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Congolo- pessimisme de La Voix de l'Amérique

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Olivier Badibanga

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A monsieur Ferdinand Ferella, 
La Voix de l’Amérique
Washington


Monsieur, 

Le débat animé dans votre émission du vendredi 23 juillet valait la peine. L’exercice s’imposait comme signe de votre bonne volonté au moment où une certaine opinion, à Kinshasa notamment, inclinait à penser que la VOA jouait le rôle de RFI au début de la guerre actuelle, le sale rôle de la propagande de l’ennemi, en l’occurence les gouvernements rwandais et ougandais, portés par des Congolais du Rassemblement Congolais pour la Démocratie. 
Un lynchage médiatique en règle a été organisé pour accompagner l’avancée des troupes rwando-ougandaises sur les villes et les villages du Congo. 
Des rebelles, tueurs par définition, ont été présentés comme des héros et des démocrates par définition. La guerre du rebelle Kabila avait déjà été célébrée de la même manière. On connaît la faillite morale de la société occidentale, ses journalistes finissent par en donner l’illustration dans leur relation des guerres en Afrique, guerres nourries par l’armement et la cupidité des Occidentaux. Voilà un an, les journalistes occidentaux avaient afflué à Kinshasa pour y accueillir le nouveau régime des Rwandais et Ougandais. Aujourd’hui, puisque la victoire paraît incertaine, très peu osent faire un bilan de ce qu’ils ont soutenu au grand jour. Le débat de ce matin, 2 août, sur la Voix de l’Amérique, a été bien pauvre, car il n’y a plus événement au moment où les rebelles et leurs alliés sont tenus bien loin de Kinshasa !

Vous avez souvent vous-même diffusé les points de vue de Congolais accusant, après d’autres, les USA d’être les véritables agresseurs du Congo tapis derrière le Rwanda et l’Ouganda. Que la Voix de l’Amérique soit donc au service de l’agression, rien ne serait plus normal à penser, et beaucoup franchissent allègrement le pas. Or, vos efforts personnels -et peut-être des consignes de votre rédaction- tentent de se dégager d’une accusation aussi commode. L’article de Médard Mbuyal Mangala dans La Référence Plus n’a donc fait que lever un lièvre. Il vous fallait bondir à temps pour le saisir.
Seulement, vous ne pouvez être juge et partie. Le dernier mot ne peut vous revenir. Vous avez beau jeu d’affirmer que vos correspondants à Kinshasa et à Kigali font le même travail que vous, se trompant parfois sans doute, mais en toute bonne foi, en toute honnêteté. On voudrait tant vous croire ! 
Je dois tout personnellement reconnaître la prudence avec laquelle vous (et votre collègue Idrissa Seydou) interrogez les uns et les autres des protagonistes dans le conflit. S’agissant de la scène congolaise particulièrement, je me dis que votre séjour de travail au Congo, notamment lors de la Conférence Nationale, vous aura servi quant à la connaissance des personnes et doit vous avoir alerté sur le profil moral de certains “politiciens” de tous les bords. 
Sans s’ériger en moralisateur, on peut vous reconnaître non pas une impossible “neutralité” ni une fumeuse “objectivité” mais une détermination lucide à éviter la désinformation et la mésinformation. Vous devez avoir connu aussi, de vos collègues journalistes de Kinshasa, la propension à s’acoquiner à des intérêts politico-ethniques et donc à s’éloigner trop souvent des règles élémentaires de la profession. Il vous arrive peut-être encore de lire le journal “Le Soft” de Kin-Kiey Mulumba (www.lesoftonline.net). Ce n’est qu’un exemple. Vous vous souviendrez peut-être aussi de tels responsables d’associations de la Société Civile qui se sont révélés, au fil de la longue période de la “transition démocratique”, de véritables loups dans la bergerie. 
Bref, contrairement à la plupart des journalistes occidentaux “experts” du Congo, vous connaissez le terrain.

Les correspondants de la VOA à Kinshasa et à Kigali partageraient-ils votre sens de responsabilité ? Je veux croire que oui, mais on doit au moins attirer leur attention sur certaines glissades. Vivant à l’étranger (en Belgique), j’apprécie le fait que votre programme matinal, “émission de référence sur l’Afrique centrale”, me permet de rester branché sur la vie du pays, non seulement sur la politique mais aussi sur des enjeux sociaux autrement importants.
A Kinshasa, vous avez plus que Claude Kamanga Mutond, le “politicien”, et c’est tant mieux. Mais vos correspondants alimentent effectivement un certain “congolo-pessimisme”. C’est cela d’ailleurs que j’ai cru comprendre du point de vue de Médard Mbuyal (que vous n’avez pas toujours écouté lors du débat, l’excommuniant par trop de l’antenne, même s’il n’avait pas lui-même assez de discipline pour écouter lui aussi !). Il ne s’agit pas de devenir le porte-parole du gouvernement Kabila (Didier Mumengi fait bien l’affaire) ni de se cantonner dans la politique. Vos correspondants de Kinshasa appliquent par trop le vieux principe selon lequel le journaliste ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure. D’où la propension à nous décrire les catastrophes, les conflits, 
les malheurs... Dans la mesure où il s’agit de faits avérés, les journalistes ne font que leur travail et nous devons leur être reconnaissants. Mais le congolo-pessimisme vient du fait que les journalistes ne nous informent pas du bien qui se fait, de la joie qui maintient le peuple en vie malgré toutes les vicissitudes. Il ne s’agit pas nécessairement de chanter les performances des gouvernants. Dans le monde médiatique occidental, aujourd’hui, 
il y a bien place pour une presse de “bonnes nouvelles”, et pourquoi l’Afrique n’en aurait-elle pas besoin ou n’y aurait-elle pas droit ? L’Occident a le monopole des médias du monde, l’image de l’Afrique y reste attachée à des clichés de misérabilisme et de damnation, il est temps qu’une nouvelle génération s’en affranchisse au regard de la réalité plus nuancée.

Ce que Médard Mbuyal et d’autres reprochent aux correspondants de Kigali, ce n’est pas tant le fait de vanter les performances de Kigali ou Kampala, de taire les pratiques peu démocratiques de Kagame et Museveni, de taire la menace permamente de la guerre dans le Rwanda non réconcilié. Ce que l’on reproche aux correspondants de Kigali, à Virgnie Gomez et à Emmanuel Goujon, plus particulièrement, c’est principalement de faire leur beurre des malheurs du Congo, de devenir de fait les porte-parole de la rébellion, faisant l’impasse sur la souffrance de la population. Pourquoi ne regardent-ils pas dans les yeux la société rwandaise où ils sont en poste ? Ne seraient-ils pas envoyés à Kigali pour couvrir la guerre du Congo ? A suivre vos correspondants, la rébellion est légitime, elle est même une bonne chose, l’agression du Congo par le Rwanda et l’Ouganda est légitime. Alors que Ferdinand Ferella, de Washington, peut douter à haute-voix de l’argument selon lequel la présence de Hutus (peu avérée) dans l’armée de Kabila serait la cause de l’actuelle guerre ou que le même Ferella sait qu’il faut situer au temps du gouvernement de Mobutu avec les Kinkiey et autres Mende ou Thambwe Mwamba et Lunda Bululu la présence des réfugiés Hutus au Congo, rien n’y fait dans le chef des correspondants de Kigali. Virginie Gomez et Emmanuel Goujon sont trop déférents vis-à-vis du régime de Kigali pour oser se permettre de penser que la culture de la violence est néfaste pour l’Afrique, suicidaire aussi bien pour les Hutus que pour les Tutsis au pouvoir.

Faut-il vraiment croire la bonne foi de ces correspondants, croire surtout en leur justesse morale ou plutôt les prendre pour des irresponsables ou des corrompus vendus à une cause particulière ? On se posera encore longtemps la question. Peut-être qu’elle ne préoccupe pas les rédactions de la Voix de l’Amérique, de Radio France Internationale, celle de Radio Vatican, de la Radio Télévision Belge Francophone, de BBC Afrique voire le desk de l’AFP ou d’autres qui emploient les services de Virginie Gomez ou d’Emmanuel Goujon. En tout cas, la question se pose depuis longtemps, depuis un an que
le lynchage médiatique sur Kabila et le Congo-Kinshasa accompagne bon an mal an la guerre actuelle. Beaucoup d’intellectuels et fidèles auditeurs de vos émissions s’interrogent sur la crédibilité de vos chaînes. On ne craint pas que les Congolais vous accusent d’agression à l’égard de leur pays, on se prend seulement à se demander si les journalistes occidentaux ne sont pas des hommes et des femmes dignes de ce nom, n’ont pas de sens 
élémentaire pour distinguer entre le bien et le mal.

Médard Mbuyal n’a fait que lever le lièvre. L’auditeur du Canada que vous avez interviewé quelques jours plus tard vous a donné un écho de l’idée qu’on se fait sur Virginie Gomez. Pour ma part, cherchant sur le réseau internet, j’ai trouvé bien des protestations de Congolais de Kinshasa ou de l’étranger s’interrogeant depuis belle lurette sur le rôle inavoué de vos correspondants. Voici, à titre d’exemple, ce texte de Honoré Munda sur Virginie Gomez. Il date de plusieurs mois déjà. Il est paru sur le Forum de www.congonline.com.

Avec toute la considération, 
Olivier Badibanga


J'ai trouvé la journaliste "puissance maléfique”

Voilà quelque temps, le conseiller en communication du président Kabila, Dominique Sakombi Inongo, qualifiait de "puissances maléfiques" certains journalistes étrangers. Sakombi a suscité le courroux de bien des têtes bien-pensantes. Et pour cause.

J'ai, depuis, cherché pour ma part à trouver ne serait-ce qu'un journaliste non pas coupable d'erreur (humaine) mais suspect de "complot" contre le Congo démocratique. Je lis et j'écoute les médias de ce point de vue. Et je crois avoir trouvé :

Vous avez souvent entendu une certaine Virginie Gomez sur des radios européennes. Elle serait correspondante de la fameuse AFP. Cette agence de presse a un autre correspondant dans la région occupée par la rébellion : Emmanuel Goujon. Lui aussi passe sur les ondes des radios internationales.

Depuis trois semaines à peu près, Emmanuel Goujon a commencé à faire des analyses sur la situation de la guerre. Il s'est rendu compte par exemple que les richesses minières étaient l'enjeu de la guerre, que les rebelles n'avaient pas bonne presse dans la population, que la presse n'avait pas le contact facile avec la population, que les rebelles et le pouvoir de Kinshasa faisaient de la manipulation, que des soldats rwandais (enfin) appuyaient la rébellion... Et le journaliste Goujon a changé de son enthousiasme des premiers jours
de la guerre, où il chantait la victoire de la rébellion, où l'AFP semblait appartenir à la rébellion.

Quant à Virgnie Gomez, on l'avait presque oubliée : on ne l'avait plus entendue depuis les échecs de la rébellion. On l'aurait crue malade ou en déplacement ou simplement relevée de son poste. Et voilà que les rebelles reprennent du poil de la bête. Ils ont conquis Kindu. Et revoici la fée Virginie Gomez. Dans tous ses états...

Honoré Munda
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