Deux dents de Patrice Lumumba gardées en Belgique |
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Olivier Badibanga |
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En Belgique, la presse belge néerlandophone (flamande) est hantée ces jours-ci par un le fantôme de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, assassiné en 1961, quelques mois à peine après l’indépendance de l’ex colonie belge. Assassiné par qui ? Question toujours controversée qui relance aujourd’hui encore tout son intérêt vu les frémissements dans les relations belgo-congolaises depuis l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle majorité. L’ancienne majorité a gouverné durant une quarantaine d’années, c’est-à-dire lors fameux assassinat notamment.
Jacques Brassine avait soutenu en 1991, à l’Université Libre de Bruxelles, une thèse de doctorat lavant la Belgique de tout soupçon dans l’acte politique crapuleux. Le journal La Libre Belgique s’est largement fait l’écho du jugement universitaire. Le journal s’était fait déjà champion de la diabolisation de Lumumba, appelé " Satan " dans les milieux belges de l’époque de l’indépendance. Aujourd’hui, le sociologue flamand Ludo de Witte, rédacteur au parlement flamand, remet le dossier sur le tapis. Il a accédé à des archives, et il vient de publier un brûlot démontrant la responsabilité de la Belgique et des Etats-Unis dans l’assassinat du héros du nationalisme congolais : (De moord op Lumumba, Ludo De Witte & Uitgeverij Van Halewyck, Leuven, 1999). Le roi Baudouin lui-même, devant qui Lumumba avait prononcé un sévère réquisitoire le jour de l’indépendance, le 30 juin 1960, à Kinshasa, en sort éclaboussé. Ludo de Witte estime que la Belgique devrait officiellement présenter des excuses à la famille de Lumum
La famille de Lumumba, l’ancien commissaire de police Gérard Soete, l’invite aussi à aller reconnaître deux dents de Lumumba gardées chez lui. Ce monsieur de quatre-vingts ans est cité dans le livre de Ludo de Witte comme celui qui a fait disparaître le corps de Lumumba dans de l’acide. Le cadavree aurait été encombrant pour la Belgique et pour les collaborateurs congolais dont notamment Godefroid Munongo alors ministre de l’intérieur au gouvernement sécessioniste du Katanga. Dans une interview au journal flamand Humo (numéro 3083/41 du 5 octobre 1999, pp. 38-44), Soete relaie en quelque sorte le livre de De Witte en racontant par le menu la sale besogne qu’il exécuta pour faire disparaître le " diable ".
Aujourd’hui, le vieux monsieur est tourmenté. Il garde en permanence un revolver sous son oreiller. Par peur de qui ? De quoi ? Je traduis un extrait de l’intervieuw : " Pour moi, Lumumba était le plus vulgaire chien qui puisse exister. Il nous haissait. Vous n’avez pas d’idée de ce qu’il aurait pu faire de nous si on lui avait laissé les mains libres. Donc, je l’ai descendu avec une conscience tranquille ".
Et il confesse : "J'ai fait des choses que même une bête n'aurait pas faites".
A l’heure où l’Europe se veut championne des droits de l’homme et de la lutte contre l’impunité, un tel monsieur ne mérite-t-il rien quand on sait le tort subi par le Congo depuis cet assassinat originel ?
On peut suivre, sur la deuxième chaîne de télévision flamande (Canvas), une série de deux émissions consacrées à Patrice Lumumba dans l’émission Histories, les 21 et 28 octobre à 20H55.
Olivier Badibanga
Obadibanga@hotmail.com |
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