Armand Song:
Lumumba muleliste ou Mulele lumubiste? |
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Corneille Kazadi |
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Cher Armand Song Songhi,
Pour faire suite au livre de Ludo Martens, à ta recherche du général
Olenga, à ta question de seconde vie de Lumumba et surtout aux écrits de certains
"blancs". Voyez-vous cher ami Armand, les Ludo Martens, Pierre
Davister, Colette Brackman, Jean-Louis Remilleux, Jean Stengers et j'en passe, sont
des "congolistes" et c'est parfois difficile de discuter avec eux car ils ont
le génie de connaître tout sur le Congo pour avoir fait un petit tour dans le
Kwilu, pour avoir questionné des taximen à Kinshasa, rapproché les londonniennes sur le
boulevard du 30 juin à Kinshasa, pour avoir mangé le cabri à Matongue-City, les voilà
investis historiens politiques du Congo. J'étais à Kinshasa au Memling, et ma voisine
était une congoliste et était en amour fou avec JDM et aujourd'hui, elle est toujours
en amour fou mais avec LDK, suivez mon regard!
Ludo Martens (1985) trouve que Lumumba et Mulele sont l'un, une première vie et
l'autre, une seconde vie pour la simple raison que "Lumumba et Mulele assassinés, on
n'a jamais trouvé leurs corps" (admettons, mais on nous annonce lugubrement qu'il y a
deux dents de Lumumba à Bruxelles).
Pour ma part, Lumumba et Mulele n'ont rien de commun, si, peut-être des vues à tendance
socialisante ou communisante.
C'est plus complexe que cela. Tenez:
Le 11 mai 1968, Mulele est en pleine difficulté dans le village de Kimpuni, dans le Kwilu,
il remet trois lettres à la délégation venue de Brazzaville et conduite par Dieudonné
Ndabala, accompagné d'un certain Musimbiriki, membre du Parti Congolais du Travail. Les trois lettres
vont l'une à Brazzaville, une deuxième au maquis de Laurent (pas encore Désiré) Kabila et la
dernière à Gizenga. Avant de se quitter, Mulele bave sur les lumubistes, il n'a pas été tendre:
"- les lumubistes sont à l'extérieur depuis 1963, je pense surtout à ceux de Brazzaville. Ils ne
se sont jamais donné la peine d'établir la liaison avec nous qui sommes au maquis.
- les lumubistes à l'extérieur ont eu la chance de pouvoir envoyer des hommes à l'étranger pour
qu'ils y reçoivent une formation. Ils n'ont jamais songé à acheminer ces cadres à l'intérieur du
pays où nous en manquons." (Martens, 1985, p.302).
Quand, de retour de la Table Ronde, Lumumba fonde le M.N.C. avec Joseph Ileo, Joseph
Ngalula, Cyrille Adoula, Alphonse Nguvulu et Maximilien Liongo, Mulele, qui n'était pas à la Table Ronde, puisqu'il était
chez madame Blouin à Conacry, traite le M.N.C de parti catho, au service des belges.
Pierre Mulele se disait être pour les paysans, Lumumba n'était pas paysan, il était semi-fonctionnaire,
évolué, président des évolués de Kisangani! En matière de la paysannerie et de la bourgeoisie, il y a un
écart!
Le contact de Lumumba et Mulele était orageux et même Mulele était très réticent quand il a rencontré Lumumba,
il était accompagné de Gizenga. Martens (1985) note que Mulele ne voulait pas discuter ave quelqu'un (entendez
Lumumba) qu'il jugeait trop compromis avec les Belges.
Le rapprochement de Lumumba et Mulele est de nature trop électoraliste, Le M.N.C. ayant obtenu 34 sièges et le PSA
de Mulele 13 sièges, c'était une bonne alliance, plutôt pseudo-alliance car Mulele et le PSA ont fait alliance avec
l'ABAKO sur des thèses fédéralistes et Lumumba étant unitariste (c'est ce qu'il disait), On ne peut pas mélanger les
soupes. Mulele a élaboré avec l'ABako, un projet de la République Fédérale du Congo, c'est bien loin des idées de Lumumba,
Mulele affichait déjà la République du Congo Occidental.
À la Table Ronde, on n'a vu ni Mulele, ni Gizenga et pour la petite histoire, Lumumba n'allait pas y être non plus car il était
en prison (pour des raisons qui n'ont rien à faire avec la politique) et comble de l'histoire, il y a eu un certain Mobutu
Joseph Désiré, étudiant à l'Institut sociologique Solvay qui a fait du boucan pas possible auprès des organisateurs pour qu'on
libère Lumumba et qu'il participe à la Table Ronde. Ceci explique-t-il peut-être cela! Kasavubu (qui a fait l'école buissonnière
souvent pas là, souvent à Liège), Kalonji et Tchombé, contents, Kamitatu qui repréésentait le PSA de Mulele, conseillé par mme
Spitaels, personne n'a levé son petit doigt pour qu'on libère Lumumba.
Voilà, cher ami Armand, quelques points qui montrent que Mulele était loin de Lumumba et je doute qu'il soit la seconde vie de ce
dernier. Pensez-vous que Mulele avait boudé le poste de l'Éducation Nationale et préférait celui de la Défense et Lumumba pouvait
bien le lui donner mais il a préféré le garder à lui tout seul. Méfiance!
Corneille Kazadi
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