et une nation. Vous ne
pouvez pas comprendre qu’on peut s’opposer à l’agression dont
le pays est victime sans pour autant être un kabiliste aveugle. Vous
ne comprenez pas que les véritables enjeux de cette guerre ont peu à
voir avec Kabila, mais presque tout à voir avec la volonté rwandaise
et ougandaise d’orienter la destinée de notre pays et de contrôler
nos richesses, sans doute comme butin de guerre ou rançon pour nous
avoir appuye dans la rébellion anti-mobutiste.
Et cela, chose plus grave, alors que
les ougandais eux mêmes ne s’en cachent pas et l’affirment
avec fanfaronade.
Ce que je ne
comprends pas, moi, c’est que vous ne compreniez pas cela!
Meilleures salutations.
Pierre Mangila |