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La francophonie allophone ou une face cachée de la francophonie d’inspiration québécoise

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Dr Paul Mulemeri Kanamby

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La configuration du Canada contemporain est la résultante de la victoire militaire de la France d’abord, de l’Angleterre ensuite, sur les Amérindiens et les Inuits, premiers habitants de ce pays. Battus et après avoir perdu la plupart des leurs, ces derniers n’avaient plus voix au chapitre. Ce privilège devenait, comme partout ailleurs, l’apanage des nouveaux maîtres. L’histoire ne faisait que répéter l’adage du poète français Jean De La Fontaine sur le sens de la justice et du droit en faveur des nantis.

Cette propension ethnocentrique à exercer sa domination sur l’autre étant dans la nature de l’espèce humaine, cette problématique est universelle et aussi vieille que le monde. La rétrospective sur l’histoire de l’Humanité révèle, en effet, que ses annales sont, à travers les âges, jalonnées de rivalités incessantes des humains en quête d’un pouvoir à exercer pour soi, au détriment de ceux qu’on perçoit comme différents et qu’on a vaincus d’une manière ou d’une autre. De l’individu préhistorique à l’individu post-industriel, en passant par le nomade, l’espèce humaine a entrepris de s’auto-congratuler et de définir les autres en fonction de l’image nombriliste qu’il a de lui-même et de celle qu’il se fait des autres en conséquence de la sienne propre.

La référence historique de deux peuples fondateurs du Canada sur laquelle repose le socle de la dynamique de l’orientation politique du Québec et du Canada s’inscrit dans cette logique. Celle-ci a effacé, d’un trait, le passé des premiers habitants de ce territoire, pour imposer le point de vue de descendants des colons européens venus principalement de la France et de l’Angleterre, comme si les premiers occupants de cette aire géographique qu’est devenu le Canada n’avaient pas de mémoire collective et d’antériorité et que l’authentique histoire de ce pays n’a vraiment commencé qu’avec l’arrivée de ces colons! 

Il est vrai qu’on réserve, dans les documents officiels, une place particulière aux premières nations. Mais, alors, pourquoi, à défaut de  consacrer à ces premiers habitants la prérogative attributive de droit de préemption, ne leur accorde-t-on pas, au-delà de cette reconnaissance, le même privilège que celui que se sont octroyé les descendants des colons, à savoir celui d’être considérés et traités comme un des peuples fondateurs, avec tous les avantages qui s’y rattachent?

Sans chercher, à ce stade-ci de notre réflexion, à prendre sur nous la responsabilité de répondre à cette question que nous  laissons délibérément ouverte pour que chacun donne son interprétation, nous  tenons néanmoins à rappeler que, lorsqu’ils  sont en position de force, et advenant qu’il y ait des concessions à faire à ceux qu’ils considèrent comme différents, les humains ne concèdent généralement que si et seulement si ces concessions se révèlent  compatibles avec leurs intérêts. Dans le cas contraire, ils recourent à des mesures contraignantes auxquelles doivent se soumettre « les capitulards ».

La francophonie québécoise que nous nous proposons d’analyser ici et à laquelle nous avons accolé l’épithète allophone pour des raisons objectives sur lesquelles nous allons nous étayer, loge à la même enseigne que ce schéma que nous venons de décrypter. Résultat historique des conquêtes militaires sur les Amérindiens et les Inuits, elle ne découle pas d’un compromis entre les premiers habitants, les vaincus, et les descendants des colons français, les vainqueurs; elle traduit plutôt les rapports de force qui sous-tendent, depuis, la dynamique socio-politique de la société établie sur l’entité géographique que constitue le territoire québécois. Cela dit, définissons d’abord historiquement et épistémologiquement ces termes qui peuvent sembler à première vue à un calembour ou à un concept énigmatique.

Fondement historique

Nous savons tous, et nous l’avons noté plus haut, que le Canada contemporain a été conquis des mains des Amérindiens et des Inuits par la France et l’Angleterre et que c’est pour cette raison que les descendants des colons venus de ces deux pays se considèrent depuis comme peuples  cofondateurs du Canada. En conséquence de cette perception, ils ont établi chacun, dans leur espace géographique respectif, le système socio-politique, culturel et économique qui leur est familier, c’est-à-dire propre à chacun dans sa particularité. Ainsi, la partie du pays habitée par les descendants d’Anglais devenait anglophone et celle occupée par ceux de Français, territoire francophone.

Certaines régions ayant hérité par endroits de ces deux systèmes, à un moment donné au cours de l’évolution de leur histoire, c’est notamment le cas du Québec et du Nouveau-Brunswick, cette présentation ne doit pas être prise au pied de la lettre; elle se veut plutôt une esquisse indicative de la tendance générale. C’est ainsi que s’explique notamment la forte présence de la minorité anglophone au milieu de la majorité des descendants des colons français, au Québec, à Montréal, fief de ces derniers.

Pour préserver l’héritage historique légué par les conquérants qui ont conçu et défini les structures constitutives de l’entité canadienne telle que nous la connaissons aujourd’hui, les pères fondateurs du système fédéral canadien avaient décrété que le Canada serait bilingue à l’image de deux peuples qui l’ont bâti, c’est-à-dire français et anglais. C’est à partir de cette référence que toute langue parlée au Canada, autre que ces deux dernières, est considérée comme langue allophone. Cette épithète allophone tire étymologiquement son origine de deux mots grecs : allos et phôné qui signifient respectivement autre et voix.

Ainsi entendu, le vocable allophone, dans le contexte canadien, veut dire autre langue que le français et l’anglais. Notre propos étant la francophonie et non l’anglophonie, nous nous limiterons au premier terme : la francophonie.

La Francophonie mondiale

Dans son acception générale consacrée, le terme francophonie désigne la collectivité constituée par les peuples qui parlent le français, au moins dans certaines circonstances de la communication comme langue maternelle ou langue de travail pour les pays ayant notamment adopté cette langue comme langue officielle ou véhiculaire à côté des langues nationales.

Historiquement, c’est le géographe français, Onésime Reclus, qui a été le premier à utiliser indirectement ce mot au 19e siècle en classant les populations du monde selon des critères linguistiques. Puis, il a été mis longtemps sous le boisseau pour réapparaître dans les années 60 dans la foulée de l’accession des pays africains à l’indépendance, ceux-ci ayant choisi le français à la fois comme langue officielle et celle de communication usuelle d’une part entre eux, et avec le reste de la communauté internationale d’autre part. Par la suite, sous l’impulsion des anciens présidents Senghor du Sénégal, Bourguiba de la Tunisie et  feu Hamani Diori du Niger, l’attachement à cette langue s’est progressivement mué en un mouvement en faveur d’un regroupement d’États et de régions francophones en vue de créer un espace international propre à eux.

Par étapes successives, ce mouvement s’est concrétisé à travers diverses instances : de la fondation de l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF) en 1961 à l’adoption, en 1985, du principe de la tenue de sommets bisannuels des chefs d’État et de gouvernement ayant en commun l’usage du français, en passant par la création, en 1970, d’institutions internationales telles que l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), du Secrétariat Général en 1997, pour ne citer que ces quelques réalisations à titre d’exemples. 

Depuis l’entrée en scène des chefs d’État et de Gouvernement, la francophonie a ajouté, à son canevas, une dimension politique de portée internationale. Par-delà le sentiment d’appartenance à une même communauté linguistique, ses membres entendent se prononcer par une même voix et dans un cadre propre à eux sur des problèmes qui affectent l’échiquier politique mondial. Elle se veut ainsi, au-delà de la coopération multiforme entre ses membres, un forum dont les réflexions pourraient éventuellement inspirer d’autres pays  pour des solutions aux  problèmes auxquels est confronté le monde.

Sous cet angle, le rayonnement que la Francophonie cherche à s’assurer par ses actions vise à attirer diplomatiquement dans sa mouvance d’autres pays dans le but, sans doute, de se présenter comme une alternative à d’autres institutions internationales existantes.  L’intention, en soi, est louable car sa concrétisation serait de nature à contribuer à l’établissement de la paix dans ce monde déjà si perturbé et déchiré qui voit sans cesse naître et renaître des foyers de tensions et de combats partout, à l’échelle de tous les continents.

Pour que cet objectif soit atteint, la Francophonie se doit d’être crédible et, pour l’être, il faut que le sentiment d’appartenance soit si ancré que ses membres se sentent mieux protégés en son sein qu’ailleurs où les intérêts seraient d’ordre général et plus diffus. Les chances de succès résident ainsi dans sa capacité de faire correspondre, à la limite, le sentiment d’appartenance à celui d’état d’esprit et, par-delà, celle d’ouverture loyale entre les membres. L’on sait que son centre de rayonnement s’articule principalement autour de trois pôles : Afrique, Europe et Amérique du Nord. 

On peut maintenant se demander, à bon droit, si le sentiment d’appartenance des pays de ces trois pôles est de nature à transcender, en cas d’incompatibilité, les liens qui les unissent à d’autres organismes dont ils sont parties prenantes. La meilleure réponse à cette question se trouve dans les rapports que ces pays entretiennent individuellement entre eux, en marge du cadre de la Francophonie. Étant donné l’ampleur du sujet et compte tenu des contraintes du temps, nous nous limitons au Québec. Si les conditions le permettent, nous nous proposons d’étendre ultérieurement l’étude à la grandeur de l’espace francophone. Cependant, nous pourrons, dans le cas présent, nous référer de temps en temps à d’autres pays pour étayer notre analyse.

La Francophonie d’inspiration québécoise

Le Québec est l’animateur clef du troisième pôle de la Francophonie mondiale qui se situe en Amérique, les deux autres étant l’Afrique et l’Europe. On estime à plus ou moins 85% sa population dont le français est la langue maternelle. Le nombre total de Québécois étant évalué approximativement à sept millions d’individus, ce pourcentage se traduit en chiffre absolu aux alentours de six millions de francophones, soit à peu près 21,5% de la population canadienne et 2,3% de celle de l’Amérique du Nord, celle-ci étant constituée des États-Unis et du Canada moins la population francophone du Québec que nous soustrayons pour le besoin de l’étude.

Sur le continent, le Québec vit une situation d’insularité linguistico-culturelle dans une mer anglophone. Pour rompre son isolement, il n’a d’autre choix que celui de se rapprocher d’autres collectivités francophones. On sait comment il a longtemps lutté et fini par obtenir, du gouvernement fédéral, la qualité d’État participant aux délibérations concoctées dans les forums des institutions de la Francophonie. Quelle que soit l’orientation du gouvernement en place, unioniste, libéral ou péquiste, cette référence demeure une constante à laquelle aucun d’eux n’a jamais dérogé, une constante qui a été  quasiment érigée en une idéologie d’État dans la conduite des relations du Québec avec l’Extérieur pour assurer la promotion politique du Québec et l’épanouissement culturel de sa collectivité nationale.

Dans cette perspective, le Québec a signé plusieurs accords qui ont débouché sur des réalisations importantes dans lesquelles il est partie prenante à plusieurs égards et à divers niveaux, dans notamment : l’implantation et la télédistribution de la chaîne télévisuelle appelée TV 5 qui diffuse par satellite un tri d’émissions de l’espace francophone, la mise en place d’un système de coopération universitaire francophone par l’intermédiaire des réseaux AUPELF-UREF, le développement d’un mécanisme de coopération juridique et judiciaire pour soutenir les progrès du processus démocratique, l’implication systématique de l’Assemblée nationale du Québec dans les activités et les rencontres interparlementaires au sein de l’Assemblée internationale des parlementaires de languefrançaise (AIPELF), la création d’un réseau d’observatoires de l’environnement,…

En marge des rapports établis dans ce cadre, le Québec, en tant qu’acteur  "internetional,"entretient des liens multiformes solides avec certains pays de la Francophonie du Nord, notamment avec la France et la Belgique qu’il considère, avec la Suisse romande, dans une moindre mesure, comme ses bassins traditionnels pour le recrutement d’immigrants. À cette fin, il a même ouvert des bureaux et des délégations sur place, à Paris et Bruxelles, pour sélectionner des candidats désireux de s’établir au Québec.

Cette politique d’immigration que pratique le Québec et qu’il considère comme une option dynamique pour assurer son équilibre démographique est antérieure à la naissance de la Francophonie. À cause de la diminution du taux de natalité au Québec et du tarissement de ses bassins habituels que sont, comme on l’a dit, la  France et la Belgique qui connaissent, elles aussi, une diminution du taux de fécondité, on ne pouvait que s’attendre, si l’on se place dans la logique de la francophonie, à ce que le Québec se tourne vers le premier pôle de celle-ci, c’est-à-dire l’Afrique où vivent plus de cent cinquante millions de locuteurs parfaitement francophones. Ce chiffre est même conservateur.

La création de la Francophonie n’ayant, en rien, modifié l’orientation traditionnelle de la politique d’immigration du Québec dans ses rapports avec l’Afrique francophone, on conclut que le Québec ne considère pas celle-ci comme un bassin potentiel d’immigration pour sa collectivité nationale et que, donc, le concept de francophonie, à lui seul, ne constitue pas pour lui un catalyseur susceptible d’imprimer une dynamique exaltante à sa conception traditionnelle de la quintessence québécoise qu’on appelle familièrement  "pure laine."

Voilà pourquoi il y a peu d’Africains francophones au Québec. Si, par ailleurs, l’on considère comme une intégration réussie celle qui aboutit à l’absorption d’immigrants dans le marché du travail et que plus de 70%  de ce peu d’Africains francophones diplômés immigrés, incluant même ceux qui ont étudié au Québec, sont en situation d’inemployabilité chronique, on admet de manière générale, et plus particulièrement suivant la logique francophone, qu’il y a un problème. Le gouvernement québécois, par le biais de l’Assemblée nationale, l’a d’ailleurs indirectement identifié lorsqu’il a reconnu que les minorités visibles, c’est-à-dire les non blancs, étaient victimes des pratiques discriminatoires en matière d’emploi.

Pour corriger et réparer ces pratiques, le gouvernement a défini une plate-forme connue sous le nom de « programme d’accès à l’égalité(PAE) ». Dans cet engagement qu’il n’a même jamais  mis en application, il inclut les Africains francophones. Il y en a certes qu’on embauche mais au compte-gouttes : moins de 0,01%! Si, dès lors, l’on sait que le Québec est un " pays" d’immigration et que les Blancs allophones qui y ont immigré ne font pas partie de la cohorte visée par le PAE mais que les Africains francophones y figurent, c’est que le fateur racial joue un rôle déterminant dans la définition de la quintessence de la québécité et l’emporte alors sur la " la francophonité."

Cela est d’autant plus vrai qu’il suffit qu’un Blanc allophone choisisse la culture franco- québécoise pour que lui et ses descendants se fondent dans le vivier de la société d’accueil et soient considérés par celle-ci comme ses éléments endogènes, c’est-à-dire ses membres à part entière. Ne dit-on pas que 40% de franco-québécois sont d’origine irlandaise? Quant aux non Blancs, ils ont beau naître ou vivre ici depuis des siècles, ils sont pris pour des éléments tantôt "exogènes,"tantôt,"allogènes" et ils continueront à l’être tant que les dirigeants et les élites n’exprimeront pas la volonté de supprimer cette barrière invisiblement visible, en décrétant dans les faits que le Québec n’est pas monocolore mais plutôt multicolore et qu’une culture et une nation n’ont rien à voir avec la race : leur coexistence est compatible.

Malheureusement, tel n’est pas le cas. Même au niveau du gouvernement qui invite les employeurs à embaucher les membres des minorités visibles, on ne voit aucun effort dans ce sens. Au Québec, on est encore loin pour avoir au sein du gouvernement, comme en France par exemple, un KofiYamougname, originaire du Togo, une Michaux Chevry, antillaise, ou une Sidre de l’île de la Réunion. Le premier qui est maire quelque part en France était dans le gouvernement socialiste de Mitterand tandis que les deux dernières étaient dans les gouvernements de droite, de Baladur et Jupé. Au Québec, on n’a eu qu’une seule fois un député francophone noir, Alfred, qui avait réussi ce tour de force grâce à l’intervention personnelle du regretté Premier ministre René Lévesque. À part cette étoile filante, on se comporte vis-à-vis des Noirs comme s’ils ne sont bons que pour réussir leurs études mais paradoxalement "inaptes"sur le marché de l’emploi! Sur ce registre, le Québec est devancé par le Canada anglais qui est émaillé de présences des Noirs à des postes hiérarchiques de haut niveu dans des institutions gouvernementales et administratives : ministres, députés, hauts fonctionnaires, voire lieutenant-gouverneur qui est la fonction provinciale la plus élevée .

Dans cette perspective, force est de conclure qu’au Québec n’est pas francophone et/ou francophonisable qui veut mais qui peut, en plus, être  racialement intégrable. Ce constat peut peut-être choquer d’aucuns mais pourquoi pratiquer la politique de l’autruche et hypothéquer ainsi l’avenir en laissant pourrir la situation qui porte en elle-même les germes de son implosion? Le gouvernement ne prend vraiment pas de moyen pour rendre cohérente l’orientation de sa politique de la Francophonie. Sur le plan international, la francophonie regroupe tous les pays et régions copropriétaires de la langue de Molière, tandis qu’à l’intérieur du Québec elle soustrait, de sa mouvance, les locuteurs francophones non Blancs en les incorporant dans la catégorie de ce qu’Immigration Canada désigne par le jargon administratif groupe d’ethniques, c’est-à-dire autres que francophone et anglophone et, donc, allophones.

D’où nous tirons la conclusion que les francophones non Blancs sont allophones au Québec. En termes plus clairs, les Noirs francophones du Québec sont des Francophones allophones. Le problème avec les non Blancs, c’est qu’ils resteront toujours allophones tant que le critère racial sera pris en compte. Alors qu’avec les Blancs, l’épithète allophone est éphémère parce qu’il disparaît avec le temps, au fur et à mesure qu’ils intègrent les us et coutumes québécois ; chez les non Blancs, cette épithète s’incruste et leur reste collée à la peau à cause de l’invariabilité de leur épiderme qui les distingue ostensiblement des éléments du groupe majoritaire de la société québécoise.

Ainsi, quand on applique le qualificatif allophone à des éléments blancs, c’est généralement aux immigrants de la première génération qu’on fait allusion parce qu’ils se trouvent dans la phase d’adaptation où ils sont nostalgiques de leur pays d’origine et où ils n’ont pas encore maîtrisé le français et assimilé le modus vivendi du Québec, leur patrie d’adoption. Cette inadaptation est extérieurement décodable par leur comportement. Quant à leurs descendants de la deuxième génération et les subséquents qui perdent graduellement jusqu’à oublier la réminiscence inhérente à l’hérédité culturelle et qui n’ont pas d’attache avec les pays des ancêtres, ils n’ont pas ce problème parce qu’ils sont imprégnés de la culture québécoise dans laquelle ils ont vu le jour. Contrairement aux immigrants de la première génération qui se font extérieurement remarquer par leur inadaptation, leurs descendants se confondent aisément avec les éléments de la société d’accueil qui ne peuvent deviner s’ils sont de vieille ou de souche récente.

Par contre chez les non Blancs, y compris les francophones, cette flexibilité  de la métamorphose est inopérable. Parce qu’ils sont toujours, malgré eux, "ostentatoirement"repérables et qu’ils ne sauraient, pour cette raison génétique, passer inaperçus, ils sont perçus à tort comme différents et, donc, non intégrables. Ils ont beau être de vieille souche ou des francophones,  rien ne change : ils demeurent allophones. Cette épithète leur reste ainsi collée à vie.

Dans ces conditions, nous ne pouvons que conclure que la francophonie pratiquée par le Québec n’a qu’un sens stratégique sur l’échiquier international et ce, pour faire contrepoids à la mondialisation de l’usage de l’anglais. Cependant, en négligeant l’apport d’un segment important de locuteurs francophones de sa cour intérieure pour des raisons obscures, il s’y prend de la mauvaise façon qui va, à la longue, le conduire à sa perte.

Si le gouvernement québécois veut réellement rester cohérent, il a tout intérêt à intégrer concrètement ses minorités francophones visibles. L’assimilation progressive mais inexorable des communautés francophones isolées dans le Canada anglais devrait lui donner à cogiter : autant celles-ci résistent sinon mal, du moins difficilement, à la force d’attraction de l’environnement anglo-saxon autant ses minorités francophones visibles leur emboîteront le pas que, nolens,volens, le Canada anglais est, à ce chapitre, plus avancé que le Québec. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre mais avec du miel. À l’intérieur du Québec, le gouvernement devrait donc décréter que la québécité est, soit incolore ou multicolore et non monocolore.

 

Dr Paul Mulemeri Kanamby

Politologue

spécialiste en relations internationales

E-mail : paul.kanamby@sympatico.ca

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