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Points chauds du Dialogue National.  III. La réconciliation nationale.

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Dr Assani Ali Arkamose

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A chaque grand forum qui doit réunir le peuple congolais, la réconciliation nationale est entonnée comme un refrain pour rappeler à ceux qui voulaient l’oublier que le but ultime de tout forum est de réconcilier le peuple congolais avec lui-même. Au début de la Conférence Nationale Souveraine, les mobutistes, appuyés par une horde des mama muzuki 500 kg, étaient montés au créneau pour rappeler aux anti-mobutistes, avec toute l’arrogance qui leur sied,  qu’au nom de la réconcilation nationale, le régime mobutiste a droit  à l’absolution totale de tous les crimes, aussi sordides soient-ils,  qu’il a commis  pendant plus de 30 ans de règne sans partage. Avec la complicité de Mgr Mosengo, les dossiers sensibles des biens mal acquis et des assassinats furent purement et simplement soustraits du débat malgré la protestation vigoureuse du peuple congolais. La fameuse réconciliation nationale tant promise n’a été finalement qu’un leurre car le fossé s’est davantage creusé entre les mobutistes et les anti-mobutistes. Et c’est toujours au nom de la réconciliation nationale que le premier ministre, démocratiquement  élu  par les membres de la CNS, a été destitué pour être remplacé par les mobutistes avérés. Nous connaissons tous où cette confusion nous a amenés.       

Le Dialogue National n’échappera pas à la règle. On recourt déjà à la formule magique : la réconcilation nationale. La Société civile du Congo (SOCICO) vient de donner le ton en organisant incessamment un forum sur le sujet qu’il considère comme le but ultime à atteindre par ce Dialogue National. Pour éviter la confusion d’alors entretenue autour de ce thème, il convient dès le départ de clarifier le contenu de cette réconcilation nationale qui me paraît être une coquille vide où chacun peut fourrer tout ce qu’il veut. Concrétement, la démarche consiste à déterminer de manière précise les protagonistes à réconcilier et leurs points de divergence à harmoniser. Il existe trois démarches pour réaliser cette réconciliation :

1.      Ceux qui soutiennent que cette réconciliation doit concerner exclusivement les leaders politiques, sources de tous nos malheurs. Pour les partisans de cette thèse, on ne peut pas parler de réconciliation nationale parce qu’il n’y a pas d’affrontement entre les ethnies ou tribus. Les problèmes se posent entre les leaders politiques. Cette thèse, appellée “reconciliation horizontale” par la socico, a été souvent évoquée comme solution lors de la Conférence Nationale Souveraine pour résoudre la crise dans laquelle notre pays a été plongée. Notre compatriote P. Mangila l’a évoquée de nouveau comme solution pour mettre fin à la crise actuelle en appellant Mzee Kabila et Mr Tshisekedi à se réconcilier.

2.      Ceux qui soutiennent que cette réconciliation doit être scellée entre les hommes politiques et le peuple, c’est-à-dire, comme le souligne la socico, “une réconciliation mettant face à face la classe dirigeante et le peuple, les auteurs et les victimes de la déliquescence et de la misère nationales” . La socico l’a ainsi appellée “la réconciliation verticale”.

3.      Enfin, ceux qui soutiennent que la réconciliation nationale est avant tout une question  personnelle :  chaque congolais doit se réconcilier avec lui-même afin d’œuvrer exclusivement pour le bien du pays. En fait, il doit se réconcilier avec son patriotisme, cette quête constante de l’amour de son pays. Il doit interroger sa conscience sur sa responsabilité directe ou indirecte, active ou passive sur cette déliquescence et cette misère nationales. Donc, il doit évaluer à chaque instant les conséquences des actes qu’il pose quotidiennement sur le développement de notre pays et le bien-être de la population congolaise tout entière. Cette réconciliation est appellée “réconciliation ponctuelle” parce qu’elle fait intervenir un seul individu considéré comme un point dans l’espace national.        

La grande question qui se pose est donc de savoir quel(s) type(s) de réconciliation(s) qui convient(nent) le mieux pour sortir notre pays de cette déliquescence et de cette misère. Analysons chaque démarche.

A. LA RECONCILIATION HORIZONTALE.

1. La réconciliation horizontale exclut le peuple  dans la résolution de la crise en responsabilisant uniquement les learders politiques. Or, cette démarche comporte beaucoup de risques  

- Si cette réconciliation consiste seulement au partage du pouvoir entre les leaders politiques, les intérêts du peuple ne seront jamais pris en compte car tout politicien se préoccupe d’abord de ses propres intérêts avant de songer à l’intérêt collectif.   

       Exemple : Lorsque Mr Mobutu et Mr Tshisekedi se sont réconciliés en dehors du cadre politique défini par la CNS, ce dernier n’ a pas hésité à dissoudre le parlement de transition en violation flagrante de l’Acte de transition. Le fait qu’il soit directement nommé par le président Mobutu; il s’est senti subitement au-dessus du parlement alors que lorsque celui-ci l’a élu démocratiquement, il n’a jamais osé poser un tel geste. Il a sacrifié les intérêts du peuple au détriment de ses propres intérêts.  

- Si cette réconciliation consiste à l’harmonisation des idéologies des learders politiques, elle conduira sans nul doute à l’émergence de la Pensée Unique dans la société. Cette pensée unique est un véritable frein  au progrès des idées, donc au développement social, économique et culturel.

       Exemple : Dans les pays communistes où règnait la pensée unique (le marxisme), les sociétés se sont vite sclérosées en freinant ainsi le développement socio-économique de ces pays.  Tandis que les pays occidentaux démocratiques où la pluralité idéologique s’est bien ancrée ont connu un développement socio-économique spectaculaire. Dans notre propre pays, le mobutisme, qui a été érigé en système de pensée unique, a conduit le pays à la faillitte parce que tous les politiciens devaient penser  et agir comme le guide.   

2. La réconciliation horizontale déculpabilise totalement le peuple alors que c’est celui-ci qui “fabrique” les leaders politiques responsables de la déliquescence et de la misère nationales. Nous y reviendrons 

    Pour terminer sur ce chapitre, essayons de répondre à la question suivante : la réconciliation horizontale entre Mzee Kabila et Mr Tshisekedi peut-elle solutionner la crise actuelle?

  Pour répondre à cette question, nous allons d’abord déterminer les points de divergence entre les deux leaders. Bien qu’ils soient tous de gauche, ils sont cependant en désaccord sur certains points fondamentaux.

        Kabila est hostile aux résolutions de la CNS alors que Tshisekedi y est viscéralement attaché. Par conséquent,

-         Kabila est opposé au principe d’une transition démocratique (partage du pouvoir) avant les élections alors que Tshisekedi y attache beaucoup d’importance.

-         Fidèle à Lumumba, Kabila est resté toujours unitariste alors que Tshisekedi est actuellement fédéraliste. Rappelons que ce dernier a été sécessionniste ( partisan de l’empereur autoproclamé Kalonji), puis unitariste (partisan du président autoproclamé Mobutu) et enfin fédéraliste (opposant farouche à Mobutu).

-         Kabila est partisan du régime présidentiel tandis que Tshisekedi est parlementariste de conviction.       

Le seul point possible de réconciliation entre les deux leaders est l’instauration d’une transition pour partager le pouvoir. Si ce partage du pouvoir peut décrisper momentanément la tension politique, elle n’est pas nécessairement une solution pour la crise que traverse actuellement notre pays. Parce que ce partage peut se faire au détriment des intérêts du peuple congolais comme ce fut le cas entre Tshisekedi et Mobutu. Quant aux autres points de divergence, on ne peut pas leur demander de renier leurs convictions profondes au nom de la réconciliation nationale au risque de faire émerger un système politique fondé sur la pensée unique.       

            A la lumière de ces considérations, la réconciliation horizontale ne me semble pas être une solution pour résoudre la crise qui secoue actuellement notre pays même en envisageant la réconciliation entre Mzee Kabila et Mr Tshisekedi comme l’a suggéré notre compatriote P. Mangila.

2. LA RECONCILIATION VERTICALE.

         Préconisée par la socico comme solution pour résoudre la crise actuelle, cette réconciliation fait participer le peuple à la résolution de la crise. Cependant elle considère que celui-ci n’en est pas responsable. Il fait donc endosser toute la responsabilité aux politiciens. Mais comme nous l’avons déjà souligné ci-haut, les politiciens sont l’émanation de la société. En d’autres termes, ils sont le reflet de la société qu’ils reprèsentent. Dans le cas de notre pays, c’est le monde politique qui a corrompu et “médiocrisé” la société congolaise. Plutôt que de développer les mécanismes d’autodéfense pour empêcher le mal de s’infiltrer ou de l’extirper en cas de l’infiltration, cette société s’en est malheureusement laissée impregner jusqu'à dans les profondeurs. Dès lors, elle ne peut produire qu’une classe politique corrompue et médiocre. Par conséquent, en entretenant la corruption et la médiocrité lui inoculées à l’aube de l’indépendance du pays par sa classe politique, la société congolaise tout entière devient responsable de la crise qui la secoue. Ainsi, le peuple congolais tolère ou mieux appuie des politiciens véreux, corrompus, très ambitieux , incompétents et sans scrupules. 

       Il s’ensuit que la réconciliation verticale qui se contente de culpabiliser les politiciens en disculpant le peuple ne peut pas déboucher sur une résolution totale de la crise actuelle. Car si la mentalité du peuple congolais ne change pas de manière radicale, la société congolaise continuera à produire d’autres Mobutu, Kabila, Wamba dia Wamba, Dr Ilunga, JP Bemba, etc… parce qu’elle continuera à cautionner leurs aventures en leur accordant son soutien.

3. LA RECONCILIATION PONCTUELLE.

     Cette réconciliation fait intervenir la responsabilité de tout un chacun dans la crise actuelle. Elle rejette donc le principe d’une responsabilité collective défendue par les deux thèses précédentes. Il est évident que Mobutu et Kabila, malgré la pression de leurs commanditaires, avaient le libre choix d’instaurer la démocratie au Congo. De même, tous ceux qui ont soutenu ou soutiennent de loin ou de près ces dictatures le font librement sans aucune contrainte.  D’autre part, personne n’a obligé Wamba dia Wamba, Dr Ilunga, JP Bemba de s’allier aux rwandais et aux ougandais pour semer la désolation et la mort dans notre pays. Ils ont fait librement leur choix tout comme tous le congolais qui le soutiennent. Cependant, il est du devoir de tout congolais patriote de dénoncer leurs aventures sans complaisance car l’indifférence à de  telles aventures équivaut à une complicité passive qui consiste à admettre la destruction de son pays sans réagir. C’est à ce niveau que réside la responsabilité de chaque congolais.      

        Donc, la réconciliation ponctuelle permet à chaque congolais de faire un examen critique  de son attitude vis-à-vis de la crise que traverse notre pays. C’est cet examen munitieux de notre conscience qui lui permettra de répondre honnêtement  à cette question existentielle : que fais-je (par mes actes quotidiens) pour mettre fin à la déliquescence et à la misère qui ravagent mon pays ? C’est à cette prise de conscience que ce Dialogue National doit avant tout servir. Parce qu’elle interpelle chaque congolais et le responsabilise.       

      Mes  salutations patriotiques.                    

ASSANI Ali Arkamose

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