La réconciliation
des leaders |
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Pierre Mangila |
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La réconciliation nationale est à l'ordre du jour.
Tout le monde en parle, tout le monde la souhaite. Mais de quelle réconciliation parlons-nous en fait?
Que recouvre le qualificatif "national"? Renvoie t il aux différents groupes ethniques qui compose la nation
congolaise? Que je sache, les Batetele ne sont pas en guerre contre les Bayansi ni les Mongos contre les
Ngbaka?
La vérité est qu'il s'agit en fait d'une réconciliation des leaders, des prétendus tels et des
prétendants. Certains souhaitent cette réconciliation pour tenter de reconstruire le pays; d'autres la
souhaitent pour avoir leur part du gateau.
Parmi ces leaders, il y en a deux qui ont déjà leur place dans l'histoire: Tshisekedi, pour avoir fait
partie d'un mouvement qui a osé remettre en question la suprématie du MPR, pour avoir su galvaniser les
espoirs de changement de la très grande majorité des
congolais; Kabila, pour avoir fait partie d'un mouvement qui a pu mettre fin au régime de Mobutu,
pour avoir su galvaniser les espoirs de changement de la très grande majorité des congolais.
Ces deux leaders courent cependant le risque de voir leurs noms associés à tout jamais à leur rendez-vous
manqué avec l'histoire pour avoir raté l'occasion de faire la différence au moment où il le fallait alors
qu'ils le pouvaient.
La liste des erreurs politiques de Tshisekedi est longue et bien connue; une des plus récentes, et non
des moindres étant son attitude face à l'invasion de notre pays. Il en est de même des erreurs de Kabila
qui sont regulièrement débattues sur le net.
Ces deux leaders gagneraient en stature politique et en portée historique s'ils commençaient le dialogue
inter-congolais entre eux, si la réconciliation se faisait entre eux, chacun mettant de côté ses
ambitions personnelles; tous les deux se mettant d'accord sur le minimum que réclame le peuple: la
paix, la fin de la guerre des chefs, l'amélioration des conditions de vie, la dignité du Congo et des
congolais, etc.
Le fameux dialogue intercongolais partirait du bon pied si Kabila et Tshisekedi ou leurs lieutenents y
allaient le coeur en paix et réconciliés comme compatriotes visant l'intérêt supérieur de la nation
et non comme des assoiffés du pouvoir pour le pouvoir.
Comme adversaires politiques peut être, mais pas comme ennemis.
Je rêve? Peut être! Mais si ce rêve est partagé par plusieurs congolais, ne peut -il devenir réalité?
N'est ce pas un rêve qui mérite d'être rêvé?
Il doit y avoir dans l'entourage de ces messieurs des personnes qu'ils écoutent. Il doit y avoir des
personnalités civiles ou religieuses neutres qui peuvent les forcer à se parler et à se mettre d'accord
sur l'essentiel avant le Débat.
Ces messieurs n'entreront pas dans les oubliettes de l'histoire. L'histoire africaine ne les oubliera pas
de si tôt. Mais que retiendra cette histoire d'eux? Des gens qui ont commencé à construire la citadelle
Congo et qui l'ont laissé s'ecrouler ou même ont
contribué à la détruire, alors qu'ils pouvaient achever la construction d'un Congo fort, prospère; et
respecté?
Le Président Carter écrit dans ses mémoires, à propos des tractations du Camp David entre Sadate et
Beghin, qu'à un certain moment, alors que tout espoir d'accord était perdu, il a eu une conversation privée avec
l'intransigeant Beghin. Ils se sont mis à parler de
leurs enfants; Begin a sorti de sa poche la photo de sa petite-fille et l'a montrée à Carter. Et puis il a
soupiré: je vais signer cet accord de paix; pour ma petite-fille: Car je veux que Israel connaisse un
jour la paix.
Messieurs Kabila et Tshisekedi, quel Congo voulez-vous laisser à vos petits enfants? Un congo dépécé comme
un vieil éléphant pourri sur lequel des chacals voisins viennent cracher et se disputer chacun son
morceau? Un Congo où n'importe quel aventurier ayant
de l'argent peut fomenter une rébellion dans son coin en enrollant ses frères ethniques? Un Congo où
l'assocation des parents d'élèves dans une école organise une cotisation dans l'enceinte de
l'acole pour aller corrompre les correcteurs des examens d'Etat?
Un Congo où les intellectuels ne se sentent acomplis qu'en occupant des postes politiques, ministériels de
préference? Un Congo où un Kyungu peut le plus officiellement du monde et le plus publiquement du
monde chasser un groupe ethnique d'une province et se retrouver le lendemain avec des responsabilités
nationales? Un Congo où les salaires de la fonction publique ne sont pas payés, où les moteurs de
l'économie sont en panne, où le papier de la monnaie vaut plus que la monnaie, un Congo devenu la risée
internationale, un Congo qui recule alors que le reste de l'Afrique avance, même à petits pas?
Je préfère m'arrêter!
Pierre Mangila
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