B. Ngudiankama M.: Siècle très amer pour le Congo!
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Corneille Kazadi |
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Cher monsieur Bernard Ngudiankama Manseka,
Votre intervention est émouvante et me touche et surtout nous interpelle tous en ce moment difficile que traverse encore et jusqu'à quand notre
pays. Dans tous ces malheurs du Congo, ma position est très simple: il faut la démocratie. La démocratie c'est comme la peur, il faut la vaincre
pour la conquérir. On ne peut pas se tromper avec la démocratie, comme on ne peut pas tromper sa peur.
Du 30 juin 1960 à aujourd'hui, en excluant les années 60-65 où l'on a connu un semblant de démocratie, le Congo est resté loin de la démocratie.
Les didactures se succèdent et se ressemblent toutes. Elles sont toujours armées, elles exercent et savourent avec joie la privatisation des droitsde l'Homme les plus élémentaires.
De Léopold II à Kabila, en passant par la colonisation belge et Mobutu, le Congo, notre grand pays est toujours traité comme une propriété privée,
certains diront, un fait privé. Depuis 1885, l'oppression, l'injustice et les frustrations sont restées d'actualité. Le peuple congolais a été avili,
humilié, anémié et spolié dans l'indifférence la plus totale des Grandes Puissances ou précisément à cause d'elles. Même l'O.N.U. a aidé à complexifier
le contexte et la situation (c'est sous et avec l'O.N.U. qu'il y a eu la sécession katangaise, la sécession sud-kasaïenne, le massacre de bakwanga la
mort de Lumumba...). La démocratie demeure pour tous les dirigeants un concept étranger et lointain dans leur représentation sociale du pouvoir.
Un luxe! Tous ont fonctionné avec des armes, des bottes, le fouet et les promesses..., dans 80 ans..., dans 5 ans..., dans 2 ans..., au grand dam de la
population délaissée à elle-même.
Les Grandes Puissances, l'O.N.U. et nos dirigeants ont tous entretenu l'encroûtement, le délaissement généralisé de l'État, l'érosion de ses capacités
administratives, la privatisation des fonctions et le pillage systématique des ressources économiques.
Lorsque Kabila arrive avec ses bottes, ses armes et ses tudogo, le Congo traversait depuis quelques années, la pire crise de son histoire politique. Notre
pays, certes, dévasté par le déspotisme de Mobutu, a su tout au long de cette crise montrer le courage, la témérité et la non-violence. Les 32 ans de
Mobutu avaient été catastrophiques à tous les égards: économique, politique, social et moral. N'importe quelle situation nouvelle paraissait alors préférable
et n'importe quel chef de guerre aurait pris le pouvoir qui était à ramasser et ramassable.
Kabila, que personne et alors personne n'avait appelé, arrive. On a cru qu'une page sanglante et ténébreuse de l'histoire de notre pays était tournée mais non!!
Il arrête tous les processus de démocratisation mis en place par la Conférence Nationale Souveraine qui a fait, en dépit des difficultés que nous savons, un
travail formidable de construction démocratique. En deux mois, on a assisté à l'interdiction des partis politiques, la base de la démocratie, à des règlements
des comptes, à des arrestations arbitraires et à l'escalade des exécutions sommaires. Bref, en l'absence de la démocratie.
L'analyse de la situation me conduit à trois solutions: la première est celle de faire l'autruche, c'est la logique de guerre, subir et attendre 30 ou 40 ans
pour qu'un autre Moise de guerre, avec ses bottes et ses armes, vienne déloger Kabila. Et l'on
recommence!! La deuxième, celle de l'arroseur arrosé et la plus courte que nous vivons aujourd'hui, celle de faire comme lui, entrer dans la rébellion par ses propres méthodes et stratégies, lui montrer comment faire autrement
de la rébellion et comment réagir à partir de l'intérieur comme réagissait Mobutu quand lui Kabila était en rébellion dans les montagnes. Hélas dans cette solution,
Kabila est face non pas à une rébellion trafiquante comme la sienne mais face à trois néo-rébellions: une rébellion bourgeoise (Bemba Jean-Pierre), une rébellion
fonctionnelle et fonctionnaliste (Wamba Ernest) et une rébellion méthodique et pragmatique (Ilunga Émile). C'est une solution qui ressemble à la première et qui nous
mène tout droit à la partition du pays. J'avais pensé à un certain moment que Kabila allait maîtriser la rébellion prurielle mais c'était sans compter avec deux
apprentissages qu'il doit faire: celui de la démocratie, lui qui a été toujours nourri aux mamelles des maquisardes, et celui de combattre ses pairs rebelles.
La troisième solution, c'est celle de beaucoup de congolais(e)s, qui veulent du bien du Congo, je la fais mienne car elle tend à chercher voies et moyens pour la
construction de la démocratie, seule façon de développer notre pays. "La libération" (AFDL) est une chose, l'État de la démocratie et des libertés publiques en est
une autre. La démocratie est constitutive de la liberté, elle constitue des valeurs dont il faut créditer un État autant que les facteurs d'appréciation traditionnelle
(taux de croissance économique, sécurité, niveau de vie des habitants).
Pour une vraie démocratie, il faut un minimum de préalables dont le bien-être, le mieux-être et l'instauration d'un État des droits. L'instauration de la démocratie
passe par la mise en place d'un vrai projet sociétal, la relance de l'économie, la recréation des liens sociaux rompus et la réconciliation de toutes les filles et
de tous les fils du pays dans la dignité.
Mon cher Ngudiankama, à l'heure de la mondialisation et de la globalisation, pour sortir de la préhistoire politique, pour qu'il y ait un vrai débat d'idées, un vrai
débat public pour des raisons naturelles et pour construire un avenir durable en cette période de turbulence autour du développement et de la bonne gouvernance, il faut
la démocratie, le seul chemin vers la liberté de notre pays. Une démocratie congolaise à nous, basée sur nos valeurs et nos réalités et non dictée par la démocratie
occidentale, vieille, fatiguée, marquée par des affaires de pédophilie, des affaires de corruption, des fraudes aux élections, des affaires des votes obligatoires (le
contraire même de la démocratie) et j'en passe!
Cher Bernard Ngudiankama Manseka, nous sortons d'un siècle dur et amer pour le Congo et j'ai peur si jamais nous n'adhérons pas à la démocratie, que nous entrions l'échine
courbée dans un nouveau siècle qui sera très très dur et très très amer pour les congolais(es).
Bonjour chez vous!
Corneille Kazadi
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