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Crimes impunis au Congo-Zaïre de 1960 à 1992

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Marcel Kabundi

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Chers amis,

Voici encore le texte intégral du Rapport général présenté à la clôture de la Conférence nationale souveraine par Me Kinkela vi Kans'y. Ce texte porte sur la Commission des assassinats et violations des droits de l'homme. Ce rapport n'est pas à jour. Il appartient aux Congolais de le mettre à jour et de le compléter. Comme promis et un engagement personnel, je ne ferai aucun commentaire. Je voudrais seulement que notre Mémoire collective n'oublie ni les travaux de la Conférence nationale souveraine ni notre histoire collective. Et cela, pour toujours. 

COMMISSION DES ASSASSINATS ET VIOLATION DES DROITS DE L'HOMME

La Commission des Assassinats et Violations des Droits de l'Homme a été chargée par la plénière d'examiner les cas flagrants d'assassinats politiques et de violations des droits de l'homme au cours des 3 décennies de notre indépendance.

Elle a reçu 2.500 dossiers, en a traité entièrement 400, et partiellement 2.100, en fonction du temps réduit lui imparti, soit un mois.

Pour la meilleure saisie des faits et des responsabilités, le rapport est divisé en cinq périodes significatives de notre histoire, et regroupées en deux grandes parties couvrant la 1ère et la 2ème République.

Dans le même but de clarté et de relecture de l'histoire, les périodes sont introduites par une description succincte du contexte historique général dans lequel se sont commis les crimes dénoncés.

Des dossiers "phares" ont été choisis pour faire l'objet du grand rapport. Ce choix a été dicté par l'importance donnée à certains dossiers par le rapport de l'ordre du jour de la Conférence Nationale Souveraine dans les plaintes reçues et à leurs aspects illustratifs du caractère systématique d'atteinte à la vie et aux droits des individus pour des mobiles politiques.

Chaque dossier est exammé suivant les rubriques bien déterminées: identité des victimes; brève description des faits incriminés; analyse des faits sur base des dépositions et déclarations des victimes, des auteurs et des témoins; avis et considérations de la Commission; recommandations qui serviront de matière aux projets d'actes.

Les projets d'Actes font partie d'une annexe au rapport principal, tandis que le reste des dossiers forme un rapport additif.

Enfin, par souci d'objectivité, la Commission a recouru aux P.V. d'auditions établis par des greffiers assermentés de la Cour Suprême.

1ère Partie: 1ère République

Les tumultes nés de l'indépendance et les sécessions qui en découlent, la lutte pour le contrôle du pouvoir entre le camp des "nationalistes" dont Lumumba est le porte-étendard et le camp des "modérés" dirigé par "le Groupe de Binza", se déroulent sur fond de génocides et d' assassinats les plus atroces.

Il y a lieu de distinguer 2 périodes:

1ère Période : 1960-1963
Elle est traversée par des sécessions et des luttes intestines.
-L'assassinat de Lumumba. Le rapport restitue les circonstances et les responsabilités de la révocation et de la fuite de Lumumba, de son arrestation et de celle de ses compagnons Okito et Mpolo, de leur transfert et assassinat au Katanga.

Le génocide des populations civiles à Bakwanga par les troupes de l'ANC envoyées pour réduire la sécession du Sud-Kasaï en août 1960.

Le massacre des nationalistes à Bakwanga .La révocation et l'assassinat de Lumumba sont suivis d'une chasse aux Lumumbistes, dont les plus fidèles partisans sont expédiés au Sud-Kasaï pour y subir le même sort que leur leader.

Le massacre d'Osio. Les anti-lumumbistes tombés aux mains des Lumumbistes dans leur bastion de Stanleyville, sont passés aux armes à la prison d'Osio. Parmi eux, on dénombre des députés et des officiers de l'ANC fidèles au Pouvoir de Léopoldville.

2ème Période :1964-1965

Cette période est marquée par les mouvements insurrectionnels sous la conduite des nationalistes, notamment au Kwilu et à l'Est du pays.

4 grands dossiers figurent au rapport de la Commission:

-La prise de Stanleyville par les nationalistes a été suivie des massacres et d'exécution sans jugement des personnes soupçonnées d'être de mèche avec le Gouvernement de Léopoldville.

-La reprise de Stanleyville (24 novembre 1964) est à son tour accompagnée des massacres d'innombrables innocents perpétrés par le service de sûreté nationale, pendant et après l'opération "OMEGANG".

-Les assassinats à Kinshasa des nationalistes, par le même service.
-Le massacre des nationalistes et assimilés à l'île d'Idjwi, dans la province du Kivu.

Malheureusement la Commission n'a pas reçu des plaintes documentées sur les crimes commis sous la sécession Katangaise, ni au Kwilu à l'époque de Mulele.

IIème Partie: IIème République (1965 à nos jours)

Les crimes et abus politiques commis sous la IIème République suivent une logique implacable. Ils ont servi d'instrument pour asseoir et légitimer le régime issu du coup d'Etat, pour affermir et maintenir la dictature mise en place.

3ème Période :1965-1971.

Elle est caractérisée par la légitimation du régime, à travers l'élimination de l'oppo-sition civile, politique, religieuse et estudiantine.

Cinq dossiers ont été instruits:

-Les "conjurés de la Pentecôte" (1966): Il s'agit des 4 politiciens, Kimba, Anany, Mahamba et Bamba, anciens ministres pendus en public pour complot contre l'Etat. Une exécution sommaire pour un complot imaginé par des officiers.

-L'assassinat de Lubaya (1968). Opposant politique dont le charisme gênait le Chef de l'Etat et ses concurrents politiques du Kasai Occidental. Il fut enlevé avec quatoe de ses proches et conduit au Camp Tshatshi; Tous les cinq furent portés disparus.

-L'assassinat de Pierre Mulele (1968). L'ancien chef de l'insurrection au Kwilu fut ramené de Brazza à Kinshasa par Mr Bomboko, alors Ministre des Affaires Etrangères. Son assassinat au Camp Kokolo est attribué aux généraux qu'animait un sentiment de vengeance.

-L'affaire Tshombe (1969). Condamné par contumace pour tentative d'invasion armée, il fut kidnappé dans son exil en Espagne avec le concours de l'Ambassadeur du Congo à Bruxelles, Mr Mungul-Diaka. Fait prisonnier à Alger, il y mourut d'une mort demeurée mystérieuse.

-Le massacre des Etudiants de Kinshasa (1969). L'occasion d'écraser le dernier bastion de l'opposition fut donnée par la marche pacifique des étudiants de l'Univer-sité Lovanium et des Instituts Supérieurs de Kinshasa. Plusieurs d'entre eux et des badauds furent tués par des militaires tirant à bout portant. Les dirigeants estudiantins arrêtés furent condamnés dans un procès injuste.

4ème Période : 1971-1978

Celle de l'apogée du Régime dictatorial. Elle est marquée par l'élimination de 'opposition militaire à travers les complots et les opérations armées.

Le rapport a retenu 4 dossiers typiques de cette période:

-"Le coup monté et manqué" (1975) qui voit des généraux et des officiers supérieurs condamnés à la peine capitale pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Bien que n'ayant pas été exécuté, ils sont privés de leurs biens et relégués dans leurs villages.

-"Le procès dit des terroristes" (1978). Des jeunes officiers et des civils dont plusieurs seront condamnés à mort, sont arrêtés et jugés pour complot tendant 
à renverser les institutions établies. Leurs biens sont confisqués. Le procès est suivi d'une épuration qui vise les officiers des provinces du Bandundu, des 2 Kasaï, du Kivu et du Katanga

-La guerre de 80 jours (1977) au cours de laquelle plusieurs atrocités furent commises de part et d'autre: l'utilisation des bombes par les FAZ, l'enlèvement et l'exécution des cadres civils et militaires tombés sous leurs mains par les troupes du FNLC.

-Les massacres d'Idiofa. Considérés comme un foyer permanent de turbulence, plusieurs villages furent rasés. Et leurs habitants qui avaient cru au retour de Mulele sous les traits du prédicateur Kasonga furent massacrés à l'arme blanche et enterrés dans des fosses communes par les éléments de la Garde Présidentielle.

5ème Période: 1979 à nosjours

Amorçant une pente de déclin, le régime, pour se maintenir, tente de mater l'opposi-tion renaissante. Celle-ci est d'abord politique, elle atteint ensuite les milieux estudian-tins pour finir par être populaire.

Cinq dossiers figurent dans le rapport principal:

-Le dossier des 13 parlementaires qui, par leur lettre au Président en 1980 et leur association aux non-parlementaires pour créer l'UDPS en 1982, ont donné le ton à l'opposition démocratique intérieure. Ils furent l'objet d'arrestation, d'emprisonne-ment, de torture et des bannissements.

-Le massacre du Pont Kasa-Vubu. En vue d'empêcher Mr Tshisekedi d'organiser un meeting à cette place, les éléments de l'armée, de la Garde Civile et de la Sûreté se livrent à des assassinats et à l'arrestation des manifestants. C'est alors que le régime tente de faire passer Mr Tshisekedi pour un malade mental.

-Le massacre de L'UNILU (Université de Lubumbashi) en mai 1990. Des étudiants dont le nombre exact n'est pas connu sont massacrés par un commando composé des militaires et de leurs collègues d'origine Ngbandi. Devant les zones d'ombre entretenues par le Pouvoir, le rapport propose l'ouverture d'une nouvelle enquête en vue d'établir les véritables responsabilités. Et pour la première fois beaucoup de noms et des assaillants et des victimes sont livrés à l'opinion.

-Le massacre de Mbuji-Mayi (1991). La démocratisation entamée timidement le 24 avril 1990 se heurte à des pesanteurs. Les membres de l'UDPS Kasai Oriental l'apprennent à leur détriment. Une provocation policière les pousse à des manifesta-tions de rue qui sont durement réprimées.

-Le massacre des chrétiens (16/02/1992). Suite à la fermeture de la CNS par le 1er Ministre Nguz, les chrétiens de Kinshasa tentent d'obtenir la réouverture du forum national par des manifestations pacifiques. Ils se heurtent à la troupe armée qui n'hésite pas à tirer et à tuer des hommes sans armes.

Enfm, sept dossiers portant sur les violations des droits de l'homme autres que les droits politiques bouclent le rapport principal.

Il s'agit:

-du cas du Colonel Mayolo, chirurgien dentiste, condamné à 24 mois de détention, d'abord pour tentative de putsch, et ensuite pour non respect de consigne;

-du cas de Solomogo, comptable de l'OFIDA, torturé à mort sous prétexte de détournement des deniers publics;

-du Dr Kitimini, victime des coups et blessures de la part des éléments des FAZ à Kisangani, et qui mourut faute de soins appropriés;

-du cas du syndicaliste Bikeka, mort suite aux coups reçus sur ordre du Président Délégué Général de la R.V.A.;

-du massacre d 'île Edzui, perpétré par un Commissaire de Zone tout-puissant du nom de Yogo Polasso;

-du cas de répression sanglante exercée sur les Bashi contestant un Mwami imposé à la population par le Pouvoir;

-et du cas de Mr Kazadi Jean-Marie, rendu invalide par une arme à feu tirée depuis la résidence de Mr Kitenge Yesu.

Tous ces crimes dont les auteurs sont connus et qui sont de dates récentes, sont de-meurés impunis, jusqu'à ce jour. Comme le sont la plupart des assassinats et violations des droits de l'homme dénoncés tout au long du rapport.

Transmis sans commentaires ni ajout par

Marcel Kabundi
Juriste-Criminologue
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