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La
configuration du Canada contemporain est la résultante de la victoire
militaire de la France d’abord, de l’Angleterre ensuite, sur les
Amérindiens et les Inuits, premiers habitants de ce pays. Battus et
après avoir perdu la plupart des leurs, ces derniers n’avaient plus
voix au chapitre. Ce privilège devenait, comme partout ailleurs,
l’apanage des nouveaux maîtres. L’histoire ne faisait que répéter
l’adage du poète français Jean De La Fontaine sur le sens de la
justice et du droit en faveur des nantis.
Cette
propension ethnocentrique à exercer sa domination sur l’autre étant
dans la nature de l’espèce humaine, cette problématique est
universelle et aussi vieille que le monde. La rétrospective sur
l’histoire de l’Humanité révèle, en effet, que ses annales
sont, à travers les âges, jalonnées de rivalités incessantes des
humains en quête d’un pouvoir à exercer pour soi, au détriment de
ceux qu’on perçoit comme différents et qu’on a vaincus d’une
manière ou d’une autre. De l’individu préhistorique à
l’individu post-industriel, en passant par le nomade, l’espèce
humaine a entrepris de s’auto-congratuler et de définir les autres
en fonction de l’image nombriliste qu’il a de lui-même et de
celle qu’il se fait des autres en conséquence de la sienne propre.
La
référence historique de deux peuples fondateurs du Canada sur
laquelle repose le socle de la dynamique de l’orientation politique
du Québec et du Canada s’inscrit dans cette logique. Celle-ci a
effacé, d’un trait, le passé des premiers habitants de ce
territoire, pour imposer le point de vue de descendants des colons
européens venus principalement de la France et de l’Angleterre,
comme si les premiers occupants de cette aire géographique qu’est
devenu le Canada n’avaient pas de mémoire collective et d’antériorité
et que l’authentique histoire de ce pays n’a vraiment commencé
qu’avec l’arrivée de ces colons!
Il
est vrai qu’on réserve, dans les documents officiels, une place particulière aux premières
nations. Mais, alors, pourquoi, à défaut de
consacrer à ces premiers habitants la prérogative attributive
de droit de préemption, ne leur accorde-t-on pas, au-delà de cette
reconnaissance, le même privilège que celui que se sont octroyé les
descendants des colons, à savoir celui d’être considérés et
traités comme un des peuples fondateurs, avec tous les avantages qui
s’y rattachent?
Sans
chercher, à ce stade-ci de notre réflexion, à prendre sur nous la
responsabilité de répondre à cette question que nous
laissons délibérément ouverte pour que chacun donne son
interprétation, nous tenons
néanmoins à rappeler que, lorsqu’ils sont en position de force, et advenant qu’il y ait des concessions
à faire à ceux qu’ils considèrent comme différents, les humains
ne concèdent généralement que si et seulement si ces concessions
se révèlent compatibles
avec leurs intérêts. Dans le cas contraire, ils recourent à des
mesures contraignantes auxquelles doivent se soumettre « les
capitulards ».
La
francophonie québécoise que nous nous proposons d’analyser ici et
à laquelle nous avons accolé l’épithète allophone
pour des raisons objectives sur lesquelles nous allons nous étayer,
loge à la même enseigne que ce schéma que nous venons de décrypter.
Résultat historique des conquêtes militaires sur les Amérindiens et
les Inuits, elle ne découle pas d’un compromis entre les premiers
habitants, les vaincus, et les descendants des colons français, les
vainqueurs; elle traduit plutôt les rapports de force qui
sous-tendent, depuis, la dynamique socio-politique de la société établie
sur l’entité géographique que constitue le territoire québécois.
Cela dit, définissons d’abord historiquement et épistémologiquement
ces termes qui peuvent sembler à première vue à un calembour ou à
un concept énigmatique.
Fondement
historique
Nous
savons tous, et nous l’avons noté plus haut, que le Canada
contemporain a été conquis des mains des Amérindiens et des Inuits
par la France et l’Angleterre et que c’est pour cette raison que
les descendants des colons venus de ces deux pays se considèrent
depuis comme peuples cofondateurs
du Canada. En conséquence de cette perception, ils ont établi
chacun, dans leur espace géographique respectif, le système
socio-politique, culturel et économique qui leur est familier,
c’est-à-dire propre à chacun dans sa particularité. Ainsi, la
partie du pays habitée par les descendants d’Anglais devenait
anglophone et celle occupée par ceux de Français, territoire
francophone.
Certaines
régions ayant hérité par endroits de ces deux systèmes, à un
moment donné au cours de l’évolution de leur histoire, c’est
notamment le cas du Québec et du Nouveau-Brunswick, cette présentation
ne doit pas être prise au pied de la lettre; elle se veut plutôt une
esquisse indicative de la tendance générale. C’est ainsi que
s’explique notamment la forte présence de la minorité anglophone
au milieu de la majorité des descendants des colons français, au Québec,
à Montréal, fief de ces derniers.
Pour
préserver l’héritage historique légué par les conquérants qui
ont conçu et défini les structures constitutives de l’entité
canadienne telle que nous la connaissons aujourd’hui, les pères
fondateurs du système fédéral canadien avaient décrété que le
Canada serait bilingue à l’image de deux peuples qui l’ont bâti,
c’est-à-dire français et anglais. C’est à partir de cette référence
que toute langue parlée au Canada, autre que ces deux dernières, est
considérée comme langue allophone. Cette épithète allophone
tire étymologiquement son origine de deux mots grecs : allos
et phôné qui signifient
respectivement autre et voix.
Ainsi
entendu, le vocable allophone, dans
le contexte canadien, veut dire autre langue que le français et
l’anglais. Notre propos étant la francophonie et non l’anglophonie,
nous nous limiterons au premier terme : la
francophonie.
La
Francophonie mondiale
Dans
son acception générale consacrée, le terme francophonie désigne la
collectivité constituée par les peuples qui parlent le français, au
moins dans certaines circonstances de la communication comme langue
maternelle ou langue de travail pour les pays ayant notamment adopté
cette langue comme langue officielle ou véhiculaire à côté des
langues nationales.
Historiquement,
c’est le géographe français, Onésime Reclus, qui a été le
premier à utiliser indirectement ce mot au 19e siècle en classant
les populations du monde selon des critères linguistiques. Puis, il a
été mis longtemps sous le boisseau pour réapparaître dans les années
60 dans la foulée de l’accession des pays africains à l’indépendance,
ceux-ci ayant choisi le français à la fois comme langue officielle
et celle de communication usuelle d’une part entre eux, et avec le
reste de la communauté internationale d’autre part. Par la suite,
sous l’impulsion des anciens présidents Senghor du Sénégal,
Bourguiba de la Tunisie et feu
Hamani Diori du Niger, l’attachement à cette langue s’est
progressivement mué en un mouvement en faveur d’un regroupement
d’États et de régions francophones en vue de créer un espace
international propre à eux.
Par
étapes successives, ce mouvement s’est concrétisé à travers
diverses instances : de la fondation de l’Association des
universités partiellement ou entièrement de langue française
(AUPELF) en 1961 à l’adoption, en 1985, du principe de la tenue de
sommets bisannuels des chefs d’État et de gouvernement ayant en
commun l’usage du français, en passant par la création, en 1970,
d’institutions internationales telles que l’Agence de coopération
culturelle et technique (ACCT), du Secrétariat Général en 1997,
pour ne citer que ces quelques réalisations à titre d’exemples.
Depuis
l’entrée en scène des chefs d’État et de Gouvernement, la
francophonie a ajouté, à son canevas, une dimension politique de
portée internationale. Par-delà le sentiment d’appartenance à une
même communauté linguistique, ses membres entendent se prononcer par
une même voix et dans un cadre propre à eux sur des problèmes qui
affectent l’échiquier politique mondial. Elle se veut ainsi, au-delà
de la coopération multiforme entre ses membres, un forum dont les réflexions
pourraient éventuellement inspirer d’autres pays
pour des solutions aux problèmes
auxquels est confronté le monde.
Sous
cet angle, le rayonnement que la Francophonie cherche à s’assurer
par ses actions vise à attirer diplomatiquement dans sa mouvance
d’autres pays dans le but, sans doute, de se présenter comme une
alternative à d’autres institutions internationales existantes.
L’intention, en soi, est louable car sa concrétisation
serait de nature à contribuer à l’établissement de la paix dans
ce monde déjà si perturbé et déchiré qui voit sans cesse naître
et renaître des foyers de tensions et de combats partout, à l’échelle
de tous les continents.
Pour
que cet objectif soit atteint, la Francophonie se doit d’être crédible
et, pour l’être, il faut que le sentiment d’appartenance soit si
ancré que ses membres se sentent mieux protégés en son sein
qu’ailleurs où les intérêts seraient d’ordre général et plus
diffus. Les chances de succès résident ainsi dans sa capacité de
faire correspondre, à la limite, le sentiment d’appartenance à
celui d’état d’esprit et, par-delà, celle d’ouverture loyale
entre les membres. L’on sait que son centre de rayonnement
s’articule principalement autour de trois pôles : Afrique,
Europe et Amérique du Nord.
On
peut maintenant se demander, à bon droit, si le sentiment
d’appartenance des pays de ces trois pôles est de nature à
transcender, en cas d’incompatibilité, les liens qui les unissent
à d’autres organismes dont ils sont parties prenantes. La meilleure
réponse à cette question se trouve dans les rapports que ces pays
entretiennent individuellement entre eux, en marge du cadre de la
Francophonie. Étant donné l’ampleur du sujet et compte tenu des
contraintes du temps, nous nous limitons au Québec. Si les conditions
le permettent, nous nous proposons d’étendre ultérieurement l’étude
à la grandeur de l’espace francophone. Cependant, nous pourrons,
dans le cas présent, nous référer de temps en temps à d’autres
pays pour étayer notre analyse.
La Francophonie
d’inspiration québécoise
Le
Québec est l’animateur clef du troisième pôle de la Francophonie
mondiale qui se situe en Amérique, les deux autres étant l’Afrique
et l’Europe. On estime à plus ou moins 85% sa population dont le
français est la langue maternelle. Le nombre total de Québécois étant
évalué approximativement à sept millions d’individus, ce
pourcentage se traduit en chiffre absolu aux alentours de six millions
de francophones, soit à peu près 21,5% de la population canadienne
et 2,3% de celle de l’Amérique du Nord, celle-ci étant constituée
des États-Unis et du Canada moins la population francophone du Québec
que nous soustrayons pour le besoin de l’étude.
Sur
le continent, le Québec vit une situation d’insularité
linguistico-culturelle dans une mer anglophone. Pour rompre son
isolement, il n’a d’autre choix que celui de se rapprocher
d’autres collectivités francophones. On sait comment il a longtemps
lutté et fini par obtenir, du gouvernement fédéral, la qualité
d’État participant aux délibérations concoctées dans les forums
des institutions de la Francophonie. Quelle que soit l’orientation
du gouvernement en place, unioniste, libéral ou péquiste, cette référence
demeure une constante à laquelle aucun d’eux n’a jamais dérogé,
une constante qui a été quasiment
érigée en une idéologie d’État dans la conduite des relations du
Québec avec l’Extérieur pour assurer la promotion politique du Québec
et l’épanouissement culturel de sa collectivité nationale.
Dans
cette perspective, le Québec a signé plusieurs accords qui ont débouché
sur des réalisations importantes dans lesquelles il est partie
prenante à plusieurs égards et à divers niveaux, dans notamment :
l’implantation et la télédistribution de la chaîne télévisuelle
appelée TV 5 qui diffuse par satellite un tri d’émissions de
l’espace francophone, la mise en place d’un système de coopération
universitaire francophone par l’intermédiaire des réseaux
AUPELF-UREF, le développement d’un mécanisme de coopération
juridique et judiciaire pour soutenir les progrès du processus démocratique,
l’implication systématique de l’Assemblée nationale du Québec
dans les activités et les rencontres interparlementaires au sein de
l’Assemblée internationale des parlementaires de languefrançaise (AIPELF),
la création d’un réseau d’observatoires de l’environnement,…
En marge
des rapports établis dans ce cadre, le Québec, en tant qu’acteur
"internetional,"entretient
des liens multiformes solides
avec certains pays de la Francophonie du Nord, notamment avec la
France et la Belgique qu’il considère, avec la Suisse romande, dans
une moindre mesure, comme ses bassins traditionnels pour le
recrutement d’immigrants. À cette fin, il a même ouvert des
bureaux et des délégations sur place, à Paris et Bruxelles, pour sélectionner
des candidats désireux de s’établir au Québec.
Cette
politique d’immigration que pratique le Québec et qu’il considère
comme une option dynamique pour assurer son équilibre démographique
est antérieure à la naissance de la Francophonie. À cause de la
diminution du taux de natalité au Québec et du tarissement de ses
bassins habituels que sont, comme on l’a dit, la
France et la Belgique qui connaissent, elles aussi, une
diminution du taux de fécondité, on ne pouvait que s’attendre, si
l’on se place dans la logique de la francophonie, à ce que le Québec
se tourne vers le premier pôle de celle-ci, c’est-à-dire l’Afrique
où vivent plus de cent cinquante millions de locuteurs parfaitement
francophones. Ce chiffre est même conservateur.
La création
de la Francophonie n’ayant, en rien, modifié l’orientation
traditionnelle de la politique d’immigration du Québec dans ses
rapports avec l’Afrique francophone, on conclut que le Québec ne
considère pas celle-ci comme un bassin potentiel d’immigration pour
sa collectivité nationale et que, donc, le concept de francophonie,
à lui seul, ne constitue pas pour lui un catalyseur susceptible
d’imprimer une dynamique exaltante à sa conception traditionnelle
de la quintessence québécoise qu’on appelle familièrement "pure
laine."
Voilà
pourquoi il y a peu d’Africains francophones au Québec. Si, par
ailleurs, l’on considère comme une intégration réussie celle qui
aboutit à l’absorption d’immigrants dans le marché du travail et
que plus de 70% de ce peu
d’Africains francophones diplômés immigrés, incluant même ceux
qui ont étudié au Québec, sont en situation d’inemployabilité
chronique, on admet de manière générale, et plus particulièrement
suivant la logique francophone, qu’il y a un problème. Le
gouvernement québécois, par le biais de l’Assemblée nationale,
l’a d’ailleurs indirectement identifié lorsqu’il a reconnu que
les minorités visibles, c’est-à-dire les non blancs, étaient
victimes des pratiques discriminatoires en matière d’emploi.
Pour
corriger et réparer ces pratiques, le gouvernement a défini une
plate-forme connue sous le nom de « programme d’accès à l’égalité(PAE) ». Dans cet engagement
qu’il n’a même jamais mis
en application, il inclut les Africains francophones. Il y en a certes
qu’on embauche mais au compte-gouttes : moins de 0,01%! Si, dès
lors, l’on sait que le Québec est un " pays"
d’immigration et que les Blancs allophones qui y ont immigré ne
font pas partie de la cohorte visée par le PAE mais que les Africains
francophones y figurent, c’est que le fateur racial joue un rôle déterminant
dans la définition de la quintessence de la québécité et
l’emporte alors sur la " la
francophonité."
Cela est
d’autant plus vrai qu’il suffit qu’un Blanc allophone choisisse
la culture franco- québécoise pour que lui et ses descendants se
fondent dans le vivier de la société d’accueil et soient considérés
par celle-ci comme ses éléments endogènes, c’est-à-dire ses
membres à part entière. Ne dit-on pas que 40% de franco-québécois
sont d’origine irlandaise? Quant aux non Blancs, ils ont beau naître
ou vivre ici depuis des siècles, ils sont pris pour des éléments
tantôt "exogènes,"tantôt,"allogènes"
et ils continueront à l’être tant que les dirigeants et les élites
n’exprimeront pas la volonté de supprimer cette barrière invisiblement
visible, en décrétant dans les faits que le Québec n’est pas monocolore
mais plutôt multicolore et
qu’une culture et une nation n’ont rien à voir avec la race :
leur coexistence est compatible.
Malheureusement,
tel n’est pas le cas. Même au niveau du gouvernement qui invite les
employeurs à embaucher les membres des minorités visibles, on ne
voit aucun effort dans ce sens. Au Québec, on est encore loin pour
avoir au sein du gouvernement, comme en France par exemple, un
KofiYamougname, originaire du Togo, une Michaux Chevry, antillaise, ou
une Sidre de l’île de la Réunion. Le premier qui est maire quelque
part en France était dans le gouvernement socialiste de Mitterand
tandis que les deux dernières étaient dans les gouvernements de
droite, de Baladur et Jupé. Au Québec, on n’a eu qu’une seule
fois un député francophone noir, Alfred, qui avait réussi ce tour
de force grâce à l’intervention personnelle du regretté Premier
ministre René Lévesque. À part cette étoile filante, on se
comporte vis-à-vis des Noirs comme s’ils ne sont bons que pour réussir
leurs études mais paradoxalement "inaptes"sur le marché de
l’emploi! Sur ce registre, le Québec est devancé par le Canada
anglais qui est émaillé de présences des Noirs à des postes hiérarchiques
de haut niveu dans des institutions gouvernementales et
administratives : ministres, députés, hauts fonctionnaires, voire
lieutenant-gouverneur qui est la fonction provinciale la plus élevée
.
Dans
cette perspective, force est de conclure qu’au Québec n’est pas
francophone et/ou francophonisable qui veut mais qui peut, en plus, être
racialement intégrable. Ce constat peut peut-être choquer
d’aucuns mais pourquoi pratiquer la politique de l’autruche et
hypothéquer ainsi l’avenir en laissant pourrir la situation qui
porte en elle-même les germes de son implosion? Le gouvernement ne
prend vraiment pas de moyen pour rendre cohérente l’orientation de
sa politique de la Francophonie. Sur le plan international, la
francophonie regroupe tous les pays et régions copropriétaires de la
langue de Molière, tandis qu’à l’intérieur du Québec elle
soustrait, de sa mouvance, les locuteurs francophones non Blancs en
les incorporant dans la catégorie de ce qu’Immigration Canada désigne
par le jargon administratif groupe
d’ethniques, c’est-à-dire autres que francophone et
anglophone et, donc, allophones.
D’où
nous tirons la conclusion que les francophones non Blancs sont
allophones au Québec. En termes plus clairs, les Noirs francophones
du Québec sont des Francophones
allophones. Le problème avec les non Blancs, c’est qu’ils
resteront toujours allophones tant que le critère racial sera pris en
compte. Alors qu’avec les Blancs, l’épithète allophone est éphémère
parce qu’il disparaît avec le temps, au fur et à mesure qu’ils
intègrent les us et coutumes québécois ; chez les non Blancs,
cette épithète s’incruste et leur reste collée à la peau à
cause de l’invariabilité
de leur épiderme qui les distingue ostensiblement
des éléments du groupe majoritaire de la société québécoise.
Ainsi,
quand on applique le qualificatif allophone à des éléments blancs,
c’est généralement aux immigrants de la première génération
qu’on fait allusion parce qu’ils se trouvent dans la phase
d’adaptation où ils sont nostalgiques de leur pays d’origine et où
ils n’ont pas encore maîtrisé le français et assimilé le modus
vivendi du Québec, leur patrie d’adoption. Cette inadaptation est
extérieurement décodable par leur comportement. Quant à leurs
descendants de la deuxième génération et les subséquents qui
perdent graduellement jusqu’à oublier la réminiscence inhérente
à l’hérédité culturelle et qui n’ont pas d’attache avec les
pays des ancêtres, ils n’ont pas ce problème parce qu’ils sont
imprégnés de la culture québécoise dans laquelle ils ont vu le
jour. Contrairement aux immigrants de la première génération qui se
font extérieurement remarquer par leur inadaptation, leurs
descendants se confondent aisément avec les éléments de la société
d’accueil qui ne peuvent deviner s’ils sont de vieille ou de
souche récente.
Par
contre chez les non Blancs, y compris les francophones, cette
flexibilité de la métamorphose
est inopérable. Parce qu’ils sont toujours, malgré eux, "ostentatoirement"repérables
et qu’ils ne sauraient, pour cette raison génétique, passer inaperçus,
ils sont perçus à tort
comme différents et, donc, non
intégrables. Ils ont beau être de vieille souche ou des
francophones, rien ne
change : ils demeurent allophones. Cette épithète leur reste ainsi collée à vie.
Dans ces
conditions, nous ne pouvons que conclure que la francophonie pratiquée
par le Québec n’a qu’un sens stratégique sur l’échiquier
international et ce, pour faire contrepoids à la mondialisation de
l’usage de l’anglais. Cependant, en négligeant l’apport d’un
segment important de locuteurs francophones de sa cour intérieure
pour des raisons obscures, il s’y prend de la mauvaise façon qui
va, à la longue, le conduire à sa perte.
Si
le gouvernement québécois veut réellement rester cohérent, il a
tout intérêt à intégrer concrètement ses minorités francophones visibles.
L’assimilation progressive mais inexorable des communautés
francophones isolées dans le Canada anglais devrait lui donner à
cogiter : autant celles-ci résistent sinon mal, du moins
difficilement, à la force d’attraction de l’environnement
anglo-saxon autant ses minorités francophones visibles leur emboîteront
le pas que, nolens,volens,
le Canada anglais est, à ce chapitre, plus avancé que le Québec. On
n’attire pas les mouches avec du vinaigre mais avec du miel. À
l’intérieur du Québec, le gouvernement devrait donc décréter que
la québécité est,
soit incolore ou multicolore et non monocolore.
Dr
Paul Mulemeri Kanamby
Politologue
spécialiste
en relations internationales
E-mail
: paul.kanamby@sympatico.ca
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