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Rapport du groupe Justice et libération de Kisangani en province
Orientale en RDC concernant les événements de la fin du mois de mai à
Kisangani.
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Transmis par Denis Tougas
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Groupe Justice et Libération

G.J.L.

Association chrétienne de défense des droits de l'homme

(KISANGANI-PROVINCE ORIENTALE)

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

 

TOUS VIGILANTS ET SOLIDAIRES POUR GAGNER LA SÉCURITÉ ET LA PAIX

Par

François Zoka (Président) Justin Pabu (Vice-Président) Françoise Marchand (Secrétaire)

Pierre Kibaka (Secrétaire) Jean Pierre Badidike (Conseiller) GJL-Représentation à l’etranger

_____________________________________________________________

Av. des Erables, N° 27, Commune de la Makiso, Kisangani (RDC)

Tél. 00.871.683.132.897 ; Fax 00.871.683.132.898

POUR CONTACT ET DIFFUSION A L’ÉTRANGER

Mr. Clément Citeya - Citeya

Représentation du Groupe à l’étranger

2703 Jacques-Hertel. -- Montréal, Québec – Canada H4E 1S6

Tél. (514) 768-5467. ; Fax (514) 768-6507 E-mail: mkabas@po-box.mcgill.ca

 

Depuis environ deux semaines, la ville de Kisangani est le théâtre d’une confusion politique et militaire. Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’elle amoindrit les chances d’une paix durable dans la région ainsi que dans tout le pays.

  1. LES FAITS
  • Le 16 mai 1999 à Goma, pendant l’Assembée Générale des membres du R.C.D., le collège des Fondateurs retirait la Présidence du Mouvement au Professeur Ernest Wamba dia Wamba, ainsi éclatait à la Direction Politique du R.C.D. la crise qui couvait depuis plusieurs mois.
  • Le 21 mai, le Professeur qui conteste sa destitution en la qualifiant de coup d’État, revient à Kisangani à bord d’un avion C130 de l’armée ougandaise pour y installer l’aile dite "progressiste" de la réellion dont le slogan est: "négociations sans conditions avec le Gouvernement de Kinshasa".
  • Le samedi 22 mai, une fusillade s’engage entre les forces ougando-congolaises et les forces rwando-congolaises à la suite d’une interdiction politico-militaire proche du R.C.D. /Goma d’une marche de la paix programmée par le R.C.D./ Kisangani. On a déploré trois morts, tous militaires.
  • Le dimanche 23 mai, Le R.C.D./Kisangani organise un meeting devant la maison de commune de Mangobo sous forte escorte militaire ougandaise. A la fin du meeting à 17h30’, une délégation de haut rang du R.C.D./Goma débarque à l’aéroport de Simi-Simi conduite par le Premier Vice-Président Mr. ONDEKANE, cette délégation s’est rendue directement au stade Lumumba où elle avait espéré s’entretenir avec les spectateurs d’un match de football: mais leur arrivée a coïncidé par hasard avec la fin de la partie. Pris de panique par l’escorte qui accompagnait la délégation, les spectateurs se sont dispersés.
  • Le samedi 29 mai, le R.C.D./ Kisangani appelle la population à un meeting sur l’esplanade de l’hôtel des postes mais les forces combattantes de l’aile dite ‘militaire’ empêchent la tenue de ce meeting. Finalement celui-ci a eu lieu en début de l’après-midi aux environs du Grand Marché de la Makiso. A cette occasion, la nomination d’un autre Gouverneur de province consacre le dédoublement des institutions de la rébellion. C’est à la faveur d’un grand déploiement militaire avec un char (ougandais) à l’appui que ce meeting a eu lieu. La tension a été vive mais heureusement, la situation n’a pas dégénéré.
  • Le jeudi 3 juin, aux environs de 3h30’, des coups de feu ont été entendus à Kisangani semant du coup la panique parmi la population. Il est difficile à l’heure actuelle de déterminer les responsables et les mobiles de cette fusillade.
  • Le samedi 5 juin, 4 chars ougandais ont sillonné le centre-ville de 2h30’ à 5h00 du matin, ce mouvement des chars fut accompagné des tirs à l’arme lourde.

A la suite de cette crise survenue dans une rébellion en recherche de la popularité, nous déplorons:

  • l’insécurité grandissante dans la ville. Des vols à main armée sont perpétrés par les hommes en uniforme et autres inciviques;
  • les déclarations allant vers l’incitation à la haine ethnique;
  • le langage injurieux, diffamatoire et attentatoire à l’honneur et à l’intimité des personnes;
  • l’opportunisme et le repositionnement politique;
  • les arrestations et intimidations sur base des opinions et choix politiques;
  • la banalisation de l’usage des armes à feu et le plaisir cynique de voir des fractions armées s’affronter;
  • la perturbation des enseignements dans les écoles primaires et secondaires, les Instituts Supérieurs et l’Université;
  • l’incertitude du lendemain
  1. ANALYSE

A la lecture attentive des évènements, le Groupe Justice et Libération reitère ce qu’il avait écrit dans son rapport du 23 novembre 1998 consacré aux conséquences politiques et socio-économiques de la guerre: "La guerre du R.C.D. a mis en évidence le conflit de leadership dont elle est d’ailleurs un aboutissement logique (p.18), leadership des individus et leadership des États de la région des Grands Lacs. En effet, le R.C.D./Kisangani est parrainé par l’Ouganda tandis que le R.C.D. /Goma est parrainé par le Rwanda.

D’autre part, toutes les parties en conflit parlent de temps à autre de la paix et des négociations. Cependant elles divergent sur le sens et les moyens d’y accéder:

    • l’une utilise la paix comme publicité afin de s’octroyer un blanc-seing dans les négociations qui risquent alors de ne pas aboutir à une paix durable,
    • l’autre prétend qu’il faut poursuivre la guerre pour contraindre le Gouvernement de Kinshasa à négocier.

Du moins, il est évident que la population, fatiguée par cette guerre absurde, aspire ardemment à la paix. Mais les belligérants se servent de cette aspiration pour se repositionner. Or la seule recherche de positionnement ne peut mener qu’à une paix fragile car bâtie sur l’opportunisme, les frustrations, les récriminations et les divisions. Sur ce dernier point, il est à craindre que ce qui se passe actuellement sur le terrain ne soit un début de balkanisation du pays. Néanmoins le peuple n’est pas prêt à accepter ce schéma.

Le Groupe Justice et Libération qui réaffirme sa conviction que les négociations sont la seule voie de sortie de la guerre, estime qu’aucune fraction de la rébellion n’a le droit de prendre la population de Kisangani en otage comme cela se fait actuellement.

  1. RECOMMANDATIONS

A la lumière de ce qui précède, le Groupe Justice et Libération recommande:

  • A la population
  1. D’éviter d’être entrainée dans la spirale de la violence et de la haine ;
  2. De continuer à faire pression sur les deux composantes de la rébellion pour qu’elles s’engagent dans les négociations avec sincérité et honnêteté;
  3. De s’impliquer dans le processus des négociations pour ne plus laisser aux seuls politiciens de décider du sort de la Nation.
  4. De se constituer en vigiles de solidarité dans les quartiers pour assurer sa sécurité par des moyens pacifiques
  • Aux deux fractions de la Rébellion
  1. D’élever leurs divergences au niveau d’un débat d’idées plutôt que de verser dans les injures; un démocrate se distingue par la courtoisie et l’élégance dans ses actes, gestes et paroles;
  2. De s’abstenir de toute action susceptible d’occasionner les pertes de vies humaines ou de perturber le calme précaire qui règne dans la ville;
  3. De régler leurs conflits internes et de s’organiser pour aller ensemble aux négociations afin de mettre un terme à cette guerre que la population n’a jamais demandée et assurer l’avenir de la démocratie su Congo.

Fait à Kisangani, le 05/06/1999

Transmis par Denis Tougas

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