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I .
INADMISSIBILITÉS POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES
Celles et
ceux qui ont cru, comme nous, que le départ de Mobutu allait
constituer une chance pour le Congo, sont aujourd’hui condamnés à
assister impuissants au paroxysme des pratiques politiques et économiques
qu’ils condamnaient depuis des années.
Si le
Peuple Congolais a soutenu la révolution de l’AFDL de 1996-97, ce
n’était pas pour soutenir des individus qui étaient presque tous
inconnus de la majorité et insignifiants sur le plan de la pensée
politique ou culturelle, mais pour mettre fin à une série des
inadmissibilités politiques, à une série des pratiques
traumatisantes au sein de la République.
Au lieu
d’un changement de pratiques politiques et de cultures, nous
assistons à un surenchérissement maximal des inadmissibilités
politiques mobutistes. Deux ans après Mobutu, c’est toujours LE RÈGNE
DES INCAPABLES ET DE LA MAUVAISE qui se perpétue. Les intérêts du
Congo et le bien-être du Peuple Congolais ne sont pas au centre de
leurs préoccupations. Ils ne prennent que des décisions qui nous
rendent toujours et davantage plus malheureux
et plus pauvres.
C’est ce
triste constat que nous allons essayer d’illustrer au cours de cette
série « REGARD SUR LE KONGO-KINSHASA ».
1.
Appauvris et paralysés par le Ministère des Affaires Etrangères
Voulant
voyager au mois d’août 99, je suis allé faire proroger mon
passeport au mois de juillet 99. Durée de validité : 2 ans,
c’est-à-dire valable jusqu’à l’an 2001. Les frais de
prorogation : 1000 FB.
Moins de
deux semaines après je me présente au Consulat Américain pour le
visa. Après avoir payé les frais d’introduction du dossier (1600
FB) et au moment de payer les 150 $ USA (frais supplémentaires exigés
aux Congolais), le Consul s’écrie : « ce n’est pas
possible . Je viens de voir une note verbale du Congo qui annule
purement et simplement ce passeport vert. Elle dit qu’elle est retirée
de la circulation. Que
faire ? ». Nous pouvons vous donner un visa, mais vous
perdrez votre argent, car vous aurez des complications à l’aéroport.
L’Ambassade
Américaine s’efforce de trouver
une solution en demandant à l’Ambassade du Congo à Bruxelles
s’il n’y avait pas de durée transitoire. La réponse était négative.
Aux Américains, car les intéressés n’étaient pas avertis et légalement,
par cette décision, tou(te)s les Congolais(es) qui possèdent des
passeports verts (grand-format) perdaient par la même occasion leur
droit de séjour ou de résidence. Ce droit étant conditionné à la
validité du passeport.
Pour me
consoler, le Consul me signala que l’Ambassade du Congo était à
quelques minutes de l’Ambassade Américaine et que je pouvais aller
chercher le nouveau passeport.
Adresse à
la main, je me suis présenté à notre Ambassade à midi. Après
avoir attendu tout l’après-midi, on n’a pu me remettre les
formulaires contre 500 FB vers 17 h. Au moment de remettre les
formulaires, il fallait payer 7.500 FB. Le temps d’aller chercher
l’automate bancaire, il faisait déjà tard.
Le matin,
je me présente à l’Ambassade. Après avoir payé 7.500 FB, on me
demande de revenir dans une semaine. En rappelant l’urgence, on me répondit :
« Pas de problèmes. Le dossier-express coûte 1000 FB ».
Mais pour être sûr, il fallait la signature du Chargé d’Affaires.
Ce dernier donna son accord. Les autres Conseillers concernés donnèrent
leur accord. Vers 10 h 30, mon passeport était chez le comptable.
Pendant que j’attendais, j’ai dû suivre les cris de protestation
des Congolaises et Congolais, surpris(es) par cette décision de
retrait des anciens passeports à l’aéroport.
Jusqu’à
17 heure, pas de passeport. Finalement, la Maman chargée de la remise
des passeports est allée les exiger en colère.
Après 17
heure, j’avais le nouveau passeport, mais l’ancien était
introuvable, car enfermé chez le comptable.
Vers 18
heure, je suis sorti affamé et cassé. Conséquence de ces deux jours :
Je me suis écroulé et j’ai été hospitalisé une semaine durant
dont trois jours à la station des soins intensifs aux Cliniques
Universitaires de Louvain à Bruxelles (à Saint-Luc).
Une fois
sorti, il fallait revenir à Munich pour diminuer les dégâts matériels
du voyage annuler et chercher d’autres billets. Une fois ces
questions réglées, il fallait répartir pour aller chercher le visa.
Bilan :
pour aller avoir le Visa, j’ai dû dépenser 15.000 FB pour le
transport (2 voyages aller-retour), 9.000 FB pour le nouveau
passeport, 230 $ USD pour le visa et 140.000 FB de frais
d’hospitalisation.
Laissons de
côté les frais d’hospitalisation qui se rapportent à une
malchance particulière pour nous limiter aux aspects politiques de
cette histoire.
Je signale
en passant qu’exception faite de la réception et de l’étage où
réside l’Ambassadeur, les autres étages étaient sans nouvelle
couleur, les toilettes sans lumières, bref ils sont dans un état délabré.
La situation des anciens attachés et des anciens diplomates n’est
pas claire. Pendant que les fonctionnaires ne sont pas payés, le
nombre des attachés ou des conseillers à l’Ambassade ne cessent
d’augmenter. Qu’est-ce qu’ils font ? Même le Dieu-Créateur
ne le sait pas. Le Président de la République ne semble pas le savoir non plus. Il n’y a
que le Ministère des Affaires Étranges qui le sait.
Mais
aidez-moi à comprendre la logique politique congolaise, car j’ai du
mal à la suivre et á la comprendre. Aidez-moi à répondre à ces
questions ?
Est-il
politiquement admissible et responsable d’annuler des passeports
sans avoir informé suffisamment au préalable des compatriotes
concernés et sans prévoir une durée transitoire quelconque ?
Est-il
politiquement admissible et responsable de mettre des milliers de
Congolaises et de Congolais devant des faits accomplis, de les mettre
en difficulté avec la Police des Etrangers ? Rappelons que le
permis de séjour ou de résidence, même à durée illimitée,
n’est valable que si le passeport est aussi valable. En outre, la
transposition de ce permis ou droit sur le nouveau passeport n’est
pas automatique. Il faut réintroduire le dossier.
Est-il
politiquement admissible dans un pays où la moyenne de salaires est
de 10$, de 19 DM ou de
200 FB, le passeport puisse coûter 8.000 à 9.000 FB, soit 400 à 450
DM ? Nous avons appris que son prix à Kinshasa est de 125 à 150
$ USD, soit 4.000 à 6.000 FB, mais ce montant demeure toujours 12 à
15 fois plus élevé que le salaire moyen. N’est-ce pas de
l’escroquerie ? Ce Gouvernement qui nous laisse impayés, qui
nous injurie avec un salaire moyen de 10$ USD, a l’audace d’exiger
jusqu’à 250 $ USD, c’est-à-dire la totalité du salaire de 25
mois pour un passeport ? Un peuple qui accepte une telle exigence
n’est-il pas un peuple des esclaves ?
Est-il
politiquement admissible et responsable d’exiger de la part des élèves
et des étudiants 8.000 à 9.000 FB ?
Même les Allemands dont le salaire mensuel moyen est de 5.000
DM, soit 100.000 FB ne payent une telle somme. Ils payent 20 DM, soit
400 FB. Comment justifier ce prix de 8.000 à 9.000 FB ?
Est-il
politiquement admissible et responsable que nos Ambassades soient deux
ans après la prise du pouvoir par Kabila, sans nouvelle peinture,
sans toilettes présentables, sans lumière ? Pour comprendre
l’inadmissible dans cette situation, il faut se rappeler que les
lampes qui manquent coûtent au total moins de 20 DM (soit
400 FB), la peinture coûte moins de 50 DM (soit 1000 FB),
2 toilettes version standard moins de 250 DM ( soit 5000 FB).
Cela veut dire qu’avec la
valeur d’un seul passeport congolais et une journée de
salongo du personnel de l’Ambassade, on peut changer positivement
l’aspect de nos Ambassades. Avec l’équivalent de 10 passeports,
on peut remplacer plus de 400 m² de
tapis (6-15 DM par m²) ou de carreaux.
Mais pourquoi nos jeunes Ambassadeurs et diplomates sont-ils
incapables d’une telle initiative ? Comment expliquer, qu’un
Ministre, Professeur de l’Université, puisse laisser nos Ambassades
dans un tel état chaotique ?
2. Décisions
au profit des Puissances étrangers
Deux ans
après Mobutu, le Congolais demeure l’unique peuple de la terre qui
n’a d’accès libre dans un aucun autre pays, pas même en Belgique
ou en Français.
Le Ministre
des Affaires Etranges n’a signé aucune convention internationale
pour faciliter la circulation de Congolaises et Congolais à l’Etranger.
Mais, ce
n’est pas là le point que nous voulons souligner. Lorsque nous
protestons contre les frais très élevés de Visas étrangers, les
Ministères des Affaires Etranges des USA, de l’Italie, de la Grèce,
etc., nous répondent qu’ils appliquent le principe de réciprocité.
Soit, mais
qui profite dans ce cas ?
Il y a peu
d’Américains qui entrent actuellement au Congo et la plupart de
ceux qui y vont font partie des délégations soit gouvernementales,
soit internationales soit encore économiques invités. Ils ne payent
pas leurs visas.
Quelques
centaines qui entrent à titre personnel ou privé sont soit des
partenaires des Congolais(es) soit des membres de petites ONG’s. Les
premiers puisent leurs frais dans le budget familial congolais et les
seconds puisent ces frais de budget prévu pour un projet au Congo. Même
dans l’hypothèse où ils puiseraient dans leur sac privé, 100-250
$ USD représentent en moyenne 0, 10-0,25 %
de leur salaire mensuel. Mais
100-250 $ USD représentent la totalité, soit 100-150%, voire plus,
du salaire annuel moyen d’un Congolais. Y’a-t-il réciprocité
entre 0,10% du salaire mensuel et plus de 100%, plus de la totalité
du salaire annuel ? Cette transaction appauvrit davantage le Congolais.
En outre,
il y a moins de 1000 Américains par An qui payent les visas d’entrée
au Congo contre des dizaines des milliers de Congolais(es) qui entrent
aux USA par an. En prenant la moyenne de 1000 Congolais(es) (donc 10
visas accordés chaque jour aux Congolais par 100 Consulats à travers
le monde), nous arrivons à un chiffre d’environ 200.000
Congolais(es) qui payent 250 $ sans compter les frais de déplacement
et de mise au point du dossier.
Ceci nous
donne un chiffre qui s’élève à 50. 000. 000 $ USD. Les 1000 Américains
qui entrent par an au Congo depuis deux ans ne payent que 250.000 $
USD. La décision du Gouvernement Congolais coûte ainsi à la
Nation plus de 49 Millions de $ USD. Si nous ajoutions des
frais de transport, de garantie et de constitution du dossier, nous
arriverions à une perte annuelle de 100.000.000 $ USD du côté
Congolais et à un gain de plus de 50.000.000 $ USD pour le
Gouvernement Américain. Rappelons que même en cas de refus, les
frais de constitution du dossier, soit 45 $ USD, sont perdus. L’aide
annuelle des USA au Congo depuis 2 ans demeure en dessous de cette
perte annuelle de 100 millions de USD.
Cette même
logique s’applique à l’Italie et aux autres pays occidentaux qui
profitent sans scrupules de cette décision qui appauvrit davantage le
Peuple Congolais.
Comment
peut-on soutenir si longtemps une décision qui ruine l’économie
des familles congolaises et qui enrichit des Etats déjà si riches
comme les USA ? Un Gouvernement qui accepte que nous perdions 50
à 100 millions de US-dollars pour gagner moins 250.000 $ USD
mérite-t-il encore notre confiance ?
Nous
exigeons :
1.
Une période transitoire de 6 mois pour les passeports verts
(grand-format) et une campagne d’information de toutes les communautés.
Les Ambassades doivent faire des communiqués radio-télévisés pour
inviter tous les Congolais dans leurs pays respectifs de mission à
aller chercher un nouveau
passeport.
2.
Le prix du passeport doit être réduit à 10 $ USD pour des
travailleurs et à 5 $ USD pour les étudiants et les chômeurs. Les
revenus des passeports déjà vendus doivent être utilisés pour le
renouvellement des bâtiments et du matériel des Ambassades
congolaises dans les deux prochains mois.
3.
Le Ministre des Affaires Étranges doit sortir de sa passivité,
divorcer d’avec les pratiques de la période de Mobutu et de Karaha,
et donner une nouvelle image, une nouvelle identité et une nouvelle
orientation aux Ambassades congolaises. Il doit cesser d’être
Ministre des Affaires Étranges pour devenir Ministre des Affaires Étrangères.
Si nos Ambassades sont dans un état délabré, cela relève tout
simplement de la mauvaise fois. Nos diplomates se sont aussi habitués
à la culture de la médiocrité.
4.
Le Ministre doit entrer en contact avec ses homologues pour
obtenir la suppression de toutes les barrières administratives qui
discriminent et humilient les Congolais à l’Etranger et surtout,
qui paralysent la mobilité du Peuple Congolais.
5.
Etant donné que les pays occidentaux prétendent appliquer le
principe de réciprocité, le Gouvernement Congolais doit réduire les
frais de visa à 15 $ USD pour tous les pays et veiller à ce que ce
pays fasse de même pour les Congolais. En ce qui concerne les pays
africains, l’idéal serait l’entrée gratuite et l’achat d’un
timbre de 10 $ USD à la frontière (route, port maritime, aéroport,
etc.).
6.
Pour compenser le déficit qui résulterait de la réduction
maximale des frais de visas, quiconque entre ou sort du Congo devra
payer à la frontière, le taxe d’immigration de 10$ USD pour les
Congolais et de 20$ pour les Etrangers. Ce taxe sera destiné à
l’entretien de nos missions diplomatiques.
Dr.
Mubabinge Bilolo |