Réponse à Clément Malou
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Marcel Kabundi |
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Cher ami Clément
Malou,
Je vais vous répondre aux questions précises que vous me posez dans votre dernier envoi. Vous me demandez ceci: <<Comment amener les dirigeants politiques à argumenter leurs positions afin que le peuple apprécie mieux leurs décisions ?>>
Réponse:
Le parlement ou l'assemblée nationale selon le terme consacré dans un pays donné est le lieu où les élus ou si vous voulez les représentants du peuple argumentent leurs positions ou leurs décisions. Ces débats sont publics et diffusés en direct à la radio et à la télévision.
Dans l'histoire du Zaïre, nous avons eu droit à une telle procédure lorsque les commissaires d'État étaient interpellés par les commissaires du peuples (députés). Tout le peuple était content sauf Mobutu qui y mit fin abruptement. Lors de la conférence nationale souveraine, il semble que les séances étaient diffusées en direct. Mobutu et ses sbires y auraient mis fin. Comme je n'étais plus au Zaïre en ce moment-là, je me garde d'affirmer ce dont je ne suis pas très sûr.
Une fois ces débats terminés et les lois votées au parlement, les groupes de pression prennent la relève pour critiquer, appuyer, et proposer des changements. Ces groupes de pression sont les médias, les ONG de droits de la personne, les syndicats, les universités, etc. Tout cet exercice aide à mieux faire apprécier par le peuple les décisions politiques prises par les dirigeants.
Si une partie de la population ou un individu se sent lésée ou n'est pas du tout contente de la décision politique qui violerait ses droits constitutionnels, elle(il) peut saisir les tribunaux en prétendant par exemple que la loi votée est contraire à la Constitution du pays.
Dans le cas actuel du Congo-Zaïre qui n'a plus ni constitution ni parlement et qui est géré selon des décrets-lois, la première question à se poser est celle de savoir si l'État congolais existe-t-il vraiment car comme je l'ai écrit, il ne faut pas se faire prendre au piège du droit en croyant que l'existence d'un decret-loi portant loi constitutionnelle a toutes les vertus d'une véritable constitution.
Néanmoins, comme le Congo-Zaïre est membre des Nations-Unies, la Communauté internationale est légalement forcée de reconnaître ceux et celles qui ont l'exercice effectif du pouvoir, soit-il par la voie des armes ou d'un coup d'état militaire et qui peuvent être considérés et reconnus comme dirigeants politiques réels du pays en laissant au peuple de se décider là-dessus.
Dans cet état de fait, comment les dirigeants actuels peuvent faire apprécier leurs décisions et argumenter avec le peuple? Une seule réponse: RETOUR IMMÉDIAT À LA VRAIE DÉMOCRATIE celle qui implique et garantit l'existence et la séparation de trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire).
La démocratie garantirait ipso facto l'existence des médias libres et des ONG, défenseurs des droits de la personne. Ceci justifie cela.
Deuxième question:
<<Trouvez-vous la méthode communément utilisée des communiqués de presse assez adéquate pour informer le peuple >>
Réponse:
Partiellement oui et partiellement non.
Oui parce qu'au moins, l'information est donnée. Mais, elle est très comprimée, très synthétisée au point où pour la comprendre, il faut avoir toute l'histoire.
Ensuite, étant donné que les communiqués de presse sont rédigés en français ou en anglais ou alors en swahili, ils rejoignent très peu de gens, généralement, les swahiliphones et les anglophones et ceux qui parlent français. Les gens qui parlent tshiluba, Kikongo et Lingala sont laissés pour compte. Relisez les textes sur vos passeports, ils sont redigés en anglais, en français et en swahili. Voilà les langues qui ont légalement cours au Congo-Zaïre.
Les communiqués de presse sont un outil de communication à sens unique et ne constituent pas un dialogue sauf lorsqu'ils annoncent une conférence ou un débat sur un sujet donné. Encore une fois, ils interviennent après que les décisions politiques ont déjà été prises.
Bien plus, les communiqués de presse ne garantissent pas la liberté de la presse et d'expression en vertu de laquelle, ONG, médias et individus peuvent positivement critiquer les décisions des dirigeants politiques sans que la Cour d'ordre militaire n'intervienne pour défendre le pouvoir en place et prononce sans APPEL des décisions extrêmes.
Voyez-vous, les communiqués de presse ne sont pas les modes démocratiquement recommandées et privilégiées pour permettre aux politiciens de rendre compte au peuple de leurs actes et décisions. Cela concerne les dirigeants politiques à Kinshasa et dans chacune des portions du territoire congolais sous contrôle armée des fils et filles du pays ainsi que les militaires étrangers et mercenaires.
Espérons et prions que la démocratie reprenne droit de cité partout sur le territoire de la République démocratique du Congo.
J'espère avoir ainsi répondu à vos deux questions.
Ma deuxième livraison sur les pièges du droit dans lesquels se retrouvent pris les dirigeants de Kinshasa et ceux des territoires occupés vous sera soumise d'ici peu.
Merci et à bientôt !
Marcel Kabundi
Juriste-Criminologue
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